Festival Trajectoires : interview de Vanessa Banzo pour la pièce Ca va faire mâle !
- Laurence Ray
- il y a 5 jours
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La 8e édition du festival Trajectoires aura lieu du 13 janvier au 13 février. Depuis sa création, ce festival qui met en avant les récits de vie a su s'imposer comme l'un des rendez-vous culturels les plus attendus de chaque début d'année. Initié et coordonné par le Forum Jacques Prévert de Carros, le festival réunit plusieurs autres théâtres et lieux culturels des Alpes-Maritimes : le théâtre de Grasse, la scène 55 de Mougins, le Théâtre National de Nice, le théâtre de la Licorne de Cannes et la médiathèque de Mouans-Sartoux.
Le Forum Jacques Prévert de Carros accueillera cinq spectacles. C'est Ca va faire mâle ! , la nouvelle création de Vanessa Banzo, qui ouvrira le bal, le 16 janvier. L'adolescence, le désir, l'amour, le regard des autres, l'égalité filles-garçons, l'impact des images et des réseaux sociaux ont toujours été au coeur de son travail. Ca va faire mâle ! est dans la même veine que #preuvedamour, sa précédente pièce. Cette fois, Vanessa Banzo adopte un point de vue masculin et s'intéresse à l'éveil du désir et des sentiments d'un adolescent, Gaël, évoluant dans un monde saturé d'images.

Ca va faire mâle ! aborde un peu les mêmes thèmes que #preuvedamour mais du point de vue d'un garçon...
Vanessa Banzo : Quand j'ai commencé à tourner #preuvedamour, dans lequel j'abordais la problématique ados et amoureux à l'heure des réseaux sociaux depuis le point de vue d'une jeune fille, souvent, lors des débats, à la fin de représentations organisées dans des établissements scolaires, les garçons me faisaient remarquer qu'ils auraient trouvé intéressant qu'on aborde le point de vue masculin. Pour eux non plus les choses ne sont pas simples. Maintenant, les jeunes sont de gros consommateurs de séries. Quand ça leur plaît, ils réclament la suite. Je me suis dit que je pouvais m'atteler à la suite, ce qui me permettrait d'aborder la thématique, mais en mettant au centre un personnage masculin.
Gaël, le personnage principal de Ça va faire mâle !, était déjà présent dans #preuve d'amour. On retrouve aussi certains personnages secondaires de la pièce. D'autres vont faire leur apparition. On est vraiment tout à fait dans la droite ligne de #preuvedamour, tant sur le fond que sur la forme.
La pièce fait partie de la programmation du festival Trajectoires. L'histoire de Gaël ressemble à celle de plein d'autres adolescents. L'intime atteint l'universel...
Vanessa Banzo : C'est une fiction. Les personnages sont inventés, mais ils sont tellement inspirés de la réalité, de ce que j'ai vu que c'est comme si c'était presque un récit de vie autobiographique. C'est vraiment ce qui ressort en premier lorsque les jeunes réagissent. Ils disent souvent : « C'est vraiment notre vie ! ». Il est beaucoup question des images, des réseaux sociaux, de choses qui leur parlent vraiment.
L'idée, c'était vraiment d'être au plus proche de cette réalité-là, de se mettre à la place des jeunes, de parler depuis leur point de vue et de ne surtout pas avoir un positionnement d'adultes qui jugent, qui prétendent tout savoir. Par conséquent, j'ai fait énormément d'ateliers, sur le temps scolaire avec des jeunes accompagnés par leurs enseignants, mais aussi parfois auprès de jeunes que j'allais voir hors temps scolaire, par exemple des internes dans des collèges que je voyais tous les mercredis après-midi, ou des élèves en situation de décrochage scolaire, dans des dispositifs un peu particuliers. L'idée était de constituer un panel de jeunes suffisamment large, avec une diversité la plus complète possible pour écrire de manière un peu universelle. Forcément, chaque histoire a sa particularité mais, malgré tout, ce qui est important, c'est d'en retirer l'essence générale. Aujourd'hui, quand on est adolescent ou pré-adolescent, il y a un terreau commun à tous, même si, évidemment, chacun évolue dans des familles différentes et reçoit une éducation différente. Ce qui est important, c'est comment on peut tous cohabiter et résoudre des problématiques souvent taboues, tout en respectant chaque point de vue.
C'est une pièce de théâtre de narration. C'est-à-dire ?
Vanessa Banzo : C'est une dramaturgie qui vient d'Italie, à laquelle je me suis formée à Turin. Dans le théâtre de narration, l'acteur-narrateur qui monte sur scène est systématiquement la personne qui a écrit la pièce. A l'origine du projet, la personne a souhaité s'adresser à un public en particulier. Le théâtre de narration est un théâtre social et engagé. Par exemple, je m'intéresse à ce que vivent les ouvriers, les prisonniers, les migrants. Je m'intéresse à une population donnée. Je ne peux pas prétendre écrire quoi que ce soit sans associer le public dont je parle et auquel je m'adresse, sans les connaître, sans passer du temps avec eux, sans échanger, ni sans les associer à chaque étape de la création.
Les thèmes que vous abordez amènent à la réflexion. Cette pièce a-t-elle permis de provoquer des discussions, de libérer la parole ?
Vanessa Banzo : Les thèmes que la pièce aborde sont assez tabous, dans le sens où on parle d'amour, de désir, de sexualité, d'amitié, de réseaux sociaux. Ce sont des sujets que les jeunes n'abordent pas avec leurs parents ni même entre eux, parfois. Avec ces spectacles, je ne viens pas pour résoudre des problèmes ou apporter des solutions avec plutôt pour semer des graines et des départs de discussion qui puissent se faire le plus respectueusement possible, que ce soit les jeunes entre eux, ou les jeunes avec leurs parents, ou les jeunes avec l'équipe pédagogique. Très souvent, effectivement, ça entraîne des discussions. Chacun parle et donne son avis. Et ça, c'est vraiment chouette parce qu'on arrive à avoir des sons de cloche différents. Et intérieurement, ça fait aussi son chemin. Parfois, il y a des paroles qui se sont libérées. Dans #preuvedamour, je parle de choses très intimes, de jeunes filles qui envoient des photos intimes d'elles. Bien évidemment, quand je vais dans des établissements scolaires, les jeunes filles ne vont pas exposer leurs problèmes devant toute la classe mais si elles me confient quelque chose, je vais en parler à l'équipe pédagogique.
Pour les représentations qui ont lieu dans les établissements scolaires, vous êtes seule. Sur la scène du Forume Jacques Prévert, vous serez accompagnée de Joris Barcaroli. Qu'apporte sa présence sur scène ?
Vanessa Banzo : Je suis accompagnée de Joris Barcaroli, qui est à la fois multi-instrumentiste, compositeur, et aussi comédien. Il a une belle place dans le spectacle. Il est vraiment présent à mes côtés tout au long du récit et je trouve ça très chouette. La version plateau et la version de la salle de classe sont assez différentes. En classe, je suis seule et je m'adresse plutôt aux élèves de quatrième-troisième. En revanche, quand on est au plateau, avec la musique, avec le décalage presque clownesque qu'apporte la présence de Joris, et le jeu qu'on a tous les deux, le spectacle est plutôt accessible dès la sixième-cinquième.
Ca va faire mâle ! au Forum Jacques Prévert de Carros vendredi 16 janvier à 20h.
La représentation sera précédée d'une rencontre parents-ados avec la Maison des ados de Lenval et Alter-égaux de 17h15 à 19h30. Gratuit sur inscription au 04 93 08 76 07




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