Rencontre avec le réalisateur Vincent Maël Cardona, président du jury du Prix de la meilleure création sonore
- Laurence Ray
- il y a 1 jour
- 5 min de lecture
Vincent Maël Cardona connaît bien le Festival de Cannes. Il y a présenté ses deux longs-métrages, Les magnétiques et Le Roi Soleil. Chaque fois, il y est resté seulement quelques jours, pour assister à la projection et assurer la promotion du film. Cette fois, il était présent pendant toute la durée du Festival puisqu'il était président du jury du Prix de la meilleure création sonore. Parmi tous les films présentés dans la catégorie Un Certain Regard, avec les autres membres du jury (notamment Barbara Pravi), il a récompensé le film Elephants in the fog du réalisateur népalais Abinash Bikram Shah. Nous l'avons rencontré après la remise du Prix, sur la terrasse ensoleillée du Palais des Festivals.

Culture Net Info : Le Festival touche à sa fin. Vous étiez président du jury du Prix de la meilleure création sonore, comment avez-vous vécu cette expérience ?
Vincent Maël Cardona : On s'est focalisés sur notre travail de jury, en voyant généralement deux films par jour. L'idée c'était vraiment de me coucher tôt, de travailler le matin et de voir deux films par jour. Je n' ai vu que que les films d'Un Certain Regard. J'aurais pu en voir d'autres mais j'ai résisté parce que j'avais pas mal de choses à faire ; je ne voulais pas me disperser. Quand on voit plusieurs films par jour, on a tendance à développer une forme d'impatience, ce qui n'est jamais une très bonne chose quand on regarde un film. C'est pour cette raison que, d'après moi, deux films, c'est l'idéal.
Je me sens très reconnaissant d'avoir fait partie de ce jury. On nous a apporté du monde entier des petites merveilles et nous, on avait juste à s'asseoir et à vivre ces expériences. C'est incroyable. En tant que membre de ce jury, on est d'autant plus attentifs à ces dimensions charnelles et sensorielles des films. Même si les films peuvent être durs, ils sont des leçons d'humanité et célèbrent cette espèce de poésie profonde. Ce sont de véritables expériences humaines. On en ressort vraiment grandis.
Pour décerner votre palmarès, à quoi avez-vous été le plus attentif ?
Vincent Maël Cardona : On a essayé d'être attentifs à notre ressenti. Regarder un film avec les oreilles, c'est se laisser bercer, se laisser emporter. Parfois on dit qu'il y a la tête et le corps. Ce qui est important, c'est de réussir à lier les deux, de ne pas être trop dans la tête, mais de sentir les choses et d'avoir conscience de son corps. Regarder un film avec les oreilles ou être attentif au son quand on regarde un film, c'est un peu la même chose : c'est un peu être attentif à son corps. C'est moins être sur l'intrigue, moins être sur le scénario, moins être sur l'intellect. C'est essayer de redescendre dans son corps et de se concentrer sur ce qu'on est en train de vivre, ce qu'on est en train de ressentir. C'est se laisser bercer par l'expérience sensorielle du cinéma. Le son c'est ce bain vibratoire dans lequel on évolue quand on est en train de regarder un film.
L'absence de son, les silences ont aussi une grande importance...
Vincent Maël Cardona : Absolument ! C'est fascinant le rapport au monde que nous offre cet organe qu'est l'oreille. C'est extrêmement complexe une oreille. C'est une espèce de muscle, de réflexe qui traduit des sensations vibratoires, qui nous protège des agressions. On ne peut pas limiter ce qui rentre par l'oreille : on peut fermer les yeux mais on ne peut pas fermer les oreilles. C'est fascinant !
C'est loin d'être la première fois que vous venez au Festival de Cannes. Vous y avez présenté Les magnétiques à la Quinzaine des Réalisateurs, puis Le Roi Soleil hors compétition en séance de minuit. Quels souvenirs en gardez-vous ?
Vincent Maël Cardona : J'y suis même venu trois fois. J'ai fait la Fémis en tant qu'étudiant et mon film de fin d'études avait été présenté à la Cinéfondation. Je me souviens très bien de cette première expérience. C'était très fort, c'est-à-dire, j'ai vraiment senti qu'il y avait un dedans et un dehors. Je me souviens avoir été un peu grisé et en même temps agressé par tout le dehors, c'est-à-dire la frénésie, l'activité, le côté tape-à-l'œil, les palaces, les yachts. Tout ça, quand on est jeune et qu'on débarque, c'est assez impressionnant. Il y a une espèce d'excitation avec la presse, les fêtes permanentes. C'est un peu un tourbillon.
Et puis après il y a le dedans : la salle de cinéma. Pour tous les gens qui aiment le cinéma, c'est une chance exceptionnelle d'être à Cannes. On a l'embarras du choix et on va de merveille en merveille. On est dans le temple mondial du cinéma. C'est une expression un peu galvaudée, mais ça veut vraiment dire quelque chose. C'est une expérience vraiment précieuse. Et puis, quand on présente son film dans le Grand Théâtre Lumière, c'est vraiment très impressionnant, d'autant plus, quand, en tant que cinéphile, on y a vu des chefs d'oeuvre. Il y a cet écran mural gigantesque, avec cette ambiance si particulière. On s'asseoit là où les plus grands cinéastes se sont déjà assis. C'est une sensation vraiment étrange.
Vous ne faites pas que du cinéma. En 2023, vous avez réalisé une série pour Arte, De Grâce. Avez-vous d'autres projets pour la télévision ?
Vincent Maël Cardona : Entre mes deux premiers longs-métrages, j'avais fait cette série pour Arte. J'avais beaucoup apprécié ce travail ; ça fait beaucoup de jours de tournage, ça permet d'essayer des choses et ce n'est pas la même pression qu'un long-métrage. Je suis en cours d'écriture de mon troisième long-métrage, mais je le ferai après.
Je vais démarrer le tournage d'une série de six épisodes de 50 minutes pour Amazon. C'est l'adaptation du livre de Joël Dicker, Un animal sauvage avec Noémie Merlant, Matthias Schoenaerts, Pierre-Yves Cardinal, Pauline Clément. J'ai vraiment hâte ! Je sors d'une certaine zone de confort. Chez Arte, les interlocuteurs sont assez proches du monde du cinéma. Pour moi, Amazon, c'est un territoire inconnu. Mais ça me semble essentiel pour nous, cinéastes, d'essayer de travailler avec ce qu'on appelle les streamers, et qui révolutionnent complètement le champ du financement du cinéma. Il faut compter aujourd'hui avec ces nouveaux acteurs. Ils sont là. Ça n'a aucun sens pour moi de faire comme s'ils n'étaient pas là. Ce sont des acteurs qui ont, comme les autres, des obligations d'investissement dans la création française de fiction. Du coup, quand on nous propose de travailler avec eux, je pense qu'il faut y aller. Pour l'instant, j'ai vraiment le sentiment de travailler en parfaite intelligence avec des gens qui me font confiance.




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