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- T'as pas changé : interview de Jérôme Commandeur et Laurent Lafitte
En ouvrant la 7e édition du festival Cinéroman de Nice qui s'est tenu il y a quelques jours, Jérôme Commandeur a réussi la mission de toucher et de faire rire le public avec son dernier film T'as pas changé . Un titre qui fait évidemment penser à la chanson de Patrick Bruel « Place des Grands Hommes » et qui résonne chez tous ceux qui approchent de la cinquantaine. Les trois personnages de ce film très réussi ont précisément 48 ans. Ils se sont connus au lycée, et, à l'occasion de l'enterrement de l'un de leurs amis, ils vont être amenés à faire le point sur leur vie et sur leurs échecs. Ces trois amis, autrefois les plus populaires du lycée, ont bien changé depuis les années 90. Jérôme Commandeur s'est offert le rôle du personnage le plus déprimé, qui subit sa vie, cohabitant avec sa fille, son ex-femme, son nouveau copain et la mère de celui-ci. Pour compléter le trio, il a fait appel à François Damiens et Laurent Lafitte. Les trois hommes étaient présents à Nice lors du Festival Cinéroman. Nous avons pu rencontrer Jérôme Commandeur et Laurent Lafitte à l'hôtel Négresco avant la projection au Pathé Gare du Sud. Jérôme, comment est née cette histoire de retrouvailles d'une bande de copains qui se sont connus au lycée dans les années 90 ? Jérôme Commandeur: Mes producteurs Dimitri Rassam et Richard Grandpierre m'avaient proposé cette idée de film de retrouvailles. Au début, j'avais simplement en tête le fait que ces personnages allaient se retrouver, faire une fête, se dire « t'as pas changé ». Puis pendant ces cinq dernières années, à tous les niveaux, j'ai été un peu débordé, ne sachant plus quelles étaient les priorités, avec des amis qui s'en vont définitivement, que la vie nous retire... Je me suis alors dit que cette histoire de retrouvailles m'intéressait si elles étaient l'occasion de se questionner sur le fait d'avoir 50 ans, de s'en prendre plein la figure, et d'être un peu perdu, alors que normalement, c'est un âge où on devrait être installé et serein dans sa vie. Quand j'ai pensé que je pouvais lier cet état d'angoisse, ces 50 ans, et ces retrouvailles, je me suis dit que le film allait commencer à prendre corps. Comme beaucoup d'hommes et de femmes de cet âge-là, vos personnages dans le film ont quelque peu du mal à avancer dans la vie.... Jérôme Commandeur : C'est exactement ça. Ils ont tous la difficulté de ne pas réussir à tourner une page de leur vie. Ca nous est tous arrivé de trouver qu'on s'encroûte, qu'on ressasse le passé.. Ça peut être quelque chose de professionnel, un amour passé, un statut qu'on n'a plus, pour plein de raisons différentes. Je trouve cela très intéressant, parce que c'est à la fois pathétique, drôle, et en même temps, terriblement humain et bouleversant. Laurent, dans le film, vous interprétez Hervé, alias, Babilou, un chanteur qui a connu son heure de gloire... Laurent Lafitte : Oui, il a connu son heure de gloire, comme pas mal de chanteurs des années 90. Ce que j'aime bien dans ce personnage, c'est qu'il sait quand même où il en est. Il essaie de continuer à profiter du succès qu'il a eu à cette époque-là, mais il est quand même assez conscient de son parcours, de ce qu'il n'a pas réussi à mettre en place. En revanche, ce dont il n'a pas vraiment conscience, c'est de qui il était quand il était au collège. Ça, ça m'intéresse beaucoup parce que je pense qu'au collège, il n'y a pas uniquement les harceleurs, ceux qui sont harcelés, et les autres. C'est un moment très dur dans la vie. Soit on participe de manière passive à une forme de harcèlement, soit on en est la victime, soit on en est l'instigateur. Mais en tout cas, c'est assez tranché. Il se rend compte uniquement maintenant de qui il était au lycée. Je trouve ce regard rétrospectif très intéressant. Bande annonce du film T'as pas changé Dans le film, Babilou a un véritable look.... Laurent Lafitte : C'est vrai que c'est un personnage qui passe beaucoup par le look. Cette coiffure, son perfecto, sa tenue le caractérisent bien. Jérôme a écrit des chansons pour mon personnage très drôles, enfin suffisamment nulles pour être drôles et suffisamment drôles pour être crédibles. Ca, c'était agréable. Puis il fallait, comme d'habitude en comédie, éviter la caricature et essayer de défendre le personnage avec le plus de sincérité possible. Avez-vous puisé dans vos souvenirs d'adolescence pour écrire le film ? Jérôme Commandeur : J'avais bien sûr des souvenirs des années 90, c'est-à-dire les t-shirts bariolés rentrés dans le pantalon, les jeans neige, les doc martens, la dance qui fait cracher les enceintes des chaînes Hi-Fi. Ça, c'est effectivement des souvenirs totalement personnels. Le pavillon où habitent Catherine Allégret et Rufus, les parents du personnage de Laurent, c'est exactement le plan du pavillon de mes parents. Mais je me suis plus servi de nous, aujourd'hui, de ce truc de ne pas savoir comment faire avec la vie pour construire ces quatre personnages. Dans le film, ces trois hommes sont différents. Comment les avez-vous construits ? Jérôme Commandeur : Le personnage de Laurent, je le voulais très en gueule, très leader. Il revient, il parle sans arrêt de sa notoriété. François est un peu le second qui opine. Quand les hommes politiques font un meeting, il y en a toujours un qui opine. François, c'est celui-là. Et moi, j'étais vraiment le petit caliméro derrière, qui suit et qui morfle. Je crois que tout le monde a trouvé sa place naturellement. Et il y a le personnage de Vanessa Paradis... Jérôme Commandeur : Elle vient en contrepoint. Elle est un peu extérieure au trio. Enfin,c'est plutôt un duo plus un. Vanessa a été, comme à son image, extrêmement pro, subtile, élégante. J'aime bien quand on me dit qu'elle se déploie dans le film. J'aime bien cette idée de la chrysalide. Elle aussi fait le pont entre ces deux époques, entre la réalité et la fiction. Le film montre les tournées 90's. Vous avez fait appel aux chanteurs de l'époque, Lââm notamment... Laurent Lafitte : Oui, c'était marrant parce que déjà, ça rendait tout le reste crédible. Et puis, s'ils sont venus, c'est parce que le regard de Jérôme n'était pas du tout moqueur sur ce répertoire-là. C'était très sympa. On a bien rigolé. Ce qui était beau à voir, c'était le rapport très simple qu'ils ont à leur parcours, à là où ils en sont maintenant, à ce qu'ils restent à faire avec ce qu'ils ont construit. Les gens aiment ces chansons. Maintenant, ce n'est plus le même succès. Mais ce qui est génial, c'est de continuer à partager des chansons que les gens ont aimées et qui leur rappellent des choses. Et s'ils se produisent dans des salles de 500 places et plus de 6000, c'est déjà extraordinaire que ce soit encore leur métier. Je pense qu'ils sont dans ce rapport-là à leur métier. Et c'était assez beau à voir, finalement. Vous avez sensiblement l'âge de vos personnages. Qui étiez-vous au lycée ? Comment les autres vous percevaient-ils ? Laurent Lafitte : J'ai arrêté l'école tôt, à 16 ans, en seconde. J'ai enchaîné tout de suite dans l'école de théâtre et j'avais déjà commencé à tourner. J'étais presque déjà comédien donc je n'ai pas vraiment de souvenir de lycée mais j'ai des souvenirs de collège où j'étais plutôt dissipé. J'avais envie de provoquer de l'adhésion par l'humour et en même temps, je n'avais pas tellement confiance en moi. C'était un peu contradictoire. Donc, je pense que j'en faisais un peu trop ! Mais c'était des années plutôt sympathiques. Jérôme Commandeur : Moi, j'étais très affairé, ce que je trouve ridicule aujourd'hui. J'aimerais dire au gamin de 17 ans que j'étais : « Profite, va voir tes potes. Tu as juste à étudier un peu. C'est quand même cool, tu es chez papa et maman ». Je me souviens d'une espèce de zébulon qui n'arrêtait pas. Je me dis que j'étais déjà complètement névrosé ! T'as pas chang é de Jérôme Commandeur avec Laurent Lafitte, François Damiens, Vanessa Paradis, Jérôme Commandeur...au cinéma le 5 novembre.
- Le Jour J de Claude Zidi Jr : rencontre avec Kev Adams, Brahim Bouhlel et Chantal Ladesou
Après Maison de retraite et Ténor, Claude Zidi Jr s'est emparé d'un sujet historique, le Débarquement, pour en faire une comédie réussie portée par un duo efficace : Kev Adams et Brahim Bouhlel. Dans Le Jour J, le premier incarne le soldat Porte, travaillant sur une base militaire factice. Sa mère, assistante personnelle de De Gaule, veille sur lui précieusement, craignant qu'il ne meure au combat comme les autres hommes de sa famille. Denis Porte aurait pu continuer à vivre ainsi en évitant les dangers mais, un jour, il fait la rencontre de Sami, un médecin algérien bien décidé à rencontre le chef de l'Etat. Lors d'une soirée bien arrosée, ils décident de prendre part au Débarquement mais se trompent de date et de lieu. C'est alors le début d'une série de quiproquos, de scènes cocasse et de rencontres imprévues. Le duo est bientôt rejoint par des personnages hauts en couleurs, notamment une veuve éplorée qui croit reconnaître son mari quand on lui présente le soldat Porte. Qui d'autre que Chantal Ladesou pouvait interpréter un tél personnage avec autant d'humour ? Avant la sortie du film le 15 octobre, les trois comédiens étaient au Festival Cinéroman de Nice. Nous les avons rencontrés à l'Hôtel Négresco. Toujours aussi complices, ils nous ont parlé du film et de leurs personnages. Kev, vous interprétez Denis Porte, un soldat au départ plutôt maladroit et peureux.... Kev Adams : Je dirais même que c'est un anti-héros ! Bien sûr, il devient un héros dans le film mais je crois que c'est d'abord quelqu'un qui veut éviter de vivre les dangers, qui veut fermer les yeux sur le monde. Dans le film, La Résistante interprétée par Marie Parisot : « La vie, c'est des choses qui arrivent ». C'est très vrai. Le soldat Porte va s'en rendre compte dans ce film mais de la manière forte ! Le Jour J est un film qui aborde un sujet historique souvent traité au cinéma. Qu'est-ce qui vous a décidé à participer à ce projet ? Kev Adams : Pour nous, ce film, c'est avant tout une aventure de groupe, c'est-à-dire qu'une grande partie du casting était déjà présente dans le film Maison de Retraite 2 , notre film précédent. C'est tout ce que j'aime dans le cinéma. Il y en a pour tous les goûts, pour tous les types d'humour, et pour toute la famille et les générations. Au moment où on faisait Maison de Retraite 2 , Claude Zidi Junior, le réalisateur, m'a parlé de ce film Le Jour J , en le pitchant de manière extrêmement simple : c'est l'histoire de deux soldats qui se trompent de jour sur le débarquement en Normandie. Assez vite, j'ai lu le script, on a commencé à travailler ça ensemble. J'ai trouvé cette idée géniale. C'est dans la lignée des films que j'adorais voir petit. Je pense notamment, évidemment, à La Grande Vadrouille, à la 7e Compagnie, Papy fait de la Résistance . Ce sont des films du dimanche soir, réconfortants, qu'on aimait voir petits, en famille, et qui accompagnaient notre enfance et notre adolescence. Et puis, pour un acteur, c'est franchement une chance de pouvoir tourner dans des costumes et des décors d'époque aussi sublimes. C'était un énorme bonheur de pouvoir tourner dans cet environnement-là, avec des comédiens que j'adore. On a passé deux mois de vrai plaisir et je pense que ça se ressent à l'écran. C'est pas pour rien que le public français plébiscite les groupes en général. Je pense notamment, évidemment, au Splendid, aux Inconnus, ou même plus récemment à La Bande à Fifi. Le film repose sur votre duo. On imagine que vous avez dû bien rire sur le tournage.... Brahim Bouhlel : Claude Zidi Junior nous a donné cette chance de nous laisser le champ libre à l'improvisation. C'était un peu une cour de récréation pour nous. Dès qu'on arrivait sur le plateau, ça commençait dès le matin, ça ne se finissait pas. Même les week-ends, on rigolait entre nous ! Et ça se ressent à l'écran. Kev Adams : Ce que Brahim dit est très vrai. Je pense que la manière qu'on a eue chacun d'aborder nos personnages c'était de le faire en étant le plus proche possible de la relation qu'on a aussi dans la vie. On était collés H24 pendant le tournage. On cohabitait quasiment ensemble. On avait des chambres d'hôtel communicantes. Le film raconte l'histoire de deux soldats qui ne se connaissaient pas ou peu et qui d'un coup vont lier une amitié très forte en restant quasiment tout le temps ensemble. C'est ce qu'on a fait pendant le tournage. On a passé nos week-ends aussi ensemble. Et je pense que c'est ce qui a créé cette alchimie aussi forte à l'écran, et c'est ce qui nous a donné cette liberté de ton. Bande annonce Le Jour J de Claude Zidi Comment se sont passés ces moments d'improvisation ? Kev Adams : Ce qu'on a fait, c'est qu'on s'est servi du script de Claude Zidi pour essayer de construire par-dessus tout ça, beaucoup d'improvisations, de liberté, de vérité autour de ces personnages. Quand on avait une idée, ou quand quelqu'un proposait quelque chose, on le faisait immédiatement, juste pour voir ce que ça donnait à l'écran. Et donc, c'est une créativité constante. La comédie permet ça. Dès qu'on démarre une nouvelle journée, on a un texte, qui pour moi est une base, une colonne vertébrale. Et après, il faut y aller, il faut travailler, il faut chercher, il faut trouver comment on va se faire marrer. Dans le film, il y a du comique de situation mais aussi un humour plus noir. Il y a aussi pas mal de références à des choses récentes, au confinement. C'est un colonel nazi qui reprend mot pour mot le discours des restrictions d'Emmanuel Macron sur la Covid. Cristina Reali, à la fin du film ne cite que des phrases mythiques de Star Wars. A un moment donné, on cherche à joindre Londres par la radio, puis on tombe sur une radio qui diffuse de la musique comme on pourrait trouver aujourd'hui dans sa voiture. Charles de Gaulle lui-même se vante de se faire construire un aéroport, une station de métro, une époque où tout ça n'existait absolument pas, n'était même pas en projet. Même si le film est une vraie comédie, il s'appuie néanmoins sur des fait réels, notamment les premières minutes... Kev Adams : Le film commence dans une base factice. Je l'ignorais et je l'ai appris en tournant le film. Effectivement cela a existé pendant la Seconde Guerre Mondiale. On a construit sur les côtes anglaises des bases factices pour créer une espèce de leurre pour l'aviation allemande et pour embrouiller les pistes sur la provenance exacte du Débarquement. Mon personnage s'occupe d'une base factice au début du film. Je l'ignorais aussi et j'ai appris que c'était effectivement un vrai fait historique. Comment expliquez-vous que l'on puisse rire d'un sujet historique comme celui-là ? Kev Adams : Moi, je pense que c'est parce que c'est notre manière à nous, les Français, de répondre aux drames. La plupart des grandes comédies françaises sont souvent basées sur des drames. Je pense notamment à Un petit truc en plus ou Intouchable . Maison de retraite , c'est la même chose. c'est un film qui, à la base, parle quand même de la solitude des personnes âgées. Je pense que notre manière à nous, Français, de lutter contre les grands drames de l'humanité, c'est d'en rire. Je crois qu'on sait lutter contre la méchanceté, contre les moments difficiles avec le rire. Je dirais même que c'est notre spécialité en France. C'est d'ailleurs dommage que les films de comédie soient très peu plébiscités par les grandes institutions ou par les grands festivals. C'est pour ça que je suis très heureux d'être là aujourd'hui. Encore une fois, pour moi, la comédie en France, c'est ce qu'on sait faire de mieux. Dans le film, vous êtes entourés d'un casting impressionnant... Kev Adams : Jonathan Lambert est incroyable comme toujours. Jarry est méconnissable en nazi. Didier Bourdon fait une grande performance. Il nous a toujours fait rire et toujours épatés. Mais là, je le trouve extraordinaire. Marie Parisot est avec nous à l'écran pour la première fois et elle fait une résistante géniale. Je pense aussi à Guy Lecluyse, qui jouait mon père dans la série Soda, qui est fantastique. Dans le film, Chantal Ladesou incarne le personnage le plus fou et le plus haut en couleur qu'elle n'ait jamais interprété au cinéma. Chantal, justement, comment présenteriez-vous votre personnage ? Chantal Ladesou : C'est un rôle qui m'amuse beaucoup parce que c'est une femme qui est décalée, un peu perdue, qui attend son amoureux qui va revenir de la guerre. Je pense que c'est une situation très traumatisante. Comme l'ont dit Kev et Brahim, on s'est beaucoup amusés sur le tournage. Il faut dire qu'en fait, la comédie, c'est sérieux parce que Kev arrive à s'amuser sur le tournage, mais c'est un bosseur énorme. Il refait des scènes le soir, il nous renvoie des scènes à la refaite. Il travaille énormément, mais il arrive à détendre l'atmosphère, à nous mettre en confiance. Et ça, c'est magnifique. Chaque fois qu'on me propose un film avec Kev, je dis oui ! Le Jour J de Claude Zidi Jr avec Kev Adams, Brahim Bouhlel, Marie Parisot, Jarry, Didier Bourdon, Jonathan Lambert...au cinéma le 15 octobre.
- Je rouille de Robin Watine
Je rouille , le premier roman de Robin Watine (éditions Calmann-Lévy), est l'une très bonnes surprises de cette riche rentrée littéraire. Dans une langue nerveuse, il s'empare brillamment d'un thème souvent abordé en littérature en faisant le portrait d'un adolescent sensible, qui se perd dans ses incertitudes. Le narrateur de ce roman à la première personne se prénomme Noé. Il vit dans une station balnéaire du sud de la France, calme l'hiver et forcément bondée de touristes et surtout de jolies filles l'été. C'est pendant cette période si propice aux rencontres que se déroule le roman. Quand il n'aide pas son père au restaurant, Noé retrouve ses copains et surtout Léna, son amour de vacance(s) . Ce mot pourrait aussi bien être employé au singulier qu'au pluriel car la jeune fille a déjà un petit copain à Paris. Avec ses copines qu'elle héberge dans la maison de vacances de ses parents, elle a bien l'intention de s'amuser. Noé occupe donc une place laissée vacante pendant l'été. Même s'il en a conscience, il ne peut s'empêcher d'éprouver des sentiments pour Léna. Il se pose beaucoup de questions face à cette jeune fille cultivée, riche, sûre d'elle qui virevolte volontiers d'un garçon à un autre. Contrairement à elle à qui tout semble réussir, il « rouille » dans cette ville et dans sa vie. A l'image de tous les adolescents pas encore tout à fait adultes, il a du mal à trouver sa place. Comme il manque de confiance, il doute souvent et n'a jamais l'impression d'être à la hauteur, ce qui donne lieu à des monologues intérieurs très réussis. « Je suis jamais qu'un mec qui essaye d'en être un autre, et même plein d'autres à la fois. Qui fait tellement tout pour se fondre dans le décor qu'on le distinguera bientôt plus des rochers et des pins parasols. » Pas tendre avec lui-même, c'est ainsi que se définit Noé. C'est sans doute aussi pour cela que, même dans les mauvaises décisions, il suit son groupe d'amis mené par Lionel, un garçon aux idées bien arrêtées, nerveux, qu'il est difficile de contrarier. Aussi, quand il tente de s'affirmer face à lui et, par conséquent, de sortir de ce décor dans lequel il se fond habituellement, il déclenche sa colère. Dans cette scène, comme lors du départ de Léna, il hésite entre montrer ses sentiments et cacher ses émotions. S'il pleure, c'est quand il est seul et qu'on ne le voit pas. S'il dit à Léna qu'il l'aime, c'est pour aussitôt se montrer distant et peu concerné. De chacune des pages de ce premier roman très réussi émanent les incertitudes et les questionnements propres à l'adolescence. Les dernières pages sont d'une beauté empreinte à la fois de mélancolie et d'espoir, comme peut l'être la fin d'un été et le début d'une nouvelle étape dans la vie.
- Sortie de l'album "Cyrano de Bergerac, la comédie musicale"
Cyrano de Bergerac, la célèbre pièce d’Edmond Rostand est désormais une comédie musicale. C'est à Gil Marsalla, producteur de Directo Produtions que l'on doit ce formidable projet . Stéphane Brunello et Philippe Hattemberg, qui ont collaboré sur Le Roi Soleil et Mozart l’Opéra Rock , ont imaginé une adaptation contemporaine, dans l’univers du spectacle vivant. Roxane est une jeune danseuse, très proche de son cousin éloigné, Cyrano, qu’elle considère comme son confident. Celui-ci, bien plus âgé qu’elle, l’aime en secret. Un soir, ils se rendent tous deux à un concert de Christian, un jeune chanteur très talentueux, ténébreux et torturé. Très vite, le charme opère. Roxane et Christian tombent amoureux mais De Guiche, son producteur ambitieux et cupide, secrètement amoureux de Roxane, va l’éloigner d’elle pour des projets musicaux. Ne se sentant pas capable d’être à la hauteur, Christian va demander à Cyrano d’écrire pour lui chaque jour une lettre pour Roxane. Sortie de l'album le 19 septembre Cyrano de Bergerac, la comédie musicale compte une vingtaine de titres écrits par Stéphane Brunello et Philippe Hattemberg et interprétés par Joséphine Cosoleto (Roxane), Alain Gorla (Cyrano), Romain Dos Santos (Christian) et Bertrand Borgognone (De Guiche) : des chansons entraînantes et volontiers entêtantes comme « Un autre paradis », mais aussi des ballades touchantes (« Si tu m'aimes encore», « Là où tu vis »). Depuis que ce spectacle musical a vu le jour, nombreux sont les spectateurs qui attendent la sortie de l'album, pour prolonger l'expérience et continuer à vibrer dans l'univers musical de Roxane, Cyrano et Christian. Plus que quelques jours à attendre : l'album sera disponible à partir du 19 septembre. Le 15 novembre au Palais Nikaïa Après avoir conquis déjà plusieurs milliers de spectateurs, Cyrano de Bergerac, la comédie musicale sera pour la première fois au Palais Nikaïa, le 15 novembre . Cette date marquera le début d'une tournée dans toute la France, en Belgique et même en Chine. Pour plus de renseignements sur le spectacle et les dates de la tournée : www.cyranolespectacle.fr
- Calogero en concert A.M.O.U.R. Tour 2024
La Tournée A.M.O.U.R. de Calogero s'est invitée au Palais Nikaïa de Nice qui a fait salle comble avec près de 9000 personnes. Artiste complet : chanteur, musicien et compositeur, il a produit son spectacle avec une grande générosité comme à son habitude. Après une première partie assurée par l'artiste Marie Poulain qui lui a également écrit quelques chansons de son dernier album, nous avons retrouvé Calogero dans une ambiance survoltée avec toute l'énergie et la générosité qu'il sait donner en concert ! Ses titres emblématiques ont résonné dans la salle faisant chanter la foule sur les airs de "Face à la mer", "En apesanteur", "Yalla", "Si seulement je pouvais lui manquer", "Le Portrait" et quelques titres de son nouvel album "X" sorti récemment. Accompagné d'excellents musiciens, dont le batteur Niçois Philippe Entressangle qui a travaillé avec les plus grands dont Benjamin Biolay, Etienne Daho ou Zazie, Calogero a fait vibrer le public et lui a même réservé deux belles surprises, en chantant en duo avec Marie Poulain puis, à la fin du concert, avec sa fille Nina. La mise en scène était d'une grande qualité technique avec des écrans géant mobiles, des effets lumière époustouflants et une scène en accordéon qui a élevé Calogero dans le ciel accompagné de son piano. Tout simplement grandiose ! Les prochaines dates à venir : 7 décembre 2024 à Toulon 12 et 13 décembre 2024 à Bruxelles 14 décembre 2024 à Amiens 18 décembre 2024 à Nantes ... 19 décembre 2024 à Rouen 20 et 21 décembre 2024 à Lille
- Les films qui ont marqué "2024" : Notre top 15
L'année 2024 vient de se terminer. Au cinéma, nous avons parfois été déçus mais nous avons surtout fait de belles découvertes. Nous avons ri, réfléchi, pleuré ; nous avons été choqués, remués, bouleversés. Voici nos 15 films préférés de 2024. 15 > Memory de Michel Franco 14 > La Bête de Bertrand Bonello 13 > Juré N°2 de Clint Eastwood 12 > Trois kilomètres avant la fin du monde de Emanuel Parvu 11 > Marcello Mio de Christophe Honoré 10 > Le royaume de Julien Colonna 9 > The Substance de Coralie Fargeat 8 > Grand Tour de Miguel Gomes 7 > L'histoire de Souleymane de Boris Lojkine 6 > Miséricorde de Alain Guiraudie 5 > Anora de Sean Baker 4 > Sans jamais nous connaître ( All of us strangers ) de Andrew Haigh 3 > La zone d'intérêt de Jonathan Glazer Présenté au Festival de Cannes 2023 où il a obtenu le Grand Prix, le film de Jonathan Glazer adapté du livre de Martin Amis est sorti en France en 2024. Un choc visuel et esthétique. 2 > Les graines du figuier sauvage de Mohammad Rasoulof Le film du réalisateur iranien Mohamed Rasoulof a bouleversé le dernier Festival de Cannes : le jury présidé par Greta Gerwig lui a décerné le Prix Spécial du Jury. 1 > Emilia Perez de Jacques Audiard Après avoir remporté le Prix du Jury et le prix d'interprétation féminine du Festival de Cannes, le dernier film de Jacques Audiard vient de triompher aux Golden Globes.
- "J'aurai 14 ans toute ma vie" : interview de Sheila O'Connor
La Boum , le film de Claude Pinoteau est sorti en 1980 et, au fil des années, il est devenu culte pour des générations de spectateurs. C'est Sheila O'Connor qui interprétait la dynamique et souriante Pénélope, la meilleure amie de Vic. Elle avait quatorze ans quand le film est sorti et c'est un peu comme si le temps s'était arrêté pour elle. Pendant des années, Sheila O'Connor a été associée à La Boum et à Pénélope, dans l'esprit du public mais aussi souvent dans celui du monde du cinéma. La comédienne, devenue aussi scénariste, a eu envie de raconter son parcours et son histoire dans une pièce de théâtre intitulée très justement "J'aurai quatorze ans toute ma vie". Elle sera au Festival d'Avignon, dans le Off, du 5 au 26 juillet au théâtre Essaïon. Nous l'avons contactée par téléphone quelque jours avant la première. Le grand jour approche. Quels sentiments éprouvez-vous à quelques jours de la première ? Etes-vous stressée ? Sheila O'Connor : Ce n'est pas le mot stress, c'est plus une vraie envie. A Avignon, il y a tellement de spectateurs qu'on espère qu'ils vont venir dans notre salle. Il y a une concurrence assez dingue pendant le Festival ! C'est particulier pour moi parce que je ne suis pas une comédienne de théâtre, je suis une comédienne plutôt de la télé et du cinéma. J'ai joué Marivaux en 2023, mis en scène par Philippe Calvario. C'est lui qui met en scène J'aurai 14 ans que toute ma vie. Le titre de la pièce résume tellement bien ce que vous avez vécu avec La Boum. Sheila O'Connor : J'avais le titre en tête depuis très, très longtemps. Tous mes amis me disaient : « il faut que tu écrives ta vie ». Quand j'ai donné le titre à Philippe, il m'a dit : "écoute, je suis là, rien que le titre déjà, ça me plaît. Donc, si jamais tu te sens d'écrire et que ça me plaît, je te mets en scène et je te produis". Et ça lui a plu tout de suite ! J'étais hyper motivée d'écrire l'histoire, parce que j'avais tout ça en tête depuis des années. Le spectacle raconte votre parcours. Vous l'avez écrit avec beaucoup de sincérité... Sheila O'Connor : Je raconte toute une vie. Je raconte vraiment d'où je viens, qui se cachait derrière Pénélope de La Boum parce que tout le monde croyait que j'étais une petite jeune fille pétillante alors que ce que je vivais vraiment à la maison n'était pas facile. Ce que raconte le spectacle, c'est vraiment "battons-nous, croyons en nous, essayons d'avancer, même quand il y a des épreuves et ne lâchons jamais l'affaire !" Il faut apprendre à faire avec et à garder une espèce d'envie de la vie, malgré tout ce qui peut nous arriver. Dans la pièce, je parle beaucoup du sourire que j'affiche toute le temps dans La Boum . On le voit d'ailleurs de la crèche à aujourd'hui ! La crèche, bien sûr, c'est une image ! Qu'est-ce qui se cache derrière un sourire ? C'est vraiment la question que je pose. Est-ce que c'est un réflexe de défense ? Ou est-ce qu'il signifie qu'il faut apprendre à s'émerveiller toute sa vie ? Dans la pièce, je pose ce genre de questions. La Boum est devenu un film culte. Vous êtes dans le coeur de plusieurs générations de spectateurs... Sheila O'Connor : La Boum a eu du succès grâce au bouche à oreille. Alors, je me dis, pourquoi pas 45 ans plus tard ? J'ai un public particulier qui a beaucoup d'empathie pour moi. Je croise souvent des gens qui continuent à me demander quand on va me voir. Le fait d'être toujours associée à Pénélope a dû être parfois pesant... Sheila O'Connor : C'est ça que je raconte dans la pièce. A un moment, je n'en pouvais plus de Pénélope ! Vraiment, je n'en pouvais plus. En arrivant à la quarantaine, je l'ai vraiment amadouée. Je me suis rendue compte du plaisir qu'elle déclenchait chez les gens et je me suis réconciliée avec elle. Mais quand j'avais 20 ans, 30 ans, je ne la supportais plus. D'ailleurs, c'est ce qu'on raconte dans la pièce. À un moment donné, on se dispute avec ma jeune partenaire parce que je lui dis « Je veux te voir disparaître. Je veux être anonyme. » Et aujourd'hui, c'est complètement différent. C'est un autre point de vue parce que quand on a passé un certain âge, on se dit « C'est quand même sympa d'avoir appartenu à cette génération, d'avoir un peu fait rigoler les gens, laissé un doux souvenir. » Mais il y a eu la période où j'avais envie de disparaître. Je sortais avec chapeau, lunettes, même l'hiver. Parce que ce n'était pas simple ce que je traversais dans ma vie. Je ne voulais pas faire de photos ou signer des autographes. D'ailleurs, il y a un petit sketch là-dessus dans la pièce. Pour les gens du métier, j'ai carrément été has been à un moment. C'était très violent pour moi. J'étais très jeune, j'étais déjà has been ! On m'appelait toujours pour le même rôle. Et c'était d'une violence ! C'est pour ça que je me suis retirée à un moment donné du métier. J'en pouvais plus. Je me suis mise à la plume. J'aurais pu sombrer. Je connais des comédiennes qui ont mal fini parce qu'on ne les appelait plus. Il faut une force de caractère. J'ai cette chance. Pendant une partie de la pièce, vous n'êtes plus seule sur scène. Il y a une autre comédienne qui vous accompagne et qui interprète la jeune femme que vous étiez... Sheila O'Connor : Au départ, je devais être seule. J'avais d'abord pensé à des écrans, parce qu'on voulait mettre un filtre jeunesse pour que je puisse m'adresser à la jeune fille que j'étais. Puis, on a fait appel à une jeune femme, une comédienne qui s'appelle Bertille Mirallie. J'ai vu une petite dizaine de jeunes femmes, et quand j'ai rencontré Bertille je me suis retrouvée tout de suite en elle. On a la même énergie, le même pouvoir comique, la même émotion, parce qu'on est sensibles toutes les deux. Sa présence rend la pièce beaucoup plus théâtrale et beaucoup plus intéressante ! On a donc retravaillé le texte pour l'adapter beaucoup plus à Bertille, et elle est rentrée dedans en y mettant toute son âme. C'est vraiment beaucoup de joie de travailler avec elle. C'est un dispositif très intéressant...Dans la vie, on aimerait tous s'adresser à la personne qu'on était, plus jeune, pour la prévenir, la mettre en garde contre certaines choses ou certaines personnes... Sheila O'Connor : J'ai 59 ans, est-ce que j'ai envie de croiser la bonne femme de 80 ans de mon futur ? Je n'en sais rien, mais quand on a 20 ans, je crois que ça peut nous intéresser de rencontrer la bonne femme de 40 ans, par exemple. Moi, je m'adresse à la jeune fille que j'étais. J'ai rencontré des directeurs de production, des directeurs de casting. Quand c'était des gens qui se tenaient très bien, ça ne posait aucun problème, et c'était très respectueux. Mais il m'est arrivé de tomber sur des sacrés véreux, quand même.... La pièce va forcément attirer tous ceux qui ont connu La Boum , des spectateurs de 40-50-60 ans. Les jeunes connaissent moins le film... Sheila O'Connor : Dans la pièce, Il y a beaucoup de musique, beaucoup de vidéos. C 'est assez amusant pour les gens de me voir sur scène aujourd'hui avec mon grand âge et de voir des images la gamine que j'étais à l'époque ! Je pense que les gens vont vraiment apprécier d'entendre des musiques de cette époque. C'est assez pêchu comme spectacle. Quand on a fait la sortie de résidence en juin, dans le public, il y avait énormément de jeunes. Et quand le spectacle s'est fini, on s'est retrouvés à discuter un petit peu tous ensemble. Et ils m'ont dit qu'ils avaient adoré la pièce même s'ils n'avaient pas la référence. C'est vraiment un texte universel. C'est la résilience, mais version assez comédie avec de vrais moments d'émotion. Des jeunes d'une vingtaine d'années se sont retrouvés, dans leurs rapports avec leurs parents quand ils étaient adolescents. Moi, je n'ai pas envie qu'il n'y ait dans le public que des aficionados de La boum . J'ai vraiment envie qu'il y ait des gens qui viennent voir un spectacle et qu'ils soient touchés dans leur cœur et qu'ils partent avec la banane. Je les secoue un peu quand même ! Ce n'est pas profondément une comédie. On rit beaucoup mais parfois on rit jaune. La Boum est sorti dans les années 80. C'était forcément une autre époque... Sheila O'Connor : Il y avait une liberté qui a vraiment disparu. Et là, les jeunes ne s'en rendent pas compte parce que nous, on l'a connue. Même s'il y avait des difficultés, il y avait une espèce de liberté, d'espoir, de mouvement vers l'avant qu'il n'y a plus. Et on n'était pas blasés. On était un peu naïfs. On n'avait pas peur de découvrir quelque chose de nouveau. Il y avait quelque chose de plus authentique, je trouve. Même dans les moments graves, certains chanteurs, danseurs, comédiens, ou même journalistes, osaient dire des choses à la télévision. Aujourd'hui, ce ne serait plus possible. La culture, en plus, s'en prend plein la tête en ce moment. Il y a plein de subventions qui sont supprimées, notamment pour des festivals de musique et de théâtre. Et là, c'est une catastrophe. C'est vrai que plus il y a de la culture, plus les gens ont un libre arbitre, une finesse d'esprit, une envie de comprendre et de poser des questions. Moins il y a de culture, plus, malheureusement, ça rend les gens un petit peu anesthésiés. Vous venez d'obtenir le prix de l'Adami déclencheur pour votre spectacle. Qu'est-ce que cela signifie ? Sheila O'Connor : J'ai eu l'Adami déclencheur en tant qu'auteur-interprète. C'est un prix prestigieux. J'ai eu une petite bourse d'écriture et ensuite une bourse de production et de diffusion. C'est-à-dire que, par exemple, les salaires de ma partenaire et moi vont être payés par l'Adami à Avignon. J'ai aussi obtenu le fonds théâtre SACD. Je ne m'y attendais pas. C'est un super cadeau ! Je suis populaire dans le sens pas péjoratif du mot. Je m'adresse aux gens vraiment directement. Et ça a été un des critères de la SACD. Après Avignon, la pièce va-t-elle partir en tournée ? Sheila O'Connor : On va aller dans un festival dans la Sarthe en août. Après on verra mais moi, je sens qu'on va avoir pas mal de dates en province parce que mon public, il est quand même plus en province qu'à Paris ! "J'aurai quatorze ans toute ma vie", écrit et interprété par Sheila O'Connor avec aussi Bertille Mirallié, mise en scène de Philippe Calvario.
- Sea of sound à Villefranche-sur-Mer : interview de Jean-Marc Barr
Les 12 et 13 juillet, la plage des Marinières de Villefranche-sur-Mer va être le décor d'une expérience sensorielle inédite, imaginée par Michel Redolfi, pionnier de la musique subaquatique. Sous la surface, sons et musiques se propageront dans l’eau et résonneront magiquement dans le corps. Une expérience rare, sensorielle et gratuite. Il suffit de venir avec son maillot et peut-être un masque pour découvrir en musique les fonds marins exceptionnels du site. Samedi 12 juillet de 13h à 18h : un concert océanique grand format avec les grands chorus de baleines polynésiennes, restitués en grandeur nature, et accompagnés d’un kaléidoscope de chants océaniques rares. Les danseurs-apnéistes de l'Aqua Dance Flow, école de danse sous-marine de la chorégraphe-apnéiste Julie Gautier s'intègreront aux représentations des concerts. Dimanche 13 juillet de 11h à 18h : l'acteur Jean-Marc Barr lira, en pleine mer, des textes inédits de Jean Cocteau pour sur fond de musiques ambient, mixées en direct sous la surface par Michel Redolfi et le groupe Audionaute. Rencontré au Festival de Télévision de Monte-Carlo il y a quelques jours, Jean-Marc Barr, l'inoubliable Jacques Mayol du Grand Bleu nous a parlé de sa participation à Sea of Sound. Ce n'est pas la première fois que l'acteur participe à ce type d'événements. Il connaît bien Michel Redolfi, l'organisateur de Sea of Sound. Ensemble, ils ont déjà fait cinq concerts subaquatiques. « Michel installe des haut-parleurs dans l'eau et les gens ne peuvent entendre que lorsqu'ils sont en train de flotter ou en train de nager. Parfois, on enregistre les textes avant, et parfois, je le fais en live. Là, ce sera un mélange des deux. On a enregistré dans la petite chapelle de Jean Cocteau à Villefranche. Il y aura des textes de Jean Cocteau mais aussi d'autres textes en relation avec la mer et qui seront juxtaposés avec des sons de baleines qui chantent et des dauphins. L'eau est un conducteur de sons 30 000 fois plus actif que l'air. Donc, vraiment, parfois, on peut sentir les vibrations dans le corps. » Ces concerts subaquatiques sont des expériences sensorielles uniques à vivre seul, ou à plusieurs. « Je fais de plus en plus de poésie, de récitation, et on voit comment le mot ou la parole nous sauve mais dans les concerts subaquatiques, l'eau devient un espace culturel, et tout d'un coup, on est à l'écoute. Pour un acteur, c'est sublime parce qu'on est vraiment à l'écoute du spectateur. D'une certaine manière, cet espace naturel devient sacré et on a envie de le protéger. C'est très innocent et très simple, mais il y a une vraie jouissance de voir comment les gens réagissent à ça ». Rendez-vous donc à Villefranche-sur-Mer les 12 et 13 juillet pour vivre l'expérience Sea of Sound avec Jean-Marc Barr ! https://www.michelredolfi.info/2025/05/concerts-subaquatiques-en-mer-sea-of-sound-villefranche-sur-mer-12-13-juillet-2025.html
- "Mauvais élève" : rencontre avec l'écrivain Philippe Vilain
Dans Mauvais élève (éditions Robert Laffont), Philippe Vilain raconte comment grâce à la découverte de la littérature, le mauvais élève en échec scolaire, destiné à devenir, comme ses parents, employé de bureau, est devenu un brillant étudiant en lettres modernes, bien décidé à être écrivain. L'auteur revient ainsi sur les treize années les plus déterminantes de sa vie, celles où il parvient à s'extraire du milieu social dans lequel il vivait, où il fait l'apprentissage de la littérature et de l'écriture. Dans le livre, il consacre de longues et très belles pages à ses parents et surtout à son père, mais aussi à Annie Ernaux, qu'il rencontre alors qu'il est un jeune étudiant et qu'elle est une écrivaine célèbre, de trente ans son aînée. Il serait vraiment dommage de réduire Mauvais élève à cette histoire d'amour qui a fait déjà beaucoup parler et à laquelle Annie Ernaux elle-même a consacré un livre. C'est avant tout le parcours touchant d'un jeune homme issu d'un milieu modeste dont la découverte de la littérature a changé la vie. Lors du dernier Festival du Livre de Nice, Philippe Vilain nous a parlé de Mauvis élève . Qu'est-ce qui a déclenché l'écriture de ce livre ? Philipe Vilain : C'est la nécessité de revenir sur les années déterminantes de ma vie. J'arrivais à l'âge de 50 ans ; je me suis dit que c'était le moment de me réapproprier mon histoire pour essayer d'abord de lui donner le sens que je n'avais pas forcément perçu au moment où je la vivais. Je raconte 13 années. Vous racontez notamment que vous étiez en échec scolaire... Philippe Vilain : J'étais complètement déconnecté du système. J'étais un décroché. C'était le mot qui était utilisé à l'époque pour désigner un élève comme moi. Après deux redoublements au collège, j'ai été relégué socialement dans un lycée technique en CAP-BEP de secrétariat. Les premiers jours pour moi étaient terribles là-bas, non pas parce que j'y allais, mais parce que je voyais mes camarades se réjouir d'effectuer une activité alors que moi, je me disais « je ne vais pas faire ça toute ma vie ». Je ne me trouvais pas normal par rapport à eux. Je n'étais pas meilleur qu'eux, mais je ne voulais pas faire ça toute ma vie. C'était impossible. Eux, ils étaient contents et je me sentais complètement différent d'eux. Et j'ai commencé à prendre conscience que c'était une forme de reproduction sociale, c'est-à-dire refaire le métier, les mêmes activités de nos parents qui nous avaient inscrits là. J'ai éprouvé alors une sorte de malaise. J'étais un mauvais élève, mais en même temps, j'étais assez pensif ; je réfléchissais beaucoup. A un moment, il y a eu en vous comme un déclic. Vous vous êtes tourné vers la littérature. Comment l'expliquez-vous ? Philippe Vilain : Je me suis tourné vers la littérature assez naturellement. C'est assez mystérieux. N'étant pas lecteur, j'aurais pu me tourner vers une littérature plutôt commerciale, un peu avec des narrations faciles. Or, je suis allé tout de suite vers la grande littérature : Sartre, Marguerite Duras, Kafka. ..Et ça, voilà, je ne suis pas en mesure de l'expliquer, parce que c'est une sorte d'instinct, d'intuition naturelle. Je me suis dit que c'était par cette littérature-là que j'allais me sauver, qu'elle portait en moi tout l'instrument de ma réussite, en quelque sorte. Je lisais de la poésie. J'étais bien le seul sur l'université professionnelle, à lire du Verlaine et du Rimbaud. J'ai eu cette prise de conscience. Mon grand premier échec, c'était de ne pas pouvoir devenir footballeur. Je voulais faire sport études, et ça n'avait pas fonctionné. En revanche, j'ai retenu quelque chose, c'est-à-dire que ça devait en passer par un gros travail, un gros effort personnel qu'à l'époque, je n'étais pas en mesure de fournir. Progressivement, et à partir de ce moment-là, j'ai commencé à reprendre la filière normale, du cursus universitaire jusqu'à son terme, le doctorat. Ça a été l'autoroute. C'est assez étonnant. En treize ans, je suis passé de CAP-BEP à docteur en lettres. Dans le livre, vous rapportez des mots très durs prononcés par votre professeur de français qui ne croyait pas en vous. Il vous disait : "Qu'est-ce qu'on va faire de vous ? Il vous reste l'armée !"... Philippe Vilain : À l'époque, pour les garçons, il y avait l'armée. Parfois, c'était salvateur pour les mauvais élèves. Et donc, moi, ça m'effrayait. Mais ce qui était assez dérangeant dans ça, c'est que mon prof n'avait pas dit ces mots par ironie ou pour me blesser ; c'était un constat de dépit. Je me rappelle que j'étais en troisième. J'avais redoublé et j'étais encore pire que lors de a première. Je ne faisais rien parce que je n'avais aucune volonté. Je n'avais pas trouvé ma vocation. C'est quand j'ai trouvé une passion pour la littérature que s'est développée la nécessité. Et puis, le travail est venu tout seul, en fait. C'est ça que je voulais transmettre avec ce texte, c'est-à-dire que rien n'est jamais écrit d'avance. Rien n'est perdu pour les élèves qui sont en grande difficulté et décrochés du système scolaire. Mais, malgré tout, il ne suffit pas de dire non plus « quand on veut, on peut », parce que ce dont je suis certain, c'est que quand on ne veut pas, on ne peut pas. Il faut vouloir suffisamment pour élaborer une sorte de dispositif, de travail, de méthode, de régularité. Comme je fais des formations, je prends toujours l'exemple d'un entraîneur de foot qui s'appelle Arsène Wenger, qui dit que ce ne sont pas les plus doués qui réussissent dans les centres de formation. Ce sont ceux qui sont capables de maintenir un effort et une intensité durables. Ces mots, Arsène Wenger les dit pour le foot mais on peut les appliquer dans n'importe quel domaine. Ce sont des phrases qui m'ont marqué et qui m'ont aidé à me construire et que je dispense aujourd'hui. Je pense que chacun d'entre nous a une inclination particulière. Une fois qu'on a trouvé sa passion, on peut supporter l'effort, pour pouvoir s'améliorer, s'élever et prendre confiance en soi. Ces deux passions, le foot et la littérature m'ont sauvé. La chute du Mur de Berlin en 1989 a été une date importante pour vous, comme une prise de conscience... Philippe Vilain : Pour moi, c'était un mur qui s'effondrait aussi en moi, un mur intérieur. Je me souviens, c'était fabuleux de voir tous ces jeunes agrippés au mur. Forcément, je m'identifiais d'une certaine façon à eux. Il fallait que moi aussi je fasse tomber un mur, mais le mien était culturel. Annie Ernaux, que vous avez rencontrée lorsque vous étiez étudiant, vous a aussi aidé à dépasser ce mur culturel. Elle vous a introduit dans son milieu.... Philippe Vilain : Elle est arrivée à un moment de ma vie où j'étais déjà à l'université. J'étais en maîtrise. J'avais déjà fait le gros du travail et, comme je voulais être écrivain, j'écrivais déjà un peu. Mais évidemment, ce n'était pas encore bon. Et donc, elle a été, d'une certaine façon, la chance dans ma vie de malchanceux. C'est ce que les sociologues appellent le fait social. C'est celle qui va incliner un destin à un moment donné. Elle m'a permis d'abord de voyager beaucoup, de m'introduire dans le milieu littéraire et puis, de me former intellectuellement. Je commençais à être vraiment un bon élève à ce moment-là mais j'avais encore besoin de structuration. Elle m'a apporté cette rigueur en voyant la capacité de travail qu'elle mettait en œuvre devant moi. Elle me servait de modèle. La chance, ça se prend. Là, c'est une chance qui passe aussi par l'effort. Et puis, j'avais cette volonté de vouloir apprendre, cette détermination de m'en sortir par un chemin où je n'allais pas être aidé, finalement. Personne ne pouvait m'éclairer. Annie Ernaux m'a aidé après, quand j'avais commencé à prendre ce chemin. Quand je l'ai rencontré, j'étais à la fac, en j'avais déjà mon destin d'écrivain en marche. Vous aviez cette envie très forte de vouloir apprendre, de sortir de ce déterminisme social. Dans le lycée que vous décrivez dans votre livre, les classes sociales sont très marquées.... Philippe Vilain : Le marquage de l'identité sociale est déjà très inscrit dans la géographie des campus. Là, c'était au lycée. C'était terrible déjà. Je me souviens très bien du bâtiment A. Ce n'étaient pas des très beaux bâtiments en général. Le A, c'était celui de l'entrée, le mieux placé. Le mien, c'était celui qui était relégué tout au fond, dans la ZUP. C'était celui qu'on cachait, là où il y avait tous les mauvais élèves, en quelque sorte. Au moment des pauses, parfois j'allais dans le bâtiment A parce que j'y avais des copains de foot. Ce n'était pas honteux mais je voyais bien qu'ils me regardaient différemment. Je me souviens aussi des tenues que les étudiants portaient : elles étaient révélatrices de la classe sociale à laquelle on appartenait. On ne s'habillait pas de la même façon, ou alors quand je commençais à m'habiller comme ceux du bâtiment A, c'était des vêtements volés ! Tout était inscrit en nous. Aller au bâtiment D, ça voulait dire manque d'argent, famille à problèmes... Vous habitez à Naples depuis plusieurs années. Pourquoi cette ville ? Philippe Vilain : Je me suis installé à Naples en 2018. Et je m'y sens chez moi. C'est ma famille. C'est impressionnant. Je me sens Napolitain. Dès 1994, quand je suis allé à Naples pour la première fois, j'ai senti que cette ville était faite pour moi. Je ne sais pas pourquoi. Je n'ai pas cessé d'y revenir. Et puis, arrivé à 50 ans. Je me suis dit que c'était le moment d'y aller. j'enseigne à l'université de Federico II de Naples. J'ai plus vécu à Paris qu'à Naples mais je me sens vraiment Napolitain. C'est très étonnant. Vous avez eu plusieurs vies en quelque sorte. Philippe Vilain : Oui, vraiment. Et je me dis que je me retrouve beaucoup dans les Napolitains parce qu'ils ont une identité qui a été méprisée d'une certaine façon par une partie de l'Italie. Je n'ai pas été méprisé mais je sais ce qu'ils peuvent ressentir aussi. Je m'identifie à eux sans doute d'une certaine façon. Par mon parcours, qui a été parfois un peu difficile, je me reconnais en eux. Et puis, sans tomber dans les clichés napolitains, parce qu'il y a des larcins, de la petite délinquance. Évidemment, je me retrouve dans les gars de la rue aussi. Je sais que j'aurais pu mal tourner. Si je n'avais pas trouvé la littérature, je ne sais pas ce que j'aurais fait. J'ai eu mon diplôme facilement mais je n'aurais pas fait comme mes parents. Ca ne m'intéressait pas. La plupart de mes camarades étaient choisis par leur métier. Ce n'est pas eux qui choisissaient. Ils étaient porteurs des désirs de leurs parents. Ce n'est pas méprisant de dire ça, parce que je l'ai vécu. Je parle en connaissance de cause. Mauvais élève de Philippe Vilain, éditions Robert Laffont
- Moi qui t'aimais de Diane Kurys : interview de Marina Foïs et Roschdy Zem
Moi qui t'aimais fait sans doute partie des films les plus attendus de cet automne. Présenté au dernier Festival de Cannes dans la sélection Cannes Classics, il sortira en salles le 1er octobre. « Moi qui t'aimais », ce sont bien sûr des mots extraits de la célèbre chanson Les Feuilles Mortes interprétée par Montand mais c'est aussi une phrase qui résume à elle seule l'amour qui a uni pendant trente ans Simone Signoret et Yves Montand. Dans son film, Diane Kurys a fait le choix de se concentrer sur les douze dernières années de ce couple mythique, traversées par des crises,des déceptions, des trahisons mais avec un amour resté intact. C'est à Marina Foïs et à Roschdy Zem qu'elle a confié les rôles de ces figures sacrées du cinéma, en leur demandant non pas d'imiter Signoret et Montand mais de proposer d'eux plutôt une évocation. Une idée ambitieuse et audacieuse couronnée de succès. Le film est une réussite et réserve de beaux moments d'émotions. Diane Kurys était à Nice au Pathé Gare du Sud pour présenter le film en avant-première. Elle était accompagnée de Marina Foïs et Roschdy Zem. Nous les avons rencontrés. Roschdy Zem dans le rôle de Yves Montand Lorsque Diane Kurys lui a proposé d'interpréter Yves Montand, Roschdy Zem a été évidemment surpris. « Mais très vite j'ai compris que l'intention de Diane Kurys n'était pas de chercher quelqu'un qui ressemblait à Yves Montand, qui allait jouer comme Yves Montand et incarner Yves Montand, mais qui allait plutôt évoquer Yves Montand. Dans cette grammaire-là je me suis reconnu », nous a-t-il confié. Pour interpréter, ou plutôt évoquer Montand, il fallait néanmoins se documenter, lire et écouter ses interviews, ses témoignages. C'est en faisant ce travail que Roschdy Zem s'est trouvé des ressemblances avec lui , dans son parcours de fils d'immigré, issu des classe populaire. « Il y a deux choses qui me touchaient dans ses interviews. D'abord, on sentait qu'il avait le sentiment d'être un peu une pièce rapportée, un arnaqueur, un imposteur. Je vois très bien ce qu'il voulait dire ! Derrière son côté très à l'aise, on sentait quand même une vulnérabilité. Cet aspect-là m'intéressait. Et puis il disait aussi une chose : « je sais ce que c'est que d'être regardé comme un étranger ». Sur ce point-là aussi, je me suis dit que j'allais proposer une version personnelle de Montand. » Yves Montand avait une présence, un charisme indéniables mais aussi une voix reconnaissable entre toutes. Pour s'en approcher, Roschdy Zem a dû faire un long travail d'écoute. « J'ai mangé du Montand pendant tout un été à l'écouter, à le voir, à l'étudier. Et puis finalement il y a les 2-3 traits de caractère qui lui sont bien spécifiques qui ont fini par me contaminer, sans que je m'en aperçoive. Quand mon entourage, et notamment Diane et Marina m'ont dit « ah tiens, tu commences à parler comme Montand », j'ai pensé que j'étais sur la bonne voie. » Ce qui était le plus délicat, c'était de trouver le bon dosage. « L'essentiel du travail s'effectue quand on se demande ce qu'on restiture et ce qu'on garde de ce qui nous a contaminés de la personne concernée. » Marina Foïs dans le rôle de Simone Signoret Pour Marina Foïs, interpréter Simone Signoret a presque été comme une évidence. « C'était mon idole quand j'avais 16 ans, donc en fait j'attendais qu'on me propose le rôle en quelque sorte. Cela peut paraître hyper prétentieux mais je veux dire par là que j'avais très envie de le faire. Par ailleurs, j'avais aussi très très envie de faire un biopic un jour, parce que c'est un exercice d'acteur très spécifique. Moi j'adore les biopics, je vais tous les voir. D'ailleurs je trouve que les acteurs sont toujours formidables dans cet exercice-là. Donc pour moi, c'était une espèce de fantasme absolu ! En plus c'est Simone qu'on m'a proposé. Je la connais très bien, parce que j'ai cohabité toute mon adolescence avec elle, parce que c'était mon rêve d'actrice et aussi que c'est une femme qui m'a fait rêver et qui a été un modèle. Dans les années 70-80, on avait d'elle l'image d'une femme tout à fait libre, moderne, indépendante, engagée, courageuse . Quand on est ado, c'était évidemment un modèle. Elle avait, à mes yeux, un parcours idéal . » Comme Roschdy Zem avec Montand, Marina Foïs s'est trouvé plusieurs similitudes avec Simone Signoret. « Je me sens pleine de proximités avec elle. Là d'où elle vient, ce n'est pas si loin de là où vient ma famille. Il y a l'exil en commun, la judeïté, le fait que c'est une immigration, mais c'est une immigration spécifique, parce qu'elle est bourgeoise et blanche, ce n'est pas la même que l'immigration prolétaire et racisée, ça c'est évident, mais quand même je pense que ça définit l'identité. Après, il y a quelque chose peut-être de sa colère ou de sa douleur que je peux comprendre tout à fait intimement. Elle a une espèce de volonté d'être honnête et d'être vraie, que j'ai moi aussi, sauf que je pense qu' elle arrange le récit de sa vie pour qu'il soit audible. Je pense que je fais ça, et je ne sais pas si c'est louable ou pas, mais je raconte les choses à l'endroit où je les trouve belles en fait. Mais peut-être que comme j'ai dû la jouer, je me suis raconté que je lui ressemblais. » Pour Marina Foïs aussi, il a fallu s'imprégner de la voix et des intonations de Simone Signoret. « Simone, c'était quelqu'un qui avait une manière de s'exprimer très spécifique. On ne s'est pas privés d'utiliser des formules qui ont été les siennes. On les a juste mises en situation ». Une belle complicité entre Roschdy Zem et Marina Foïs Marina Foïs et Roschdy Zemont plusieurs fois tourné ensemble. Ils se connaissent très bien : leur complicité, visible à l'écran, a été un réel atout pour le film. « La complicité facilite un peu l'authenticité du jeu. C'est quelque chose qu'on n'a pas eu à interpréter. C'est quelque chose de très fort, parce qu'en plus, cette complicité, elle n'existe pas qu'au cinéma. Marina est quelqu'un dont je suis très proche dans la vie. On s'appelle tout le temps, on se voit régulièrement. On se parle beaucoup, de tout, de politique notamment. Ce film-là n'aurait pas été possible s'il n'y avait pas cette fibre-là qui existe déjà entre vous. On ne peut pas raconter Signoret et Montand simplement avec des acteurs qui les interprètent parce qu'ils ont été engagés. Il faut qu'il y ait quelque chose, une valeur ajoutée à la relation », reconnaît Roschdy Zem. Et Marine Foïs d'ajouter : « la banalité d'être côte à côte, l'habitude, c'est ça qu'on doit raconter quand on raconte un vieux couple. Et nous, on en a des habitudes, ça fait 15 ans qu'on se fréquente ! » Pas une imitation mais une évocation Le film s'ouvre sur une première scène troublante où l'on voit les deux comédiens en train d'être maquillés et coiffés pour devenir Montand et Signoret. C'est un peu comme si le spectateur entrait dans les coulisses. Marina Foïs trouve cette scène « très sexy, pour plein de raisons, d'abord parce qu'elle raconte l'humilité que nous acteurs, sommes obligés d'avoir. Faire un film et jouer, c'est du travail. Par ailleurs, cette scène, c'est un point de vue esthétique et artistique qui nous libérait d'une certaine manière. C'est une connivence avec le public. On vous annonce qu'on va vous montrer un Montand et une Simone qui sont les nôtres. C'est un présupposé humble du film à suivre. Et c'est ça que j'aime bien. Je crois aussi que cette scène d'ouverture montre aux spectateurs que ce n'est pas un docu-fiction. Diane Kurys dit à son spectateur, qu'elle a choisi Roschdy et Marina. Elle veut raconter une époque, mais elle veut aussi raconter un groupe d'acteurs, ce que c'est que la notoriété, ce que c'est que le pouvoir, ce que c'est que la passion, puisqu'elle définit plus tard ce qu'il en reste. Et c'est nous qu'elle choisit. » Cette scène montre avec beaucoup de réalisme le travail quotidien des acteurs. « Le matin sur le tournage, on avait deux heures de maquillage, coiffure, etc. Et ces deux heures-là, elles me permettaient vraiment de me concentrer. Je réécoutais Simone, je regardais des photos, j'écoutais les chansons de Reggiani parce qu'elles sont tellement nostalgiques que je ne pouvais plus m'en passer. Elles me mettaient dans l'humeur de la journée. " Les douze dernières années du couple Pour aborder cette histoire d'amour qui a duré plus de trente ans , Diane Kurys a fait le choix de ne se concentrer que sur les douze dernières années. « Quand on raconte l'histoire d'amour intime d'un couple qui a vécu 30 ans ensemble, c'est dire qu'on n'a pas tous les éléments. Et donc forcément, on est obligé d'inventer, fantasmer l'histoire avec les obstacles et les périodes douloureuses qui ont été les leurs, et en plus, comme on parle des 10 dernières années, on fait un peu abstraction des moments les plus glorieux qui les concernent ", admet Marina Foïs. Si les dernières années du couple ont été souvent parsemées de tensions, il est évident que l'amour entre eux a toujours été intact. Pour Marine Foïs, « Ce qui a entretenu la flamme pendant tout le temps, ça a dû être leurs conversations , puisque c'était deux personnes très politisées, très engagées, concernées par le monde qui les habitait » Et d'ajouter : « Et je crois que c'est très érotique, moi, la conversation. » Dans le film, Diane Kurys montre également à quel point Montand et Signoret étaient entourés. Dans leur maison d'Auteuil, ils recevaient régulièrement leurs amis parmi lesquels François Périer, Serge Reggiani, Alain Corneau, Nadine Trintignant avec qui ils avaient des conversations passionnantes. Comme l'a justement rappelé Roschdy Zem, « ils évoluaient dans un milieu intellectuel. Les mots avaient une importance pour eux. » Pour Simone Signoret, cette bande d'amis était nécessaire. « Elle aimait bouffer, picoler, fumer, partager. C'était quelque chose de très important. Ils avaient cette baraque-là aussi pour pouvoir partager et ils n'attendaient pas que les gens soient partis pour se rentrer dedans, s'engueuler. Et ça, ça traduit très bien leur complicité », nous confie Marina Foïs. Effectivement, les disputes dans le couple étaient nombreuses, parfois tonitruantes, à l'image de leur forte personnalité. Montand était un homme volage. Simone Signoret souffrait beaucoup de ses infidélités. « Si on regarde ce film avec le regard de 2025, alors qu'il se situe dans la société des années 70-80, forcément, le regard est beaucoup plus critique. Montand était en adéquation avec cette période c'est-à-dire qu'on autorisait, et même qu'on encourageait les hommes à avoir ce genre de comportement », analyse Roschdy Zem. Peut-on parler de relation toxique comme on le dirait aujourd'hui ? Pour Marina Foïs, leur amour était réel et bien plus complexe que cela. « Quand on raconte un couple qui a vécu 30 ans ensemble, c'est forcément d'une richesse inépuisable. En tout cas, on peut ne pas avoir de doute sur le fait qu'il l'a aimée et sur le fait qu'il l'a piétinée et qu'elle s'est laissée piétiner. Il y a une scène dans le film où elle lui dit ce chagrin sur mon visage, c'est le tien, c'est ce que tu m'as fait. Le curseur de toxicité ou d'emprise qui sont les mots d'aujourd'hui, c'est presque à chacun de l'évaluer. En fait, dans les relations toxiques, s'il n'y avait pas d'amour, elles ne dureraient pas. Simone Signoret est considérée aujourd'hui comme une grande figure féministe. C'est pour ça qu'elle est bouleversante et qu'elle est réelle. C'est parce qu'elle est paradoxale. Comment elle peut tenir les discours qu'elle tient et encaisser ce qu'elle encaisse ? Le propos du film, c'est de montrer que ces gens au destin extraordinaire sont aussi tout petits, à plein d'endroits, dans leur vie personnelle. Ils étaient tous les deux des êtres de passion. Le film questionne aussi sur ce qu'on fait avec ce qui reste des amours, de la jeunesse, de la beauté, de la passion, comment on continue. » Des questions d'autant plus importantes dans ce couple où les deux étaient des personnalités connues et exposées aux yeux de tous. Ils ont souffert d'une forme de rivalité, de frustration, de jalousie même car ils n'ont pas été en même temps au sommet de la gloire. L'une des qualités du film est de montrer cet aspect-là. Moi qui t'aimais de Diane Kurys avec Marina Foïs, Roscdy Zem, Thierry de Peretti, Raphaëlle Rousseau...au cinéma dès le 1er octobre.
- La bonne mère de Mathilda Di Matteo
Si un roman s'intitule La bonne mère , c'est qu'il a de très fortes chances de se dérouler à Marseille. Tout le monde sait que c'est ainsi qu'est appelée Notre-Dame de la Garde par les Marseillais. Clara, l'héroïne du premier roman de Mathilda Di Matteo paru aux éditions L'iconoclaste , a quitté sa ville natale du Sud pour rejoindre Paris. Brillante étudiante, elle poursuit sa thèse et donne des cours à Sciences-Po. Dans Marius et Jeannette de Robert Guédiguian, le personnage interprété par Ariane Ascaride, redoutant le départ de sa fille, déplore le fait que Paris ne soit pas à la place de Marseille. C'est exactement ce que pense la mère de Clara. Depuis qu'elle habite à Paris, ses visites se font plus rares, à son grand désarroi. Véro, secrétaire dans un centre psychiatrique, vit désormais avec son mari, chauffeur de taxi. Entre les deux, le torchon brûle parfois et il peut arriver que celui qu'elle surnomme le Napolitain se laisse aller à une certaine violence. Elle n'a plus sa fille à ses côtés mais elle peut compter sur ses fidèles copines. Véro est un personnage haut en couleur dans tous les sens du terme : elle met des décolletés plongeants, des couleurs voyantes, se promène volontiers nue chez elle, parle fort, a un caractère bien trempé et un langage fleuri. Autrement dit, Vero est une cagole. Clara en a bien conscience. Elle a déjà eu honte de sa mère, de ses tenues, de son langage lors des réunions parents-profs par exemple. En arrivant à Paris, ce qu'elle redoute par-dessus tout, c'est d'être prise à son tour pour une cagole car, elle le sait bien, les stéréotypes sont tenaces. Elle s'applique donc à gommer son accent et à soigner son vocabulaire mais la situation se complique lorsqu'elle tombe amoureuse de Raphaël, proche de Macron, adepte du stand-up à ses heures et fils d'une famille bourgeoise catholique pratiquante. Lorsqu'elle décide de le faire venir à Marseille pour le présenter à ses parents, elle éprouve une certaine gêne. Il faut que sa mère fasse des efforts pour bien s'exprimer et bien se comporter. Le contraste entre les deux milieux et le choc des cultures donnent lieu à des scènes savoureuses car, comme on pouvait s'en douter, ce Parisien est loin d'être au goût de Véro qui le surnomme sans tarder "le Girafon". Quant à lui, il se montre trop poli pour être honnête et multiplie les « Madame » à son égard. Mathilda Di Matteo s'en donne à cœur joie et embarque son lecteur dans un tourbillon lexical. En effet, l'une des (nombreuses) qualités de ce premier roman, c'est sa langue. Véro parle comme une vraie cagole marseillaise, avec ses expressions et ses excès de « y » à la place de « ils ». La romancière a eu la très bonne idée de faire entendre deux voix féminines : celle de Clara, tiraillée entre sa nouvelle vie parisienne et sa culture marseillaise, et sa mère, Véro, cette bonne mère si facilement qualifiée de cagole à laquelle on ne peut que s'attacher. D'ailleurs, il suffit de lire les premières pages où elle s'exprime pour avoir l'impression qu'elle est là, devant nous en train de parler et de râler. Seule une Marseillaise pouvait écrire ce roman. Chaque page est imprégnée de son amour pour sa ville natale. Mais on ne saurait réduire ce roman à sa langue. Il fait avant tout le portrait de deux femmes, unies par un amour indéfectible. Elles se disputent, ne se comprennent pas toujours mais elles sont toujours là l'une pour l'autre. Même si elles n'habitent plus dans la même ville et n'évoluent plus dans le même milieu, elles subissent toutes les deux la violence des hommes. Le livre revêt un autre aspect lorsque Raphaël commence à dévoiler son vrai visage face à Clara, jeune femme trop sensible à ses yeux. Le mépris des classes sociales, les violences verbales et physiques concernent tous les milieux. Il est toujours bon de le rappeler. D'abord détruite, Clara va rebondir, soutenue par sa mère et par ses nouvelles amies. Mathilda Di Mattéo parvient avec beaucoup d'intelligence à jouer avec les clichés. Si les personnages masculins sont assez vite exaspérants, on ne peut que s'attacher à Clara et à sa mère Véro, cette cagole au grand cœur, plus intelligente et sensée qu'il n'y paraît. Pendant tout le livre, on suit le cheminement de ces deux femmes vers l'épanouissement. C'est à la fois savoureux et touchant !
- "Jacky" d'Anthony Passeron
Anthony Passerons nous avait bouleversés avec son premier livre Les enfants endormis . C'est donc avec une certaine impatience que nous attendions la sortie de Jacky (éditions Grasset), dans lequel il relate son enfance et son adolescence et sa relation avec son père. Ceux qui ont lu Les enfants endormis seront familiarisés avec les noms des protagonistes du deuxième roman d'Anthony Passeron : le grand-père Emile, la grand-mère Louise, qui s'est occupée jusqu'à la fin de ses jours d'Emilie, la cousine d'Anthony, malade du sida, comme sa mère et son père, Désiré, cet oncle dont l'auteur racontait la trajectoire dans son premier livre. Il évoquait également Jean-Philippe, le plus jeune frère de son père, passionné de tennis, qu'il admirait et auquel il voulait ressemblait, plus tard. Enthousiaste, bavard, entouré d'amis, il était assez différent de Jacky, son père. Dans Les enfants endormis , Désiré, l'aîné, était décrit comme étant le fils préféré. Il était parti à Nice faire des études, et, mû par des envies d'ailleurs, de liberté, il avait commencé à se droguer. Jacky, lui, était resté au village, et tenait avec ses parents la boucherie familiale. Le travail, il n'y avait que ça qui comptait. C'est ce qu'il aimait à répéter à ses deux fils. Alors que leur mère avait à cœur qu'Anthony et son frère travaillent bien à l'école, Jacky, lui tenait absolument à ce qu'ils aient des qualités viriles, qu'ils sachent se défendre voire se battre si la nécessité se présentait. C'est pour cela qu'ils ont dû prendre des cours de judo par exemple, sans grand enthousiasme et sans bons résultats. Il faut dire que dans le village où ils habitaient, à une soixantaine de kilomètres de Nice, il n'y avait pas grand-chose à faire, à part discuter sur la place du village avec ses copains, faire du vélo, faire du sport et surtout marcher. L'ennui que l'on peut ressentir dans ses vallées quand on est jeunes était sous-jacent dans Les enfants endormis . Il constitue en quelque sorte le socle de Jacky . L'arrivée des jeux vidéo va apparaître comme une sorte de bouée de sauvetage, une échappatoire à cet ennui. C'est à Jacky, son père, qu'Anthony Passeron, doit la découverte de cet « objet » qui va l'occuper des heures entières avec son frère et ses copains. Le livre d'Anthony Passeron est découpé en trois parties suivant la chronologie de l'histoire des jeux vidéo. Reprenant un peu le dispositif de son premier livre, l'auteur entremêle les parties documentées, historiques et l'intime, l'histoire de sa famille et surtout celle de son père, Jacky. C'est ainsi que tout le monde l'a toujours appelé dans le village. Jamais Jacques. Ce diminutif qui pourrait sembler être un détail est lourd de signification et porte en lui toute une dimension sociale. Dans le livre, Anthony Passeron raconte qu'il en a pris peut-être véritablement conscience quand, alors à Nice, à la fac, il a entendu des étudiants dire que traiter quelqu'un de « Jacky » signifiait qu'il était un « beauf de campagne avec une vieille voiture pleine de gadgets ». « Mon père a disparu en l'espace de trois consoles de jeux », tel est l'incipit de Jacky . Anthony Passeron a fait le choix judicieux de raconter en trois chapitres comme trois parties de jeux vidéo la déliquescence de sa famille, dans laquelle le malheur et la mort se sont introduits avec fracas. La voix d'Anthony Passeron adulte et désormais écrivain se confond souvent avec celle du narrateur enfant et adolescent, spectateur impuissant du délitement de sa famille. On devine que les blessures sont encore bien présentes. Anthony Passeron ne cherche pas à susciter l'émotion et pourtant, par une écriture subtile qui, en racontant des moments de vie, ne s'encombre pas de détails inutiles, il parvient à émouvoir le lecteur. Les jeux vidéo ont rythmé sa vie et celle de son frère : ils ont été source de moments de partage, se substituant souvent à la parole et aux échanges car -c'est la mère qui le dit- chez les Passeron, les hommes montrent peu leurs émotions et ne pleurent pas. C'est leur père qui leur a offert leur première console de jeux vidéo. Abandonnant quelques instants les clients de la boucherie, il avait joué avec eux un matin de Noël, partageant avec eux la joie de la découverte de ce loisir qui allait les occuper pendant tant d'années. Des moments comme celui-là, il y en aura encore mais ils se feront rares car Jacky va être moins présent, se montrer de moins en moins loquace ou, au contraire, être en proie à des accès de colère au fur et à mesure que la maladie puis la mort vont s'insinuer dans la famille. Comme la boucherie familiale commence à battre de l'aile depuis qu'un hypermarché a ouvert dans la plaine du Var, il va devoir aller travailler ailleurs. Les mois et les années passent, et Anthony et son frère continuent à jouer aux jeux vidéo, tous les deux, avec leurs copains du village ou même avec leur cousine Emilie, dont l'état de santé va décliner progressivement. Le dernier moment qu'ils passeront avec elle, ce sera précisément lors d'une partie de jeux vidéo, où ils ne se parleront pas vraiment, la console servant encore d'intermédiaire pour pallier à l'absence de communication. Au-delà des drames, le livre montre aussi avec beaucoup d'intelligence ce sentiment d'enfermement qui gagne peu à peu les hommes de cette famille d'un village de l'arrière-pays niçois où tout le monde se connaît. Ils ont des envies d'évasion et de liberté. Certains font le choix de partir, d'une manière ou d'une autre. D'autres doivent attendre. Leur heure viendra assurément car une meilleure perspective les attend, ailleurs. C'est le cas d'Anthony et de son frère. L'un de leurs professeurs s'efforce de le leur faire comprendre, en leur parlant de la statue d'Aristide Maillol « L'action enchaînée » qui trône fièrement à l'entrée du village, comme une métaphore.











