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Moi qui t'aimais de Diane Kurys : interview de Marina Foïs et Roschdy Zem

  • Laurence Ray
  • 22 sept.
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 oct.

Moi qui t'aimais fait sans doute partie des films les plus attendus de cet automne. Présenté au dernier Festival de Cannes dans la sélection Cannes Classics, il sortira en salles le 1er octobre. « Moi qui t'aimais », ce sont bien sûr des mots extraits de la célèbre chanson Les Feuilles Mortes interprétée par Montand mais c'est aussi une phrase qui résume à elle seule l'amour qui a uni pendant trente ans Simone Signoret et Yves Montand. Dans son film, Diane Kurys a fait le choix de se concentrer sur les douze dernières années de ce couple mythique, traversées par des crises,des déceptions, des trahisons mais avec un amour resté intact. C'est à Marina Foïs et à Roschdy Zem qu'elle a confié les rôles de ces figures sacrées du cinéma, en leur demandant non pas d'imiter Signoret et Montand mais de proposer d'eux plutôt une évocation. Une idée ambitieuse et audacieuse couronnée de succès. Le film est une réussite et réserve de beaux moments d'émotions. Diane Kurys était à Nice au Pathé Gare du Sud pour présenter le film en avant-première. Elle était accompagnée de Marina Foïs et Roschdy Zem. Nous les avons rencontrés.


Moi qui t'aimais Diane Kurys Marina Foïs Roschdy Zem

Roschdy Zem dans le rôle de Yves Montand

Lorsque Diane Kurys lui a proposé d'interpréter Yves Montand, Roschdy Zem a été évidemment surpris. « Mais très vite j'ai compris que l'intention de Diane Kurys n'était pas de chercher quelqu'un qui ressemblait à Yves Montand, qui allait jouer comme Yves Montand et incarner Yves Montand, mais qui allait plutôt évoquer Yves Montand. Dans cette grammaire-là je me suis reconnu », nous a-t-il confié.


Pour interpréter, ou plutôt évoquer Montand, il fallait néanmoins se documenter, lire et écouter ses interviews, ses témoignages. C'est en faisant ce travail que Roschdy Zem s'est trouvé des ressemblances avec lui, dans son parcours de fils d'immigré, issu des classe populaire. « Il y a deux choses qui me touchaient dans ses interviews. D'abord, on sentait qu'il avait le sentiment d'être un peu une pièce rapportée, un arnaqueur, un imposteur. Je vois très bien ce qu'il voulait dire ! Derrière son côté très à l'aise, on sentait quand même une vulnérabilité. Cet aspect-là m'intéressait. Et puis il disait aussi une chose : « je sais ce que c'est que d'être regardé comme un étranger ». Sur ce point-là aussi, je me suis dit que j'allais proposer une version personnelle de Montand. »


Yves Montand avait une présence, un charisme indéniables mais aussi une voix reconnaissable entre toutes. Pour s'en approcher, Roschdy Zem a dû faire un long travail d'écoute. « J'ai mangé du Montand pendant tout un été à l'écouter, à le voir, à l'étudier. Et puis finalement il y a les 2-3 traits de caractère qui lui sont bien spécifiques qui ont fini par me contaminer, sans que je m'en aperçoive. Quand mon entourage, et notamment Diane et Marina m'ont dit « ah tiens, tu commences à parler comme Montand », j'ai pensé que j'étais sur la bonne voie. » Ce qui était le plus délicat, c'était de trouver le bon dosage. « L'essentiel du travail s'effectue quand on se demande ce qu'on restiture et ce qu'on garde de ce qui nous a contaminés de la personne concernée.»


Marina Foïs dans le rôle de Simone Signoret

Pour Marina Foïs, interpréter Simone Signoret a presque été comme une évidence. « C'était mon idole quand j'avais 16 ans, donc en fait j'attendais qu'on me propose le rôle en quelque sorte. Cela peut paraître hyper prétentieux mais je veux dire par là que j'avais très envie de le faire. Par ailleurs, j'avais aussi très très envie de faire un biopic un jour, parce que c'est un exercice d'acteur très spécifique. Moi j'adore les biopics, je vais tous les voir. D'ailleurs je trouve que les acteurs sont toujours formidables dans cet exercice-là. Donc pour moi, c'était une espèce de fantasme absolu ! En plus c'est Simone qu'on m'a proposé. Je la connais très bien, parce que j'ai cohabité toute mon adolescence avec elle, parce que c'était mon rêve d'actrice et aussi que c'est une femme qui m'a fait rêver et qui a été un modèle. Dans les années 70-80, on avait d'elle l'image d'une femme tout à fait libre, moderne, indépendante, engagée, courageuse. Quand on est ado, c'était évidemment un modèle. Elle avait, à mes yeux, un parcours idéal. »

Comme Roschdy Zem avec Montand, Marina Foïs s'est trouvé plusieurs similitudes avec Simone Signoret. « Je me sens pleine de proximités avec elle. Là d'où elle vient, ce n'est pas si loin de là où vient ma famille. Il y a l'exil en commun, la judeïté, le fait que c'est une immigration, mais c'est une immigration spécifique, parce qu'elle est bourgeoise et blanche, ce n'est pas la même que l'immigration prolétaire et racisée, ça c'est évident, mais quand même je pense que ça définit l'identité. Après, il y a quelque chose peut-être de sa colère ou de sa douleur que je peux comprendre tout à fait intimement. Elle a une espèce de volonté d'être honnête et d'être vraie, que j'ai moi aussi, sauf que je pense qu' elle arrange le récit de sa vie pour qu'il soit audible. Je pense que je fais ça, et je ne sais pas si c'est louable ou pas, mais je raconte les choses à l'endroit où je les trouve belles en fait. Mais peut-être que comme j'ai dû la jouer, je me suis raconté que je lui ressemblais. »

Pour Marina Foïs aussi, il a fallu s'imprégner de la voix et des intonations de Simone Signoret. « Simone, c'était quelqu'un qui avait une manière de s'exprimer très spécifique. On ne s'est pas privés d'utiliser des formules qui ont été les siennes. On les a juste mises en situation ».

Une belle complicité entre Roschdy Zem et Marina Foïs

Marina Foïs et Roschdy Zemont plusieurs fois tourné ensemble. Ils se connaissent très bien : leur complicité, visible à l'écran, a été un réel atout pour le film. « La complicité facilite un peu l'authenticité du jeu. C'est quelque chose qu'on n'a pas eu à interpréter. C'est quelque chose de très fort, parce qu'en plus, cette complicité, elle n'existe pas qu'au cinéma. Marina est quelqu'un dont je suis très proche dans la vie. On s'appelle tout le temps, on se voit régulièrement. On se parle beaucoup, de tout, de politique notamment. Ce film-là n'aurait pas été possible s'il n'y avait pas cette fibre-là qui existe déjà entre vous. On ne peut pas raconter Signoret et Montand simplement avec des acteurs qui les interprètent parce qu'ils ont été engagés. Il faut qu'il y ait quelque chose, une valeur ajoutée à la relation», reconnaît Roschdy Zem. Et Marine Foïs d'ajouter : « la banalité d'être côte à côte, l'habitude, c'est ça qu'on doit raconter quand on raconte un vieux couple. Et nous, on en a des habitudes, ça fait 15 ans qu'on se fréquente ! »


Pas une imitation mais une évocation

Le film s'ouvre sur une première scène troublante où l'on voit les deux comédiens en train d'être maquillés et coiffés pour devenir Montand et Signoret. C'est un peu comme si le spectateur entrait dans les coulisses.


Marina Foïs trouve cette scène « très sexy, pour plein de raisons, d'abord parce qu'elle raconte l'humilité que nous acteurs, sommes obligés d'avoir. Faire un film et jouer, c'est du travail. Par ailleurs, cette scène, c'est un point de vue esthétique et artistique qui nous libérait d'une certaine manière. C'est une connivence avec le public. On vous annonce qu'on va vous montrer un Montand et une Simone qui sont les nôtres. C'est un présupposé humble du film à suivre. Et c'est ça que j'aime bien. Je crois aussi que cette scène d'ouverture montre aux spectateurs que ce n'est pas un docu-fiction. Diane Kurys dit à son spectateur, qu'elle a choisi Roschdy et Marina. Elle veut raconter une époque, mais elle veut aussi raconter un groupe d'acteurs, ce que c'est que la notoriété, ce que c'est que le pouvoir, ce que c'est que la passion, puisqu'elle définit plus tard ce qu'il en reste. Et c'est nous qu'elle choisit. »


Cette scène montre avec beaucoup de réalisme le travail quotidien des acteurs. « Le matin sur le tournage, on avait deux heures de maquillage, coiffure, etc. Et ces deux heures-là, elles me permettaient vraiment de me concentrer. Je réécoutais Simone, je regardais des photos, j'écoutais les chansons de Reggiani parce qu'elles sont tellement nostalgiques que je ne pouvais plus m'en passer. Elles me mettaient dans l'humeur de la journée."


Les douze dernières années du couple

Pour aborder cette histoire d'amour qui a duré plus de trente ans , Diane Kurys a fait le choix de ne se concentrer que sur les douze dernières années. « Quand on raconte l'histoire d'amour intime d'un couple qui a vécu 30 ans ensemble, c'est dire qu'on n'a pas tous les éléments. Et donc forcément, on est obligé d'inventer, fantasmer l'histoire avec les obstacles et les périodes douloureuses qui ont été les leurs, et en plus, comme on parle des 10 dernières années, on fait un peu abstraction des moments les plus glorieux qui les concernent", admet Marina Foïs.

Si les dernières années du couple ont été souvent parsemées de tensions, il est évident que l'amour entre eux a toujours été intact. Pour Marine Foïs, « Ce qui a entretenu la flamme pendant tout le temps, ça a dû être leurs conversations, puisque c'était deux personnes très politisées, très engagées, concernées par le monde qui les habitait » Et d'ajouter : « Et je crois que c'est très érotique, moi, la conversation. » Dans le film, Diane Kurys montre également à quel point Montand et Signoret étaient entourés. Dans leur maison d'Auteuil, ils recevaient régulièrement leurs amis parmi lesquels François Périer, Serge Reggiani, Alain Corneau, Nadine Trintignant avec qui ils avaient des conversations passionnantes. Comme l'a justement rappelé Roschdy Zem, «ils évoluaient dans un milieu intellectuel. Les mots avaient une importance pour eux. » Pour Simone Signoret, cette bande d'amis était nécessaire. «Elle aimait bouffer, picoler, fumer, partager. C'était quelque chose de très important. Ils avaient cette baraque-là aussi pour pouvoir partager et ils n'attendaient pas que les gens soient partis pour se rentrer dedans, s'engueuler. Et ça, ça traduit très bien leur complicité », nous confie Marina Foïs.


Effectivement, les disputes dans le couple étaient nombreuses, parfois tonitruantes, à l'image de leur forte personnalité. Montand était un homme volage. Simone Signoret souffrait beaucoup de ses infidélités. « Si on regarde ce film avec le regard de 2025, alors qu'il se situe dans la société des années 70-80, forcément, le regard est beaucoup plus critique. Montand était en adéquation avec cette période c'est-à-dire qu'on autorisait, et même qu'on encourageait les hommes à avoir ce genre de comportement », analyse Roschdy Zem. Peut-on parler de relation toxique comme on le dirait aujourd'hui ? Pour Marina Foïs, leur amour était réel et bien plus complexe que cela. « Quand on raconte un couple qui a vécu 30 ans ensemble, c'est forcément d'une richesse inépuisable. En tout cas, on peut ne pas avoir de doute sur le fait qu'il l'a aimée et sur le fait qu'il l'a piétinée et qu'elle s'est laissée piétiner. Il y a une scène dans le film où elle lui dit ce chagrin sur mon visage, c'est le tien, c'est ce que tu m'as fait. Le curseur de toxicité ou d'emprise qui sont les mots d'aujourd'hui, c'est presque à chacun de l'évaluer. En fait, dans les relations toxiques, s'il n'y avait pas d'amour, elles ne dureraient pas. Simone Signoret est considérée aujourd'hui comme une grande figure féministe. C'est pour ça qu'elle est bouleversante et qu'elle est réelle. C'est parce qu'elle est paradoxale. Comment elle peut tenir les discours qu'elle tient et encaisser ce qu'elle encaisse ? Le propos du film, c'est de montrer que ces gens au destin extraordinaire sont aussi tout petits, à plein d'endroits, dans leur vie personnelle. Ils étaient tous les deux des êtres de passion. Le film questionne aussi sur ce qu'on fait avec ce qui reste des amours, de la jeunesse, de la beauté, de la passion, comment on continue. » Des questions d'autant plus importantes dans ce couple où les deux étaient des personnalités connues et exposées aux yeux de tous. Ils ont souffert d'une forme de rivalité, de frustration, de jalousie même car ils n'ont pas été en même temps au sommet de la gloire. L'une des qualités du film est de montrer cet aspect-là.


Moi qui t'aimais de Diane Kurys avec Marina Foïs, Roscdy Zem, Thierry de Peretti, Raphaëlle Rousseau...au cinéma dès le 1er octobre.


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