Festival de Cannes J3 : L'abandon, Quelques mots d'amour et L'âge d'or
- Laurence Ray
- il y a 8 minutes
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Le premier choc du Festival est venu de L'abandon de Vincent Garenq qui raconte avec une très grande exactitude les derniers jours de la vie de Samuel Paty. Le film, tourné en secret et annoncé au dernier moment, a été présenté hors compétition, en présence de Mickaëlle Paty. C'est Antoine Reinartz qui interprète le professeur d'histoire-géographie sauvagement assassiné.
Le film montre l'engrenage du mensonge et de la rumeur dont il a été victime. Si le nom de Samuel Paty a été conservé, ceux des élèves et des autres protagonistes ont été modifiés. C'est une élève de quatrième turbulente et en conflit avec l'autorité de ses professeurs et de l'administration, qui dénonce le fait que son professeur ait pu montrer des caricatures de Mahomet, nu, et qu'il ait demandé aux élèves musulmans de sortir. Or, elle n'était pas présente au cours ce jour-là et ce qu'elle lui reproche est loin d'être l'entière vérité. S'ensuit alors un emballement, une spirale dans laquelle Samuel Paty va entrer malgré lui. Il est pourtant soutenu par la principale du collège (Emmanuelle Bercot) qui alerte les autorités et le rectorat pour que tout soit mis en œuvre pour le protéger car elle sent bien que la situation est en train de mal tourner. Le film, d'une remarquable justesse, est poignant.

Autre film touchant de ce troisième jour : Quelques mots d'amour de Rudi Rosenberg qui offre un rôle en or à Hafsia Herzi, celui d'une mère qui soutient sa fille aînée bien résolue à faire la connaissance de son père qui n' jamais voulu la reconnaître. On suit le parcours de cette mère et de cette fille fait de hauts et de bas, d'espoirs et surtout de désillusions. On rit parfois, on est souvent touchés. L'année dernière, Hafsia Herzi présentait à Cannes son dernier film, La petite dernière. Décidément, le festival lui réussit : quand elle est au générique d'un film (devant ou derrière la caméra), on a la certitude qu'il sera bon !
Thierry Frémaux a eu la bonne idée de présenter dans la sélection Cannes Classics le premier long métrage de Bérenger Thouin, L'âge d'or, qui raconte la vie d'une femme pendant la quasi totalité du Xxème siècle. Fille de boucher, elle dit qu'elle rêve de devenir domestique. Elle va faire la rencontre de Céleste, une femme qui va lui apporter de la légèreté et va finir par devenir comtesse, en épousant le garçon qui était alors son voisin et qu'elle avait connu enfant. Mais sa vie ne s'arrête pas là car elle va devoir faire face à plein de bouleversements et de rebondissements inattendus. Le film a pris à Bérenger Thouin dix ans de sa vie. Il y a mis tout son cœur et on sent à quel point il est attaché à cette héroïne romanesque incarnée magnifiquement par Souheila Yacoub. Il mêle la petite à la grande histoire et, surtout, il entrelace des images d'archives à des prises de vues réelles. Le résultat est saisissant, troublant. Une prouesse artistique jamais vue au cinéma. Le film sortira à l'automne et il serait dommage de passer à côté de ce petit bijou.




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