Interview de Mamadou Sidibé
- Laurence Ray
- 5 mai
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 mai
Lorsque Canal + a commencé à diffuser les premiers épisodes de Un prophète, la série adaptée du film de Jacques Audiard, le nom de Mamadou Sidibé s'est très vite répandu dans les conversations. Impressionnant, lumineux, talentueux, les adjectifs ne manquent pas pour le qualifier. Pour son premier rôle, le jeune acteur de vingt-sept ans qui se destinait à la carrière de footballeur, crève l'écran. Les avis sont unanimes. Depuis, il enchaîne les rôles à la télévision et au cinéma, toujours curieux et désireux d'apprendre. Il y a quelques jours, il était à Cannes, en tant que membre du jury de la compétition séries longues du festival Canneseries, aux côtés notamment d'Isabel Coixet et de Vincent Elbaz. Nous l'avons rencontré.

Culture Net Info : Vous êtes membre du jury de la compétition séries longues. Quand vous regardez un film ou une série, à quoi êtes-vous le plus sensible ?
Mamadou Sidibé : Je suis très spectateur ; je suis donc très sensible à l'image et au jeu d'acteur. Je suis un admirateur ! J'adore les gens qui jouent super bien, qui sont très crédibles. C'est mon côté petit enfant qui est trop content de voir ça ! Quant à l'image, c'est quelque chose qui me touche toujours profondément. Ça raconte beaucoup de choses : la couleur, les cadres, les plans... Tout cela est vraiment très important pour moi. Il arrive que de très belles histoires soient racontées avec une image moins travaillée mais le storytelling est magnifique.
Depuis la série Un prophète qui vous a fait connaître, vous avez eu plusieurs projets pour la télévision et pour le cinéma. Dans votre manière de préparer votre rôle, percevez-vous une différence entre les deux ?
Mamadou Sidibé : La différence entre les deux, elle est évidemment dans la durée, dans la longueur. Pour l'instant, je n'ai pas eu de rôle principal au cinéma. Pour un rôle que je joue sur 4-5 mois, forcément la préparation dure énormément de temps. J'aimerais voir aussi, avec un rôle principal au cinéma, si le temps nécessaire pour le préparer est similaire à celui d'une série. Ce qui est sûr, c'est que pendant le tournage, il y a une grosse différence, je pense, en termes d'endurance. Dans tous les cas, on est embarqués dans une aventure. Mais je pense que dans la profondeur et dans la rigueur, tout est pareil. Il faut avoir de l'empathie pour le personnage, il faut comprendre les dynamiques, ses intentions et rentrer dans son environnement.

Vous avez joué dans Mémoire de fille de Judith Godrèche, adapté du livre d'Annie Ernaux. Le film sera présenté au prochain Festival de Cannes. Quel rôle y tenez-vous ?
Mamadou Sidibé : C'est un rôle secondaire. Une grosse partie de l'intrigue se passe dans une colonie de vacances. Moi, je joue le rôle d'un des moniteurs qui tombe amoureux d'Annie. Il y a une ambiance de harcèlement un peu normalisée dans cette colonie. Mon personnage tombe amoureux, et, comme il se fait rejeter, il rejoint un peu ce groupe de harceleurs.
Avez-vous rencontré Annie Ernaux pendant le tournage ?
Mamadou Sidibé : On ne l'a pas rencontrée, mais elle était toujours avec Judith Godrèche qui nous rapportait ce qu'elle disait. Elle était là, pendant la préparation, sans qu'on la voie, et elle donnait des indications sur chaque personnage. J'espère qu'on pourra la rencontrer au Festival de Cannes. Ce serait génial !
J'ai aussi une petite partition dans Soudain de Ryusuke Hamaguchi qui sera en compétition à Cannes. Je ne vais pas monter les marches avec toute l'équipe mais je vais essayer de voir le film.
Quels sont les autres films dans lesquels on va vous voir dans les prochains mois ?
Mamadou Sidibé : Avant Mémoire de fille, j'ai tourné dans le premier long-métrage de Marie Rosselet-Ruiz, qui s'appelle L'Une des Leurs, avec Céleste Brunnquell. L'intrigue se passe à Lens. Avec Louis Memmi, Paul Beaurepaire et Alexandre Anne, qui, lui, n'est pas acteur, on appartient à un groupe identitaire, les ultras de Lens. Céleste va rejoindre notre groupe ; elle est dans la recherche identitaire, elle essaie de trouver une place. En même temps, elle veut faire Sciences Po à Paris, mais, là où elle habite, à Lens, c'est très précaire. Elle va donc s'arracher de sa famille, peut-être. C'est un très beau film avec une très belle image.
J'ai aussi joué dans un film sur le street foot, Bombonera, le premier long métrage de Syrine Boulanouar. Il va sortir cet été au cinéma. Et j'ai aussi joué dans la série Privilèges pour HBO.
Quand on regarde votre filmographie, on constate que vous vous tournez plutôt vers le cinéma d'auteur...
Mamadou Sidibé : Depuis Un prophète, qui était magnifique et avait quelque chose de poétique, on essaie de garder une direction cohérente avec mon équipe, en choisissant des projets qui parlent de sujets importants, qui me parlent et qui me touchent. Il y a quelque chose dans les films d'auteur qui est assez brut, qui reste proche de la réalité. C'est ce que j'aime.
Il paraît que vous aimez beaucoup la poésie. Que lisez-vous ?
Mamadou Sidibé : Oui, j'aime beaucoup la poésie. J'ai commencé en lisant une poétesse qui s'appelle Najwa Zebian, une Libano-Canadienne activiste. J'ai lu son livre The Book of Healing, à un moment de ma vie où j'avais besoin de guérir de la rupture avec le sport, de plein de choses qui s'étaient passées dans ma vie à ce moment-là, et ça m'avait beaucoup aidé. C'est aussi à ce moment-là que j'ai commencé un peu à écrire, pour me libérer. Je me suis rendu compte que les mots aident vraiment. J'ai commencé à écrire à 22-23 ans et je continue. Je suis encore très débutant ; je fais ma culture. J'écris surtout sur l'amour. C'est le sujet le plus universel. Je pense qu'on peut presque tous se reconnaître dans des millions de situations, que ce soit dans l'amour paternel, fraternel, amical, le premier amour. C'est pourquoi je trouve que c'est beau de pouvoir en parler. En ce moment, je lis Les Contemplations de Victor Hugo et aussi un auteur palestinien, que j'ai découvert il n'y a pas longtemps : Mahmoud Darwich. Je suis en train de faire ma culture petit à petit. On ne se cultive jamais assez. On n'est jamais rassasié !
On sent chez vous une curiosité et une soif de découvertes....
Mamadou Sidibé : Je suis très curieux de manière générale ; c'est pour ça que je me suis retrouvé dans le cinéma. J'ai cherché sur internet. En fait, j'aime apprendre mais aussi transmettre. Pendant longtemps, j'ai travaillé avec les plus petits, les ados. J'aime apprendre sur les neurosciences. J'essaie de m'enrichir de plein de choses, de progresser. Je pense que plus on est curieux, mieux on peut interpréter quelqu'un qui est complètement à l'opposé de nous. Ca arrive qu'on nous propose des rôles complexes et, si on n'a pas été assez curieux, on ne peut pas comprendre ces personnages et on va manquer d'empathie. Ca va devenir compliqué pour les interpréter.
Justement, quels sont vos prochains rôles ?
Mamadou Sidibé : Je continue à travailler, à passer des castings, et aussi profiter des répercussions du travail que j'ai fourni ces dernières années, en allant à Canneseries, au Festival de Cannes notamment. Et puis je me nourris de littérature !




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