Au café Maupassant au TNN : interview de Marie-Louise Bischofberger
- Laurence Ray
- 6 janv.
- 4 min de lecture
Du 6 au 9 janvier, la salle des Franciscains du Théâtre National de Nice accueillera Au café Maupassant, le premier volet d'un feuilleton théâtral conçu par Marie-Louise Bischofberger. Un projet ambitieux et passionnant dont elle nous a parlé entre deux répétitions, quelques jours avant la première représentation.

Au Café Maupassant, un feuilleton de huit épisodes
Après la diffusion sur France Culture d'une série radiophonique enregistrée en public à La Scala de Paris en 2019, la metteuse en scène Marie-Louise Bischofberger a voulu poursuivre cette aventure en adaptant à la scène plusieurs nouvelles de Maupassant. «C'est un auteur tonifiant et ses nouvelles sont revigorantes ». Ce projet qu'elle a porté pendant sept ans, elle l'a construit en huit épisodes, à la manière des feuilletons qui connaissaient un vif succès au XIXe siècle. En effet, Maupassant, comme d'autres auteurs de cette époque, avait l'habitude de livrer ses textes aux journaux qui le publiaient, semaine après semaine, maintenant ainsi le suspense et la curiosité des lecteurs.
« Pour l'un des épisodes, j'ai eu la chance d'avoir Muriel Mayette-Holtz (la directrice du TNN). Je voulais vraiment qu'elle participe à ce projet. J'ai commencé à lui en parler au tout début, il y a dix ans», nous a-t-elle confié. Depuis sa création, le feuilleton a parcouru la France et a voyagé à l'étranger, notamment en Roumanie où quatre épisodes ont été joués.
Le premier épisode retravaillé pour la salle des Franciscains
Du 6 au 9 janvier, le public du TNN pourra découvrir le premier épisode de ce feuilleton, dans une version retravaillée pour la salle des Franciscains. « Elle a un grand arrière-fond, qui donne comme une autre dimension à ces histoires, une dimension onirique », reconnaît Marie-Louise Bischofberger qui est à Nice depuis plusieurs jours avec ses comédiens pour répéter et s'approprier l'espace qu'offre cette superbe salle du Vieux Nice.
Ces représentations auront pour elle une saveur d'autant plus particulière qu'elle sera sur le plateau, en tant que comédienne. « Après tant d'épisodes, je voulais une fois être avec les acteurs. C'est un tel projet de cœur et on est une telle équipe que je tenais vraiment à être avec eux sur scène une fois !». A Nice, Marie-Louise Bischofberger et six comédiennes et comédiens (Armelle Bérengier, Dominic Gould, Marc Lesage, Gin Minellei, Geert Van Herweijnen, Pierre Yvon) interprèteront des personnages de plusieurs nouvelles de Maupassant qui dialogueront et raconteront leurs histoires comme peuvent le faire habituellement les clients d'un bar.
« A la base, l'inspiration était le Café de Flore à Paris avec la librairie de La Hune. C'est une librairie mythique de Saint-Germain-des-Prés. Comme c'est souvent le cas quand on est dans les cafés, on entend une histoire et on reste collé dessus. Récemment, j'ai lu un entretien de Peter Handke où il disait que quand on a fini un livre, on est comme vidé. C'est pourquoi il va dans les cafés, écoute les histoires. C'est à partir de là qu'il commence à raconter quelque chose. En racontant, on commence à inventer. », nous a confié Marie-Louise Bischofberger.
Huit nouvelles dans le premier épisode
La totalité des épisodes compte plus de 80 nouvelles. Pour « Au Café Maupassant » que le public pourra découvrir à Nice, il a fallu en sélectionner huit. Ce qui n'a pas été simple car il fallait arriver à créer une certaine cohésion, tout en restant fidèle aux textes et à la langue de Maupassant». Pour ce premier épisode, Marie-Louise Bischofberger s'est intéressée à deux thèmes souvent traités par Maupassant : la paternité et les enfants. C'est autour de la nouvelle « Aux champs » qu'elle a structuré ce premier épisode. Dans cette histoire, Maupassant s'attache à deux familles paysannes. L'une a vendu son enfant à un couple bourgeois venu de la ville tandis que l'autre a fermement refusé de vendre le sien. A la fin, devenu adulte, ce dernier, jaloux de l'autre garçon, reprochera à ses parents de ne pas l'avoir vendu. « Qui oserait dire ça ? C'est une nouvelle d'une incroyable cruauté mais aussi d'une grande modernité. Elle questionne sur certaines valeurs liées à l'attachement ».
Dans cet épisode, les spectateurs découvriront et reconnaîtront également d'autres nouvelles de Maupassant, notamment « Au bord du lit », « En mer », « Imprudence », « Rêves », « Confessions d'une femme », ou encore « Le Signe » qui a inspiré Jean-Luc Godard pour son premier court métrage, Une femme coquette. Marie-Louise Bischofberger a également tenu à ajouter une partie de « La nuit », mais sans la fin qui, très sombre, s'apparente à un cauchemar. « Je ne voulais pas aller vers le cauchemar parce que ça m'amène déjà vers autre chose. Normalement, j'arrête un épisode là où le prochain va commencer. »
D'autres projets après Maupassant
Les représentations de Nice marqueront la fin d'un cycle pour Marie-Louise Bischofberger. En ce moment, elle a deux projets en tête, notamment un autour de Stevenson qui questionne sur les raisons pour lesquelles on fait du théâtre. Dans une célèbre phrase qu'elle nous a volontiers rappelée, Nabokov disait : « La littérature est née le jour où un jeune garçon a crié « au loup, au loup ! » alors qu'il n'y avait aucun loup derrière lui ». Cette phrase, Marie-Louise la garde en mémoire et elle est au cœur de son travail . « C'est important de ne pas être toujours dans le concret. Développer l'imaginaire, c'est ce qui m'intéresse le plus. On en a bien besoin aujourd'hui ». Nous ne pouvons que lui donner raison !




Commentaires