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  • Rencontre avec Alicia Fall au Festival de Cannes

    Alicia Fall fait partie de ces femmes qui ont de la classe. Quand elle s'est présentée à nous pour l'interview, c'était l'après-midi mais elle était vêtue d'une robe de cocktail blanche, une chaussure à la main. Elle venait de casser un talon. Loin d'être dérangée par la situation, elle a répondu très sérieusement à nos questions, remettant à plus tard l'achat d'une nouvelle paire de chaussures Rue d'Antibes. Le Festival de Cannes avec ses strass et ses paillettes, Alicia Fall le connaît bien. Elle en est à sa vingtième édition. Journaliste, présentatrice télé, mais aussi productrice et désormais réalisatrice, elle a plusieurs cordes à son arc. C'est toujours la passion et l'engagement qui l'animent. Son premier court-métrage, A cloche-pied, aborde un sujet qui lui est très personnel : les violences domestiques vécues par les enfants. Elle nous en a parlé. Culture Net Info : Vous êtes très souvent venue à Cannes. Quels souvenirs vous viennent à l'esprit ? Alicia Fall : Le meilleur souvenir, c'est le premier, inéluctablement. C'était les débuts de Leïla Bekhti ; il y avait toute l'équipe de Kourtrajmé avec Ladj Ly. Vincent Cassel était venu présenter le film Sheitan de Kim Chapiron. C'était mon tout premier Festival de Cannes et c'était assez extraordinaire. Je n'avais pas encore de conscience cinéphile à ce moment-là. C'était simplement les strass, les paillettes, un univers transposé et vécu pleinement. Depuis, vous êtes devenue cinéphile et vous avez développé des projets dans le cinéma... Alicia Fall : Je suis une autodidacte, même dans mon métier original de journaliste et de présentatrice télé. J'ai mis énormément de temps à me lancer dans le cinéma, alors que j'écris depuis toujours. Mes projets étaient prêts, mais il fallait que je les sorte. J'ai coproduit mon premier long-métrage avec Canal Plus, qui s'appelle La mémoire du manguier. Il parle d'un imam atteint de la maladie d'Alzheimer. Il faut savoir qu'en Afrique, tous ces contextes de maladies sont assez occultés. En Europe, en France, on va avoir le médecin. En Afrique, on va voir le marabout. La maladie d'Alzheimer, la perte de mémoire ne sont pas considérées comme une pathologie, mais plutôt comme quelque chose de spirituel, alors qu'il y a une dimension physiologique avérée. Récemment, vous avez réalisé votre premier court-métrage, A cloche-pied, en abordant un sujet qui vous tient à cœur : les violences domestiques faites aux enfants... Alicia Fall : Oui, c'est une oeuvre autobiographique et qui a vocation à sensibiliser sur les violences domestiques des enfants. Il a remporté un prix à New York. Ca fait plaisir, ça soigne l'ego mais ce n'est pas du tout l'objectif. Ce que je veux, c'est qu'il soit montré dans les établissements scolaires. Les enfants ne parlent pas, parce que l'adulte ne parle pas. L'adulte, à partir d'une certaine génération, a appris à se taire. Dans nos sociétés modernes, il ne faut pas se mêler alors que ça peut sauver des vies. Il y a deux archétypes d'enfants qui subissent des violences extrêmes, qu'elles soient physiques ou sexuelles. Il y a ceux qui vont être dans un multisme total, très renfermés sur eux-mêmes, techniquement plus identifiables. Et de l'autre côté, des enfants comme j'ai pu l'être, souriants, présents, de bonne humeur. Je donnais le change parce que ma vie et celle de ma mère étaient menacées. J'étais donc dans l'abnégation la plus totale. Chaque enfant a ses méthodes pour protéger le parent qu'il aime. Pour moi, aucun adulte ne pouvait déceler ce qui se passait à la maison. En racontant votre histoire dans ce court-métrage, vous avez contribué à libérer la parole.... Alicia Fall : Ça fait quand même plus de vingt ans que je suis une activiste, que j'accompagne des familles et des enfants victimes de violences. Je me suis dit que c'était une façon de me réapproprier mon propre mal. Donc ma souffrance, j'en fais une force, et surtout, j'en fais quelque chose d'utile. En tant que journaliste et en tant que présentatrice télé, c'est un sujet que j'ai beaucoup évoqué sur mes propres plateaux. On parle souvent des violences faites aux enfants, aux femmes,des violences sexuelles... Mais on parle beaucoup moins des violences domestiques paradoxalement. Alors que c'est tout aussi présent et ça fait tout autant de dégâts. Il y a une espèce d'omerta. C'est votre fils qui joue le rôle de Tim, un enfant victime de violences domestiques. C'est lui qui en a eu envie ? Alicia Fall : J'ai lu le scénario avec mes enfants. Ils aspiraient depuis quelques années à jouer , mais je ne les y poussais pas spécialement. Mais lorsque j'ai eu l'idée de ce court-métrage, il m'est apparu évident de leur proposer en premier lieu. Ma fille, qui est hypersensible, s'est mise à pleurer et m'a dit qu'elle ne pourrait pas y arriver. Mon fils m'a alors répondu qu'il allait le faire. Comme c'est un sujet sensible, il a fallu que j'évoque devant eux mon enfance. Dans mon rôle de maman, j'ai toujours eu ce réflexe de dire que tout va bien, que tout est facile, alors que ce n'est pas vrai. J'ai vécu des choses très difficiles. Néanmoins, la résilience est extrêmement importante. Peu importe les souffrances que l'on vit, ce qui importe, c'est ce qu'on en fait. J'ai décidé d'en faire une force. Mon fils a donc interprété mon rôle et j'ai aussi fait appel à d'autres enfants. L'un d'entre eux est venu me voir en me disant qu'il n'avait absolument pas conscience que des enfants pouvaient vivre une vie totalement différente de la sienne. C'est ce qui a permis d'ouvrir le dialogue. C'est grâce au court-métrage que les parents de cet enfant ont évoqué le sujet. Vous êtes une femme engagée. A Cannes, vous avez participé à des soirées caritatives... Alicia Fall : Il y a trois ans, la Nelson Mandela Foundation m'a contactée parce que leur maître de cérémonie était malade. Je suis arrivée au pied levé. Depuis, j'oeuvre pour cette fondation. A l'instar du Global Gift Gala mené par Maria Bravo et Eva Longoria, on sait vraiment où va l'argent. C'est hyper important. Même si ce sont des événements où ça brille, derrière, l' argent va vraiment aux gamins et aux femmes en détresse. Je suis très pointilleuse. Quand les gens donnent, il faut qu'ils sachent où va leur argent.

  • "Ménopause" à La Palestre : interview de Dominique Magloire

    Le 2 juin, la tournée du spectacle Ménopause mis en scène par Alex Goude fera étape à la Palestre au Cannet : une belle occasion de rire et même de chanter. En effet Ménopause est un spectacle plein d'énergie ! Gros succès à Paris depuis deux ans, il est désormais en tournée, pour le plus grand plaisir du public. Sur scène, quatre comédiennes interprètent quatre femmes qui se rencontrent dans un grand magasin. Elles ne se ressemblent pas mais elles ont un point commun : la ménopause. Dominique Magloire, que le public a découverte dans l'émission The Voice en 2012, interprète l'une de ces femmes dont la vie est bouleversée par les hormones. Elle nous a parlé du spectacle et de son personnage. Dans Ménopause, vous êtes quatre sur scène. Vous interprétez une cheffe d'entreprise... Dominique Magloire : Je suis Séverine, une cheffe d'entreprise très dynamique. Elle a un mari, un enfant, une vie bien remplie. Elle se rend compte, à l'orée de ses 50-55 ans, qu'il y a quand même une petite problématique qui se met en plus là-dessus : les hormones. Elle rencontre ces 3 autres femmes qui n'ont strictement rien à voir avec elle, puisqu'il y a une mère de famille qui a 8 enfants, une comédienne qui souffre de son âge et qui a du mal à trouver des rôles, et puis une baba cool qui s'est retirée de la ville, mais qui revient quand même régulièrement pour vendre des matières illicites, pour pouvoir vivre correctement. Ce sont des femmes complètement différentes qui se rendent compte qu'elles ont les hormones contre elles en commun. Elles se rencontrent aux Galeries Lafayette. Il y a une alerte parce qu'un sac traîne par terre et, par conséquent, elles se retrouvent toutes les quatre à errer dans le magasin en attendant qu'on veuille bien les laisser sortir. Elles se mettent alors à échanger. C'est un spectacle complet ! On danse, on chante, on interprète des parodies de titres connus des années 80 pour la plupart, avec des paroles qui servent le propos. C'est Alex Goude qui est à l'origine de cette pièce en France... Dominique Magloire : C'est une adaptation d'une pièce qui vit à Las Vegas depuis 20 ans maintenant. Alex Goude, qui habite là-bas, a rencontré un jour les producteurs qui lui ont fait part de leur envie de monter la pièce à Paris. Il est allé la voir et il a pensé que c'était une bonne idée parce que la ménopause est un sujet international. Par contre, comme les Américains et les Français n'ont pas le même humour, il s'est proposé de réécrire la pièce avec Alexandra Cismondi de manière à ce que la pièce colle à l'humour français. Et ça fonctionne très bien ! On avait commencé à jouer la pièce à Paris avant le Covid et on l'a reprise il y a deux ans. En tournée, on est dans des salles qui sont beaucoup plus importantes que celles dans lesquelles on joue à Paris. A la fin, 1000 personnes se lèvent et chantent avec nous, des femmes mais aussi des hommes. C'est très plaisant à vivre. Il y a quelques années, la ménopause était un sujet très peu abordé. Maintenant, au contraire, on en parle facilement. Comment l'expliquez-vous ? Dominique Magloire : Dans les années 60, les femmes se sont battues pour avoir la liberté sexuelle, pour avoir la liberté d'avorter. En avançant dans le temps, à chaque époque, à partir de ce moment-là, on a gagné en tant que femmes dans le discours qu'on avait sur nous-mêmes, et sur le rapport avec les hommes. Je me rappelle, quand j'étais gamine, qu'on ne pouvait pas dire qu'on avait ses règles. C'était tabou. Et puis il y a quelques années, on a parlé des règles douloureuses, de l'endométriose. Des femmes se sont battues pour dire qu'elles avaient leurs règles, et elles se battent pour dire que maintenant elles ne les ont plus et qu'elles sont ménopausées. Ca avance avec nous. La ménopause, ça existe pour toutes les femmes. Il y en a qui vont avoir des bouffées de chaleur, certaines qui vont avoir mal, d'autres qui vont être fatiguées, d'autres pas. Ce n'est pas une maladie. C'est important de le dire, c'est un avancement dans la vie. En parler sur le ton de l'humour, ça libère encore plus ! Dans la pièce vous chantez mais cela n'a rien d'inhabituel pour vous. Vous avez une chorale de gospel... Dominique Magloire : Exactement ! On chante régulièrement à Paris. Et là, on est en train de préparer un autre opus qui va s'appeler « L'effet gospel ». Je suis aussi prof de chant. J'ai passé mon diplôme il y a deux ans. Je fais des actions en province depuis une dizaine d'années à Bourges pour faire chanter les gens qui ne chantent pas. J'ai une vie très, très remplie ! Vous viendrez peut-être sur la Côte d'Azur avec votre chorale... Dominique Magloire : J'espère ! Je suis souvent venue à Cannes et à Nice, surtout au Palais Nikaïa. L'un de mes premiers souvenirs très forts à Nice, c'est l'Académie de musique classique qu'il y a l'été à Cimiez. Avant de rentrer au Conservatoire, j'ai fait deux stages là-bas. C'était génial ! J'étais logée chez des amis et j'allais à Cimiez tous les jours. Le cadre est très chouette ! Ménopause à La Palestre mardi 2 juin à 20h30. Pour réserver : www.lapelestre.eu

  • Exposition "Solo Show" de l'artiste Ma2thieu à la Maison Masséna

    Il reste quelques jours (jusqu'au 26 juin) pour découvrir l'exposition « Solo Show » de l'artiste azuréen Ma2thieu à la Maison Masséna (9, avenue Gustave V à Nice) et il serait vraiment dommage de la rater ! Habitué de la sChOOL à Antibes, Ma2thieu expose pour la première fois en solo et, à cette occasion, il a créé des oeuvres inédites. Véritable expérience sensorielle, son travail s'appuie sur la couleur, la texture et le rythme. Nous l'avons rencontré lors du vernissage de l'exposition. Vous avez souvent exposé à la sChOOL à Antibes, notamment pendant le festival Coul'Heures d'Automne.... Ma2thieu : La sChOOL, c'est vraiment le point névralgique de ma créativité. C'est l'endroit où j'exerce le plus souvent. Je suis enseignant graphique là-bas. Je les ai rencontrés en 2022 au festival Coul'Heures d'Automne. Ils ont été mon premier mur grand format. Il y a une petite relation d'amour qui s'est instaurée entre eux et moi. C'est un lieu qui me tient énormément à cœur, que je défends le plus souvent possible. Je trouve ça incroyable d'avoir ce genre de lieu avec toujours quelqu'un qui prête une oreille, qui a de l'intérêt pour ce que vous êtes en train de lui raconter. Depuis Coul'Heures d'Automne en 2022, j'essaie de faire des murs de plus en plus grands. Pour cette première exposition solo, vous avez conçu des œuvres inédites... Ma2thieu : C'est ma première exposition solo mais ce mot « solo », pour moi, c'est presque une blague parce que je vis et je ne suis heureux qu'en communauté. Si le travail qui est exposé ici existe, c'est parce qu'il y a des gens qui ont fait d'énormes sacrifices pour que j'ai tout ce temps. La thématique principale de cette exposition, c'est le temps. A l'exception de trois œuvres, tout ce qu'on peut voir dans l'exposition a été produit en trois mois. Arriver à donner plusieurs choses en même temps, dans un temps limité, c'est vraiment ce qui me passionne. Vos œuvres sont toutes très colorées... Ma2thieu : C'est mon identité graphique. Je suis concepteur industriel ; je suis designer à la base et j'ai toujours dessiné et peint sur toile. J'adore le couteau. C'est vraiment ma technique favorite. Mais j'ai toujours été passionné de graffiti sans connaître ce monde-là. J'ai eu la chance de rencontrer des gens d'une qualité incroyable à l'intérieur de ce milieu qui me font progresser tous les jours sur cette technique-là. Je n'ai pas envie de me limiter en termes stylistiques. J'ai envie d'explorer plein de choses et de créer. Créer, c'est très très compliqué : c'est de l'association d'idées en règle générale. On s'inspire de tout ce qu'il y a autour de nous et on essaye de recomposer. J'essaie donc de piocher dans tout ce que j'aime, dans tout ce que je vois, notamment dans le cinéma et la musique. Quels sont les films qui vous inspirent ? Ma2thieu : Ceux des années 90. Je pense à Fight Club notamment avec cette image hyper retravaillée, avec des colorimétries folles, avec des twists. J'aime bien le côté théâtral des choses et qu'il y ait des rebondissements. C'est pareil dans la musique. De manière générale c'est le crescendo que j'aime bien. Un peu comme votre qui prend l'allure d'un show.... Ma2thieu : Exactement ! L'exposition s'appelle "Solo show" parce que ça ne doit pas se limiter à simplement un côté pictural et représentatif sur un mur. J'ai fait plein d'expositions avec des artistes que je trouvais géniaux mais il m'a manqué cette interaction. C'est pour ça que, pour le vernissage, on a mis une Paintbox, qui est une toile interactive. J'ai peint des moitiés de toiles que jai recouvertes avec du scotch. Comme ça mon motif a disparu et je l'ai recouvert à la bombe. Durant la soirée, les gens sont venus intervenir sur la toile sans savoir ce qu'il y avait en dessous. Et à un moment donné de la soirée, j'ai enlevé le scotch. C'est donc une toile qui est en collaboration avec moi et avec les gens qui étaient là durant la soirée. Elle a été mise en vente et l'argent récolté est allé à une association. Exposition "Solo Show" de Ma2thieu jusqu'au 26 juin à la Maison Masséna (9 avenue Gustave V), entrée libre.

  • Rencontre avec le réalisateur Vincent Maël Cardona, président du jury du Prix de la meilleure création sonore

    Vincent Maël Cardona connaît bien le Festival de Cannes. Il y a présenté ses deux longs-métrages, Les magnétiques et Le Roi Soleil. Chaque fois, il y est resté seulement quelques jours, pour assister à la projection et assurer la promotion du film. Cette fois, il était présent pendant toute la durée du Festival puisqu'il était président du jury du Prix de la meilleure création sonore. Parmi tous les films présentés dans la catégorie Un Certain Regard, avec les autres membres du jury (notamment Barbara Pravi), il a récompensé le film Elephants in the fog du réalisateur népalais Abinash Bikram Shah. Nous l'avons rencontré après la remise du Prix, sur la terrasse ensoleillée du Palais des Festivals. Barbara Pravi et Vincent Maël Cardona Culture Net Info : Le Festival touche à sa fin. Vous étiez président du jury du Prix de la meilleure création sonore, comment avez-vous vécu cette expérience ? Vincent Maël Cardona : On s'est focalisés sur notre travail de jury, en voyant généralement deux films par jour. L'idée c'était vraiment de me coucher tôt, de travailler le matin et de voir deux films par jour. Je n' ai vu que que les films d'Un Certain Regard. J'aurais pu en voir d'autres mais j'ai résisté parce que j'avais pas mal de choses à faire ; je ne voulais pas me disperser. Quand on voit plusieurs films par jour, on a tendance à développer une forme d'impatience, ce qui n'est jamais une très bonne chose quand on regarde un film. C'est pour cette raison que, d'après moi, deux films, c'est l'idéal. Je me sens très reconnaissant d'avoir fait partie de ce jury. On nous a apporté du monde entier des petites merveilles et nous, on avait juste à s'asseoir et à vivre ces expériences. C'est incroyable. En tant que membre de ce jury, on est d'autant plus attentifs à ces dimensions charnelles et sensorielles des films. Même si les films peuvent être durs, ils sont des leçons d'humanité et célèbrent cette espèce de poésie profonde. Ce sont de véritables expériences humaines. On en ressort vraiment grandis. Pour décerner votre palmarès, à quoi avez-vous été le plus attentif ? Vincent Maël Cardona : On a essayé d'être attentifs à notre ressenti. Regarder un film avec les oreilles, c'est se laisser bercer, se laisser emporter. Parfois on dit qu'il y a la tête et le corps. Ce qui est important, c'est de réussir à lier les deux, de ne pas être trop dans la tête, mais de sentir les choses et d'avoir conscience de son corps. Regarder un film avec les oreilles ou être attentif au son quand on regarde un film, c'est un peu la même chose : c'est un peu être attentif à son corps. C'est moins être sur l'intrigue, moins être sur le scénario, moins être sur l'intellect. C'est essayer de redescendre dans son corps et de se concentrer sur ce qu'on est en train de vivre, ce qu'on est en train de ressentir. C'est se laisser bercer par l'expérience sensorielle du cinéma. Le son c'est ce bain vibratoire dans lequel on évolue quand on est en train de regarder un film. L'absence de son, les silences ont aussi une grande importance... Vincent Maël Cardona : Absolument ! C'est fascinant le rapport au monde que nous offre cet organe qu'est l'oreille. C'est extrêmement complexe une oreille. C'est une espèce de muscle, de réflexe qui traduit des sensations vibratoires, qui nous protège des agressions. On ne peut pas limiter ce qui rentre par l'oreille : on peut fermer les yeux mais on ne peut pas fermer les oreilles. C'est fascinant ! C'est loin d'être la première fois que vous venez au Festival de Cannes. Vous y avez présenté Les magnétiques à la Quinzaine des Réalisateurs, puis Le Roi Soleil hors compétition en séance de minuit. Quels souvenirs en gardez-vous ? Vincent Maël Cardona : J'y suis même venu trois fois. J'ai fait la Fémis en tant qu'étudiant et mon film de fin d'études avait été présenté à la Cinéfondation. Je me souviens très bien de cette première expérience. C'était très fort, c'est-à-dire, j'ai vraiment senti qu'il y avait un dedans et un dehors. Je me souviens avoir été un peu grisé et en même temps agressé par tout le dehors, c'est-à-dire la frénésie, l'activité, le côté tape-à-l'œil, les palaces, les yachts. Tout ça, quand on est jeune et qu'on débarque, c'est assez impressionnant. Il y a une espèce d'excitation avec la presse, les fêtes permanentes. C'est un peu un tourbillon. Et puis après il y a le dedans : la salle de cinéma. Pour tous les gens qui aiment le cinéma, c'est une chance exceptionnelle d'être à Cannes. On a l'embarras du choix et on va de merveille en merveille. On est dans le temple mondial du cinéma. C'est une expression un peu galvaudée, mais ça veut vraiment dire quelque chose. C'est une expérience vraiment précieuse. Et puis, quand on présente son film dans le Grand Théâtre Lumière, c'est vraiment très impressionnant, d'autant plus, quand, en tant que cinéphile, on y a vu des chefs d'oeuvre. Il y a cet écran mural gigantesque, avec cette ambiance si particulière. On s'asseoit là où les plus grands cinéastes se sont déjà assis. C'est une sensation vraiment étrange. Vous ne faites pas que du cinéma. En 2023, vous avez réalisé une série pour Arte, De Grâce. Avez-vous d'autres projets pour la télévision ? Vincent Maël Cardona : Entre mes deux premiers longs-métrages, j'avais fait cette série pour Arte. J'avais beaucoup apprécié ce travail ; ça fait beaucoup de jours de tournage, ça permet d'essayer des choses et ce n'est pas la même pression qu'un long-métrage. Je suis en cours d'écriture de mon troisième long-métrage, mais je le ferai après. Je vais démarrer le tournage d'une série de six épisodes de 50 minutes pour Amazon. C'est l'adaptation du livre de Joël Dicker, Un animal sauvage avec Noémie Merlant, Matthias Schoenaerts, Pierre-Yves Cardinal, Pauline Clément. J'ai vraiment hâte ! Je sors d'une certaine zone de confort. Chez Arte, les interlocuteurs sont assez proches du monde du cinéma. Pour moi, Amazon, c'est un territoire inconnu. Mais ça me semble essentiel pour nous, cinéastes, d'essayer de travailler avec ce qu'on appelle les streamers, et qui révolutionnent complètement le champ du financement du cinéma. Il faut compter aujourd'hui avec ces nouveaux acteurs. Ils sont là. Ça n'a aucun sens pour moi de faire comme s'ils n'étaient pas là. Ce sont des acteurs qui ont, comme les autres, des obligations d'investissement dans la création française de fiction. Du coup, quand on nous propose de travailler avec eux, je pense qu'il faut y aller. Pour l'instant, j'ai vraiment le sentiment de travailler en parfaite intelligence avec des gens qui me font confiance.

  • Rencontre avec Barbara Pravi au Festival de Cannes

    A peine deux mois après son concert au Palais des Festivals, Barbara Pravi est de retour à Cannes. Nous l'avons rencontrée le premier jour du Festival, avant qu'elle ne prenne ses fonctions de membre du jury du Prix de la meilleure création sonore aux côtés notamment du réalisateur des Magnétiques et du Roi Soleil, Vincent Maël Cardona. Passionnée de musique et de cinéma, curieuse, sensible, elle nous a dit combien elle était impatiente d'endosser ce rôle et de voir les films de la catégorie Un Certain Regard. Culture Net Info : Vous êtes membre du jury du Prix de la Meilleure création sonore. Comment abordez-vous cette fonction ? Barbara Pravi : J'ai à peine regardé la liste des films sélectionnés parce que je veux vraiment me laisser surprendre. Je suis vraiment comme un enfant qui voudrait se laisser porter. On va voir deux films par jour. J'ai hâte ! Avec les autres membres du jury, vous allez devoir décerner un palmarès. A quoi allez-vous être attentive plus particulièrement ? Barbara Pravi : Je suis quelqu'un de très intuitif et je suis beaucoup dans l'émotion. Donc ce qui compte le plus pour moi c'est de me faire bouleverser, que ce soit par une émotion dure ou une émotion douce. Tant qu'il y a de l'émotion, je suis là. Que représente le Festival de Cannes pour vous ? Barbar Pravi : J'étais venue chanter il y a 4 ou 5 ans pour une émission de France Télévisions qui se déroulait sur la plage mais c'est la première fois que je participe vraiment au Festival de Cannes. Je suis très heureuse. Je suis surtout ravie d'avoir l'occasion de servir à quelque chose. Je pense que venir à Cannes quand on n'a pas de but, ça doit être assez particulier. C'est quand même une grosse machine. Je suis là pour regarder plein de films et débattre de ce que j'en pense avec mes collègues. C'est super, je suis ravie de faire ça. Je trouve que c'est très intéressant intellectuellement. On vous a déjà vue au cinéma. Vous aimeriez que l'on pense plus souvent à vous en tant qu'actrice ? Barbara Pravi : J'avais eu un petit rôle dans le film de Claude Lelouch, Finalement. J'avais adoré ! Je sais qu'il est à Cannes en ce moment, j'irai le voir. En ce qui concerne le cinéma, si des occasions se présentent, je serai ravie. On verra...Pour l'instant, je suis en pause. J'ai arrêté il y a deux mois maintenant. Donc là, je fais une grande pause pendant un moment, le temps d'écrire mon troisième album et d'écrire un livre. C'est une pause créatrice ! A propos de littérature et de cinéma, quels sont vos derniers coups de cœur ? Barbara Pravi : Je lis énormément. Je viens de finir le dernier roman de Cécile Coulon, Le Visage de la nuit, que j'ai beaucoup aimé. Je suis très sensible à son écriture. Au cinéma, le film qui m'a vraiment marquée récemment, c'est La zone d'intérêt de Jonathan Glazer. Je pense aussi à un film qui est sorti il y a quelques années : 3h 10 pour Yuma.

  • Festival de Cannes J3 : L'abandon, Quelques mots d'amour et L'âge d'or

    Le premier choc du Festival est venu de L'abandon de Vincent Garenq qui raconte avec une très grande exactitude les derniers jours de la vie de Samuel Paty. Le film, tourné en secret et annoncé au dernier moment, a été présenté hors compétition, en présence de Mickaëlle Paty. C'est Antoine Reinartz qui interprète le professeur d'histoire-géographie sauvagement assassiné. Le film montre l'engrenage du mensonge et de la rumeur dont il a été victime. Si le nom de Samuel Paty a été conservé, ceux des élèves et des autres protagonistes ont été modifiés. C'est une élève de quatrième turbulente et en conflit avec l'autorité de ses professeurs et de l'administration, qui dénonce le fait que son professeur ait pu montrer des caricatures de Mahomet, nu, et qu'il ait demandé aux élèves musulmans de sortir. Or, elle n'était pas présente au cours ce jour-là et ce qu'elle lui reproche est loin d'être l'entière vérité. S'ensuit alors un emballement, une spirale dans laquelle Samuel Paty va entrer malgré lui. Il est pourtant soutenu par la principale du collège (Emmanuelle Bercot) qui alerte les autorités et le rectorat pour que tout soit mis en œuvre pour le protéger car elle sent bien que la situation est en train de mal tourner. Le film, d'une remarquable justesse, est poignant. Autre film touchant de ce troisième jour : Quelques mots d'amour de Rudi Rosenberg qui offre un rôle en or à Hafsia Herzi, celui d'une mère qui soutient sa fille aînée bien résolue à faire la connaissance de son père qui n' jamais voulu la reconnaître. On suit le parcours de cette mère et de cette fille fait de hauts et de bas, d'espoirs et surtout de désillusions. On rit parfois, on est souvent touchés. L'année dernière, Hafsia Herzi présentait à Cannes son dernier film, La petite dernière. Décidément, le festival lui réussit : quand elle est au générique d'un film (devant ou derrière la caméra), on a la certitude qu'il sera bon ! Thierry Frémaux a eu la bonne idée de présenter dans la sélection Cannes Classics le premier long métrage de Bérenger Thouin, L'âge d'or, qui raconte la vie d'une femme pendant la quasi totalité du Xxème siècle. Fille de boucher, elle dit qu'elle rêve de devenir domestique. Elle va faire la rencontre de Céleste, une femme qui va lui apporter de la légèreté et va finir par devenir comtesse, en épousant le garçon qui était alors son voisin et qu'elle avait connu enfant. Mais sa vie ne s'arrête pas là car elle va devoir faire face à plein de bouleversements et de rebondissements inattendus. Le film a pris à Bérenger Thouin dix ans de sa vie. Il y a mis tout son cœur et on sent à quel point il est attaché à cette héroïne romanesque incarnée magnifiquement par Souheila Yacoub. Il mêle la petite à la grande histoire et, surtout, il entrelace des images d'archives à des prises de vues réelles. Le résultat est saisissant, troublant. Une prouesse artistique jamais vue au cinéma. Le film sortira à l'automne et il serait dommage de passer à côté de ce petit bijou.

  • Ouverture du 79e Festival de Cannes

    Le 79e Festival de Cannes vient de démarrer. Pendant douze jours, les films vont se succéder, toutes sélections confondues, pour le plus grand bonheur des cinéphiles et des festivaliers. Vingt-deux films vont concourir à la Palme d'Or. Il faudra attendre le 23 mai pour connaître le palmarès du jury présidé par Park Chan-Wook, le réalisateur coréen à qui l'on doit notamment Old Boy et Mademoiselle. A ses côtés : les actrices Demi Moore et Ruth Negga, les réalisatrices Laura Wandel et Chloé Zaho, les acteurs Stellan Skarsgard et Isaach de Bankolé, le réalisateur Diego Cespedes et le scénariste Paul Laverty. La conférence de presse du jury Comme le veut la tradition, les festivités cannoises ont débuté par la conférence de presse du jury. Chacun d'entre eux a fait part de sa joie mais aussi de sa surprise en apprenant la bonne nouvelle. Isaach de Bankolé, notamment, a dit qu'il l'a appris au moment où il emmenait sa fille au cinéma voir le film Michael. Quant à Stellan Skarsgard, présent l'année dernière dans le film de Joachim Trier Valeur sentimentale, il a répondu « Enfin ! », non sans une pointe d'humour. A l'heure où la situation internationale est particulièrement chaotique et anxiogène, il a été question de la position du cinéma dans la politique. Park Chan-Wook et Paul Laverty, scénariste du très engagé Ken Loach, ont déclaré que les deux ne devaient pas être opposés. Le cinéma est politique, au sens étymologique du terme. Il leur faudra donc départager les vingt-deux films de la sélection et récompenser ceux qui les auront troublés, émus, surpris. La fée électrique de Pierre Salvadori en ouverture Pour ouvrir cette 79e édition, il fallait un film réjouissant, drôle et touchant à la fois. Il faut bien reconnaître que le dernier film de Pierre Salvadori, La Vénus électrique, a coché toutes les cases. Porté par un casting de haut vol (Anaïs Demoustier, Vimala Pons, Pio Marmaï, Gilles Lellouche), il avait tout pour satisfaire un festivalier, désireux de se divertir avant que les choses sérieuses – le marathon qui consiste à enchaîner les projections dans la journée – ne débutent. Pierre Salvadori nous plonge au début du XXe siècle à Paris, dans une foire où voyantes et bonimenteurs se côtoient. Anaïs Demoustier est Suzanne, ou plutôt Claudia, la Vénus électrique qui, sur l'ordre d'un autoritaire Gustave Kervern, embrasse les hommes pour quelques francs. Un soir, un quiproquo va l'entraîner dans un tourbillon qui va quelque peu la dépasser. Antoine (Pio Marmaï) ne parvient plus à peindre depuis que sa compagne Irène (Vimala Pons) est morte, au grand désespoir de son galeriste (Gilles Lellouche). Ivre, il va demander à Claudia, qu'il prend pour une médium, de la faire revivre et d'entrer en contact avec lui. Chacun des personnages va être dépassé par la situation. On rit, on est touchés par Antoine, Armand, Claudia et Irène, tous portés par une certaine mélancolie. Ce film savoureux qui se déguste comme un bonbon est bien plus profond qu'il n'en a l'air. Il parle d'amour, du deuil, du sentiment de culpabilité, de l'attrait de l'argent. Des thèmes rebattus mais traités avec délicatesse et légèreté. Eye Haïdara en maîtresse de cérémonie, une Palme d'Or d'honneur à Peter Jackson La cérémonie d'ouverture était présentée par l'actrice Eye Haïdara, très inspirée. Accompagnée d'une violoniste, elle a fait part de son amour pour le cinéma. Une Palme d'Honneur a été remise à Peter Jackson, par Elijah Wood, son acteur fétiche du Seigneur des anneaux. En clin d'oeil à son documentaire sur les Beatles, Théodora et Oklou, sont venues interpréter « Get back », sous les acclamations du public, avant que Jane Fonda et Gong Li ne montent sur scène pour déclarer ouverte cette 79e édition, rappelant la force de résistance du cinéma. Un sans-fautes pour cette première soirée !

  • Festival de Cannes J2 : Charline Bourgeois-Tacquet fait son entrée en compétition

    La vie d'une femme de Charline Bourgeois-Tacquet Premier jour de la compétition et première sélection pour la réalisatrice Charline Bourgeois-Tacquet. En 2021, elle réjouissait la Semaine de la Critique avec son premier long métrage, Les amours d'Anaïs porté par Anaïs Demoustier. Avec La vie d'une femme, elle offre à Léa Drucker le rôle d'une chirurgienne réputée d'une cinquantaine d'années, cheffe de service dans un hôpital qui doit faire avec le manque de moyens et les travaux à accomplir. Charline Bourgeois-Tacquet a fait son entrée en compétition avec La vie d'une femme Sévère avec les internes et parfois avec ses confrères, humaine avec ses patients, on peut dire d'elle qu'elle est dévouée à son métier. Elle a fait le choix de ne pas avoir d'enfants mais elle s'est occupée pendant plusieurs années de ceux de son compagnon (Charles Berling). Elle prend aussi en charge sa mère (formidable et touchante Marie-Christine Barrault) atteinte de la maladie d'Alzheimer. Sa charge mentale est lourde, comme plein d'autres femmes de sa génération, mais elle gère et s'efforce de rester positive, autant qu'elle le peut. Mais lorsqu'une écrivaine (Mélanie Thierry) venue l'observer à l'hôpital entre dans sa vie, ses certitudes commencent à vaciller. Charline Bourgeois-Tacquet a construit le film en plusieurs chapitres comme autant de moments-clés de la vie cette chirurgienne qui s'est toujours efforcée de tout maîtriser, sans jamais perdre le contrôle de sa vie. Comme d'habitude, Léa Drucker est extraordinaire. Décidément, le milieu médical lui convient bien : après L'intérêt d'Adam de Laura Wandel où elle interprétait une infirmière dévouée, elle endosse cette fois celui de chirurgienne à laquelle elle apporte son humanité. Le Festival ne fait que commencer mais elle fait déjà figure de favorite pour le Prix d'interprétation féminine. Ceniza en la boca de Diego Luna Il y avait foule dans la salle Bunuel pour assister à la projection de Ceniza en la boca. Il faut dire que le film est réalisé par l'acteur Diego Luna et qu'il est produit par Gael Garcia Bernal. Les Espagnols et les Mexicains étaient majoritaires dans la salle et ont donc réservé une ovation aux deux acteurs et à l'équipe du film. Adapté du roman de l'auteur espagnol Breenda Navarro, Ceniza en la boca suit le parcours, sur plusieurs années, de Lucila et de son frère. Lorsque le film débute, on voit leur mère les abandonner et quitter le Mexique en vue d'une vie meilleure à Madrid. Lucila va la rejoindre et fait des petits boulots. Elle rencontre d'autres filles de son âge qui vont l'inciter à les suivre à Barcelone. Tandis qu'elle s'épanouit, son frère cadet, lui, ne parvient pas à trouver sa place et porte en lui une certaine mélancolie. « Qu'on soit là ou ailleurs, c'est juste une question de survie », voilà ce qu'il dit à sa sœur en la quittant alors qu'il était allé lui rendre visite à Barcelone. Cette phrase résume à elle seule le film. Que ce soit en Espagne ou au Mexique, ces personnages se heurtent aux difficultés de la vie. Ils s'adaptent, font des efforts mais les malheurs les rattrapent. Anna Diaz qui incarne Lucila est la véritable révélation du film : tour à tour légère, espiègle, responsable, triste, déterminée, elle porte en elle les nuances de celles et ceux qui quittent leur pays pour avoir une vie meilleure.

  • Interview de Mamadou Sidibé

    Lorsque Canal + a commencé à diffuser les premiers épisodes de Un prophète, la série adaptée du film de Jacques Audiard, le nom de Mamadou Sidibé s'est très vite répandu dans les conversations. Impressionnant, lumineux, talentueux, les adjectifs ne manquent pas pour le qualifier. Pour son premier rôle, le jeune acteur de vingt-sept ans qui se destinait à la carrière de footballeur, crève l'écran. Les avis sont unanimes. Depuis, il enchaîne les rôles à la télévision et au cinéma, toujours curieux et désireux d'apprendre. Il y a quelques jours, il était à Cannes, en tant que membre du jury de la compétition séries longues du festival Canneseries, aux côtés notamment d'Isabel Coixet et de Vincent Elbaz. Nous l'avons rencontré. Culture Net Info : Vous êtes membre du jury de la compétition séries longues. Quand vous regardez un film ou une série, à quoi êtes-vous le plus sensible ? Mamadou Sidibé : Je suis très spectateur ; je suis donc très sensible à l'image et au jeu d'acteur. Je suis un admirateur ! J'adore les gens qui jouent super bien, qui sont très crédibles. C'est mon côté petit enfant qui est trop content de voir ça ! Quant à l'image, c'est quelque chose qui me touche toujours profondément. Ça raconte beaucoup de choses : la couleur, les cadres, les plans... Tout cela est vraiment très important pour moi. Il arrive que de très belles histoires soient racontées avec une image moins travaillée mais le storytelling est magnifique. Depuis la série Un prophète qui vous a fait connaître, vous avez eu plusieurs projets pour la télévision et pour le cinéma. Dans votre manière de préparer votre rôle, percevez-vous une différence entre les deux ? Mamadou Sidibé : La différence entre les deux, elle est évidemment dans la durée, dans la longueur. Pour l'instant, je n'ai pas eu de rôle principal au cinéma. Pour un rôle que je joue sur 4-5 mois, forcément la préparation dure énormément de temps. J'aimerais voir aussi, avec un rôle principal au cinéma, si le temps nécessaire pour le préparer est similaire à celui d'une série. Ce qui est sûr, c'est que pendant le tournage, il y a une grosse différence, je pense, en termes d'endurance. Dans tous les cas, on est embarqués dans une aventure. Mais je pense que dans la profondeur et dans la rigueur, tout est pareil. Il faut avoir de l'empathie pour le personnage, il faut comprendre les dynamiques, ses intentions et rentrer dans son environnement. La série "Un Prophète" Vous avez joué dans Mémoire de fille de Judith Godrèche, adapté du livre d'Annie Ernaux. Le film sera présenté au prochain Festival de Cannes. Quel rôle y tenez-vous ? Mamadou Sidibé : C'est un rôle secondaire. Une grosse partie de l'intrigue se passe dans une colonie de vacances. Moi, je joue le rôle d'un des moniteurs qui tombe amoureux d'Annie. Il y a une ambiance de harcèlement un peu normalisée dans cette colonie. Mon personnage tombe amoureux, et, comme il se fait rejeter, il rejoint un peu ce groupe de harceleurs. Avez-vous rencontré Annie Ernaux pendant le tournage ? Mamadou Sidibé : On ne l'a pas rencontrée, mais elle était toujours avec Judith Godrèche qui nous rapportait ce qu'elle disait. Elle était là, pendant la préparation, sans qu'on la voie, et elle donnait des indications sur chaque personnage. J'espère qu'on pourra la rencontrer au Festival de Cannes. Ce serait génial ! J'ai aussi une petite partition dans Soudain de Ryusuke Hamaguchi qui sera en compétition à Cannes. Je ne vais pas monter les marches avec toute l'équipe mais je vais essayer de voir le film. Quels sont les autres films dans lesquels on va vous voir dans les prochains mois ? Mamadou Sidibé : Avant Mémoire de fille, j'ai tourné dans le premier long-métrage de Marie Rosselet-Ruiz, qui s'appelle L'Une des Leurs, avec Céleste Brunnquell. L'intrigue se passe à Lens. Avec Louis Memmi, Paul Beaurepaire et Alexandre Anne, qui, lui, n'est pas acteur, on appartient à un groupe identitaire, les ultras de Lens. Céleste va rejoindre notre groupe ; elle est dans la recherche identitaire, elle essaie de trouver une place. En même temps, elle veut faire Sciences Po à Paris, mais, là où elle habite, à Lens, c'est très précaire. Elle va donc s'arracher de sa famille, peut-être. C'est un très beau film avec une très belle image. J'ai aussi joué dans un film sur le street foot, Bombonera, le premier long métrage de Syrine Boulanouar. Il va sortir cet été au cinéma. Et j'ai aussi joué dans la série Privilèges pour HBO. Quand on regarde votre filmographie, on constate que vous vous tournez plutôt vers le cinéma d'auteur... Mamadou Sidibé : Depuis Un prophète, qui était magnifique et avait quelque chose de poétique, on essaie de garder une direction cohérente avec mon équipe, en choisissant des projets qui parlent de sujets importants, qui me parlent et qui me touchent. Il y a quelque chose dans les films d'auteur qui est assez brut, qui reste proche de la réalité. C'est ce que j'aime. Il paraît que vous aimez beaucoup la poésie. Que lisez-vous ? Mamadou Sidibé : Oui, j'aime beaucoup la poésie. J'ai commencé en lisant une poétesse qui s'appelle Najwa Zebian, une Libano-Canadienne activiste. J'ai lu son livre The Book of Healing, à un moment de ma vie où j'avais besoin de guérir de la rupture avec le sport, de plein de choses qui s'étaient passées dans ma vie à ce moment-là, et ça m'avait beaucoup aidé. C'est aussi à ce moment-là que j'ai commencé un peu à écrire, pour me libérer. Je me suis rendu compte que les mots aident vraiment. J'ai commencé à écrire à 22-23 ans et je continue. Je suis encore très débutant ; je fais ma culture. J'écris surtout sur l'amour. C'est le sujet le plus universel. Je pense qu'on peut presque tous se reconnaître dans des millions de situations, que ce soit dans l'amour paternel, fraternel, amical, le premier amour. C'est pourquoi je trouve que c'est beau de pouvoir en parler. En ce moment, je lis Les Contemplations de Victor Hugo et aussi un auteur palestinien, que j'ai découvert il n'y a pas longtemps : Mahmoud Darwich. Je suis en train de faire ma culture petit à petit. On ne se cultive jamais assez. On n'est jamais rassasié ! On sent chez vous une curiosité et une soif de découvertes.... Mamadou Sidibé : Je suis très curieux de manière générale ; c'est pour ça que je me suis retrouvé dans le cinéma. J'ai cherché sur internet. En fait, j'aime apprendre mais aussi transmettre. Pendant longtemps, j'ai travaillé avec les plus petits, les ados. J'aime apprendre sur les neurosciences. J'essaie de m'enrichir de plein de choses, de progresser. Je pense que plus on est curieux, mieux on peut interpréter quelqu'un qui est complètement à l'opposé de nous. Ca arrive qu'on nous propose des rôles complexes et, si on n'a pas été assez curieux, on ne peut pas comprendre ces personnages et on va manquer d'empathie. Ca va devenir compliqué pour les interpréter. Justement, quels sont vos prochains rôles ? Mamadou Sidibé : Je continue à travailler, à passer des castings, et aussi profiter des répercussions du travail que j'ai fourni ces dernières années, en allant à Canneseries, au Festival de Cannes notamment. Et puis je me nourris de littérature !

  • Interview de l'acteur Yoann Zimmer

    Dans Des hommes, le film de Lucas Belvaux, adapté du roman de Laurent Mauvignier, Yoann Zimmer interprétait un jeune homme appelé en Algérie pendant la guerre d'indépendance. Sa prestation tout en sobriété lui a valu une nomination au Magritte du meilleur espoir masculin (Yoann Zimmer est belge). C'était en 2020, l'année du Covid. Il aurait dû fouler le tapis rouge du Festival de Cannes avec toute l'équipe du film mais, en raison de la crise sanitaire, l'événement n'a pas pu avoir lieu. Qu'importe, depuis, il a enchaîné les projets, en tant qu'acteur, au cinéma et à la télévision, mais aussi comme scénariste et réalisateur de court métrage. L'étape suivante ? Un long métrage qu'il est en train d'écrire et plein d'autres projets. Entre-temps, on peut le voir dans L'enfant bélier, le dernier film de Marta Bergman au cinéma depuis le 29 avril. Il y joue le rôle d'un policier, aux côtés notamment de Salim Kechiouche et Michaël Abiteboul. Un film fort, inspiré d'histoires vraies, qui dénonce la dureté de la politique migratoire en Belgique. Yoann Zimmer (crédit photo : Pierre-Ange Carlotti) Culture Net Info : Vous êtes actuellement à l'affiche du film de Marta Bergman, L'enfant bélier. Qu'est-ce qui vous a donné envie d'accepter ce projet ? Est-ce le fait qu'il soit inspiré de faits réels ? Yoann Zimmer : J'étais au courant de l'histoire de la petite Mawda, cette enfant kurde qui avait été tuée par balle par un policier lors d'une course-poursuite, mais pas dans tous les détails. C'est une histoire qui, évidemment, avait ému l'opinion publique. Permettre de visibiliser cette histoire et tant d'autres, c'est vraiment ce qui m'a donné envie de participer à ce film. Et puis, je connais bien la réalisatrice Marta Bergman. On co-écrit ensemble un film inspiré de la vie de Stéphane Mandelbaum, un artiste-peintre belge. On a commencé bien avant qu'elle n'écrive L'Enfant Bélier. Je jouerai le rôle de Stéphane. Culture Net Info : De qui est venue cette idée de film ? Yoann Zimmer : De nous deux ! C'est un peu un hasard. Lorsque j'habitais Paris, j'avais visité une exposition sur Vasarely au centre Pompidou et j'en avais profité pour aller voir l'exposition temporaire sur deux jeunes artistes belges. Il me semble que c'était en 2018. L'oeuvre de Stéphane Mandelbaum m'avait vraiment interpelé et touché pour plusieurs raisons et j'avais acheté sa biographie à l'issue de l'expo. Je l'ai lue et je me suis dit que sa vie avait un côté romanesque et qu'il y avait quelque chose à en faire. J'étais vraiment tenté de travailler dessus. A ce moment-là, je tournais le film Des Hommes de Lucas Belvaux. Un jour, il a remarqué que j'avais le livre dans ma poche et il m'a dit : « Ah, mais tu lis ça, c'est marrant. Il y a une dizaine d'années, on m'a proposé de faire un film sur cet artiste ». J'ai alors pensé que si on l'avait proposé à Lucas, c'est qu'il y avait un intérêt. Au moment de la sortie du film Des Hommes, j'en ai parlé avec le producteur belge Patrick Quinet. Il m'a répondu : « Je te produis, mais écris, réalise et joue ! ». Ça faisait peut-être beaucoup sur mes petites épaules et je ne me sentais pas forcément apte. J'ai commencé à travailler sur ce projet et un jour Marta Bergman m'appelle et me dit qu'elle aussi a un projet de film sur Stéphane. Ca tombait très bien parce que je ne voulais pas réaliser le film, mais l'écrire et jouer dedans ! C'est comme ça qu'on a décidé de collaborer. Affiche du film Des Hommes Vous évoquiez le film de Lucas Belvaux, Des hommes. Dans votre filmographie, on relève surtout des films d'auteur. Est-ce par choix ? Yoann Zimmer : Pour Des hommes, j'ai passé un casting et j'étais très content d'être pris ! Je pense que quand on est jeune acteur, on ne choisit pas vraiment. On dégage quelque chose qui fait qu'on attire tel réalisateur, ou telle réalisatrice. Je pense que le fait de se retrouver sur des projets au tout début de notre carrière pose une première pierre. J'ai démarré par un court-métrage, qui a tourné en festivals et qui a attiré la réalisatrice Julia Kowalski. J'ai passé des essais pour son film, Crache cœur, et j'ai été pris. C'était mon premier rôle masculin principal. Le film a été sélectionné à l'Acid, pendant le Festival de Cannes. Avant, j'avais joué dans deux films des frères Dardenne, dans des seconds rôles. Evidemment, ces films déterminent un peu comment je suis perçu. Je suis très content parce que c'est un cinéma que je défends et que j'aime. Peut-être que si j'avais commencé par un film comique, plutôt léger, ou romantique, je me serais retrouvé à faire une autre carrière ! Je suis conscient de ce vers quoi je vais et des choix que j'ai pu faire. Mais je ne peux pas dire que je n'ai fait que des choix...Le seul pouvoir qu'on a, quand on est acteur ou actrice, c'est de dire non. Culture Net Info : Et justement, quels sont les projets à venir auxquels vous n'avez pas dit non ? Yoann Zimmer : Je viens de terminer une série inspirée de la vie de Patrick Haemers, un criminel belge qui a sévi dans les années 70-80. C'est une série inspirée de sa vie, axée plutôt sur l'intime, sur ses rapports avec sa famille, sa femme, son enfant. Je pense qu'on a fait un beau boulot. C'était un rôle très intéressant et j'ai hâte de voir le résultat ! Dans quelques jours je vais débuter le tournage d'un téléfilm pour France 2 qui traite du cancer de sein. Bien sûr, ce n'est pas un sujet léger, mais il y a quelque chose de lumineux dans la manière dont c'est traité. Souvent, pour les personnes qui vivent des épreuves comme le cancer, l'humour peut être un ressort pour rester en vie. Je joue un personnage qui a un cancer du sein, ce qui est très rare chez les hommes. Il se retrouve dans un monde de femmes et il découvre des choses qu'il ne connaissait pas ; c'est de là que vient l'humour. En parallèle, on suit deux histoires, celle de Nour (Sofia Essaïdi), et celle de mon personnage. Ils vont se rencontrer à l'hôpital et devenir amis. C'est un sujet qui me touche, qui est rarement montré. Culture Net info : Et côté cinéma, avez-vous des projets ? Yoann Zimmer : Je vais faire un court métrage sans doute cet été, un autre en septembre, et après, je vais tourner dans un long métrage à l'automne. Et puis, j'aimerais me mettre à l'écriture de mon propre long métrage. J'ai déjà commencé à y travailler.

  • Paris Police 1910 sur Canal + : rencontre avec Evelyne Brochu et Jérémie Laheurte

    Lundi 27 avril, Canal + a diffusé les deux premiers épisodes de Police Paris 1910, l'ultime saison de la série à succès créée par Fabien Nury qui plonge au cœur de la Belle Epoque et de sa noirceur. C'est avec plaisir que les téléspectateurs ont retrouvé l'inspecteur Jouin et Marguerite Steinheil, à qui l'on a donné l'horrible surnom de « pompes funèbres » parce que, comme le dit la rumeur, le président Félix Faure aurait été retrouvé mort dans ses bras. La jeune femme est encore au cœur de cette troisième saison qui démarre sur les chapeaux de roue puisque, dans le premier épisode, on la découvre ligotée sur son lit à moitié dévêtue, tandis que son mari et sa mère ont été étranglés. Interrogée par la police, elle dira qu'elle a été victime d'un cambriolage mais, très vite, les soupçons vont peser sur cette elle et la presse, avide de scandales, va s'emparer de l'affaire. Tel est le début tonitruant de cette troisième saison particulièrement réussie. Le public de Canneseries a eu le privilège de voir les deux premiers épisodes au Grand Théâtre Lumière, en présence de l'équipe de la série qui a savouré ce moment. Nous avons rencontré Evelyne Brochu et Jérémie Laheurte, les interprètes de Marguerite et de l'inspecteur Jouin, heureux et émus de se retrouver une dernière fois pour cette série à laquelle ils sont très attachés. Evelyne Brochu et Jérémie Laheurte à Canneseries Culture Net Info : C'est la dernière saison. Il y a un petit pincement au cœur pour vous qui êtes là depuis le début... Jérémie Laheurte : Un gros pincement au cœur ! On a tourné il y a un peu plus d'un an cette saison. C'est un plaisir de se retrouver à Canneseries pour ce dernier rendez-vous. En voyant les épisodes sur ce si grand écran, je me suis rendu compte qu'on avait vraiment fait quelque chose de bien. Chacun est allé au bout de son talent. C'était un vrai travail d'équipe ! Il y a plein de choses qu'on n'avait pas vues sur un petit écran : le travail de mise en scène, les profondeurs de champs... Tout ça, on l'a vraiment ici, à Cannes, sur ce magnifique écran. Et puis, j'ai pris conscience que c'était terminé, qu'on n'aurait plus cette joie d'être réunis tous ensemble. Evelyne (Brochu) habite au canada, Thibauld (Evrard) en Suisse. On n'a pas souvent l'occasion de se voir. Quand on faisait la série, on avait la garantie qu'on allait se voir pendant six mois de l'année. Maintenant c'est fini ; c'est un peu triste ! Culture Net Info : Au fil des saisons, vos personnages ont évolué. Evelyne, vous interprétez Meg, une femme qui a dû faire face à la misogynie des hommes et qui a dû se battre pour prendre sa liberté... Evelyne Brochu : Quand J'ai commencé, Meg avait une petite fille de 4 ans ; elle avait des petites tresses, des petits boucles. Puis à la troisième saison, c'est une femme adulte qui essaie de protéger sa fille du destin qu'elle a connu. Je pense que beaucoup de femmes peuvent s'identifier à ça. Culture Net Info: Jouin, votre personnage a beaucoup évolué aussi. Il a perdu sa naïveté.... Jérémie Laheurte : Au départ, Jouin était plein d'illusions. C'était un orphelin accompli de la République dans le sens où il a réussi à devenir policier, ce qui était rare quand on était orphelin à cette époque. C'est de cette façon qu'on me l'a présenté. Il est animé par la justice qu'il veut bien faire ; il a une vocation et puis il se retrouve dans un système où règne la corruption, avec une hiérarchie qui l'écrase. En fait, il est vraiment contraint et contenu. Il arrive quand même à faire son travail, mais il est très limité. Je me rappelle qu'il y avait des fois où je me disais : « Mais ce n'est pas possible ! Il faut vraiment que je réponde ça !» Et on me contenait en me faisant la promesse que ce jeune inspecteur allait à un moment devenir un shérif. J'avais donc cette évolution en tête et j'avais hâte de rencontrer aussi ce personnage-là. En saison 3, Jouin s'est rendu compte aussi qu'il est victime de son époque et de son travail et que parfois, le crime paye et que pour servir la bonne cause, pour sauver son amitié avec Fiersi, il est aussi capable cette fois de faire appel au vice, de gâcher des choses. C'est presque un itinéraire de tragédie, je dirais. C'est le coup de maître de Fabien Nury (le créateur de la série), parce que c'est dur de fermer la page d'une série. Je me rappelle qu'un jour, il nous a dit : « comme dans la vie, les actions de vos personnages, cette fois, ont des vraies conséquences tragiques. » Le fait d'endosser ces costumes d'époque, est-ce que ça vous a permis de vous emparer davantage du personnage de Meg ? Evelyne Brochu : Absolument ! C'était comme si le corset était une métaphore du climat ambiant, un étouffement permanent qui est métaphorique de ce que les femmes vivaient dans toutes les sphères de leur vie. Il faut le serrer une fois, ensuite, on se fait maquiller, coiffer, puis ensuite, on le serre une deuxième fois, et on ne peut pas l'enlever de la journée parce que ce serait trop long à refaire. Il s'adapte au corps. Je me disais que pour moi cela durait quelques jours alors que pour les femmes, à cette époque, c'était toute une vie. Cet étouffement passait d'abord par le corps. Moi, je pense que tout ce qui passe par le corps mène à une certaine vérité. J'étais déjà un peu enragée. J'étais comme prisonnière, avec une envie de mouvement qui était réprimée. Cet état-là, je n'avais pas à le jouer. Culture Net Info : Et vous Jérémie, que ressentiez-vous en portant vos costumes ? Jérémie Laheurte : J'avais des sensations un peu similaires : on était toujours en costume trois pièces avec les bretelles, avec le col à l'ancienne qu'il fallait ensuite fixer sur la chemise. C'est un col très rigide qui appuie sur la gorge. Et puis, il y a cette question du temps aussi c'est-à-dire que les hommes, tout comme les femmes, ne pouvaient pas s'habiller seuls. C'était tout un processus. C'est vrai que ça aide à une certaine posture, qui est importante pour l'époque. Je me posais beaucoup de questions pendant la saison 1. Je me demandais comment j'allais faire pour ne jamais être anachronique, pour vraiment rentrer dans cette époque, en sachant qu'on n'a pas de vidéos, qu'on n'a pas d'images concrètes à part quelques photos en noir et blanc. Je me rappelle vraiment du premier jour où j'ai mis mon costume : je me suis croisé dans le miroir et je ne me suis pas reconnu. Comme disait Evelyne, il y a la vérité du corps. On portait des costumes faits sur mesure, exceptionnels. Culture Net Info : Avant qu'on ne vous propose de jouer dans la série, c'était une époque à laquelle vous-vous intéressiez ? Jérémie Laheurte : C'est une période que je ne connaissais pas tant que ça. J'avoue que j'avais un lien avec cette série depuis le début, ce qui a aussi motivé le fait que j'avais tellement envie de la faire. Quand j'étais en maternelle, mon institutrice était la petite fille d'Alfred Dreyfus. Elle s'appelait Nathalie Dreyfus. C'est fou parce que j'ai vraiment baigné dans cette histoire. Je la connais depuis que j'ai 3-4 ans. Je me rappelle très bien avoir complètement saisi cette notion d'injustice, d'antisémitisme, déjà à l'époque. C'est fou quand même ! Evelyne Brochu : Moi, comme je suis québécoise, je ne connaissais pas Félix Faure, et encore moins Meg. Du coup, quand j'ai lu le scénario, j'ai pensé qu'elle était un personnage de fiction et quand j'ai vu qu'elle était surnommée « pompes funèbres », je me suis dit que l'auteur était complètement cinglé. C'est d'une violence, d'une brutalité inouïes ! Comment on arrive à trouver ça? C'est terrible. Et quand j'ai su que c'était vraiment comme ça qu'on l'appelait, ça m'a pris au ventre. J'ai saisi l'importance de raconter ce récit. La réalité dépasse la fiction. C'est de là qu'on arrive. Quel est le chemin parcouru? Quel est le chemin qui reste à parcourir? Il y avait tous ces enjeux-là qui venaient de m'être révélés d'un coup, de manière très physique. affiche de la série Paris Police 1910 / palais des festivals de Cannes Jérémie Laheurte : Je me rappelle que le premier jour de tournage, je suis descendu de chez moi pour aller sur le plateau, et, en bas, il y avait un tag à la craie où il était écrit « à mort les Juifs ! ». Je l'ai pris en photo, je l'ai envoyé à Julien (Despaux), le réalisateur, et je lui ai dit : « je crois que c'est le moment de commencer le tournage ! ». Il y a un autre fait qui m'a marqué. Dans la saison 1, il y a la famille Guérin. Ils ont vraiment existé et ils sont enterrés au cimetière du Père Lachaise. Mais il n'y avait pas leur nom sur la tombe de par la nature de qui ils étaient. Et en fait, une fois qu'il y a eu prescription, des gens ont payé pour restaurer la tombe et pour mettre leurs noms dessus. Quand on a présenté la première saison, des gens ont écrit à nos agents ou même à nous personnellement en disant qu'on avait décidé de salir la mémoire des Guérin et que ça ne se passerait pas comme ça. Ils avaient ajouté : « rendez-vous au Père Lachaise ». C'est tellement glauque, même encore plus que la série ! Ce genre de convictions traversent toutes les époques. Culture Net Info : La saison 3, elle, met l'accent sur le rôle de la presse à cette époque, avide de scandales... Evelyne Brochu : Pour moi, c'est presque déjà une référence aux réseaux sociaux d'aujourd'hui. Ces intrigues un peu malsaines, on n'a pas envie que ça se passe dans nos vies. Par contre, quand ça se passe dans la société et dans la vie des autres, même si c'est néfaste, ça nous excite un peu. Qu'est-ce qu'il va se passer au prochain épisode ? Qu'a fait Meg ? Comment ça va se régler ? Toutes ces histoires animent la curiosité malsaine des gens. Dans les journaux de l'époque, ça prenait la forme d'un feuilleton quotidien. Maintenant c'est dans les réseaux sociaux. Aujourd'hui, on a une vraie difficulté à trouver l'information, c'est-à-dire que ça doit être une recherche personnelle. Il faut avoir une certaine capacité pour pouvoir analyser toutes les informations qu'on nous propose. Même le spectacle de la dégringolade de la dignité d'une femme, ça continue encore maintenant. C'est assez troublant. Culture Net Info : La série est désormais terminée. Quelles sont donc vos projets respectifs ? Evelyne Brochu : Je viens de commencer le tournage du nouveau film d'Istvan Szabo, Embers, avec notamment Ralph Fiennes et Viggo Mortensen, des légendes du cinéma. Je suis très chanceuse. Je suis sur un petit nuage : c'est une aventure qui va me porter longtemps ! Et puis, le 25 mai, je rentre en studio pour mon troisième album. Jérémie Laheurte : Moi, j'ai commencé un film il y a un an, Young Stalin, adapté du roman de Simon Sebag Montefiore, qui est sur la jeunesse de Staline avant qu'il ne devienne le dictateur qu'on connaît tous. Je termine le film au mois de juillet. On a une petite partie à terminer, avec Michael Socha et Cosmo Jarvis. Et puis je vais commencer une série sur les renseignements français. Paris Police 1910 sur Canal +. Les deux prochains épisodes seront diffusés lundi 4 mai.

  • 8e édition de Pouce la Vie : interview de Denis Maccario

    Mardi 5 Mai, l'auditorium Rainier III de Monaco va accueillir la 8e édition de Pouce la vie, une soirée caritative au profit de la fondation Flavien, engagée dans la lutte contre les cancers pédiatriques et les maladies rares. Cette année, la soirée aura pour thème les musiques de films. Sur scène, Yvan Cassar, parrain historique de l'événement, sera entouré du groupe Call Me Winston et de la chanteuse Anne Sila, marraine de cette édition 2026. Denis Maccario, qui a créé la Fondation Flavien, nous a parlé de cette soirée caritative placée sous le signe de la bonne humeur. Cette huitième édition va mettre à l'honneur les musiques de film. Que va-t-on entendre ? Denis Maccario : Il y aura James Bond, Full Monty, Sister Act, les Blood Brothers, du Tarantino. Et pour finir en beauté, on vous réservera une surprise. Donc, c'est plutôt pas mal ! Quand on entend la musique de Full Monty, à mon avis, on ne peut que bouger. On est là pour s'amuser ! Yvan Cassar, qui nous accompagne depuis le début, sera aux côtés d'Anne Sila. Elle est la marraine de cette 8e édition. Et puis, comme chaque année, on retrouvera sur scène le groupe Call me Winston. Ca va être une belle soirée ! En plus de Pouce la Vie, la fondation Flavien organise d'autres événements tout au long de l'année... Denis Maccario : En général, notre Assemblée Générale est un événement en soi parce que c'est un bilan qui est ultra-positif des années précédentes. Durant le mois de février, on organise des journées de sensibilisation et notamment le 15 février, qui est la journée internationale de lutte contre le cancer de l'enfant. Avec le club de l'As Monaco, on fait une grosse journée autour de cette thématique-là. Ensuite, il y a Pouce la vie qui est notre premier événement de l'année. Grâce à ces journées de sensibilisation, aux événements que vous organisez, aux dons, vous avez contribué à la recherche et aux progrès de la médecine pour le traitement des cancers pédiatriques.... Denis Maccario : En effet, on a permis de faire une découverte majeure dans le traitement des cancers des enfants et il y a eu un essai clinique. Ca fait un an et demi qu'il est ouvert : une quinzaine d'enfants en a bénéficié. Comme il est sur trois ans, il reste encore un an et demie. Il y aura trente-six enfants au total. Il s'avère que ça fonctionne bien. C'est encourageant ! Certes, pour recueillir des fonds, on fait des événements. Mais il ne faut pas oublier que ces dons vont directement à la recherche. Pouce la vie à l'auditorium Rainier III, mardi 5 mai à 20 heures. Tarifs : 15 euros par adulte et 5 euros pour les moins de 16 ans. Renseignements et réservations : www.fondationflavien.com

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