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Paris Police 1910 sur Canal + : rencontre avec Evelyne Brochu et Jérémie Laheurte

  • Laurence Ray
  • il y a 18 minutes
  • 8 min de lecture

Lundi 27 avril, Canal + a diffusé les deux premiers épisodes de Police Paris 1910, l'ultime saison de la série à succès créée par Fabien Nury qui plonge au cœur de la Belle Epoque et de sa noirceur. C'est avec plaisir que les téléspectateurs ont retrouvé l'inspecteur Jouin et Marguerite Steinheil, à qui l'on a donné l'horrible surnom de « pompes funèbres » parce que, comme le dit la rumeur, le président Félix Faure aurait été retrouvé mort dans ses bras. La jeune femme est encore au cœur de cette troisième saison qui démarre sur les chapeaux de roue puisque, dans le premier épisode, on la découvre ligotée sur son lit à moitié dévêtue, tandis que son mari et sa mère ont été étranglés. Interrogée par la police, elle dira qu'elle a été victime d'un cambriolage mais, très vite, les soupçons vont peser sur cette elle et la presse, avide de scandales, va s'emparer de l'affaire. Tel est le début tonitruant de cette troisième saison particulièrement réussie.

Le public de Canneseries a eu le privilège de voir les deux premiers épisodes au Grand Théâtre Lumière, en présence de l'équipe de la série qui a savouré ce moment. Nous avons rencontré Evelyne Brochu et Jérémie Laheurte, les interprètes de Marguerite et de l'inspecteur Jouin, heureux et émus de se retrouver une dernière fois pour cette série à laquelle ils sont très attachés.


Evelyne Brochu et Jérémie Laheurte Paris Police 1910 Canneserie
Evelyne Brochu et Jérémie Laheurte à Canneseries

Culture Net Info : C'est la dernière saison. Il y a un petit pincement au cœur pour vous qui êtes là depuis le début...


Jérémie Laheurte : Un gros pincement au cœur ! On a tourné il y a un peu plus d'un an cette saison. C'est un plaisir de se retrouver à Canneseries pour ce dernier rendez-vous. En voyant les épisodes sur ce si grand écran, je me suis rendu compte qu'on avait vraiment fait quelque chose de bien. Chacun est allé au bout de son talent. C'était un vrai travail d'équipe !

Il y a plein de choses qu'on n'avait pas vues sur un petit écran : le travail de mise en scène, les profondeurs de champs... Tout ça, on l'a vraiment ici, à Cannes, sur ce magnifique écran. Et puis, j'ai pris conscience que c'était terminé, qu'on n'aurait plus cette joie d'être réunis tous ensemble. Evelyne (Brochu) habite au canada, Thibauld (Evrard) en Suisse. On n'a pas souvent l'occasion de se voir. Quand on faisait la série, on avait la garantie qu'on allait se voir pendant six mois de l'année. Maintenant c'est fini ; c'est un peu triste !


Culture Net Info : Au fil des saisons, vos personnages ont évolué. Evelyne, vous interprétez Meg, une femme qui a dû faire face à la misogynie des hommes et qui a dû se battre pour prendre sa liberté...


Evelyne Brochu : Quand J'ai commencé, Meg avait une petite fille de 4 ans ; elle avait des petites tresses, des petits boucles. Puis à la troisième saison, c'est une femme adulte qui essaie de protéger sa fille du destin qu'elle a connu. Je pense que beaucoup de femmes peuvent s'identifier à ça.


Culture Net Info: Jouin, votre personnage a beaucoup évolué aussi. Il a perdu sa naïveté....


Jérémie Laheurte : Au départ, Jouin était plein d'illusions. C'était un orphelin accompli de la République dans le sens où il a réussi à devenir policier, ce qui était rare quand on était orphelin à cette époque. C'est de cette façon qu'on me l'a présenté. Il est animé par la justice qu'il veut bien faire ; il a une vocation et puis il se retrouve dans un système où règne la corruption, avec une hiérarchie qui l'écrase. En fait, il est vraiment contraint et contenu. Il arrive quand même à faire son travail, mais il est très limité. Je me rappelle qu'il y avait des fois où je me disais : « Mais ce n'est pas possible ! Il faut vraiment que je réponde ça !» Et on me contenait en me faisant la promesse que ce jeune inspecteur allait à un moment devenir un shérif. J'avais donc cette évolution en tête et j'avais hâte de rencontrer aussi ce personnage-là. En saison 3, Jouin s'est rendu compte aussi qu'il est victime de son époque et de son travail et que parfois, le crime paye et que pour servir la bonne cause, pour sauver son amitié avec Fiersi, il est aussi capable cette fois de faire appel au vice, de gâcher des choses.

C'est presque un itinéraire de tragédie, je dirais. C'est le coup de maître de Fabien Nury (le créateur de la série), parce que c'est dur de fermer la page d'une série. Je me rappelle qu'un jour, il nous a dit : « comme dans la vie, les actions de vos personnages, cette fois, ont des vraies conséquences tragiques. »


Le fait d'endosser ces costumes d'époque, est-ce que ça vous a permis de vous emparer davantage du personnage de Meg ?


Evelyne Brochu : Absolument ! C'était comme si le corset était une métaphore du climat ambiant, un étouffement permanent qui est métaphorique de ce que les femmes vivaient dans toutes les sphères de leur vie. Il faut le serrer une fois, ensuite, on se fait maquiller, coiffer, puis ensuite, on le serre une deuxième fois, et on ne peut pas l'enlever de la journée parce que ce serait trop long à refaire. Il s'adapte au corps. Je me disais que pour moi cela durait quelques jours alors que pour les femmes, à cette époque, c'était toute une vie. Cet étouffement passait d'abord par le corps. Moi, je pense que tout ce qui passe par le corps mène à une certaine vérité. J'étais déjà un peu enragée. J'étais comme prisonnière, avec une envie de mouvement qui était réprimée. Cet état-là, je n'avais pas à le jouer.


Culture Net Info : Et vous Jérémie, que ressentiez-vous en portant vos costumes ?


Jérémie Laheurte : J'avais des sensations un peu similaires : on était toujours en costume trois pièces avec les bretelles, avec le col à l'ancienne qu'il fallait ensuite fixer sur la chemise. C'est un col très rigide qui appuie sur la gorge. Et puis, il y a cette question du temps aussi c'est-à-dire que les hommes, tout comme les femmes, ne pouvaient pas s'habiller seuls. C'était tout un processus. C'est vrai que ça aide à une certaine posture, qui est importante pour l'époque.

Je me posais beaucoup de questions pendant la saison 1. Je me demandais comment j'allais faire pour ne jamais être anachronique, pour vraiment rentrer dans cette époque, en sachant qu'on n'a pas de vidéos, qu'on n'a pas d'images concrètes à part quelques photos en noir et blanc. Je me rappelle vraiment du premier jour où j'ai mis mon costume : je me suis croisé dans le miroir et je ne me suis pas reconnu. Comme disait Evelyne, il y a la vérité du corps. On portait des costumes faits sur mesure, exceptionnels.


Culture Net Info : Avant qu'on ne vous propose de jouer dans la série, c'était une époque à laquelle vous-vous intéressiez  ?


Jérémie Laheurte : C'est une période que je ne connaissais pas tant que ça. J'avoue que j'avais un lien avec cette série depuis le début, ce qui a aussi motivé le fait que j'avais tellement envie de la faire. Quand j'étais en maternelle, mon institutrice était la petite fille d'Alfred Dreyfus. Elle s'appelait Nathalie Dreyfus. C'est fou parce que j'ai vraiment baigné dans cette histoire. Je la connais depuis que j'ai 3-4 ans. Je me rappelle très bien avoir complètement saisi cette notion d'injustice, d'antisémitisme, déjà à l'époque. C'est fou quand même !


Evelyne Brochu : Moi, comme je suis québécoise, je ne connaissais pas Félix Faure, et encore moins Meg. Du coup, quand j'ai lu le scénario, j'ai pensé qu'elle était un personnage de fiction et quand j'ai vu qu'elle était surnommée « pompes funèbres », je me suis dit que l'auteur était complètement cinglé. C'est d'une violence, d'une brutalité inouïes ! Comment on arrive à trouver ça? C'est terrible. Et quand j'ai su que c'était vraiment comme ça qu'on l'appelait, ça m'a pris au ventre. J'ai saisi l'importance de raconter ce récit. La réalité dépasse la fiction. C'est de là qu'on arrive. Quel est le chemin parcouru? Quel est le chemin qui reste à parcourir? Il y avait tous ces enjeux-là qui venaient de m'être révélés d'un coup, de manière très physique.


Jérémie Laheurte : Je me rappelle que le premier jour de tournage, je suis descendu de chez moi pour aller sur le plateau, et, en bas, il y avait un tag à la craie où il était écrit « à mort les Juifs ! ». Je l'ai pris en photo, je l'ai envoyé à Julien (Despaux), le réalisateur, et je lui ai dit : « je crois que c'est le moment de commencer le tournage ! ».

Il y a un autre fait qui m'a marqué. Dans la saison 1, il y a la famille Guérin. Ils ont vraiment existé et ils sont enterrés au cimetière du Père Lachaise. Mais il n'y avait pas leur nom sur la tombe de par la nature de qui ils étaient. Et en fait, une fois qu'il y a eu prescription, des gens ont payé pour restaurer la tombe et pour mettre leurs noms dessus. Quand on a présenté la première saison, des gens ont écrit à nos agents ou même à nous personnellement en disant qu'on avait décidé de salir la mémoire des Guérin et que ça ne se passerait pas comme ça. Ils avaient ajouté : « rendez-vous au Père Lachaise ». C'est tellement glauque, même encore plus que la série ! Ce genre de convictions traversent toutes les époques.


Culture Net Info : La saison 3, elle, met l'accent sur le rôle de la presse à cette époque, avide de scandales...


Evelyne Brochu : Pour moi, c'est presque déjà une référence aux réseaux sociaux d'aujourd'hui. Ces intrigues un peu malsaines, on n'a pas envie que ça se passe dans nos vies. Par contre, quand ça se passe dans la société et dans la vie des autres, même si c'est néfaste, ça nous excite un peu. Qu'est-ce qu'il va se passer au prochain épisode ? Qu'a fait Meg ? Comment ça va se régler ? Toutes ces histoires animent la curiosité malsaine des gens. Dans les journaux de l'époque, ça prenait la forme d'un feuilleton quotidien. Maintenant c'est dans les réseaux sociaux. Aujourd'hui, on a une vraie difficulté à trouver l'information, c'est-à-dire que ça doit être une recherche personnelle. Il faut avoir une certaine capacité pour pouvoir analyser toutes les informations qu'on nous propose. Même le spectacle de la dégringolade de la dignité d'une femme, ça continue encore maintenant. C'est assez troublant.


Culture Net Info : La série est désormais terminée. Quelles sont donc vos projets respectifs ?


Evelyne Brochu : Je viens de commencer le tournage du nouveau film d'Istvan Szabo, Embers, avec notamment Ralph Fiennes et Viggo Mortensen, des légendes du cinéma. Je suis très chanceuse. Je suis sur un petit nuage : c'est une aventure qui va me porter longtemps ! Et puis, le 25 mai, je rentre en studio pour mon troisième album.


Jérémie Laheurte : Moi, j'ai commencé un film il y a un an, Young Stalin, adapté du roman de Simon Sebag Montefiore, qui est sur la jeunesse de Staline avant qu'il ne devienne le dictateur qu'on connaît tous. Je termine le film au mois de juillet. On a une petite partie à terminer, avec Michael Socha et Cosmo Jarvis. Et puis je vais commencer une série sur les renseignements français.


Paris Police 1910 sur Canal +. Les deux prochains épisodes seront diffusés lundi 4 mai.

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