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- Hakim Jemili bientôt sur scène à Nice : interview
Depuis 2019, tout semble s'être un peu accéléré pour Hakim Jemili. Humoriste, acteur, il enchaîne les projets et cela n'est pas pour lui déplaire. Le 14 février, le soir de la Saint-Valentin, il sera sur la scène du Théâtre Lino Ventura avec son seul-en-scène « Fatigué », qui promet de beaux moments de fous rires. C'est loin d'être la première fois qu'Hakim Jemili vient à Nice. En 2019, il avait accompagné le réalisateur Tristan Séguéla et Michel Blanc pour l'avant-première du film Docteur ? . Dès que l'occasion se présente, il vient à Nice et en profite pour aller dîner à Lou Pantail, qu'il qualifie de « l'un des meilleurs restaurants français » et au Nespo. C'est sûrement dans l'un ou l'autre de ces restaurants niçois, voire dans les deux, qu'il se rendra le 14 février, après son spectacle. Hakim Jemili au Théâtre Lino Ventura de Nice Un seul-en-scène intitulé « Fatigué » Même si son seul-en-scène s'intitule « Fatigué », il ne reflète en rien l'état d'esprit de l'humoriste. Nous en avons eu un petit aperçu lorsque nous lui avons parlé au téléphone. Son sens de l'humour et son goût pour les superlatifs ne le quittent jamais. Dans son spectacle qui tourne depuis maintenant plus d'un an, il aborde des thèmes très variés : la famille, son rôle de père (son fils a bientôt cinq ans), mais aussi certains sujets de société. Ce seul-en-scène, c'est un mélange de tout, « une grande chakchouka », comme il s'est amusé à nous le dire, en référence à une spécialité culinaire bien connue des Tunisiens. A l'affiche de Tout va super au printemps Depuis plusieurs années maintenant, le cinéma lui ouvre grand les bras. En 2025, il a été à l'affiche de Adieu Jean-Pat et de L'amour c'est surcoté de Mourad Winter, aux côtés de sa complice Laura Felpin. Une comédie romantique très réussie qui aurait mérité une place aux César. Fair-play, Hakim Jemili reconnaît que « dans la vie, il y a des gagnants et des perdants. Il faut apprendre à perdre, il faut apprendre à gagner. C'est ce que j' essaie d'enseigner à mon fils en ce moment. Si je n'y suis pas encore, c'est que je n'ai pas encore le niveau. Donc, on va travailler pour, un jour, éventuellement, y être. Mais pour l'instant, si je n'y suis pas, c'est que ce n'est pas assez bon. » Ces phrases, un sportif de haut niveau pourrait les prononcer. Avant de devenir humoriste, Hakim Jemili s'est d'abord dirigé vers une carrière de footballeur. Le travail, la notion d'effort, la rigueur, il connaît bien. Au printemps, on le retrouvera aux côté de Noémie Lvovsky et Marie Colomb dans Tout va super de Patrick Cassir , « le meilleur film de l'année », selon lui. Dans cette comédie dramatique inspirée de la vie du réalisateur, il interprète un homme tiraillé entre une histoire d'amour naissante et la maladie de sa mère. Une comédie douce-amère pleine d'émotions qui sortira au cinéma le 27 mai. Bientôt réalisateur ? La tournée de « Fatigué » s'arrêtera en mars. Et après quels seront les projets d'Hakim Jemili ? Pour l'instant, il en est au stade de la réflexion. Un autre spectacle, des projets au cinéma, en tant qu'acteur, entant que réalisateur : « je réfléchis vers où je vais aller » , nous a-t-il répondu. « Pour réaliser, il faut une idée mais aussi une technique à acquérir. Ca prend du temps et c'est difficile » . On lui fait confiance pour nous surprendre ! Hakim Jemili au Théâtre Lino Ventura de Nice samedi 14 février à 20h
- Warren Zavatta seul en scène dans Sortie de piste : interview
Même si la semaine dernière n'a pas été de tout repos pour Warren Zavatta qui a eu le Covid et qui a dû faire face à un feu de cheminée dans sa maison, cela n'a pas entamé son énergie et son envie d'être sur scène. Plus de dix ans après son premier seul-en-scène produit par Dany Boon, Ce soir dans votre ville !, où il racontait, avec une bonne dose d'autodérision, son parcours, celui d'un enfant de la balle, né dans une célèbre famille circassienne au nom parfois difficile à porter (il est le petit-fils d'Achille Zavatta), il est de retour avec Sortie de piste . Un titre, qui n'est pas sans évoquer l'univers du cirque et qui résume ces dernières années, constituées de bien plus de bas que de hauts. Après le triomphe de son premier spectacle, Warren Zavatta a connu la dépression, s'est adonné à la drogue, l'alcool, est passé par la case prison et hôpital psychiatrique. Tout cela aurait pu le détruire mais il s'est relevé et il a décidé de faire de ces années difficiles le matériau de son deuxième spectacle. Que le public se rassure, Sortie de piste n'est absolument pas « prise de tête ». Warren Zavatta nous l'a bien répété quand nous l'avons joint par téléphone. Il n'est pas là pour démoraliser les spectateurs. Bien au contraire. Lorsqu'il se livre, c'est toujours avec beaucoup d'autodérision et quelques numéros de cirque. Son nouveau seul-en-scène est à son image, sincère, drôle et touchant. Il est à découvrir au Forum Jacques Prévert de Carros vendredi 23 janvier dans le cadre du festival Trajectoires. Ce soir dans votre ville ! A eu un succès retentissant mais a eu de lourdes conséquences dans votre vie personnelle. Dans votre nouveau spectacle, vous racontez les raisons de votre absence, les travers dans lesquels vous êtes tombé, la découverte de votre bipolarité... Warren Zavatta : J'ai joué ce spectacle plus de 1200 fois. Ca m'a mis une pression hallucinante. À l'époque on ne savait pas que j'étais bipolaire. En fait le succès, le rythme de travail, tout ça a fait exploser ma bipolarité, et je suis tombé dans tous les travers, alcool, drogue, dépression, jusqu'à la case prison sans prendre les 20 000 euros malheureusement ! J'ai été détecté, soigné, stabilisé. Il m'a fallu beaucoup de temps pour remonter la pente. C'est un spectacle sur la résilience. Le premier était autobiographique. Je me suis dit : autant y retourner en rappelant ce qui s'est passé ! Comme dans le premier spectacle, vous faites preuve de beaucoup d'autodérision... Warren Zavatta : Ce n'est pas prise de tête ! Je dis par exemple que la prison pour un romano, c'est normal, c'est ni plus ni moins qu'un stage en entreprise ! J'aborde un peu les choses comme ça. Je prends le contre-pied de tout. On s'amuse beaucoup dans mon spectacle. C'est mené tambour battant. Je suis content de participer au festival Trajectoires qui raconte des parcours de vie. Même si on est tous différents, on a tous des succès, des échecs. Pour le coup, en ce qui me concerne, c'est une sacrée trajectoire ! Et puis, dans votre spectacle, il y a aussi, bien sûr, des références au cirque. Même pour quelqu'un qui ne vous connaît pas, le nom de Zavatta évoque forcément l'univers du cirque... Warren Zavatta : Je suis un homme de scène, j'ai toujours fait ce métier-là. J'ai une formation de théâtre, des arts du cirque, j'ai appris à jongler, à chanter, à danser, je joue des instruments de musique. Le spectacle est donc émaillé de petites spécialités circassiennes. Mon grand-père n'a pas du tout transmis son savoir à ses enfants ni à ses petits-enfants. Tout le contraire ! C'est malheureux à dire, mais il a même fait un procès à ses enfants, parce qu'ils utilisaient son nom pour leur cirque. Donc il y a une espèce de rancœur envers lui. Après, je reconnais que mon nom m'a ouvert des portes mais pas tant que ça finalement. J'ai toujours été un peu vu comme un mec de cirque. Alors que, par exemple, moi, j'adore le théâtre classique. Je rêverais de trouver du boulot dans le théâtre classique. Je dis dans mon spectacle : quel metteur en scène va engager un Zavatta pour jouer Néron? Je ne sais pas. Les sujets que vous abordez, la bipolarité, la dépression, l'alcool, la drogue, touchent beaucoup de monde. Recevez-vous des témoignages de spectateurs qui vous disent que votre spectacle leur a fait du bien ? Warren Zavatta : Oui, j'ai régulièrement, en fin de spectacle, des gens qui viennent me voir en me disant « Ah, merci, ça me fait du bien ! ». Dans mon spectacle, il y a un passage sur les alcooliques anonymes qui disent « Maintenant, je suis devenu un alcoolique abstinent ». Tout le monde a, dans sa famille, quelqu'un qui est alcoolique. J'ai eu beaucoup de mal à me sortir de l'alcool. Ca fait douze ans que je ne bois plus. Pour moi, l'alcoolisme est vraiment un problème de société. C'est très compliqué de ne pas boire en France. Quand j'étais jeune, j'ai travaillé un temps dans un restaurant et quand on venait prendre la commande, on n'avait pas le droit de demander aux clients s'ils voulaient prendre un apéritif ou du vin. C'était interdit. J'ai trouvé ça intéressant. En France, quand on dit qu'on ne boit pas, on est vite catalogué alors qu'on peut très bien s'amuser sans alcool ! Je connais beaucoup de viticulteurs dans le Bordelais. Ils me font sentir des vins. Je les sens mais je ne bois pas. Désormais ce n'est plus la drogue ou l'alcool mais la scène qui vous procure du plaisir... Warren Zavatta : Oui c'est la scène mais il faut aussi gérer les difficultés liées à la bipolarité, les montées en pression et les descentes. Avant, quand je montais sur scène, je prenais de la cocaïne, maintenant, je prends un quart de Lexomyl pour justement ne pas trop monter en pression et me calmer. Maintenant, mon quotidien est vraiment réglé sur mon métier. Je répète, je joue de la trompette, du piano, du saxophone. Jai repris le sport, je cours chaque jour. Dans mon spectacle, il y a quelques passages un peu acrobatiques. Donc je dois m'entraîner. Ca me maintient en forme ! Et puis, en général, je me couche assez tôt. Là, comme je joue le soir, depuis une semaine, j'ai décalé mes horaires. Aujourd'hui, tout va bien pour vous alors ? Warren Zavatta : Il y a douze ou treize ans, quand ma femme est partie avec mes filles, j'ai acheté une ferme à rénover à quatre kilomètres de l'école où elles étaient scolarisées. J'ai construit un petit théâtre dans une dépendance de ma ferme. Je m'y suis enfermé et j'ai écrit l'histoire que je raconte au public dans Sortie de piste . Aujourd'hui tout va bien, j'ai retrouvé le lien avec mes deux filles. L'une a terminé ses études à l'Institut français de la mode. Elle a présenté sa collection à la Fashion Week. Elle est très contente. Et l'autre est dans une école de comédie. J'ai fait le Festival d'Avignon avec elle. Pendant ces années, je suis tombé amoureux d'une nouvelle compagne. Ca va plutôt bien, oui ! Professionnellement ça va bien aussi visiblement. Avez-vous des projets? Warren Zavatta : Je viens de tourner dans Le Voyageur pour France Télévisions. J'ai eu un bon rôle de serial killer. Ça me fait rire parce que j'ai plutôt une formation de clown, mais comme je mesure 1m92, que j'ai le crâne rasé et une grosse voix, on a dû se dire que j'étais fait pour le rôle ! J'ai tourné un épisode de cette série il y a deux ans et comme ils étaient vraiment très contents, ils m'ont fait revenir pour un autre épisode où, à la fin, je m'évade de prison. Donc, je me dis qu'ils vont peut-être encore faire appel à moi ! Je me suis documenté énormément sur tous les serial killers. Il y a une certaine mise en danger quand on travaille des rôles comme ceux-là parce qu'on va chercher en nous la partie du serial killer, ce qu'il y a de plus mauvais en nous. Après, peut-être que je vais écrire un troisième spectacle, ou alors un livre. Je suis en train de me dire que finalement, la scène, c'est quand même compliqué à gérer pour moi par rapport à la bipolarité. Je vois que n'importe quelle petite responsabilité me catastrophe. Je ne bois pas, je fais beaucoup de sport, je sors très peu, je lis un peu, je reste à la maison. Heureusement que ma femme est là ! Parce que si j'étais tout seul, ce serait sûrement très différent...J'ai traversé des périodes de grosses dépressions aussi où c'était impossible de sortir du lit, de se laver, de manger. J'alternais avec des phases où je mettais plein de projets en route. Je suis suractif et malheureusement, à un moment donné, ça retombe et là, tout ce que j'ai mis en branle professionnellement me retombe dessus quand je suis au plus bas. Donc, c'est compliqué à gérer. Je me dis que comme j'ai déjà écrit deux seuls-en-scène, je pourrais intégrer pas mal de choses dans un bouquin et écrire une espèce d'autobiographie mais plutôt rigolote, à l'image des deux spectacles. Donc depuis deux ou trois mois, j'écris deux heures par jour. Je vais voir où ça va me mener ! Warren Zavatta dans Sortie de piste , le 23 janvier à 20h au Forum Jacques Prévert de Carros. Pour réserver : www.forumcarros.com
- Scènes de la vie conjugale au théâtre : interview de Romane Bohringer
Avant d'être l'un des meilleurs films d'Ingmar Bergman, Scènes de la vie conjugale a été une mini-série de six épisodes que les téléspectateurs suédois ont suivie avec beaucoup d'intérêt. C'était en 1973 et, paraît-il, cette année-là, les divorces ont fortement augmenté dans le pays. Il faut dire que Bergman entre dans l'intimité d'un couple bourgeois à qui tout semble réussir. Aux yeux de tous, Marianne et Johan nagent dans le bonheur. Mais un incident va remettre en question l'équilibre et le confort dans lesquels ils vivaient depuis une dizaine d'années. C'est alors que les reproches, les non-dits et les rancoeurs explosent au grand jour. C'est à Romane Bohringer et Stanislas Nordey que le metteur en scène Christophe Perton a confié les rôles de Marianne et Johan dans cette adaptation de la série au théâtre. Entre deux répétitions, à quelques jours de la première représentation, Romane Bohringer nous a parlé de la pièce, de Marianne mais aussi de son film Dites-lui que je l'aime , qui a touché en plein cœur le public. Romane Bohringer et Stanislas Nordey (crédit photo : Christophe Perton) Ce n'est pas la première fois que vous êtes dirigée par Christophe Perton. Est-ce lui qui vous a donné envie d'interpréter Marianne ? Romane Bohringer : Pour tout vous dire, c'est un peu ça ! J'ai fait un spectacle avec Christophe il y a deux ou trois ans. C'était le très beau texte de Cocteau, Le Bel Indifférent . Il en avait fait une espèce de spectacle musical où je chantais avec des musiciens sur scène. C'était une aventure très excitante et très riche. J'ai adoré travailler avec lui. Puis, il est revenu me proposer le texte de Bergman avec Stanislas Nordey. Il avait déjà travaillé avec lui et il a imaginé qu'on pouvait être ce couple sur scène. Même si je ne le connaissais pas personnellement, Stanislas est quelqu'un qui m'a toujours passionnée par ses mises en scène et son travail d'acteur. Cette rencontre sur scène, j'ai trouvé que c'était vraiment une bonne idée. En fait, je me suis laissée guider par le désir de Christophe et par cette envie qu'il avait de nous réunir à travers ce texte. J'avais envie de continuer l'aventure avec lui ! Avant qu'on ne vous propose de jouer Marianne, aviez-vous vu Scènes de la vie conjugale , que ce soit la série ou le film ? Romane Bohringer : Pour vous dire la vérité, je n'en avais pas une connaissance très intime. J'ai un peu procédé à l'envers ! Mais j'avais vu Scenes from a marriage , la série américaine avec Jessica Chastain et Oscar Isaac. Puis, sur les conseils de Christophe, j'ai regardé la série de Bergman parce que la pièce se rapproche davantage de la série. Elle avait été diffusée à la télé suédoise, dans un format assez long de six fois cinquante minutes. Elle est beaucoup plus dense et riche que le film. Aujourd'hui, on est vraiment dans l'ère des séries, ce qui n'était pas le cas à l'époque de Bergman. C'est assez beau ce côté sériel au théâtre. Cette espèce de forme permet d'aller très loin, de puiser dans tous les recoins, les ambitions, les frustrations, les désirs inassouvis de chacun. On parcourt vraiment la vie de ces deux personnages. Il y a une espèce d'analyse cruelle, totale. Comment présenteriez Marianne ? Romane Bohringer : Marianne, c'est une femme qui s'est bâtie autour des conventions que lui a imposées son milieu bourgeois. Elle a grandi et s'est construite sans réellement interroger son désir, son être, sa personnalité. Elle s'est façonnée comme on lui a dit de le faire. On sent que c'est une femme chez laquelle il y avait des velléités politiques, artistiques, mais qui ont été tout à fait ignorées par son éducation et son milieu. Elle ne s'est jamais vraiment interrogée sur la vérité de son amour et de son désir. Yohan et Marianne sont un couple qui semble heureux, tout à fait accompli. Ils ont un bon métier, une belle famille. Ils ont fait tout comme on leur a dit de faire mais au bout de dix ans, un incident vient griffer très légèrement ce vernis. Bergman décrit cela comme une infection, une petite blessure. Tout d'un coup, il y a quelque chose qui s'infecte en eux et qui va révéler à chacun sa vérité. L'année 2025 a été riche pour vous. Votre film, Dites-lui que je l'aime a été très bien reçu par le public. Vous attendiez-vous à ce qu'il touche autant de monde ? Romane Bohringer : Je ne peux pas dire du tout que je m'y attendais. Pendant toute la phase d'écriture, de tournage, de montage, ça a été l'un de mes rêves. J'avais bien conscience de faire un objet intime et un peu déroutant qui partait d'une histoire qui était la mienne. Je n'avais pas du tout l'intention de faire un film égocentré. En fait, si je me suis permis de partir de quelque chose qu'on pourrait penser si personnel, de me dévoiler à ce point et de partager mon histoire avec Clémentine Autain, c'est que j'avais l'instinct que c'était une histoire qui appartenait à tous. Je me disais que cette histoire d'enfance racontait quelque part toutes les enfances et tout le chemin qu'on fait pour devenir adulte. J'en ai beaucoup douté par moments, parce qu'on doute énormément quand on travaille. Rien n'est jamais acquis. J'ai eu de grands moments de panique. L'accueil du film, les retours, les témoignages, l'affection que les gens ont portée au film ont été un tel bouleversement pour moi, un tel accomplissement, un tel bonheur ! C'était tellement fort. Ce n'était pas du tout un film pour me laver de mes tourments passés mais pour me relier aux gens. Le film leur a parlé à des endroits très différents de leur vie. C'était tellement fort et tellement bon ! L'année dernière, vous vous êtes aussi lancée dans une belle aventure en mettant en scène Anne Charrier dans Rose Royal , le texte de Nicolas Mathieu... Romane Bohringer : C'était une aventure tout à fait différente, qui m'a donné beaucoup de bonheur. Elle était très nouvelle pour moi. Ce projet, c'est Anne qui l'a initié. Elle est tombée amoureuse de ce texte et elle est venue me rencontrer, alors que je ne la connaissais pas, pour me demander si je voulais la mettre en scène. J'étais extrêmement flattée et touchée mais aussi paniquée. C'est la première fois que je me trouvais confrontée à quelque chose qui venait de l'extérieur, un sujet qui n'était pas le mien. Me glisser dans l'histoire d'une autre, dans le désir de quelqu'un d'autre, c'était une autre manière d'inventer mon travail. C'était une aventure extrêmement belle, tendre et heureuse. C'est un texte très fin, très humain sur une femme qui arrive à un moment où elle a renoncé à certaines choses, où elle a créé une sorte de carapace face aux violences de la vie. Elle va tout d'un coup rencontrer de nouveau ce qu'elle pense être l'amour. C'est un très beau texte, sur une forme d'emprise et Anne l'interprète vraiment magiquement et merveilleusement. Je suis ravie d'avoir pu aider cette magnifique comédienne à s'épanouir, en lui créant un espace où elle se sente forte et libre. Après le théâtre Princesse Grace de Monaco, vous serez au Théâtre National de Nice pour trois représentations. A cette occasion, la cinémathèque de Nice propose une rétrospective de vos films et vous a invitée à venir rencontrer le public avant la projection de L'amour flou ... Romane Bohringer : J'adore rencontrer les spectateurs de mes films. Contrairement au théâtre, une fois qu'un film est parti dans la nature, on n'a plus tellement d'accès à lui et aux gens qui le voient. J'adore ces échanges-là. Je suis chaque fois touchée que les gens soient là. Je ne dis jamais non à ce genre d'invitation. Scènes de la vie conjugale, mise en scène de Christophe Perton avec Romane Bohringer et Stanislas Nordey au théâtre Princesse Grace de Monaco le 6 février puis au Théâtre National de Nice du 11 au 13 février. Romane Bohringer rencontrera la public de la cinémathèque de Nice vendredi 13 février à 16h avant la projection du film L'amour flou .
- A pied d'oeuvre : interview de Valérie Donzelli et Franck Courtès
Après avoir porté à l'écran L'amour et les forêts d'Eric Reinhardt, Valérie Donzelli s'est emparé de A pied d'oeuvre , le roman autobiographique de Franck Courtès (paru en 2023 aux éditions Gallimard) dans lequel il raconte une période de sa vie : photographe réputé qui gagnait très bien sa vie, il a décidé de tout arrêter pour se consacrer à l'écriture. Mais assez rapidement, il bascule dans la précarité et se trouve contraint de s'inscrire sur une plateforme d'embauche où il enchaîne les petits boulots à des tarifs de plus en plus bas. C'est à Bastien Bouillon que Valérie Donzelli a confié le rôle de cet homme qui fait le choix, presque ascétique, de tourner le dos à sa vie confortable pour l'écriture, quitte à devenir pauvre. Silencieux, il observe tout et note sur ses carnets ses réflexions, ses rencontres avec ses employeurs qui, pour la plupart, appartiennent au monde qu'il a quitté. En compétition au dernier Festival de Venise, A pied d'oeuvre a obtenu le prix du meilleur scénario , une juste récompense pour ce film fort et sobre, sans doute l'un des meilleurs de Valérie Donzelli. Le film a été présenté en clôture de la dernière édition du festival Cinéroman de Nice en octobre dernier. A cette occasion, nous avions rencontré Valérie Donzelli et Franck Courtès. Valérie Donzelli au Pathé Gare du Sud Franck Courtès et Valérie Donzelli au Pathé Gare du Sud lors du festival Cinéroman A pied d'oeuvre est l'adaptation du roman de Franck Courtès. Vous avez déjà adapté à l'écran L'Amour et les forêts d'Eric Reinhardt. Qu'est-ce qui vous plaît dans cet exercice ? Valérie Donzelli : Quand on adapte un livre, il y a déjà une matière première, on n'invente pas tout comme quand on crée un scénario original. Dans les deux livres que j'ai adaptés, ce qui me plaisait, c'était évidemment le fond de ce qu'ils avaient à dire, mais aussi la forme. Souvent, je suis attachée aussi à la façon dont les écrivains s'emparent de leur récit. En ce qui concerne le livre de Franck, je trouve que l'écriture est vraiment très belle et je voulais l'utiliser pour mon film. Donc, c'est une démarche aussi particulière parce que j'avais à cœur que l'on entende l'écriture du livre. Comme c'est un livre très intime, j'avais le souci de ne pas dénaturer ce que ce qu'il y avait dedans. C'était très important pour moi de respecter ça. J'avais peur que Franck Courtès puisse ne pas s'y retrouver. Franck, comment avez-vous réagi quand Valérie vous a annoncé qu'elle voulait adapter votre livre ? Avez-vous eu des doutes, des craintes ? Franck Courtès : Je n'ai pas eu de doute. Quand Valérie m'a téléphoné la première fois, j'ai tout de suite senti qu'elle avait compris, que mon livre avait fait écho à sa sensibilité. Donc, je n'avais pas vraiment peur. En plus, je connaissais ses films précédents, et j'avais entièrement confiance. Valérie a choisi Bastien Bouillon pour « vous » interpréter. En voyant le film, vous êtes-vous reconnu en lui ? Franck Courtès : Le choix de Bastien, pour moi, c'était une immense joie parce que c'est un comédien que j'apprécie énormément. Mais son approche du rôle, du personnage, s'est faite uniquement à partir du scénario et pas du livre. Il a tenu à garder cette fidélité, cet attachement au travail de Valérie. Je trouve qu'il a complètement compris cette histoire de se tenir un tout petit peu en retrait, c'est-à-dire de traverser cette histoire avec une grande retenue. En fait, le personnage n'a pas vraiment de colère sociale. Il offre un miroir aux gens qu'il rencontre, aussi bien ceux pour lesquels il va travailler que les collègues de travail précarisés. Je trouve que Bastien Bouillon décrit parfaitement ce que je voulais faire c'est-à-dire, d'une façon faussement neutre, mais neutre quand même, montrer à la société à un moment T ce qu'elle est en train de fabriquer : la dérive d'un libéralisme, un travail complètement sorti du monde des lois et des usages. Vous aviez déjà dirigé Bastien Bouillon. Est-ce pour cette raison que vous avez fait appel à lui pour ce rôle ? Valérie Donzelli : Je voulais travailler avec un acteur avec qui j'avais déjà travaillé. Bastien a joué dans tous mes films et ça faisait longtemps que j'avais envie de lui offrir un vrai grand rôle. La chose qui m'a peut-être fait hésiter tout au départ, c'était son âge, parce qu'il était plus jeune que le protagoniste du livre. Mais en fait, j'ai trouvé après que c'était plutôt bien, parce que faire ce choix-là en étant dans la force de l'âge, à 42 ans, ça ajoutait quelque chose de plus politique et de plus radical. Je trouvais ça intéressant. Hormis cette différence d'âge, avez-vous fait d'autres modification par rapport au livre ? Valérie Donzelli : Oui, parce que comme le personnage était plus jeune, la confrontation avec la mère était moins évidente que dans le livre. Et donc j'ai changé la mère en père. C'est la principale modification que j'ai faite. Le personnage de l'ami de jeunesse, c'était une femme. Comme je trouvais qu'il y avait beaucoup de femmes dans le livre, j'ai pensé que ce serait bien que ce soit un copain. Dans le livre comme dans le film, cet homme fait un choix de vie inattendu et radical. Que vous inspire cette démarche ? Valérie Donzelli : C'est un peu vertigineux, je trouve. En fait, c'est un endroit que je comprends assez bien parce que je l'ai côtoyé sans que ce soit aussi radical, mais d'une façon ricochée par mon grand-père qui était un artiste italien, immigré. Il était peintre et sculpteur et il a vécu de son art toute sa vie. Donc, autant dire qu'il n'a pas très bien vécu parce qu'il n'était pas célèbre. Il vendait très peu de tableaux. Donc, mon père a grandi dans une grande pauvreté. Ce que j'ai retenu de mon grand-père, c'est qu'il a été un homme heureux toute sa vie parce qu'il faisait ce qu'il aimait, sans compromis. Mon père, pour le coup, n'a pas fait forcément ce qu'il aimait, par sécurité, et il en a été malheureux. C'est vrai que, moi, enfant, je me suis toujours dit que je ferais quelque chose qui me plaît coute que coûte. J'ai eu la chance que ce que j'ai fait ait pu être reconnu et m'a permis de continuer. Je serai éternellement reconnaissante à la vie pour ça ! Mais j'ai une certaine ligne de vie, une éthiqu : je ne fais pas tout et n'importe quoi. Parfois, ça demande des sacrifices, même s'ils sont moins intenses et moins grands que ceux de Franck, parce que je ne suis pas écrivain. De nos jours, il est de très difficile pour un écrivain de vivre de son métier... Valérie Donzelli : C'est ce dont parle le livre aussi : la situation des écrivains aujourd'hui mais aussi finalement, de toute personne qui cherche du sens dans son travail. Tout le monde est menacé par cette chose-là. C'est ce que raconte Franck dans La dernière photo , un livre qui marche presque en binôme avec A pied d'œuvre . Il raconte comment il ne peut plus faire son métier de photographe comme il l'entendait au départ, c'est-à-dire un endroit d'expression artistique, où il avait le temps de photographier des gens, en utilisant l'argentique. On ne faisait pas ça à la chaîne avant. L'idée du rendement a pris la place partout et on en souffre tous, en fait. Avant, on était convaincu de donner du sens à ce qu'on faisait. Et puis petit à petit, on fait son métier d'une façon un peu différente et ça nous coûte aussi. Ce que j'avais aussi envie de raconter, c'est l'histoire d'un homme qui n'est pas à l'endroit où on l'attend, c'est-à-dire dans sa puissance. C'est un homme qui a gagné de l'argent et qui décide, à un moment donné, que tout ça, ce n'est plus possible, et il a cette forme de radicalité où il rentre en écriture de façon presque religieuse. Franck Courtès : Cette nécessité d'inventer de l'art coûte que coûte, ça fait partie, je trouve, du cerveau humain. J'ai l'impression que même si on nous prive d'absolument tous les moyens pour créer, on le fera quand même. D'ailleurs, il y a une phrase dans mon livre qui dit que si je me retrouvais dans une île déserte et que je trouvais des noix de coco, je commencerais par les sculpter avant de les manger. C'est quelque chose qui relève, effectivement, de la nécessité pour beaucoup de gens d'avoir un dieu, ou de l'inventer, en tout cas. Et je me demande si, ce n'est pas la même partie du cerveau qui fait qu'on ne peut pas se contenter d'être juste des animaux raisonnables. Il faut qu'on ait une partie d'invention. L'imagination a besoin de s'exprimer. Elle est assez peu protégée. Il y a quand même une anomalie, en tout cas chez les écrivains, pas chez tous les artistes, bien sûr, mais chez les écrivains. On est reconnus dans le monde comme un pays de littérature. On rayonne dans la francophonie alors que les écrivains meurent de faim. Un écrivain touche 10 % du prix d'un livre, donc c'est environ 1,50 € par exemplaire, sachant qu'en moyenne, un livre se vend à moins de 1 000 exemplaires et qu'un best-seller commence à 5 000 ou 6 000 exemplaires. Quand il faut deux ou trois ans pour écrire un livre et qu'on dispose de 5 000 ou 6 000 euros, ça devient problématique. C'est pour ça qu'écrire ne peut être qu'un « deuxième travail » et le problème qui en résulte, c'est que la littérature devient alors un passe-temps. A part pour une poignée de personnes, il est quasiment impossible d'en vivre. Le livre relate exactement ce que vous avez vécu ? Franck Courtès : J'en ai fait un roman. Les dates ne correspondent pas forcément. Il y a deux ou trois scènes inventées, comme la scène du chevreuil. J'ai déjà renversé et dépecé un chevreuil mais jamais dans le but de le manger, comme dans le livre. Mais c'est exactement l'état d'esprit dans lequel j'étais quand j'avais perdu 13 kilos et que je ne voulais demander à personne de l'argent. J'étais en permanence dans une quête de nourriture. Donc voilà, je l'ai illustrée par ce biais-là. Sinon, pour tout le reste, pour les petits boulots que j'ai pu faire, là, j'ai tenu vraiment à être très précis. Il n'y a pas un petit travail qui soit inventé, exagéré ou enjolivé, parce qu'il fallait que ça reste crédible, justement. J'ai changé le nom de la plateforme parce que je ne pouvais pas prendre une plateforme existante mais tout le fonctionnement est inspiré de la réalité. Il en existait plein à l'époque et on pouvait s'inscrire à plusieurs d'entre elles. J'ai découvert une espèce de révolution dans le monde du travail, où finalement, les employeurs ne sont plus vraiment vos employeurs : ils ne font que faire leur chiffre d'affaires sur l'accès au travail qu'ils vous permettent. Ca change complètement les rapports humains. On profite de la précarité des gens, ce qu'on appelle les nouveaux pauvres, qui sont entre 10 et 11 millions aujourd'hui en France, et qui sont obligés de vendre leurs bras pour faire des petits boulots. Et puis, sur ces plateformes, on met des notes aux gens. Je trouve ça terrible ! Ca crée un climat vraiment étrange ; tout le monde se sent fragile.. Cet homme qui n'a pas l'habitude de travailler manuellement accepte des petits boulots pour des prix dérisoires, indignes. Dans le film, on voit qu'il en a vraiment conscience... Franck Courtès : Il a besoin de cet argent. C'est la nécessité qui pousse à accepter ça. Dans le livre, j'insiste sur les premiers 20 euros que je gagne. Quand j'étais photographe, on me faisait des virements ; j'avais un compte en banque dans lequel je puisais. Quand j'ai reçu ma première paye en liquide, tout à coup, ça m'a fait une émotion. C'est comme quand on trouve un billet par terre : qu'est-ce que je vais faire avec tout ça ? Alors que ce n'est rien ! Il y a une joie d'être payé immédiatement, en liquide. Vous parlez de cette quête d'argent de la nécessité d'accepter des petits boulots. Pourtant, son entourage tente de l'aider... Franck Courtès : C'est important de montrer cette force de caractère presque ultime. C'est ce que j'ai vécu, il fallait que je le décrive. Je me retrouvais donc partagé entre deux émotions, d'une part, je ne voulais pas qu'on ait pitié de moi, parce que c'est destructeur, psychologiquement et, d'autre part, je ne voulais pas passer pour le type qui attend qu'on l'aide. Je ne voulais pas embarrasser mon entourage. Ce sont des sentiments que j'ai éprouvés au moment où ça m'est arrivé. J'ai essayé de les décrire. A pied d'oeuvre de Valérie Donzelli avec Bastien Bouillon, Virginie Ledoyen, André Marcon au cinéma le 4 février.
- Vincent Niclo en concert : interview
Le spectacle promet d'être beau et riche en émotions. Dimanche 8 février, Vincent Niclo sera à la Palestre au Cannet. Accompagné du Richard Gardet Orchestra, il interprètera ses plus grands succès en passant d'un répertoire à un autre, comme il se plaît à le faire depuis le début de sa carrière. Ce qui est certain, c'est que Vincent Niclo n'a jamais eu l'intention d'être enfermé dans la case du ténor qui ne chante que des airs d'opéra. Il aime varier les styles musicaux, les mélanger, pour son plus grand plaisir et celui de son public qui est toujours présent à chacun de ses rendez-vous. Dans quelques mois, d'autres projets l'attendent, sur un plateau de cinéma notamment. Vincent Niclo est bien plus qu'un artiste aux multiples talents, il est animé par la curiosité et la passion. Contacté par téléphone avant son concert à la Palestre, il nous a fait quelques confidences. Pour cette tournée, vous êtes accompagné du Richard Gardet Orchestra et vous interprétez des chansons très variées... Vincent Niclo : Il y aura 8 musiciens, 2 choristes, des écrans vidéo. Je vais être bien entouré. J'ai un répertoire très éclectique et j'ai eu la chance de collaborer avec de grandes stars. Je raconte un peu mon parcours en chansons : ça va de la grande variété française à la pop, en passant par la comédie musicale, la pop opéra et l'opéra. Le public ne s'ennuie pas parce qu'on passe d'un répertoire à un autre. Je pense que je suis le seul à faire ça, en tout cas en France. Au fil des années, vous avez établi un lien fort avec votre public... Vincent Niclo : J'estime qu'on ne vient pas sur scène juste pour chanter. Pendant tout le spectacle, j'essaie de faire participer le public ; je vais dans la salle et je le fais chanter. A la fin, je fais des dédicaces. J'aime bien voir les personnes qui sont dans le public. Les réseaux sociaux sont très importants aussi . C'est là qu'on prend la température de ce qu'on a fait. Je vois quand quelque chose plaît ou ne plaît pas. Au quotidien la Niclo Family m'apporte énormément de soutien, de chaleur et d'amour. Vos albums sont différents les uns des autres. Alors que d'autres restent dans le même registre, vous avez toujours eu cette volonté de ne pas rester sur vos acquis ; vous avez toujours fait preuve de curiosité... Vincent Niclo : J'ai toujours aimé mélanger les styles musicaux. J'ai toujours essayé qu'on ne me mette pas dans une case. J'ai eu la chance de travailler avec différents artistes qui m'ont apporté et appris beaucoup de choses. Pascal Obispo, par exemple, m'a fait tout un album. J'ai travaillé avec Michel Legrand qui avait un côté plus jazzy, avec Placido Domingo qui m'a apporté un côté plus lyrique. J'ai aussi collaboré avec les prêtres orthodoxes, les Choeurs de l'Armée Rouge. J'ai fait un duo rap-classique avec le groupe Manau sur mon album celtique. J'aime bien aller en studio triturer une chanson et lui insuffler quelque chose de nouveau. Chaque fois, j'essaie d'aller autre part parce que je m'ennuie très vite et que je n'ai pas envie de refaire la même chose. Pour chaque album, je prends des risques. Je ne sais pas si le public va continuer à me suivre dans toutes me aventures mais , jusqu'à maintenant, je reconnais que ça s'est bien passé ! Vous avez cité Michel Legrand. Sur scène, vous avez interprété Guy dans Les parapluies de Cherbourg . Quels souvenirs en gardez-vous ? Vincent Niclo : C'était quelque chose d'incroyable. Quand il m'a contacté, j'ai cru qu'il me faisait une blague. Pour moi, Michel Legrand est un génie. J'ai eu la chance de travailler avec lui ; il m'a tellement appris. Après Les parapluies de Cherbourg , il m'a proposé de faire une tournée avec un big band. J'ai repris tous ses succès français et internationaux. C'était incroyable ! Il paraît que vous avez des projets en tant que comédien... Vincent Niclo : J'aime bien me lancer des défis et sortir de ma zone de confort. Au départ, j'ai une formation de comédien. On m'a proposé un projet théâtral et aussi un film musical. Ce film est très bien écrit et aborde un thème qui me parle. On verra ce que ça va donner... Il y a quelques jours, vous avez vécu un moment riche en émotions en chantant aux obsèques de Brigitte Bardot... Vincent Niclo : C'était un exercice que je n'avais jamais fait. C'est la fondation Brigitte Bardot m'a contacté. Quand j'étais animateur radio sur la BBC radio 2, j'ai eu la chance de l'interviewer. On avait eu un bon contact. A la fin, je lui ai demandé pourquoi elle avait accepté cette interview alors qu'elle avait l'habitude de refuser toutes les demandes. Elle m'avait répondu qu'elle adorait mon travail et ma voix. Elle savait aussi que j'étais un grand défenseur des animaux. On a vraiment sympathisé. On est restés en contact ; je lui envoyais mes albums et elle m'écrivait. C'était quelqu'un que j'admirais énormément en tant qu'actrice et chanteuse et aussi pour son combat pour la cause animale. Lors des obsèques, j'étais très stressé. Chanter à côté de son cercueil, c'était impressionnant. J'avais peur de ne pas arriver à chanter jusqu'au bout ; je tremblais. J'ai essayé de livrer le maximum pour elle, pour la fondation, pour sa famille, pour tous les gens qui étaient là. C'était un moment très fort en émotion. Je ne sais pas comment je suis arrivé au bout. Que représentait Brigitte Bardot pour vous ? Vincent Niclo : Elle avait une classe naturelle. Dans Et Dieu créa la femme , elle est à la quintessence de sa beauté, de sa féminité. J'aimais sa voix, qui était très reconnaissable. Avec Gainsbourg, les textes qu'elle a chantés étaient incroyables. Pour moi, elle a incarné l'une des premières femmes libres, qui faisaient ce qu'elles voulaient sans respecter les codes. Elles a montré la voie à beaucoup de femmes et a contribué à changer le regard des hommes sur les femmes, et surtout le regard des femmes sur les femmes. Elle a toujours fait ce qu'elle voulait. A 38 ans, elle a tourné le dos à Hollywood. Elle avait aussi son franc parler. C'était courageux de sa part de dire qu'elle n'était pas faite pour être maman, surtout à cette époque-là. Tout ce qu'elle a fait, elle l'a assumé. Elle était une icône, l'une des plus belles femmes du monde. Rares sont les actrices qui sont à l'apogée de leur gloire et qui disent non. Elle a vu tous les travers de l'être humain. Elle a été très déçue et c'est pour cette raison qu'elle s'est dirigée vers les animaux. Vous aussi vous êtes proche des animaux... Vincent Niclo : Depuis que je suis tout petit, je défends les animaux. C'est très important. Dès que je pourrai faire quelque chose pour aider la cause animale, je le ferai. Vincent Niclo en concert avec le Richard Gardet Orchestra dimanche 8 février à La palestre à 17h00.
- L'Intervention de Victor Hugo au théâtre Anthéa : interview de Clément Althaus
C'est toujours avec une certaine impatience que l'on attend de découvrir au théâtre Anthéa les créations de la compagnie START 361°. Après Jean de la Fontaine , Baudelaire, Prince des huées et Après Barbe-Bleue , Clément Althaus s'est emparé d'une pièce méconnue de Victor Hugo, L'Intervention . Sous des airs de vaudeville, la pièce reprend des thèmes qui sont au cœur de toute l'oeuvre de l'auteur des Misérables (les luttes sociales, les inégalités) et fait référence, avec subtilité, à sa propre vie. Elle entremêle les genres avec beaucoup de succès et d'efficacité : la légèreté côtoie le drame, la musique fait corps avec le texte. Gwenn Masseglia et Claudia Musso (crédit photo : Rémy Masseglia) Sur les toits de Paris, un couple d'ouvriers se dispute : les deux sont jaloux et se font des reproches. Mais ce qui s'apparente à une banale scène de ménage prend une autre dimension lorsqu'ils évoquent la mort de leur unique enfant. L'arrivée tonitruante d'Eurydice, une riche chanteuse de cabaret, vient apporter de la légèreté à ce couple qui a déjà subi bien des épreuves. Edmond est charmé par la spontanéité et la fantaisie de la jeune femme. Quant à Marcinelle, elle se laisserait bien tenter par les paroles séduisantes du mari de cette dernière, le baron de Gerpivrac. Jusqu'où va aller cette « intervention » inattendue ? Comme dans tout vaudeville, on s'amuse, le ton est léger et les conséquences ne sont jamais très graves. Gwenn Masseglia et Clément Althauss (crédit photo : Rémy masseglia) C'est à Clément Althaus que l'on doit l'adaptation, la mise en scène mais aussi la musique de la pièce. Sur scène, c'est lui qui interprète à la fois Edmond et le baron. Il nous a parlé avec enthousiasme de L'Intervention , cette pièce méconnue de Victor Hugo. La pièce L'intervention n'est pas la plus connue de Victor Hugo. Pourquoi avez-vous eu envie de vous en emparer ? Clément Althaus : On essaie de partir toujours de quelque chose de connu pour emmener vers autre chose. Là, c'est un peu le cheminement inverse ! L'Intervention est une pièce peu connue de Victor Hugo puisqu'elle n'a même pas été publiée de son vivant. Elle fait partie des pièces qu'il a écrites en exil à Guernesey, qui ressemblaient peut-être un peu à des petites récréations pendant qu'il écrivait Les Misérables . Il n'a pas cherché à la monter ou à la publier. Partir du singulier pour aller vers l'universel et puis de cette œuvre pour aller vers l'œuvre plus globale de Victor Hugo, c'est ce qui m'a intéressé. Même si L'Intervention est considérée comme un vaudeville, on reconnaît les préoccupations et les thèmes qui parcourent toute l'oeuvre de Victor Hugo, notamment les injustices sociales... Clément Althaus : Dès la lecture, on entrevoit les thèmes du drame social hugolien, les références à sa propre vie, la situation émotionnelle dans lesquelles il pouvait être lui-même avec Juliette Drouet, avec sa femme Adèle et avec la perte d'un enfant. Son implication politique est également suggérée. A la lecture, il y avait plein de fulgurances assez évidentes et c'était intéressant de pouvoir les mettre en valeur. Vous avez ajouté une partie du célèbre discours de Hugo sur la misère. Pourquoi ? Clément Althaus : Dans la pièce, pour montrer l'implication politique d'Edmond, il y avait seulement une référence au club de la rue de Charonne, sans qu'il y ait de développement. Ca m'a paru intéressant d'y glisser un bout du discours sur la misère qu'a prononcé Hugo à l'Assemblée et de le faire prendre en charge par Edmond. Vous avez également ajouté un autre texte très célèbre de Hugo : le poème « Demain dès l'aube », qui évoque la mort de sa fille Léopoldine. C'est l'un des moments forts de la pièce.... Clément Althaus : La pièce commence comme un vaudeville, puis, très vite, dès les premières pages, il y a toute une référence à la perte de l'enfant. On perçoit tout de suite le drame en dessous de la scène de dispute qui revêt alors quelque chose de beaucoup plus profond. On se dit que ce n'est pas juste un couple qui se dispute. C'est un couple qui essaie de survivre et qui a traversé des choses terribles. Ce n'est pas juste un amour qui bat de l'aile. Cette femme et cet homme ont supporté beaucoup de choses et tout se reconfigure d'une autre manière dès qu'on a cette petite dispute. Deux ans après le décès de sa fille Léopoldine, Victor Hugo perd Claire, la fille de Juliette Drouet, et ce deuil-là, il l'a vécu comme la perte d'un enfant, parce qu'il s'est occupé de la fille de Juliette comme de sa propre fille. Dans la pièce, vu qu'on parle de la perte d'un enfant en bas âge, ça pourrait plutôt faire référence à Léopold, qui était le premier enfant qu'a eu Victor Hugo avec sa femme Adèle, et qui est mort en bas âge avant Léopoldine. C'est toujours un petit jeu de piste avec Victor Hugo, parce qu'il insère toujours dans ses oeuvres des référence à sa propre existence, mais en les changeant. C'est très intéressant à décrypter. Victor Hugo aimait beaucoup mélanger les genres. La pièce commence par une certaine gravité puis prend des allures de vaudeville avec l'arrivée d'Eurydice. Vous allez encore plus loin dans le mélange des genres en ajoutant de la musique et des chansons... Clément Althaus : Dans la pièce originale de Victor Hugo, l'arrivée d'Eurydice était accompagnée d'une chanson. Comment intégrer la part de musicalité dans un texte est toujours un questionnement pour moi. Là, comme c'était une donnée déjà présente dans la pièce, c'était particulièrement propice à la mise en musique, sans avoir rien à changer. Eurydice est une chanteuse de cabaret. D'une certaine manière, c'était donc facile de glisser vers le théâtre musical. A la base, c'est une pièce de théâtre à proprement parler, et on a esssayé de mettre de la musique dans le théâtre et de mettre du théâtre dans la musique. Cet échange qui se fait entre la musique et le théâtre me semble vraiment très intéressant. L'arrivée d'Eurydice puis du baron apportent de la légèreté à la pièce... Clément Althaus : Eurydice trouve une opportunité avec Edmond et il en est de même du baron avec Marcinelle. Ils en auront d'autres ! D'ailleurs, la pièce se finit sans élucider vraiment la suite de l'histoire. Eurydice s'est focalisée sur Edmond pendant un moment et peut-être qu'elle se serait lassée très vite de lui si elle l'avait eu. Avec Edmond, ils font partie de ces gens qui veulent posséder des personnes ou des biens. Je pense que c'est de l'ordre du jeu pour eux. Ça paraît assez clair que ce ne sont pas des personnes fiables mais en même temps ils sont amusants tous les deux. Je voulais quand même qu'on voie chez le baron, en plus de son côté amusant et séducteur, son côté dangereux et trash. Pour l'incarner, on est forcément dans quelque chose qui demande beaucoup de rythme, dans le jeu mais aussi dans le choix de la musique qui est plus énervée, plus punchy. Je voulais qu'on voie que le baron est dans la manipulation et dans le jeu. Pourquoi avoir choisi comme décor les toits de Paris ? Clément Althaus : Chez Hugo, l'intrigue se passe dans une mansarde parisienne. On a choisi de la basculer sur les toits. C'est mon frère qui a réalisé toute la scénographie et qui a fait un super travail de réalisation pour recréer ces toits parisiens et leur donner un petit côté intemporel. Les chansons que l'on entend dans la pièce s'appuient-elles sur des répliques des personnages déjà présentes dans le texte d'Hugo ou les avez-vous écrites vous-même ? Clément Althaus : Pour la chanson d'Eurydice, j'ai pris une longue réplique que j'ai aménagée pour la transformer en chanson, pour faire en sorte d'avoir des rimes et des strophes qui soient à peu près d'une métrique plus adaptée à la mise en musique. Pour la chanson de Marcinelle qui fait la jonction avec la dernière scène, j'ai utilisé des mots prononcés par le baron pour montrer ses hésitations. En fait, j'essaie de mettre le plus de vocabulaire possible de Victor Hugo pour rester dans l'esprit. A un moment, Eurydice chante a capella une chanson originale qu'avait mise Victor Hugo dans le texte et qui ressemble à un chant de paysans, une musique traditionnelle. A un autre moment, Eurydice et Marcinelle chantent toutes les deux, chacune avec un instrument. C'est un passage d'un livret que Victor Hugo avait écrit à partir de Notre-Dame de Paris . C'est en fait l'air d'un opéra qui s'appelle L'Esmeralda. On se doute que pour créer cette pièce, vous avez dû beaucoup lire et faire de longues recherches... Clément Althaus : Oui, j'ai beaucoup lu mais à un moment donné j'ai décidé de m'arrêter parce que j'avais bien conscience que je n'arriverais jamais à lire toute l'oeuvre de Victor Hugo. Mais les recherches conduisent parfois à des heureux hasards ! Par exemple, je suis tombé sur une petite musique de ballet qui faisait partie de cet opéra. J'y ai pioché quelques notes et, en cherchant un peu dans le livret, je suis tombé sur ces paroles. Je trouvais qu'elles fonctionnaient très bien pour la prise en charge d'un chant qui puisse être en accord avec la nature et avec une vision de la féminité. Claudia Musso et Gwenn Masseglia sont formidables dans L'Intervention , comme dans vos précédentes créations. C'est rassurant et stimulant d'avoir toujours la même équipe ? Clément Althaus : C'est très important que ce soient les mêmes partenaires de travail, parce qu'il y a une confiance et une facilité dans l'échange et une évidence dans la manière de travailler. Parfois, on arrive avec quelques accords de piano pour mettre une musique, et puis quelques heures plus tard, on a finalisé une chanson entière avec des arrangements qui sont beaucoup plus complexes que ceux avec lesquels on était partis à la base ! On travaille efficacement ensemble, donc il y a une grande part de la création qui se fait aussi naturellement comme ça. Plusieurs représentations scolaires ont été organisées. Quelles ont été les réactions des élèves ? Clément Althaus : Après une représentation, je prends toujours soin de demander aux élèves si c'est la première fois qu'ils viennent au théâtre. Ca me semble être une grande responsabilité de leur donner une première image du théâtre qui va, on espère, les encourager à développer cette sensibilité-là. Je me souviens que les premières fois que j'ai pu aller voir des spectacles, j'ai été marqué par le fait qu'il y ait quelqu'un de vivant face à nous. Ca ne sera jamais comme ce qu'on voit sur des écrans. Après L'Intervention , quels seront vos projets ? Clément Althaus : Je vais jouer dans Ubu Roi que va mettre en scène Daniel Benoin. On va répéter en février et on la jouera pendant tout le mois de mars. Juste après, je composerai la musique et je mettrai en scène un seul en scène d'un texte de Lautréamont. Ce sera en avril au Lavoir Théâtre de Menton. L'Intervention de Victor Hugo au théâtre Anthéa d'Antibes jusqu'au 17 janvier. Pour plus de renseignements et pour réserver : www.anthea-antibes.fr
- Kids Return en concert : interview de Adrien Rozé
Kids Return, en plus d'être le titre d'un film de Takeshi Kitano, c'est le nom du duo formé par Clément Savoye et Adrien Rozé. Les deux garçons, originaires de Paris, se connaissent depuis le collège. Passionnés de musique tous les deux et après des débuts dans le groupe Teeers, ils fondent leur propre duo pendant le confinement. Le titre du film du cinéaste japonais qu'ils admirent tous les deux leur vient alors immédiatement à l'esprit. C'est ainsi que s'appellera leur duo. Depuis, tout s'est un peu enchaîné : un premier album, Forever melodies sorti en 2022, très réussi et salué par les critiques, puis un deuxième sorti l'année dernière intitulé tout simplement « 1997 », l'année de leur naissance, mais aussi celle de la sortie de Ok Computer de Radiohead et Homework de Daft Punk, deux albums et deux groupes de référence. Dans leur panthéon musical, figurent aussi Air, Phoenix, des groupes auxquels on les a volontiers comparés. Voilà de quoi donner un bel aperçu de leur univers. Le 6 février, au Frigo 16 du 109, le public niçois aura la chance de découvrir en live leur dernier opus, 1997, dix titres aux mélodies pop entêtantes. Ce ne sera pas la première venue des Kids Return sur la Côte d'Azur: ils ont assuré la première partie de -M- au Palais Nikaïa en 2022, ont été programmés à la Crème Festival en 2023 et invités au Festival de Cannes pour des concerts privés en 2024. Ils se réjouissent d'être de retour sur la Côte d'Azur, à la rencontre de leur public. C'est ce que nous a dit (entre autres) Adrien, lors d'un échange téléphonique où l'on a parlé musique et cinéma. Votre deuxième album qui s'intitule 1997 fait référence à votre année de naissance à tous les deux mais aussi, d'une certaine manière, à la musique de cette époque-là qui vous a influencés... 1997, c'est notre date de naissance, donc l'idée, c'était de faire un album avec cette date qui nous lie. On est amis d'enfance, on était dans la même classe au collège puis au lycée. Mais, évidemment, c'est aussi, d'une certaine manière, un hommage à ces années où sont sortis beaucoup d'albums qui nous ont inspirés, et particulièrement l'année 1997. C'est l'année où sont sortis OK Computer , de Radiohead, Bittersweet Symphony, de The Verve, le premier album de Daft Punk, etc. Il y a tout ce mélange entre ces références de rock britannique et les débuts de cette période qu'on appelle la French Touch où il y a des groupes français qui se mettent à chanter en anglais en faisant de la musique qui leur permet de voyager. Diriez-vous qu'il y a une certaine nostalgie dans 1997 ? Je pense que cette sensation de nostalgie est un peu dans notre manière de faire de la musique. Les chansons qu'on aime beaucoup baignent aussi souvent dans cette émotion-là. Ce n'est pas forcément triste ou dark, mais ce n'est pas non plus positif et feel-good. C'est un peu plus ambivalent. Cette émotion-là, je pense qu'on la retrouve dans le premier album, comme dans le deuxième, mais faite de manière différente. Dans le premier album, il y avait quelque chose de posé, de doux, même de naïf. 1997 est plus rock, plus brut. Je pense que ce qui nous a amenés à ça, c'est le fait d'avoir une expérience de la scène et l' envie de faire des chansons qui ont du sens et qui nous permettent de nous amuser sur scène. Vos deux albums ont ce point commun de faire la part belle aux mélodies que l'on retient facilement... C'est dans l'identité-même du groupe. Notre premier album s'appelait Forever Melodies . Notre façon de faire, c'est de partir de mélodies pour ensuite créer des chansons. Avoir des airs que les gens puissent chanter, c'est quelque chose qui est important pour nous. Dans vos chansons, vous abordez des thématiques propres à votre génération... Il y a des morceaux qui parlent de l'enfance, de l'amitié, des ruptures amicales, mais aussi de l'envie d'ailleurs, du désir d'un monde idéal. Il y a plein de thématiques qui sont liées à l'enfance, à notre adolescence et à notre amitié à tous les deux avec Clément. On perçoit l'influence du cinéma dans votre musique. Hormis Takeshi Kitano, quels sont les réalisateurs que vous admirez et qui ont pu vous inspirer ? Le cinéma est hyper important dans notre identité visuelle. Paris Texas de Wim Wenders qu'on avait vu ensemble avec Clément, nous a beaucoup inspirés. Il a un côté western moderne. Je dirais aussi le film Zabriskie Point d'Antonioni ; ses images de nature, de chaleur, de couleurs sont assez inspirantes dans notre musique. J'ai vu un film récemment qui m'a beaucoup marqué. C'est Bird d'Andrea Arnold. C'est un film qui a vraiment une identité britannique avec une BO et des musiques qui nous parlent. Il y a notamment un morceau de The Verve. Dans ce film, il y a un côté à la fois onirique et enfantin avec, en même temps, une dureté de la réalité des milieux pauvres et ouvriers d'Angleterre. Les références visuelles du japon et de l'Ouest américain étaient davantage présentes dans notre premier album. 1997 est plus proche de ce l'univers du film d'Andrea Arnold. L'influence du cinéma se voit aussi dans vos clips auxquels vous accordez un soin particulier. L'actrice Céleste Brunnquell est l'héroïne du clip « My hero ». Vous la connaissiez avant de faire appel à elle ? Comme l'aspect visuel a beaucoup de sens pour nous, les clips sont aussi un moyen de s'exprimer et d'apporter de la richesse à notre musique. Pour « My hero », c'est la réalisatrice du clip qui a contacté Céleste. Elle fait partie de notre bande d'amis et elle a accepté de faire le clip. C'était pour nous une chance parce qu'elle a joué hyper bien. A travers ce clip, on avait un peu l'idée de raconter un bout de film. Vous parliez tout à l'heure de votre plaisir d' être sur scène. A quoi va ressembler le concert au 109 ? Il n'y a que des surprises sur scène ! On essaye de proposer un live qui ne soit pas trop proche de l'album c'est-à-dire qu'il y a des transitions entre les morceaux. Parfois il y a aussi des moments d'improvisation. C'est aussi ça qu'on aime bien sur scène : pouvoir s'exprimer différemment. Évidemment les chansons sont là et on ne change pas les paroles pour les concerts mais on reste sur quelque chose d'assez libre quand même. Ce qui fait que quand on vient nous voir sur scène, on n'a pas juste l'album qui déroule. On est accompagnés par trois musiciens super qui sont des amis à nous. On est dans quelque chose de très familial aussi, d'assez joyeux. Pour rester dans l'univers cinématographique, il paraît que ça vous arrive d'interpréter sur scène une chanson de Michel Legrand... On joue « I will wait for you » de Michel Legrand. On avait sorti cette reprise en 2022. Ça fait toujours un petit effet quand on joue ce morceau sur scène. On l'aime beaucoup. De base, le morceau lui-même est chanté en anglais donc ce n'est pas du tout une traduction. C'est juste une interprétation différente. 1997 est sorti l'année dernière et vous êtes en pleine tournée. On attend maintenant le troisième album avec impatience... On est en train de préparer une réédition de 1997 avec de nouveaux morceaux et des vidéos. Ce serait pour mars. Et puis, on est déjà en train de travailler sur un prochain album mais il ne sera pas là avant 2027 ! Kids return en concert au Frigo 16, le 109 à partir de 20h. Pour résever : www.panda-events.com
- L'extraordinaire destinée de Sarah Bernhardt : interview de Géraldine Martineau
Dans le cadre du festival Trajectoires, le TNN accueille du 28 au 31 janvier L'extraordinaire destinée de Sarah Bernhardt , une pièce écrite et mise en scène par Géraldine Martineau. Libre, indépendante, originale, ambitieuse, féministe, la comédienne qui a joué les plus grands rôles et qui a côtoyé le Tout-Paris est morte il y a cent ans mais elle continue de fasciner et d'être une source d'inspiration. Géraldine Martineau a voulu que la pièce soit à l'image de celle que l'on surnommait La Divine : fantasque, drôle, flamboyante et en musique ! L'extraordinaire destinée de Sarah Bernhardt (crédit photo : Fabienne Rappeneau) Pourquoi avez-vous eu envie de porter sur scène la vie de Sarah Bernhardt ? Géraldine Martineau : J'ai lu ses Mémoires d'abord. C'est là que j'ai flashé sur elle et que j'ai eu très envie de la faire découvrir. Les gens ne la connaissaient pas tant que ça finalement. C'était la première star mondiale. A une époque où les femmes étaient beaucoup moins libres que maintenant, elle était féministe, ambitieuse, originale; elle osait tout, claquait les portes. Elle était complètement avant-gardiste ! En tant que comédienne, elle a osé jouer des rôles écrits pour des hommes... Géraldine Martineau : Quand elle a joué dans L'Aiglon , son fils lui a dit : « Mais enfin, maman, tu ne vas pas jouer ce rôle ! Tu n'es plus toute jeune et en plus tu es une femme ! ». Elle lui aurait répondu qu'elle était contente d'être une femme mais qu'elle voulait aussi la liberté des hommes. Certains rôles d'hommes sont tellement passionnants et complexes qu'elle avait évidemment envie de s'y frotter. Elle a joué Hamlet, Lorenzaccio, L'Aiglon. Elle ne s'interdisait rien. Elle a fait à peu près tout ce qu'elle a voulu. Quand elle est partie en Amérique, elle a gagné beaucoup d'argent parce qu'elle était vraiment vue là-bas comme un phénomène. Les salles étaient pleines alors que personne ne parlait un mot de français ; les gens venaient juste pour la voir. Elle a gagné beaucoup d'argent. C'est ce qui lui a permis de diriger le théâtre de la Renaissance à Paris puis le théâtre de la Ville. Elle remettait tout en jeu, tout le temps. Elle a brassé beaucoup d'argent, ce qui n'était pas du tout courant à l'époque, surtout pour une femme. En moins de deux heures, vous parcourez presque toute la vie de Sarah Bernhardt. Il a forcément fallu faire des choix. Comment avez-vous procédé ? Géraldine Martineau : La pièce va de son adolescence au couvent du Grandchamp jusqu'à sa mort. Donc évidemment, il y a des ellipses. J'ai pris les moments qui m'intéressaient le plus. Mais, pour qu'il y ait un fil, je n'ai pas pu rentrer dans le détail de chaque chose. Parfois, certaines années sont simplement citées. Dans ses Mémoires, on ne sait pas toujours quand c'est vrai ou quand c'est faux. Elle avait le goût de la romance. Elle a créé sa légende. Ses Mémoires s'arrêtent à son voyage en Amérique, c'est-à-dire quand même assez tôt dans sa carrière. Je me suis beaucoup documentée. À l'époque, comme j'étais aussi encore à la Comédie-Française, j'ai eu la chance d'avoir accès à son casier de sociétaire. Ça, c'était assez incroyable ! Il y a un fax où elle dit : « Je veux quitter la Comédie-Française. Stop » et l'administrateur lui répond « Vous avez intérêt à revenir très vite. Stop ». J'ai lu aussi pas mal de biographies, notamment celle de sa petite-fille, qui donne des aspects un peu plus intimes. Dans la pièce, vous accordez une place importante à son histoire familiale... Géraldine Martineau : Oui, c'est un des grands axes de la pièce. Elle s'est un peu construite sans l'amour de sa mère, qui était demi-mondaine. Elle tenait un salon et s'est très peu occupé de sa fille. Quand j'ai lu la vie de Sarah Bernhardt, j'ai vu qu'elle avait connu des drames, dans sa famille notamment. Mais globalement, ce qui l'emporte, c'est quand même énormément de travail, de folie, de risques et de joie. Elle faisait beaucoup de dîners. Elle était très entourée. Elle avait beaucoup d'amis. Mon producteur, Sébastien Azzopardi, qui est aussi le directeur du Théâtre du Palais Royal, se trouve être l'arrière-arrière-arrière-petit-fils de Sarah Bernhardt. Il est le premier à qui j'ai parlé de mon projet mais je ne savais pas qu'il avait ce lien de parenté avec elle. Quand il me l'a annoncé, je me suis dit : « Ce n'est pas possible, on ne peut pas ne pas faire le projet ensemble !». Pour tous les deux, cette pièce a donc eu une saveur particulière. Il l'a très bien accompagnée. Ca lui est arrivé d'apporter quelques petits détails. C'était chouette ! Le théâtre fait également partie des axes que vous avez développés dans la pièce... Géraldine Martineau : Sarah Bernhardt a été à la Comédie-Française, tout comme moi. Quand j'ai commencé à écrire la pièce, j'y étais encore. J'aborde pas mal cette partie de la vie de Sarah Bernhardt. Elle renvoie forcément à des choses qui m'intéressaient ou que j'avais vécues. Dans la pièce, j'ai voulu qu'il y ait des extraits de pièces dans lesquelles elle a joué. Il y a notamment L'Aiglon , quand elle est vraiment au sommet de sa gloire. Finalement, il n'y a pas tant d'extraits que ça. J'ai privilégié les scènes autour du théâtre, dans la loge, des scènes de troupe... Vous souhaitiez que la pièce soit à l'image de Sarah Bernhardt : fantasque, drôle, flamboyante. C'est pour cette raison que la musique est si présente ? Géraldine Martineau : J'ai vraiment essayé de faire un spectacle qui lui ressemble. Même s'il y a quelques scènes un peu sombres, le spectacle est globalement dans la joie et avec de la musique ! Sarah Bernhardt n'était pas chanteuse, mais comme elle était très connue pour avoir une voix très mélodique, presque proche du chant, j'ai tout de suite choisi Estelle Meyer, que je connais depuis très longtemps. Pour moi, elle a tout de Sarah Bernhardt ! Comme elle chante, je trouvais super de pouvoir profiter de son talent et de recouper ça avec le jeu de Sarah, qui était si proche de la mélodie. On s'est dit que ça pouvait être intéressant de créer des chansons. Estelle a écrit les paroles, et c'est le compositeur avec qui je travaille sur chacune de mes pièces, qui a composé la musique. Au plateau, on a donc un pianiste, une clarinettiste et une violoncelliste. Par conséquent, il y a toute une part musicale assez importante, mais ce n'est évidemment pas du tout une comédie musicale. Le chant et la musique se tressent avec le texte de manière assez fluide. Et puis, j'ai la chance d'avoir des acteurs pluridisciplinaires : certains jouent du piano, chantent, font des choeurs et dansent ! Vous êtes comédienne. N'avez-vous pas eu envie, vous-même, de jouer dans la pièce ? Géraldine Martineau : Je n'ai pas eu envie pour deux raisons. Déjà, je trouve que ça aurait fait trop, et puis, même si, physiquement, je ne suis pas très loin de Sarah Bernhard qui était très petite et un peu rousse, je me trouve très loin d'elle dans mon imaginaire. Estelle ne lui ressemble pas mais je trouve qu'elle lui correspondait davantage. Elle est très singulière; elle a une voix grave, elle a quelque chose d'imposant dans sa personnalité, un côté fantasque. Pour moi, Sarah Bernhardt, c'est elle ! Je trouve qu'elle fait une proposition très forte du personnage. Votre court-métrage, Dans la chambre , avec Guillaume Gouix vient d'être présenté au festival Paris Courts Devant. C'est un projet que vous aviez depuis longtemps ? Géraldine Martineau : Depuis que je suis toute petite, je suis une grande spectatrice de cinéma. Comme j'habitais à côté d'un cinéma, j'y allais trois à quatre fois par semaine et j'ai dû voir des centaines et des centaines de films. En revanche, j'allais beaucoup moins au théâtre. En tant que praticienne, c'est le théâtre qui m'a aimée tout de suite. C'est là où j'ai pu m'exprimer. J'ai passé beaucoup de castings pour des films. J'ai ce rêve de cinéma depuis longtemps. Ça m'a pris du temps de me dire quelle histoire j'avais envie de porter. J'ai mis quatre ans pour faire ce court-métrage, dont deux pour le financer. C'est très long. Cette expérience m'a donné envie de continuer. J'aime bien faire des choses différentes, apprendre et me mettre en déséquilibre. Je n'aime pas trop le confort et je n'ai pas envie de refaire ce que j'ai déjà fait. J'ai trouvé passionnant d'apprendre à faire un film et de pouvoir être avec des gens qui ont beaucoup d'expérience. Maintenant, je regarde les films différemment alors qu'avant j'avais un œil de spectatrice totalement naïf. C'est ce que j'aime bien quand on commence à faire de la fabrication. Le théâtre, comme ça fait longtemps que je fais des mises en scène, je le regarde un peu avec un œil de fabricante. Je trouve que c'est passionnant de pouvoir explorer autant de champs et d'avoir plusieurs cordes à son arc. On peut aller là où on a envie d'aller. Plus j'ai de domaines, plus je peux prendre les projets que j'ai vraiment envie de faire. De cette façon, je m'achète aussi ma liberté. Maintenant, j'ai très envie de faire un long-métrage. Je vais commencer à l'écrire mais ce ne sera pas le même sujet que le court-métrage. L'extraordinaire destinée de Sarah Bernhardt , de Géraldine Martineau du 28 au 31 janvier au TNN, salle de La Cuisine. Pour réserver : www.tnn.fr
- A l'ombre du réverbère : interview de Redwane Rajel
La 8e édition du festival Trajectoires consacré aux récits de vie se poursuit jusqu'au 13 février dans plusieurs théâtres et lieux culturels des Alpes-Maritimes. Du 27 au 29 janvier, le TNN accueillera Redwane Rajel. Dans son premier seul-en-scène intitulé A l'ombre du réverbère , il raconte son parcours, sa passion pour le théâtre qu'il a découvert en prison, grâce à de belles rencontres. Il a joué pour Olivier Py, Joël Pommerat, Dominique Bluzet et il est en train de faire ses premiers pas au cinéma. Sa trajectoire, pour reprendre le titre du festival qui prend décidément tout son sens avec lui, Redwane Rajel la raconte sur scène, avec cette passion qui l'anime depuis que le théâtre est entré dans sa vie. Redwane Rajel "A l'ombre du réverbère" (crédit photo : Claire Gaby) Comment expliqueriez-vous le titre de la pièce, « A l'ombre du réverbère » ? Redwane Rajel : C'est une allégorie, en quelque sorte. S'il y a de l'ombre, ça veut dire qu'il y a de la lumière, même dans la nuit. C'est la lune, forcément, qui éclaire. La lumière vient d'en haut, et donc, même dans les ténèbres, il peut y avoir de la lumière. C'est Enzo Verdet qui a trouvé le titre. Dans un premier temps, j'ai commencé à écrire la pièce avec Bertrand Kaczmarek, un ami docteur en philosophie, qui a fait sa thèse sur le sens de la peine de prison. Enzo Verdet, mon metteur en scène, nous a aidés à retoucher le texte. On a donc écrit à trois. On a comme point commun tous les trois de bien connaître la prison. Bertrand a été directeur de prison. Quant à Enzo, il donne des cours de théâtre dans des ateliers à la prison d'Avignon depuis plus de dix ans. Vous avez fait des rencontres déterminantes lorsque vous étiez en prison, et à votre sortie. Olivier Py et Joël Pommerat vous ont fait découvrir le théâtre et vous ont encouragé à en faire... Redwane Rajel : Olivier Py et Joël Pommerat, ce sont deux grands dramaturges contemporains, peut-être même les plus grands ! J'ai eu la chance de rencontrer tout d'abord Olivier Py lors de ma détention. C'est quelqu'un de formidable, qui m'a donné l'amour de Shakespeare et des tragédies. Il fait du théâtre plutôt expressif. Avec Olivier, on peut crier! Il nous donnait des hauts-parleurs. A travers ses ateliers de théâtre, il nous permettait de nous évader. C'était super important de se sentir redevenir humains. Après, j'ai rencontré Joël Pommerat. C'est grâce à lui que je suis un comédien professionnel aujourd'hui. C'est quelqu'un qui parle de l'humain. C'est viscéral, ce qu'il raconte ; j'y ai trouvé une résonance avec mon retour à la vie civile. J'ai appris et je continue à apprendre énormément avec lui. Je suis rentré dans la compagnie Louis Brouillard, une grande famille, la plus grande compagnie de théâtre privé en France. J'ai rencontré des comédiennes et comédiens exceptionnels. Joël a l'habitude de travailler toujours avec la même équipe. Il sait qu'il peut compter sur moi. Dominique Bluzet a été une autre rencontre déterminante dans ma vie. C'est surtout grâce à lui qu'existe A l'ombre du réverbère. Il m'a fait confiance dès le début, alors que le texte n'était pas terminé. C'est aussi grâce à lui que j'essaie un petit peu de m'émanciper de ce statut d'ancien détenu qui fait du théâtre. Vous aimeriez qu'on vous parle moins de ce statut ? Redwane Rajel : Je sais que c'est le jeu et puis, c'est aussi grâce à ça que je fais du théâtre aujourd'hui ! Depuis 2018, je travaille avec des professionnels. Je me suis dit que si je voulais continuer à faire ce métier, c'était aussi intéressant qu'on parle une bonne fois pour toutes de ce statut d'ancien prisonnier. En prison, l'art réhumanise les gens, les resocialise. Dans tous les lieux où la culture est désertée, il faut se battre. Je ne fais pas de politique, mais c'est incontestable que le théâtre est politique. Dans la pièce, je vante les bienfaits de la culture en prison. Je raconte aussi l'histoire d'une petite dizaine de détenus qui vont jouer une pièce de théâtre à Paris et qui rentrent le soir alors qu'il n'y avait aucun surveillant. Personne ne s'est évadé parce qu'on était tous animés par la même passion. Ce que vous racontez a une dimension universelle et va bien au-delà de votre propre parcours... Redwane Rajel : Exactement ! Après une intervention dans un musée sur Giacometti, que j'ai faite avec Mathéo, un collaborateur des théâtres de Marseille, on a réalisé, comme le disait Baudelaire, que les oeuvres d'art étaient reliées entre elles. On a donc relié A l'ombre du réverbère avec Giacometti, Baudelaire et notamment son poème « Le Spleen » qui résonne vraiment en moi. Dans ma pièce, comme chez Giacometti et Baudelaire, il est question de l'isolement, du vide, de la solitude. Dans A l'ombre du réverbère , je parle de ma vie et du fait que j'ai été en prison mais cette histoire pourrait très bien être celle d'une personne qui se retrouve face à un drame dans sa vie, qui est au pied du mur, seul. Qu'est-ce qui peut le sauver ? Et bien, c'est l'art, cette lumière à l'ombre du réverbère. J'ai été un des pionniers en France de la justice restaurative et j'ai rencontré des victimes. Et en fait, ce sont les mêmes thématiques. Tout ce que je raconte sur scène, en réalité, ce sont des choses que j'ai racontées aux victimes. Elles avaient besoin de l'entendre. Je me dois d'avoir énormément d'humilité vis-à-vis de ça. J'ai fait aussi pas mal d'interventions dans des lycées. Je suis vraiment ému de voir que ça touche les jeunes, aussi bien des étudiants de classes préparatoires que des jeunes en difficulté. C'est vraiment quelque chose qui m'émeut et qui me donne énormément de force. Vous parliez du rôle de l'art dans votre vie. En prison, vous avez eu accès à des auteurs, à des textes que vous ne connaissiez pas. Quels sont ceux qui vous ont marqué ? Redwane Rajel : Olivier Py m'a transmis son amour pour Shakespeare. Dans la pièce, j'en parle et je fais référence notamment à Macbeth que j'ai joué avec lui. C'est une pièce qui m'a énormément marqué. Elle a même été déterminante parce qu'elle a entraîné en moi une véritable remise en question. Grâce à Olivier, j'ai vraiment un amour inconditionnel pour William Shakespeare. Maintenant, quels sont vos projets en tant que comédien ? Redwane Rajel : A l'ombre du réverbère va continuer à tourner. C'est une pièce qui peut se jouer aussi bien dans les grandes salles que dans les petites. La première année, on a joué une partie de la pièce dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes à Avignon. On était aussi au Théâtre Paris-Villette devant 70 personnes. Enzo Verdet a fait une scénographie qui s'adapte. La saison prochaine, on sera au Théâtre du Rond-Point pendant deux semaines. Sinon, je continue à jouer dans le Marius de Joël Pommerat et j'ai un autre projet de théâtre avec Dominique Bluzet. Il veut me voir jouer Scapin ! On ne peut pas vivre avec une seule pièce de théâtre ou avec un seul metteur en scène. C'est très dur d'être intermittent du spectacle. C'est une période hyper compliquée avec toutes les restrictions et les coupes budgétaires. Heureusement, que ma pièce ne coûte pas cher ! Mais à la fois, c'est super. On revient à l'essence du théâtre. Joël Pommerat, Enzo Verdet, Olivier Py, tous les metteurs en scène qui ont travaillé en prison ont appris à faire du théâtre avec seulement des chaises. Je commence à faire du cinéma. Je viens de débuter le tournage de Ma révérence , le nouveau film de Maxime Roy (il est le réalisateur du film Les Héroïques présenté au Festival de Cannes en2021) avec notamment Anthony Bajon, Olivier Gourmet, François Creton. Maxime est un ami. Je l'ai rencontré en faisant des stages avec lui. J'ai participé à son moyen-métrage, La Main Gauche qui a gagné un prix à la Sorbonne. Je n'ai jamais voulu faire du cinéma pour faire du cinéma. Dans le film de Maxime Roy, j'ai la chance d'interpréter un beau personnage. C'est un père de famille convoyeur de fonds. Je suis vraiment content ! A l'ombre du réverbère de Redwane Rajel, Bertrand Kaczmarek, Enzo Verdet, d'après la vie de Redwane Rajel au TNN, salle des Franciscains, du 27 au 29 janvier. Le TNN accueillera deux autres spectacles dans la cadre du festival Trajectoires : L'extraordinaire destinée de Sarah Bernhardt de Géraldine Martineau du 28 au 31 janvier (salle de La Cusine) et Petite touche du 5 au 7 février (salle des Franciscains). Pour plus de renseignements sur le festival Trajectoires : www.forumcarros.com/trajectoires/
- Promis le ciel de Erige Sehiri : interview de l'actrice Aïssa Maïga
Lors du dernier festival de Cannes, Promis le ciel de Erige Sehiri avait fait l'ouverture de la section Un Certain Regard. Il avait ému le public qui lui avait réservé une belle ovation à la fin de la projection. Il sortira en salles le 28 janvie r. Dans ce film engagé et ancré dans le réel, la réalisatrice franco-tunisienne dénonce les discriminations et les violences dont sont victimes les immigrés subsahariens en Tunisie, en suivant le parcours de trois femmes qui font tout ce qu'elles peuvent pour survivre dans ce climat sous tension. Naney et Jolie, une étudiante déterminée à poursuivre ses études, sont hébergées par Marie, une ancienne journaliste devenue pasteure. Elles viennent de recueillir une petite fille, rescapée d'un naufrage, à laquelle Marie s'attache de plus en plus. C'est Aïssa Maïga qui interprète cette femme au grand cœur. Magnifique, touchante, elle trouve sans doute là son plus beau rôle. Nous l'avions rencontré Aïssa Maïga à Cannes, au Five Seas Hôtel, pendant le festival. Elle nous avait parlé de Promis le ciel mais aussi de son rôle de marraine de la Semaine du Cinéma Positif. Affiche du film (crédit photo : JOUR2FETE) Vous êtes l'une des héroïnes de Promis le ciel d'Erige Sehiri qui a fait l'Ouverture d'Un Certain Regard. Le film aborde une facette peu connue de la Tunisie... Aïssa Maïga : C'était bien qu'il soit en ouverture. Ça a permis d'avoir encore une plus belle visibilité. On a eu vraiment un très bel accueil. C'est un beau film, très humain avec une esthétique intéressante. Il y a un équilibre entre le propos et la proposition artistique. On a peu parlé dans les médias de ce qui a pu se passer ces dernières années. Il y a eu des faits divers atroces avec des chasses à l'homme pour trouver des migrants, les déloger et les exiler de force. Il y a eu des assassinats aussi. Certains migrants ont été jetés dans le désert et on avait la certitude qu'ils n'en sortiraient pas vivants. Ce sont des images qui m'avaient vraiment traumatisée. Et en même temps c'est vrai qu'on n'en parle pas ou très peu. C'est là ponctuellement dans les médias puis après ça disparaît. Pour moi c'est un motif de fierté de donner un visage à des personnes qui ont été réduites à des chiffres, et qu'on caricature, qu'on déshumanise du fait qu'on ne porte pas un regard réel sur eux. Dans le film, Vous interprétez Marie, une ancienne journaliste devenue pasteure... Aïssa Maïga : Le fait qu'elles soient trois, ça permet aussi de donner tout de suite une variété à des profils qu'on ne connaît pas. Il y a Marie, la pasteure, qui est à la fois la femme leader et à la fois une femme blessée, très secrète. Il y a Jolie, l'étudiante qui pense être à l'abri des dérapages comme elle est en situation tout à fait régulière et qu'en plus elle est une intello. Et puis, il y a Naney, qui est vraiment la figure de la débrouille. Elle est touchante. Il ne faut pas oublier bien sûr la petite Kenza qui raconte ce qu'elle a vraiment vécu. Quand elle parle, ce ne sont pas des mots qu'Erige a inventés pour elle. C'est réellement ce qu'elle a vécu. C'est une enfant rescapée d'un naufrage. La différence avec le film, c'est que cette petite Kenza vit avec sa maman. Elle n'a pas perdu ses parents. En tant qu'actrice, jouer avec des gens qui interprètent leur propre rôle et qui ont de tels récits de vie, à la fois ça rend l'humilité totale évidemment, mais aussi il y a une sorte de challenge pour se hisser à leur niveau de réalité et de vérité. C'était vraiment intéressant de travailler avec Erige. Il y avait pas mal d'improvisations. Elle allait au montage puis elle revenait le lendemain ou la semaine d'après et elle nous demandait de refaire des scènes mais avec un autre angle ou en ajoutant quelque chose de nouveau à la scène. J'avais totalement confiance en Erige parce qu'elle maîtrisait vraiment son sujet. Elle a gardé de son métier de journaliste d'investigation le goût pour les enquêtes au long cours. Ca faisait deux ans ou trois ans qu'elle était immergée dans cette communauté et qu'elle questionnait en même temps son propre regard là-dessus. C'est ce qui m'a passionnée chez elle. Elle était dans l'idée de décrire une réalité complexe avec plusieurs niveaux de langage et de manière à rendre visible l'invisible. Ses personnages ne sont pas parfaits. Il y a plein de choses qu'on peut leur reprocher. Elle regarde la complexité de leur âme. Vous êtes aussi à Cannes en tant que marraine de la semaine du cinéma positif. Quelle définition vous donneriez de cet adjectif ? Aïssa Maïga : C'est un cinéma qui apporte un éclairage sur des problématiques importantes, humaines, environnementales, sociales. C'est un cinéma qui rassemble, qui est unificateur, qui est enthousiasmant d'une certaine manière, qui offre une perspective. Parce qu'on est un peu accablés en ce moment par ce qui se passe dans le monde.... Ce sont des valeurs que vous-même vous véhiculez dans votre cinéma.... Aïssa Maïga : Oui, ce sont des valeurs humanistes. J'aime l'idée que le regard posé par un cinéaste à travers une oeuvre puisse apporter une prise de conscience, bien que le cinéma ne se réduise pas à ça, bien sûr. Le cinéma, c'est aussi un espace de liberté créative dans lequel il ne devrait pas y avoir d'injonctions. Quand le cinéma s'inscrit à contrario d'un principe d'ouverture, lorsqu'il véhicule des clichés qui se répercutent dans la vie réelle des individus, c'est comme s'il trahissait son essence. Cette Semaine du Cinéma Positif aborde plusieurs thèmes et notamment l'écologie. C'est un thème qui vous tient à cœur. En 2021, vous étiez venue au Festival de Cannes pour présenter votre film Marcher sur l'eau . Quels souvenirs en gardez-vous ? Aïssa Maïga : C'était une surprise totale. C'est rare qu'il y ait des documentaires à Cannes. Quand j'ai appris qu'il y avait la création d'une section particulière, j'étais très intriguée. Et quand on m'a dit que c'était une section pour le climat, j'ai eu de la chance. Je suis tombée la bonne année avec mon film. Avec n'importe quel film, on n'est jamais sûr de rencontrer le public et à plus forte raison avec un documentaire qui se passe en Afrique et qui parle du réchauffement climatique. Le film a été bien accueilli. Je regrette juste que cette section ait été éphémère. Je pense que dans un festival aussi prestigieux que Cannes, c'était un pas de côté vraiment intéressant qui pouvait aussi inciter des cinéastes à s'emparer de ces questions-là sans sacrifier l'aspect artistique du film. On a besoin de ces oeuvres-là, je pense. Il y a vraiment un public pour ça. Quels sont vos projets dans les semaines et les mois à venir ? Aïssa Maïga : Je vais démarrer en juin le tournage d'un premier long-métrage. Ce sera un film de science-fiction français mais en anglais. Je serai à l'affiche de Killing of a nation , sur l'assassinat du président haïtien Jovenel Moïse en 2021. Il va y avoir aussi un téléfilm de Corinne Masiero sur le mal-logement pour France Télévisions avec Romane Bohringer. Promis le ciel de Erige Sehiri avec Aïssa Maïga, Laetitia Ky, Debora Lobe Naney... au cinéma le 28 janvier.
- Furcy, né libre : interview de Abd al Malik
Le rappeur Abd al Malik aura attendu plus de dix ans pour repasser derrière la caméra. Après Qu'Allah bénisse la France sorti en 2014, il a réalisé Furcy, né libre , un film fort qui ne peut laisser indifférent, sur une histoire vraie et pourtant méconnue. Dans son deuxième film, adapté du livre de Mohammed Aïssaoui, L'affaire de l'esclave Furcy , il revient sur une période peu glorieuse de l'Histoire de France et relate le long combat d'un esclave pour faire reconnaître son statut d'homme libre . C'est à la mort de sa mère que Furcy découvre une lettre attestant que celle-ci a été affranchie par son maître. Ce document aurait pu passer inaperçu mais Furcy sait lire, contrairement à la plupart des esclaves, et il est bien déterminé à faire valoir ses droits et sa liberté. Pendant près de trente ans, il va se heurter à l'hostilité et aux aberrations de la justice. C'est l'acteur Makita Samba que l'on avait notamment vu dans Les Olympiades de Jacques Audiard que Abd al Malik a confié le rôle de Furcy . Face au détestable esclavagiste interprété par le toujours talentueux Vincent Macaigne, il résiste et impose sa force et sa détermination. Présenté en avant-première lors du dernier festival Cinéroman de Nice, Furcy, né libre avait impressionné le public. Nous avions pu rencontrer Abd al Malik au Négresco avant la projection au Pathé gare du sud. Qu'est-ce qui vous a donné envie de porter à l'écran cette histoire ? Abd al Malik : Ce qui m'intéressait, c'est comment être capable collectivement de regarder notre histoire, même la plus sombre, et se dire comment aujourd'hui on peut en faire un outil de réconciliation. Etre Français, être européen, ce n'est pas une couleur de peau, pas un sexe, pas une religion, mais c'est le fait d'adhérer à des valeurs, à des principes, à des choses qu'on a en commun. Si à un moment donné dans notre histoire individuelle on n'est pas capable de déposer nos sacs de douleurs, alors dans notre histoire collective ça sera impossible d'avancer positivement tous ensemble. D'une certaine manière, les artistes permettent ce lien. Prendre l'histoire de l'esclavagisme, c'est aussi dire qu'on se rend compte qu'il y a des choses qui n'ont pas été résolues. On ne parle pas suffisamment de cette partie de l'Histoire de France. On ne peut pas la réparer mais on peut la regarder, en parler et se dire : aujourd'hui et demain avançons ensemble et faisons peuple ensemble pour de vrai. C'est l'esprit dans lequel j'ai fait ce film véritablement. Je suis de ces artistes qui pensent que l'oeuvre artistique peut changer des vies. Pour moi, c'est une question de vie ou de mort. Ce qui est important pour moi, c'est comment en tant qu'artiste et en tant que citoyen, je peux aider humblement à faire du lien et qu'on puisse avancer ensemble. Pour moi le cinéma c'est un outil fabuleux pour faire bouger une société. Ce qui accroît la détermination de Furcy, c'est qu'il sait lire et écrire... Abd al Malik : Quand j'ai pris connaissance de cette histoire je me suis reconnu en Furcy dans ce sens là. Sans l'éducation, je ne serais pas là devant vous. Pour moi, Furcy est une figure exemplaire et inspirante même aujourd'hui. Si j'ai fait ce film, c'est aussi avec l'idée qu'on puisse l'amener auprès d'élèves et d'étudiants et auprès qu'on puisse échanger. Le cinéma est comme une agora : c'est un endroit qui symbolise la chose démocratique. Il y a une forme de communion. Pour moi, faire un film de cinéma c'est fondamental, surtout à notre époque. Le film est adapté du livre de Mohamed Aïssaoui. Vous avez mis du temps à vous en emparer. Pourquoi ? Abd al Malik : Quand, il y a une dizaine d'années, je suis allé sur l'île de la Réunion et qu'on m'a proposé de faire quelque chose avec ce livre, je ne me sentais pas prêt dans le sens où il fallait que je trouve la bonne distance. Puis, il s'est passé des choses dans ma vie qui m'ont fait réfléchir. Dans la période des commémorations de l'abolition de l'esclavage, la ville de Nantes organise plusieurs événements. Une année, j'ai été parrain avec Patrick Chamoiseau et Françoise Vergès. J'ai vu beaucoup de conférences et j'ai pensé qu'il y avait quelque chose d'important qui nous concernait, qui était en train de se jouer. Quelques temps après le musée d'Orsay a organisé une exposition assez unique qui s'appelait "Le modèle noir de Géricault à Matisse" à laquelle j'ai participé. Et puis, j'ai pris part au doublage du film américain Birth of the Nation . C'est là que je me suis dit qu'il fallait qu'en France on raconte notre histoire. On doit avancer ensemble et trouver les moyens pour qu'on puisse se regarder de la bonne façon. Dans ce monde qui est si compliqué, on a besoin de valeurs solides. Pour moi, ces valeurs solides c'est la justice, le savoir, l'éducation. Il ne faut pas oublier que même si c'est inspiré d'une histoire vraie, il s'agit d'un film de fiction. Donc forcément en 1h45, on ne peut pas raconter la vie de quelqu'un et je ne suis pas historien. L'idée, c'était de faire un film de cinéma qui ait du sens. Aujourd'hui, avoir confiance en la justice même s'il y a des errements , c'est fondamental parce que c'est ce qui nous permet de faire société. Furcy a foi en la justice. Sa lutte a duré près d'une trentaine d'années. Les Etats-Unis abordent plus facilement son passé esclavagiste au cinéma que nous. Comment l'expliquez-vous ? Abd al Malik : J'ai vraiment le sentiment qu'il y a un génie français, et qu'on a fait de grandes et belles choses mais il y a le côté obscur de ce génie français, c'est à dire qu'à un moment donné individuellement on doit être vigilant pour ne pas vivre dans un monde de musées. Tout ce qui est un peu compliqué, on le met sous le tapis et c'est totalement contre-productif pour nous en tant que peuple. Mais ce qui compte c'est qu'aujourd'hui, il y a des volontés, des femmes et des hommes qui ont véritablement envie de changer les choses, qui ont envie que la France soit à la hauteur d'elle-même, qu'il n'y ait plus ce décalage entre nos principes et le réel. Furcy né libre de Abd al Malik avec Makita Samba, Romain Duris, Vincent Macaigne, Ana Girardot...
- Festival Trajectoires : interview de Vanessa Banzo pour la pièce Ca va faire mâle !
La 8e édition du festival Trajectoires aura lieu du 13 janvier au 13 février. Depuis sa création, ce festival qui met en avant les récits de vie a su s'imposer comme l'un des rendez-vous culturels les plus attendus de chaque début d'année. Initié et coordonné par le Forum Jacques Prévert de Carros, le festival réunit plusieurs autres théâtres et lieux culturels des Alpes-Maritimes : le théâtre de Grasse, la scène 55 de Mougins, le Théâtre National de Nice, le théâtre de la Licorne de Cannes et la médiathèque de Mouans-Sartoux. Le Forum Jacques Prévert de Carros accueillera cinq spectacles. C'est Ca va faire mâle ! , la nouvelle création de Vanessa Banzo, qui ouvrira le bal, le 16 janvier. L'adolescence, le désir, l'amour, le regard des autres, l'égalité filles-garçons, l'impact des images et des réseaux sociaux ont toujours été au coeur de son travail. Ca va faire mâle ! est dans la même veine que #preuvedamour, sa précédente pièce. Cette fois, Vanessa Banzo adopte un point de vue masculin et s'intéresse à l'éveil du désir et des sentiments d'un adolescent, Gaël, évoluant dans un monde saturé d'images. Vanessa Banzo et Joris Barcaroli dans Ca va faire mâle ! (crédit photo : Alicia Banzo) Ca va faire mâle ! aborde un peu les mêmes thèmes que #preuvedamour mais du point de vue d'un garçon... Vanessa Banzo : Quand j'ai commencé à tourner #preuvedamour , dans lequel j'abordais la problématique ados et amoureux à l'heure des réseaux sociaux depuis le point de vue d'une jeune fille, souvent, lors des débats, à la fin de représentations organisées dans des établissements scolaires, les garçons me faisaient remarquer qu'ils auraient trouvé intéressant qu'on aborde le point de vue masculin. Pour eux non plus les choses ne sont pas simples. Maintenant, les jeunes sont de gros consommateurs de séries. Quand ça leur plaît, ils réclament la suite. Je me suis dit que je pouvais m'atteler à la suite, ce qui me permettrait d'aborder la thématique, mais en mettant au centre un personnage masculin. Gaël, le personnage principal de Ça va faire mâle ! , était déjà présent dans #preuve d'amour . On retrouve aussi certains personnages secondaires de la pièce. D'autres vont faire leur apparition. On est vraiment tout à fait dans la droite ligne de #preuvedamour , tant sur le fond que sur la forme. La pièce fait partie de la programmation du festival Trajectoires. L'histoire de Gaël ressemble à celle de plein d'autres adolescents. L'intime atteint l'universel... Vanessa Banzo : C'est une fiction. Les personnages sont inventés, mais ils sont tellement inspirés de la réalité, de ce que j'ai vu que c'est comme si c'était presque un récit de vie autobiographique. C'est vraiment ce qui ressort en premier lorsque les jeunes réagissent. Ils disent souvent : « C'est vraiment notre vie ! ». Il est beaucoup question des images, des réseaux sociaux, de choses qui leur parlent vraiment. L'idée, c'était vraiment d'être au plus proche de cette réalité-là, de se mettre à la place des jeunes, de parler depuis leur point de vue et de ne surtout pas avoir un positionnement d'adultes qui jugent, qui prétendent tout savoir. Par conséquent, j'ai fait énormément d'ateliers, sur le temps scolaire avec des jeunes accompagnés par leurs enseignants, mais aussi parfois auprès de jeunes que j'allais voir hors temps scolaire, par exemple des internes dans des collèges que je voyais tous les mercredis après-midi, ou des élèves en situation de décrochage scolaire, dans des dispositifs un peu particuliers. L'idée était de constituer un panel de jeunes suffisamment large, avec une diversité la plus complète possible pour écrire de manière un peu universelle. Forcément, chaque histoire a sa particularité mais, malgré tout, ce qui est important, c'est d'en retirer l'essence générale. Aujourd'hui, quand on est adolescent ou pré-adolescent, il y a un terreau commun à tous, même si, évidemment, chacun évolue dans des familles différentes et reçoit une éducation différente. Ce qui est important, c'est comment on peut tous cohabiter et résoudre des problématiques souvent taboues, tout en respectant chaque point de vue. C'est une pièce de théâtre de narration. C'est-à-dire ? Vanessa Banzo : C'est une dramaturgie qui vient d'Italie, à laquelle je me suis formée à Turin. Dans le théâtre de narration, l'acteur-narrateur qui monte sur scène est systématiquement la personne qui a écrit la pièce. A l'origine du projet, la personne a souhaité s'adresser à un public en particulier. Le théâtre de narration est un théâtre social et engagé. Par exemple, je m'intéresse à ce que vivent les ouvriers, les prisonniers, les migrants. Je m'intéresse à une population donnée. Je ne peux pas prétendre écrire quoi que ce soit sans associer le public dont je parle et auquel je m'adresse, sans les connaître, sans passer du temps avec eux, sans échanger, ni sans les associer à chaque étape de la création. Les thèmes que vous abordez amènent à la réflexion. Cette pièce a-t-elle permis de provoquer des discussions, de libérer la parole ? Vanessa Banzo : Les thèmes que la pièce aborde sont assez tabous, dans le sens où on parle d'amour, de désir, de sexualité, d'amitié, de réseaux sociaux. Ce sont des sujets que les jeunes n'abordent pas avec leurs parents ni même entre eux, parfois. Avec ces spectacles, je ne viens pas pour résoudre des problèmes ou apporter des solutions avec plutôt pour semer des graines et des départs de discussion qui puissent se faire le plus respectueusement possible, que ce soit les jeunes entre eux, ou les jeunes avec leurs parents, ou les jeunes avec l'équipe pédagogique. Très souvent, effectivement, ça entraîne des discussions. Chacun parle et donne son avis. Et ça, c'est vraiment chouette parce qu'on arrive à avoir des sons de cloche différents. Et intérieurement, ça fait aussi son chemin. Parfois, il y a des paroles qui se sont libérées. Dans #preuvedamour, je parle de choses très intimes, de jeunes filles qui envoient des photos intimes d'elles. Bien évidemment, quand je vais dans des établissements scolaires, les jeunes filles ne vont pas exposer leurs problèmes devant toute la classe mais si elles me confient quelque chose, je vais en parler à l'équipe pédagogique. Pour les représentations qui ont lieu dans les établissements scolaires, vous êtes seule. Sur la scène du Forume Jacques Prévert, vous serez accompagnée de Joris Barcaroli. Qu'apporte sa présence sur scène ? Vanessa Banzo : Je suis accompagnée de Joris Barcaroli, qui est à la fois multi-instrumentiste, compositeur, et aussi comédien. Il a une belle place dans le spectacle. Il est vraiment présent à mes côtés tout au long du récit et je trouve ça très chouette. La version plateau et la version de la salle de classe sont assez différentes. En classe, je suis seule et je m'adresse plutôt aux élèves de quatrième-troisième. En revanche, quand on est au plateau, avec la musique, avec le décalage presque clownesque qu'apporte la présence de Joris, et le jeu qu'on a tous les deux, le spectacle est plutôt accessible dès la sixième-cinquième. Ca va faire mâle ! au Forum Jacques Prévert de Carros vendredi 16 janvier à 20h. La représentation sera précédée d'une rencontre parents-ados avec la Maison des ados de Lenval et Alter-égaux de 17h15 à 19h30. Gratuit sur inscription au 04 93 08 76 07











