Warren Zavatta seul en scène dans Sortie de piste : interview
- Laurence Ray
- il y a 6 jours
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Même si la semaine dernière n'a pas été de tout repos pour Warren Zavatta qui a eu le Covid et qui a dû faire face à un feu de cheminée dans sa maison, cela n'a pas entamé son énergie et son envie d'être sur scène.
Plus de dix ans après son premier seul-en-scène produit par Dany Boon, Ce soir dans votre ville !, où il racontait, avec une bonne dose d'autodérision, son parcours, celui d'un enfant de la balle, né dans une célèbre famille circassienne au nom parfois difficile à porter (il est le petit-fils d'Achille Zavatta), il est de retour avec Sortie de piste. Un titre, qui n'est pas sans évoquer l'univers du cirque et qui résume ces dernières années, constituées de bien plus de bas que de hauts.
Après le triomphe de son premier spectacle, Warren Zavatta a connu la dépression, s'est adonné à la drogue, l'alcool, est passé par la case prison et hôpital psychiatrique. Tout cela aurait pu le détruire mais il s'est relevé et il a décidé de faire de ces années difficiles le matériau de son deuxième spectacle. Que le public se rassure, Sortie de piste n'est absolument pas « prise de tête ». Warren Zavatta nous l'a bien répété quand nous l'avons joint par téléphone. Il n'est pas là pour démoraliser les spectateurs. Bien au contraire. Lorsqu'il se livre, c'est toujours avec beaucoup d'autodérision et quelques numéros de cirque. Son nouveau seul-en-scène est à son image, sincère, drôle et touchant. Il est à découvrir au Forum Jacques Prévert de Carros vendredi 23 janvier dans le cadre du festival Trajectoires.

Ce soir dans votre ville ! A eu un succès retentissant mais a eu de lourdes conséquences dans votre vie personnelle. Dans votre nouveau spectacle, vous racontez les raisons de votre absence, les travers dans lesquels vous êtes tombé, la découverte de votre bipolarité...
Warren Zavatta : J'ai joué ce spectacle plus de 1200 fois. Ca m'a mis une pression hallucinante. À l'époque on ne savait pas que j'étais bipolaire. En fait le succès, le rythme de travail, tout ça a fait exploser ma bipolarité, et je suis tombé dans tous les travers, alcool, drogue, dépression, jusqu'à la case prison sans prendre les 20 000 euros malheureusement ! J'ai été détecté, soigné, stabilisé. Il m'a fallu beaucoup de temps pour remonter la pente. C'est un spectacle sur la résilience. Le premier était autobiographique. Je me suis dit : autant y retourner en rappelant ce qui s'est passé !
Comme dans le premier spectacle, vous faites preuve de beaucoup d'autodérision...
Warren Zavatta : Ce n'est pas prise de tête ! Je dis par exemple que la prison pour un romano, c'est normal, c'est ni plus ni moins qu'un stage en entreprise ! J'aborde un peu les choses comme ça. Je prends le contre-pied de tout. On s'amuse beaucoup dans mon spectacle. C'est mené tambour battant. Je suis content de participer au festival Trajectoires qui raconte des parcours de vie. Même si on est tous différents, on a tous des succès, des échecs. Pour le coup, en ce qui me concerne, c'est une sacrée trajectoire !
Et puis, dans votre spectacle, il y a aussi, bien sûr, des références au cirque. Même pour quelqu'un qui ne vous connaît pas, le nom de Zavatta évoque forcément l'univers du cirque...
Warren Zavatta : Je suis un homme de scène, j'ai toujours fait ce métier-là. J'ai une formation de théâtre, des arts du cirque, j'ai appris à jongler, à chanter, à danser, je joue des instruments de musique. Le spectacle est donc émaillé de petites spécialités circassiennes.
Mon grand-père n'a pas du tout transmis son savoir à ses enfants ni à ses petits-enfants. Tout le contraire ! C'est malheureux à dire, mais il a même fait un procès à ses enfants, parce qu'ils utilisaient son nom pour leur cirque. Donc il y a une espèce de rancœur envers lui.
Après, je reconnais que mon nom m'a ouvert des portes mais pas tant que ça finalement. J'ai toujours été un peu vu comme un mec de cirque. Alors que, par exemple, moi, j'adore le théâtre classique. Je rêverais de trouver du boulot dans le théâtre classique. Je dis dans mon spectacle : quel metteur en scène va engager un Zavatta pour jouer Néron? Je ne sais pas.
Les sujets que vous abordez, la bipolarité, la dépression, l'alcool, la drogue, touchent beaucoup de monde. Recevez-vous des témoignages de spectateurs qui vous disent que votre spectacle leur a fait du bien ?
Warren Zavatta : Oui, j'ai régulièrement, en fin de spectacle, des gens qui viennent me voir en me disant « Ah, merci, ça me fait du bien ! ». Dans mon spectacle, il y a un passage sur les alcooliques anonymes qui disent « Maintenant, je suis devenu un alcoolique abstinent ». Tout le monde a, dans sa famille, quelqu'un qui est alcoolique. J'ai eu beaucoup de mal à me sortir de l'alcool. Ca fait douze ans que je ne bois plus. Pour moi, l'alcoolisme est vraiment un problème de société. C'est très compliqué de ne pas boire en France. Quand j'étais jeune, j'ai travaillé un temps dans un restaurant et quand on venait prendre la commande, on n'avait pas le droit de demander aux clients s'ils voulaient prendre un apéritif ou du vin. C'était interdit. J'ai trouvé ça intéressant. En France, quand on dit qu'on ne boit pas, on est vite catalogué alors qu'on peut très bien s'amuser sans alcool ! Je connais beaucoup de viticulteurs dans le Bordelais. Ils me font sentir des vins. Je les sens mais je ne bois pas.
Désormais ce n'est plus la drogue ou l'alcool mais la scène qui vous procure du plaisir...
Warren Zavatta : Oui c'est la scène mais il faut aussi gérer les difficultés liées à la bipolarité, les montées en pression et les descentes. Avant, quand je montais sur scène, je prenais de la cocaïne, maintenant, je prends un quart de Lexomyl pour justement ne pas trop monter en pression et me calmer. Maintenant, mon quotidien est vraiment réglé sur mon métier. Je répète, je joue de la trompette, du piano, du saxophone. Jai repris le sport, je cours chaque jour. Dans mon spectacle, il y a quelques passages un peu acrobatiques. Donc je dois m'entraîner. Ca me maintient en forme ! Et puis, en général, je me couche assez tôt. Là, comme je joue le soir, depuis une semaine, j'ai décalé mes horaires.
Aujourd'hui, tout va bien pour vous alors ?
Warren Zavatta : Il y a douze ou treize ans, quand ma femme est partie avec mes filles, j'ai acheté une ferme à rénover à quatre kilomètres de l'école où elles étaient scolarisées. J'ai construit un petit théâtre dans une dépendance de ma ferme. Je m'y suis enfermé et j'ai écrit l'histoire que je raconte au public dans Sortie de piste.
Aujourd'hui tout va bien, j'ai retrouvé le lien avec mes deux filles. L'une a terminé ses études à l'Institut français de la mode. Elle a présenté sa collection à la Fashion Week. Elle est très contente. Et l'autre est dans une école de comédie. J'ai fait le Festival d'Avignon avec elle. Pendant ces années, je suis tombé amoureux d'une nouvelle compagne. Ca va plutôt bien, oui !
Professionnellement ça va bien aussi visiblement. Avez-vous des projets?
Warren Zavatta : Je viens de tourner dans Le Voyageur pour France Télévisions. J'ai eu un bon rôle de serial killer. Ça me fait rire parce que j'ai plutôt une formation de clown, mais comme je mesure 1m92, que j'ai le crâne rasé et une grosse voix, on a dû se dire que j'étais fait pour le rôle ! J'ai tourné un épisode de cette série il y a deux ans et comme ils étaient vraiment très contents, ils m'ont fait revenir pour un autre épisode où, à la fin, je m'évade de prison. Donc, je me dis qu'ils vont peut-être encore faire appel à moi ! Je me suis documenté énormément sur tous les serial killers. Il y a une certaine mise en danger quand on travaille des rôles comme ceux-là parce qu'on va chercher en nous la partie du serial killer, ce qu'il y a de plus mauvais en nous.
Après, peut-être que je vais écrire un troisième spectacle, ou alors un livre. Je suis en train de me dire que finalement, la scène, c'est quand même compliqué à gérer pour moi par rapport à la bipolarité. Je vois que n'importe quelle petite responsabilité me catastrophe. Je ne bois pas, je fais beaucoup de sport, je sors très peu, je lis un peu, je reste à la maison. Heureusement que ma femme est là ! Parce que si j'étais tout seul, ce serait sûrement très différent...J'ai traversé des périodes de grosses dépressions aussi où c'était impossible de sortir du lit, de se laver, de manger. J'alternais avec des phases où je mettais plein de projets en route. Je suis suractif et malheureusement, à un moment donné, ça retombe et là, tout ce que j'ai mis en branle professionnellement me retombe dessus quand je suis au plus bas. Donc, c'est compliqué à gérer. Je me dis que comme j'ai déjà écrit deux seuls-en-scène, je pourrais intégrer pas mal de choses dans un bouquin et écrire une espèce d'autobiographie mais plutôt rigolote, à l'image des deux spectacles. Donc depuis deux ou trois mois, j'écris deux heures par jour. Je vais voir où ça va me mener !
Warren Zavatta dans Sortie de piste, le 23 janvier à 20h au Forum Jacques Prévert de Carros. Pour réserver : www.forumcarros.com




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