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L'extraordinaire destinée de Sarah Bernhardt : interview de Géraldine Martineau

  • Laurence Ray
  • il y a 18 heures
  • 6 min de lecture

Dans le cadre du festival Trajectoires, le TNN accueillera du 28 au 31 janvier L'extraordinaire destinée de Sarah Bernhardt, une pièce écrite et mise en scène par Géraldine Martineau. Libre, indépendante, originale, ambitieuse, féministe, la comédienne qui a joué les plus grands rôles et qui a côtoyé le Tout-Paris, est morte il y a cent ans mais elle continue de fasciner et d'être une source d'inspiration. Géraldine Martineau a voulu que la pièce soit à l'image de celle que l'on surnommait La Divine : fantasque, drôle, flamboyante et en musique !


L'extraordinaire destinée de Sarah Bernhardt de Géraldine Martineau
L'extraordinaire destinée de Sarah Bernhardt (crédit photo : Fabienne Rappeneau)

Pourquoi avez-vous eu envie de porter sur scène la vie de Sarah Bernhardt ?


Géraldine Martineau : J'ai lu ses Mémoires d'abord. C'est là que j'ai flashé sur elle et que j'ai eu très envie de la faire découvrir. Les gens ne la connaissaient pas tant que ça finalement. Pour l'anniversaire de sa disparition, une exposition lui a été consacrée au Grand Palais et il y a eu le film de Guillaume Nicloux avec Sandrine Kiberlain. C'était la première star mondiale. A une époque où les femmes étaient beaucoup moins libres que maintenant, elle était féministe, ambitieuse, originale; elle osait tout, claquait les portes. Elle était complètement avant-gardiste !


En tant que comédienne, elle a osé jouer des rôles écrits pour des hommes...


Géraldine Martineau : Quand elle a joué dans L'Aiglon, son fils lui a dit : « Mais enfin, maman, tu ne vas pas jouer ce rôle ! Tu n'es plus toute jeune et en plus tu es une femme ! ». Elle lui aurait répondu qu'elle était contente d'être une femme mais qu'elle voulait aussi la liberté des hommes. Certains rôles d'hommes sont tellement passionnants et complexes qu'elle avait évidemment envie de s'y frotter. Elle a joué Hamlet, Lorenzaccio, L'Aiglon.

Elle ne s'interdisait rien. Elle a fait à peu près tout ce qu'elle a voulu. Quand elle est partie en Amérique, elle a gagné beaucoup d'argent parce qu'elle était vraiment vue là-bas comme un phénomène. Les salles étaient pleines alors que personne ne parlait un mot de français ; les gens venaient juste pour la voir. Elle a gagné beaucoup d'argent. C'est ce qui lui a permis de diriger le théâtre de la Renaissance à Paris puis le théâtre de la Ville. Elle remettait tout en jeu tout le temps. Elle a brassé beaucoup d'argent, ce qui n'était pas du tout courant à l'époque, surtout pour une femme.


En moins de deux heures, vous parcourez presque toute la vie de Sarah Bernhardt. Il a forcément fallu faire des choix. Comment avez-vous procédé ?


Géraldine Martineau : La pièce va de son adolescence au couvent du Grandchamp jusqu'à sa mort. Donc évidemment, il y a des ellipses. J'ai pris les moments qui m'intéressaient le plus. Mais pour qu'il y ait un fil, évidemment, je n'ai pas pu rentrer dans le détail de chaque chose. Parfois, certaines années sont simplement citées. Dans ses Mémoires, on ne sait pas toujours quand c'est vrai ou quand c'est faux. Elle avait le goût de la romance. Elle a créé sa légende. Ses Mémoires s'arrêtent à son voyage en Amérique, c'est-à-dire quand même assez tôt dans sa carrière.

Je me suis beaucoup documentée. À l'époque, comme j'étais aussi encore à la Comédie-Française, j'ai eu la chance d'avoir accès à son casier de sociétaire. Ça, c'était assez incroyable ! Il y a un fax où elle dit : « Je veux quitter la Comédie- Française. Stop » et l'administrateur lui répond « Vous avez intérêt à revenir très vite. Stop ». J'ai lu aussi pas mal de biographies, notamment celle de sa petite-fille, qui donne des aspects un peu plus intimes.


Dans la pièce, vous accordez une place importante à son histoire familiale...


Géraldine Martineau : Oui, c'est un des grands axes de la pièce. Elle s'est un peu construite sans l'amour de sa mère, qui était demi-mondaine. Elle tenait un salon et s'est très peu occupée de sa fille. Quand j'ai lu la vie de Sarah Bernhardt, j'ai vu qu'elle avait connu des drames, dans sa famille notamment. Mais globalement, ce qui l'emporte, c'est quand même énormément de travail, de folie, de risques et de joie. Elle faisait beaucoup de dîners. Elle était très entourée. Elle avait beaucoup d'amis.

Mon producteur, Sébastien Azzopardi, qui est aussi le directeur du Théâtre du Palais Royal, se trouve être l'arrière-arrière-arrière-petit-fils de Sarah Bernhardt. Il est lepremier à qui j'ai parlé demon projet mais je ne savais pas qu'il avait ce lien de parenté avec elle. Quand il me l'a annoncé, je me suis dit : « Ce n'est pas possible, on ne peut pas ne pas faire le projet ensemble !». Pour tous les deux, cette pièce a donc eu une saveur particulière. Il l'a très bien accompagnée. Ca lui est arrivé d'apporter quelques petits détails. C'était chouette !


Le théâtre fait également partie des axes que vous avez développés dans la pièce...


Géraldine Martineau : Sarah Bernhardt a été à la Comédie-Française, tout comme moi. Quand j'ai commencé à écrire la pièce, j'y étais encore. J'aborde pas mal cette partie de la vie de Sarah Bernhardt. Elle renvoie forcément à des choses qui m'intéressaient ou que j'avais vécues. Dans la pièce, j'ai voulu qu'il y ait des extraits de pièces dans lesquelles elle a joué. Il y a notamment L'Aiglon, quand elle est vraiment au sommet de sa gloire. Finalement, il n'y a pas tant d'extraits que ça. J'ai privilégié les scènes autour du théâtre, dans la loge, des scènes de troupe...


Vous souhaitiez que la pièce soit à l'image de Sarah Bernhardt : fantasque, drôle, flamboyante. C'est pour cette raison que la musique est si présente ?


Géraldine Martineau : J'ai vraiment essayé de faire un spectacle qui lui ressemble. Même s'il y a quelques scènes un peu sombres, le spectacle est globalement dans la joie et avec de la musique ! Sarah Bernhardt n'était pas chanteuse, mais comme elle était très connue pour avoir une voix très mélodique, presque proche du chant, j'ai tout de suite choisi Estelle Meyer, que je connais depuis très longtemps. Pour moi, elle a tout de Sarah Bernhardt ! Comme elle chante, je trouvais super de pouvoir profiter de son talent et de recouper ça avec le jeu de Sarah, qui était si proche de la mélodie. On s'est dit que ça pouvait être intéressant de créer des chansons. Estelle a écrit les paroles, et c'est le compositeur avec qui je travaille sur chacune de mes pièces, qui a composé la musique.

Au plateau, on a donc un pianiste, une clarinettiste et une violoncelliste. Par conséquent, il y a toute une part musicale assez importante, mais ce n'est évidemment pas du tout une comédie musicale. Le chant et la musique se tressent avec le texte de manière assez fluide. Et puis, j'ai la chance d'avoir des acteurs pluridisciplinaires : certains jouent du piano, chantent et font des choeurs et dansent  !


Vous êtes comédienne. N'avez-vous pas eu envie, vous-même, de jouer dans la pièce ?


Géraldine Martineau : Je n'ai pas eu envie pour deux raisons. Déjà, je trouve que ça aurait fait trop, et puis, même si, physiquement, je ne suis pas très loin de Sarah Bernhard qui était très petite et un peu rousse, je me trouve très loin d'elle dans mon imaginaire. Estelle ne lui ressemble pas mais je trouve qu'elle lui correspondait davantage. Elle est très singulière; elle a une voix grave, elle a quelque chose d'imposant dans sa personnalité, un côté fantasque. Pour moi, Sarah Bernhardt, c'est elle ! Je trouve qu'elle fait une proposition très forte du personnage.


Votre court-métrage, Dans la chambre, avec Guillaume Gouix vient d'être présenté au festival Paris Courts Devant. Pourquoi avoir eu envie de passer à la réalisation ?


Géraldine Martineau : Depuis que je suis toute petite, je suis une grande spectatrice de cinéma. Comme j'habitais à côté d'un cinéma, j'y allais trois à quatre fois par semaine et j'ai dû voir des centaines et des centaines de films. En revanche, j'allais beaucoup moins au théâtre.

En tant que praticienne, c'est le théâtre qui m'a aimée tout de suite. C'est là où j'ai pu m'exprimer. J'ai passé beaucoup de castings pour des films. J'ai ce rêve de cinéma depuis longtemps. Ça m'a pris du temps de me dire quelle histoire j'avais envie de porter. J'ai mis quatre ans pour faire ce court-métrage, dont deux pour lefinacer. C'est très long. Cette expérience m'a donné envie de continuer. J'aime bien faire des choses différentes, apprendre et me mettre en déséquilibre. Je n'aime pas trop le confort et je n'ai pas envie de refaire ce que j'ai déjà fait. J'ai trouvé passionnant d'apprendre à faire un film et de pouvoir être avec des gens qui ont beaucoup d'expérience. Maintenant, je regarde les films différemment alors qu'avant j'avais un œil de spectatrice totalement naïf. C'est ce que j'aime bien quand on commence à faire de la fabrication. Le théâtre, comme ça fait longtemps que je fais des mises en scène, je le regarde un peu avec un œil de fabricante.

Je trouve que c'est passionnant de pouvoir explorer autant de champs et d'avoir plusieurs cordes à son arc. On peut aller là où on a envie d'aller. Plus j'ai de domaines, plus je peux prendre les projets que j'ai vraiment envie de faire. De cette façon, je m'achète aussi ma liberté. Maintenant, j'ai très envie de faire un long-métrage. Je vais commencer à l'écrire mais ce ne sera pas le même sujet que le court-métrage.


L'extraordinaire destinée de Sarah Bernhardt, de Géraldine Martineau du 28 au 31 janvier au TNN, salle de La Cuisine.


Pour réserver : www.tnn.fr

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