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Rencontre avec Alicia Fall au Festival de Cannes

  • Laurence Ray
  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture

Alicia Fall fait partie de ces femmes qui ont de la classe. Quand elle s'est présentée à nous pour l'interview, c'était l'après-midi mais elle était vêtue d'une robe de cocktail blanche, une chaussure à la main. Elle venait de casser un talon. Loin d'être dérangée par la situation, elle a répondu très sérieusement à nos questions, remettant à plus tard l'achat d'une nouvelle paire de chaussures Rue d'Antibes.

Le Festival de Cannes avec ses strass et ses paillettes, Alicia Fall le connaît bien. Elle en est à sa vingtième édition. Journaliste, présentatrice télé, mais aussi productrice et désormais réalisatrice, elle a plusieurs cordes à son arc. C'est toujours la passion et l'engagement qui l'animent. Son premier court-métrage, A cloche-pied, aborde un sujet qui lui est très personnel : les violences domestiques vécues par les enfants. Elle nous en a parlé.


Alicia Fall Festival de Cannes

Culture Net Info : Vous êtes très souvent venue à Cannes. Quels souvenirs vous viennent à l'esprit ?


Alicia Fall : Le meilleur souvenir, c'est le premier, inéluctablement. C'était les débuts de Leïla Bekhti ; il y avait toute l'équipe de Kourtrajmé avec Ladj Ly. Vincent Cassel était venu présenter le film Sheitan de Kim Chapiron. C'était mon tout premier Festival de Cannes et c'était assez extraordinaire. Je n'avais pas encore de conscience cinéphile à ce moment-là. C'était simplement les strass, les paillettes, un univers transposé et vécu pleinement.


Depuis, vous êtes devenue cinéphile et vous avez développé des projets dans le cinéma...


Alicia Fall : Je suis une autodidacte, même dans mon métier original de journaliste et de présentatrice télé. J'ai mis énormément de temps à me lancer dans le cinéma, alors que j'écris depuis toujours. Mes projets étaient prêts, mais il fallait que je les sorte. J'ai coproduit mon premier long-métrage avec Canal Plus, qui s'appelle La mémoire du manguier. Il parle d'un imam atteint de la maladie d'Alzheimer. Il faut savoir qu'en Afrique, tous ces contextes de maladies sont assez occultés. En Europe, en France, on va avoir le médecin. En Afrique, on va voir le marabout. La maladie d'Alzheimer, la perte de mémoire ne sont pas considérées comme une pathologie, mais plutôt comme quelque chose de spirituel, alors qu'il y a une dimension physiologique avérée.


Récemment, vous avez réalisé votre premier court-métrage, A cloche-pied, en abordant un sujet qui vous tient à cœur : les violences domestiques faites aux enfants...


Alicia Fall : Oui, c'est une oeuvre autobiographique et qui a vocation à sensibiliser sur les violences domestiques des enfants. Il a remporté un prix à New York. Ca fait plaisir, ça soigne l'ego mais ce n'est pas du tout l'objectif. Ce que je veux, c'est qu'il soit montré dans les établissements scolaires. Les enfants ne parlent pas, parce que l'adulte ne parle pas. L'adulte, à partir d'une certaine génération, a appris à se taire. Dans nos sociétés modernes, il ne faut pas se mêler alors que ça peut sauver des vies.

Il y a deux archétypes d'enfants qui subissent des violences extrêmes, qu'elles soient physiques ou sexuelles. Il y a ceux qui vont être dans un multisme total, très renfermés sur eux-mêmes, techniquement plus identifiables. Et de l'autre côté, des enfants comme j'ai pu l'être, souriants, présents, de bonne humeur. Je donnais le change parce que ma vie et celle de ma mère étaient menacées. J'étais donc dans l'abnégation la plus totale. Chaque enfant a ses méthodes pour protéger le parent qu'il aime. Pour moi, aucun adulte ne pouvait déceler ce qui se passait à la maison.


En racontant votre histoire dans ce court-métrage, vous avez contribué à libérer la parole....


Alicia Fall : Ça fait quand même plus de vingt ans que je suis une activiste, que j'accompagne des familles et des enfants victimes de violences. Je me suis dit que c'était une façon de me réapproprier mon propre mal. Donc ma souffrance, j'en fais une force, et surtout, j'en fais quelque chose d'utile. En tant que journaliste et en tant que présentatrice télé, c'est un sujet que j'ai beaucoup évoqué sur mes propres plateaux. On parle souvent des violences faites aux enfants, aux femmes,des violences sexuelles... Mais on parle beaucoup moins des violences domestiques paradoxalement. Alors que c'est tout aussi présent et ça fait tout autant de dégâts. Il y a une espèce d'omerta.


C'est votre fils qui joue le rôle de Tim, un enfant victime de violences domestiques. C'est lui qui en a eu envie ?


Alicia Fall : J'ai lu le scénario avec mes enfants. Ils aspiraient depuis quelques années à jouer , mais je ne les y poussais pas spécialement. Mais lorsque j'ai eu l'idée de ce court-métrage, il m'est apparu évident de leur proposer en premier lieu. Ma fille, qui est hypersensible, s'est mise à pleurer et m'a dit qu'elle ne pourrait pas y arriver. Mon fils m'a alors répondu qu'il allait le faire.

Comme c'est un sujet sensible, il a fallu que j'évoque devant eux mon enfance. Dans mon rôle de maman, j'ai toujours eu ce réflexe de dire que tout va bien, que tout est facile, alors que ce n'est pas vrai. J'ai vécu des choses très difficiles. Néanmoins, la résilience est extrêmement importante. Peu importe les souffrances que l'on vit, ce qui importe, c'est ce qu'on en fait. J'ai décidé d'en faire une force.

Mon fils a donc interprété mon rôle et j'ai aussi fait appel à d'autres enfants. L'un d'entre eux est venu me voir en me disant qu'il n'avait absolument pas conscience que des enfants pouvaient vivre une vie totalement différente de la sienne. C'est ce qui a permis d'ouvrir le dialogue. C'est grâce au court-métrage que les parents de cet enfant ont évoqué le sujet.


Vous êtes une femme engagée. A Cannes, vous avez participé à des soirées caritatives...


Alicia Fall : Il y a trois ans, la Nelson Mandela Foundation m'a contactée parce que leur maître de cérémonie était malade. Je suis arrivée au pied levé. Depuis, j'oeuvre pour cette fondation. A l'instar du Global Gift Gala mené par Maria Bravo et Eva Longoria, on sait vraiment où va l'argent. C'est hyper important. Même si ce sont des événements où ça brille, derrière, l' argent va vraiment aux gamins et aux femmes en détresse. Je suis très pointilleuse. Quand les gens donnent, il faut qu'ils sachent où va leur argent.

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