
CULTURENETINFO
Culture Net .Info - l'actualité culturelle
Résultats de recherche
Rechercher sur ce site
256 résultats trouvés avec une recherche vide
- Le Château de Crémat a présenté ses deux nouvelles cuvées prestiges
Le 17 mars dernier, le Château de Crémat a mis à l'honneur l'alliance de l’art et du vin avec la présentation de ses nouvelles cuvées prestige « La Plana » et « Nikaïa », réalisées en collaboration avec l'artiste niçois César Malfi. A l'occasion de cet événement, les invités ont pu visiter les chais, déguster les cuvées autour d'un délicieux buffet niçois puis découvrir l'exposition de Philippe Katerine sur le Mignonisme. Une collaboration artistique avec César Malfi depuis 2021 L'artiste niçois César Malfi n'en est pas à sa première collaboration avec le Château de Crémat. La première fois, c'était en 2021, lorsqu'il a créé un tonneau artistique avec Eric Garence. Puis, à la demande de Thomas de Richebourg, propriétaire du Château de Crémat, l'artiste a peint, sur deux pans de murs, une fresque associant l'histoire de Nice à celle du vin. Il a ainsi représenté Bacchus/Dionysos, le célèbre dieu du vin de la Mythologie grecque et latine, et Nikaïa, une nymphe avec laquelle il eut un fils. Epris d’amour, il bâtit la ville de Nicée, appelée ainsi du nom de cette nymphe. Désireux d'allier les deux facettes du Château de Crémat, l'art et le vin, Thomas de Richebourg a de nouveau fait appel à César Malfi et lui a demandé de réaliser les étiquettes de ses cuvées d'exception. Dans son discours, l'artiste, a dit combien il était ravi de cette collaboration. Sous un soleil radieux, il a ensuite dédicacé des reproductions d'oeuvres créées spécialement pour le lancement de ces deux cuvées d'exception. Des cuvées d'exception sublimées par une signature artistique Les cuvées prestige « La Plana » et « Nikaïa » résultent d’une sélection parcellaire minutieuse et sont vinifiées avec soin par notre maître de chai, Alain Vallès. Ces vins exclusifs, mono-cépages et mono-barriques (500 litres), sont produits en quantités très limitées, avec seulement 650 bouteilles par millésime. « La Plana » 2022 – 100% folle noire, un rouge de caractère. « Nikaïa » 2022 – 100% rolle, un blanc d’exception. Chaque année, la production de ces cuvées n’est pas garantie : Alain Vallès sélectionne, après de nombreuses dégustations, la meilleure barrique de folle noire et de rolle, afin d’offrir un vin de garde remarquable et une expérience unique aux amateurs. Visite des chais et de l'exposition sur le Mignonisme de Philippe Katerine Après un savoureux déjeuner niçois servi sur la terrasse ensoleillée du Château, l'après midi s'est poursuivi avec la visite des chais commentée par Emmanuel Da Rocha, responsable caveau du Château de Crémat. Pour clôturer cette journée-découverte en beauté, conduits par Thomas de Richebourg lui-même, les invités ont eu le privilège de visiter le Château de Crémat et découvrir « Le Mignonisme » et les créations artistiques originales de Philippe Katerine , qui a investi les différents espaces du Château depuis le mois de février. L'exposition est à voir jusqu'au 18 mai et des ateliers créatifs pour les enfants seront organisés les 18 et 23 avril et les 17 et 18 mai, sur inscription. Pour plus de renseignements sur le Château de Crémat et sur les différents événements à venir : www.chateaucremat.com
- La Haine au Palais Nikaia : rencontre avec Farid Benlagha et Alivor
S'il y a un film français des années 90 qui a marqué plusieurs générations de spectateurs, c'est bien La Haine . Présenté au Festival de Cannes en 1995, le film de Mathieu Kassovitz est reparti avec le Prix de la mise en scène. Il a ensuite obtenu trois César dont celui du meilleur film. Trente ans après, le film a été adapté en spectacle musical. Cette idée géniale et très audacieuse est née dans l'esprit de Farid Benlagha, producteur de plusieurs comédies musicales à succès . Les premières représentations à la Scène Musicale à Paris ont reçu un très bel accueil du public et de la presse. Dans un mois, la tournée fera étape à Nice. Ce sera le 26 avril au Palais Nikaïa. Un événement forcément très attendu de la part de ceux qui ont vu le film mais aussi des plus jeunes, fans de musiques urbaines. En effet, La Haine n'est pas un spectacle musical comme les autres avec des titres entraînants aux accents de variété ou de pop française. Elle met à l'honneur le hip-hop, le rap et les musiques urbaines, qui, contrairement aux années 90 lors de la sortie du film, font désormais partie des musiques les plus écoutées dans le monde. Le compositeur, Proof, a fait appel à une vingtaine d'artistes pour concevoir la bande originale de la comédie musicale. Une vingtaine de textes engagés interprétés sur scène par des artistes talentueux, qui peuvent s'enorgueillir d'avoir plusieurs cordes à leur arc puisque sur scène ils chantent, dansent et jouent la comédie. En effet, le spectacle intitulé « jusqu'ici rien n'a changé », respecte la trame narrative du film et bien sûr son célèbre trio : Vinz, Saïd et Hubert qu'interprète avec talent le rappeur Alivor. Il y a quelques jours, Farid Benlagha et Alivor avaient fait le déplacement à Nice. Ils tenaient à être présents à la projection du film La Haine proposée par la Cinémathèque pour parler du spectacle et répondre aux questions du public. Nous les avons rencontrés. Vous avez produit de nombreuses comédies musicales. Personne avant vous n'avait pensé à faire de La Haine un spectacle musical. Comment cette idée et cette envie vous sont-elles venues ? Farid Benlagha : A un moment donné, j'avais envie de débroussailler le terrain parce que tout ce que j'avais pu faire faire et tout ce que mes camarades du métier avaient pu faire, c'était toujours des comédies musicales autour d'histoires anciennes : Notre-Dame de Paris, Robin des bois, les Trois Mousquetaires, on utilise souvent des histoires qui sont un peu anciennes, des belles grandes légendes françaises parfois aussi ou internationales et toujours appuyées sur de la musique variété pop française. Il y a eu des super projets mais à un moment donné, moi j'avais envie de faire autre chose parce que je trouvais qu'on tournait un peu en rond et qu'on n'arrivait pas à être assez innovants. J'ai juste fait un constat simple, c'est qu'en en France et aussi dans la quasi-totalité des pays du monde maintenant, plus de la moitié de la musique qui est consommée, c'est de la musique urbaine, hip-hop, du rap et toutes ces différentes déclinaisons afro-trap, r'n'b, etc. Pourtant, il n'y a jamais eu en France de spectacle autour de ça. Je me suis dit qu'il fallait essayer d'aller faire quelque chose sur ce territoire. Je suis donc parti de cette envie-là. Avec mes camarades Yaman Okur et Emile Capel, pendant deux ans, on a essayé de réfléchir à écrire des histoires. Puis on a réfléchi qu'il fallait plutôt qu'on utilise une histoire déjà connue, comme on l'avait fait jusqu'à présent. J'ai immédiatement pensé à La Haine parce que c'est une vraie histoire, qu'il y a un récit qu'on peut transformer théâtralement. Et puis c'est un objet culte et il n'y en a quasiment pas autour de la culture urbaine qui soit adaptable en spectacle. C'est peut-être le seul. La Haine s'est installée comme une évidence. Mes camarades ont tout de suite validé l'idée. Puis ensuite, on est allés voir Mathieu Kassovitz qui a tout de suite dit oui. Ce fut le début d'une longue aventure.. Farid Benlagha : Oui, ça a été très long parce qu'il y a eu le Covid et on a perdu deux ans. Quand on a annoncé officiellement le projet, en juin, l'information circulait déjà parce que Mathieu Kassoviz ne pouvait pas s'empêcher d'en parler. Lorsque l'annonce a été faite, c'était un samedi et le mardi la France était secouée par la mort de Naël. Là, on a pris une énorme gifle parce qu'à la base, le film a été fait après une bavure policière en 1993. On a eu alors l'idée d'ajouter un sous-titre au spectacle, « jusqu'ici rien n'a changé ». Il fait écho à la phrase que prononce Hubert dans le film, « jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien » alors que, bien sûr, tout n'allait pas bien. On s'est dit qu'on allait faire la même chose, mais en essayant d' être un peu provocateur et contradictoire. C'est ce qui nous intéressait parce qu'il y a plein de choses qui ont changé, mais il y en a aussi certaines qui n'ont pas changé. Ce sont celles-là qu'on pointe dans le spectacle. Le spectacle est très fidèle au film. D'ailleurs, comme le film, il ne dure pas très longtemps... Farid Benlagha : C'est vrai qu'une comédie musicale en général, c'est plutôt long. La nôtre dure 1h30 plus 15 minutes d'entracte, donc c'est 1h45. L'histoire du spectacle est très fidèle à l'histoire du film. On a créé quelques scènes mais qui ne dénaturent pas le récit qui va du début à la fin de la journée. On a voulu ajouter un personnage féminin parce qu'il n'y avait quasiment pas de femmes dans ce film à part des soeurs qu'on voyait comme ça. Le personnage féminin qu'on a créé est dans un tableau qui est vraiment un chef-d'oeuvre. Je ne suis pas seul à le dire : toute la presse s'en fait écho. En fait, on a 3 moments vraiment phares et 3 moments clés, notamment un avec ce personnage féminin qui est la petite copine de l'un des personnages principaux. Alivor, vous interprétez Hubert et reprenez ainsi le rôle tenu par Hubert Koundé dans le film. Comment vous vous êtes retrouvé sur ce projet ? Par un casting ? Alivor : Exactement, par un casting. J'ai entendu parler du projet par la directrice de casting. Elle m'a dit que La Haine allait être adaptée en comédie musicale. C'est un domaine que je ne connaissais et que j'ai même découvert en tant que spectateur avec ce projet. J'avoue qu'au départ j'étais un peu réticent quand on m'a parlé de comédie musicale. L'idée que je m'en faisais, c'était un peu les contes de fées. Or, c'est totalement faux. Je me suis renseigné : il y a des comédies musicales engagées. Ce pari de reprendre sur scène un projet « urbain » mais devenu culte en France, c'est ce qui m'a intéressé. Je me suis dit autant que ça se passe avec des personnes qui ont les codes et qui ont aussi un engagement. C'est pour ça que j'ai fait le pas vers cette comédie musicale. Qu'est-ce que La Haine représente pour vous, même si vous n'aviez pas vu le film à sa sortie en salles ? Alivor : Pour moi La Haine c'est quelque chose qui m'a structuré, qui m'a inspiré. Ça fait partie de ces classiques qui meublent un peu les souvenirs de l'enfance. La Haine , c'est une inspiration. C'était donc important pour moi de rendre hommage à une oeuvre qui m'a fait grandir et qui m'a structuré en tant qu'artiste mais aussi en tant que personne parce que je pense que cette oeuvre-là nous sert à tous. Ca n'était pas ordinaire à l'époque de voir la cité à la télé. Donc pouvoir aujourd'hui montrer ça sur scène, c'est pour moi une manière de rendre hommage aussi à cet aspect-là. Vous êtes rappeur et vous êtes habitué à la scène. Mais dans ce spectacle, en plus de chanter, vous jouez la comédie et vous dansez. Y avait-il une certaine pression pour vous ? Alivor : La scène n'est pas nouvelle pour moi mais là c'est différent. J'ai découvert la comédie et la danse à travers ce projet. Je n'étais pas habitué à danser à part devant mon miroir ou dans ma chambre. Et même aujourd'hui je ne danse plus trop. En fait, ce projet m'a un peu fait ressortir toutes ces choses qu'on peut faire dans l'enfance. J'ai grandi dans une MJC. Et puis on a tous fait des kermesses à la maternelle ou à l'école primaire devant les parents. C'est un peu toutes ces choses-là que je fais sur scène mais devant toute la France maintenant ! Vous y avez pris goût maintenant ? Alivor : J'y ai pris goût. Je me suis habitué à faire ça devant tout le monde. Je suis sorti de ma zone de confort. Je suis fier de moi. Farid Benlagha : Et nous aussi, on est fiers de lui ! Quand on a rencontré Alivor, on savait que c'était un grand rappeur et qu'il avait une très bonne technique de chant. Mais c'est vrai qu'on était très très exigeants parce qu'il fallait faire les trois, chanter, danser et jouer la comédie. Au début Alivor a été honnête avec nous puis on l'a poussé parce que le profil nous intéressait énormément. Il y a beaucoup de Hubert chez Alivor. On ne voulait pas forcément un copier-coller mais une identité très forte. Alivor avait une identité qui nous avait vraiment marqués. Il voulait tellement le rôle qu'il s'est mis à bosser pour combler ses lacunes. Ça a duré six mois. Le casting a duré plus d'un an. Ca a été très long. Pendant tout ce temps-là, Alivor a bossé et on a vu son niveau augmenter, jusqu'à ce qu'il soit capable de devenir un vrai comédien. Maintenant, il est bluffant. Au théâtre, il y a des techniques. Il les a apprises à vitesse grand V et on a un résultat qui est incroyable aujourd'hui. Donc on est très fiers de lui ! Est-ce que vous avez rencontré Hubert Koundé dont vous reprenez le rôle ? Les autres comédiens ? Alivor : Non, je ne l'ai pas rencontré mais Mathieu Kassovitz m'a beaucoup parlé de lui. Vincent Cassel est venu assister à des représentations à Paris. Ça a été un beau moment pour tout le monde. Quant à Saïd Tagmahoui, il est à Los Angeles donc on ne sait pas s'il pourra venir.Mais la porte est ouverte. On serait très heureux qu'il vienne. On espère aussi qu' Hubert sortira de sa tanière pour venir nous voir. Dans le public, il y a beaucoup de jeunes qui n'ont jamais vu le film. Comment réagissent-ils ? Farid Benlagha : On a plusieurs cas de figure. C'est vrai qu'une bonne partie de notre public, ce sont des quadras et des quinquas, qui ont vu le film. Les jeunes, eux, connaissent tous le film, même s'ils ne l'ont pas forcément vu. La magie opère toujours parce que sur scène, les artistes sont exceptionnels et que les créateurs du spectacle ont fait un boulot incroyable. C'est très, très, très innovant. On est immergés dans l'histoire. Et ce qui compte, c'est de vivre un moment et de vivre une histoire. Vous avez dit que les artistes étaient exceptionnels sur scène. Parlons de la musique qui a une place très importante dans le spectacle. Comment le choix des titres s'est-il fait ? Farid Benlagha : On a découpé le spectacle en plusieurs tableaux puis on a vraiment essayé de chercher des artistes dont on était convaincu qu'ils allaient être en capacité de nous écrire des textes, de nous écrire un titre qui corresponde vraiment à ce qu'on avait envie de raconter sur ce moment-là. On n'a pas eu envie de céder à la facilité de prendre des artistes qui étaient dans le top 10. Donc, on a vraiment fait un travail d'analyse et on a composé comme ça. Il n'y a pas que du hip-hop. Il y a de la musique électro. On a fait appel The Blaze, qui est un des meilleurs groupes de la French Touch, à MERCER, qui a fait le remix de Bob Marley. Il y a également -M-, Angélique Kidjo, avec mes amis Djam et TiMoh, qui sont des chanteurs algériens. On a vraiment de la diversité au niveau musical. On a mis ça sur un album. Et ensuite, c'était à nos artistes à nous de reprendre le titre et puis de le faire à leur sauce. Alivor, par exemple, pour le titre final, a donné une âme supplémentaire qui est exceptionnelle. C'est un des trois chefs-d'oeuvre du spectacle. Alivor, pouvez-vous nous parler de ce moment justement ? Alivor : C'est un moment fort. Le morceau a été écrit par Médine. J'ai presque appris la majeure partie des choses que je fais sur scène avec lui. Jai travaillé pendant dix ans sur scène avec lui. Le texte de ce morceau est vraiment lourd de sens. Il est essentiel. Je le trouve très fort. Pour moi aussi, c'était aussi une manière de rendre hommage à Médine, qui fait partie de mes inspirations. Ce morceau, ce n'est pas juste une musique. C'est vraiment une poésie et des messages qu'on doit donner aux gens avant qu'ils rentrent chez eux. C'est un morceau final. Et ça résume un peu tout le problème de la société. Il y a la complexité humaine, je pense, à travers ce titre. Et l'humanité qu'on a dans les quartiers populaires, qui est malheureusement décriée. Aujourd'hui, on a ce problème-là en France. Donc, pour moi, c'est important de rétablir une vérité et de mettre un peu de sensibilité et d'émotion chez nous et chez les autres. Farid Benlagha : A la fin, les gens sortent complètement chamboulés, en se disant qu'ils ont pris une claque. Beaucoup pleurent. On vit avec ces personnages pendant une heure et demie et à la fin, il y a ce texte qui est très puissant mais qui est aussi plein d'espoir. La Haine, la comédie musicale , le 26 avril au Palais Nikaïa de Nice.
- Une brillante adaptation de "La Guerre des mondes" par le Collectif 8 à Anthéa
C'est toujours avec une certaine impatience que l'on attend la nouvelle création du Collectif 8, troupe associée au théâtre Anthéa d'Antibes. Après 1984 de George Orwell en 2020 et Le meilleur des mondes de Aldous Huxley la saison dernière, Gaële Boghossian s'est emparée du grand classique de la science-fiction paru à la fin du XIXe siècle : La Guerre des mondes de H.G Wells. Lorsque les spectateurs pénètrent dans la salle Pierre Vaneck, ils sont saisis par le décor futuriste représentant une cabine de vaisseau spatial, entourée d'écrans. On le devine assez vite : la vidéo , peut-être encore davantage que pour leurs précédentes créations, sera au cœur même de la pièce . Durant près de deux heures intenses , le public va suivre quatre astronautes (Gaële Boghossian, Lucile Houdy, Damien Remy, Matthieu astre) participant à une simulation de colonisation spatiale : Mission Life On Mars. D'abord témoins d'une explosion, ils vont devoir faire face à des images faisant état d'une invasion imminente. Sont-elles toutes réelles ? De qui provient cette menace ? Des Martiens qu'ils ont voulu coloniser et qui maintenant se rebellent ? Au fil des heures et des jours, des tensions vont naître et les astronautes vont avoir de plus en plus de difficultés à surmonter leurs émotions et leurs angoisses. Quand on est isolé du monde extérieur et privé de sommeil et de nourriture depuis plusieurs jours, comment réussir à discerner le vrai du faux et ne pas céder à la panique ? Voilà plusieurs questions que la brillante mise en scène de Paulo Correia nous invite à nous poser. Une véritable expérience pour les spectateurs, embarqués en quelque sorte eux aussi dans cette expédition qui prend des allures de thriller psychologique. Comme l'ont rappelé Gaële Boghossian et Paulo Correia dans la note d'intention du spectacle, La Guerre des mondes « regorge de réflexions sur notre avenir et celui de notre planète ». Même si H.G Wells a publié le livre en 1898, les questions qu'il soulève sont plus que jamais d'actualité. L'adaptation que nous propose le Collectif 8 montre combien ce chef-d'oeuvre de la littérature va au-delà de la science-fiction. Il ouvre un champ des possibles qui fait froid dans le dos. La Guerre des Mondes jusqu'au 15 mars au théâtre Anthéa d'Antibes.
- Juliette ou la clé des songes à l'Opéra de Nice
La dernière fois que l'opéra Juliette ou la Clé des songes du compositeur tchèque Bohuslav Martinu a été programmé en France, c'était au début des années 2000, à l'Opéra de paris. Une vingtaine d'années plus tard, Bertrand Rossi, directeur de l'Opéra de Nice, a eu l'excellente idée de proposer au public azuréen cette œuvre moins connue que les grands classiques habituellement à l'affiche. A Nice, Juliette ou la clé des songes a forcément une saveur particulière. En effet, c'est dans la capitale azuréenne que le compositeur Bohuslav Martinu en a achevé la composition, inspirée d'une pièce de théâtre écrite par Georges Neveux, qui a lui aussi vécu un certain temps à Nice. C'était donc comme une évidence pour les metteurs en scène Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil de situer l'histoire de « Juliette ou la clé des songes » à Nice, à notre époque. La ville n'est pas simplement évoquée, elle est véritablement montrée puisque plusieurs séquences filmées dans différents lieux sont projetées sur des écrans. On y voit ainsi Michel, le personnage principal interprété par le ténor Aaron Blake , sur la Plage Amour, ou sur la Promenade des Anglais. Venu à Nice pour retrouver la femme pour laquelle il a eu un coup de foudre trois ans auparavant, le jeune homme est victime d'un malaise cardiaque devant un monochrome bleu exposé au Musée Matisse. Conduit à l'hôpital, il va vivre une expérience de mort imminente . Tel est le point de départ de cette œuvre qui prend très vite des airs surréalistes. Pour Michel, les frontières entre le rêve, la mémoire et la mort se brouillent. On ne peut alors que féliciter les metteurs en scène d'avoir imaginé comme décor une boîte noire avec miroirs et écrans de part et d'autre, comme métaphore de ce qui se passe dans la tête de Michel. Des personnages hauts en couleurs se succèdent sur le plateau : sont-ils sortis de l'imagination de Michel ? Les a-t-il déjà rencontrés et les fait-il revivre dans ses souvenirs ? Peu importe. Les dialogues s'enchaînent, tous plus farfelus les uns que les autres, tels des cadavres exquis chers aux artistes surréalistes. Après ce voyage onirique, le deuxième acte se concentre davantage sur la mystérieuse Juliette , dont la voix avait charmé Michel la première fois qu'il était venu à Nice. Son image est d'abord projetée sur les écrans, dans des poses sensuelles faisant inévitablement penser à Romy Schneider filmée par Clouzot dans L'enfer , avant qu'elle n'apparaisse, en chair en en os, sur le plateau (interprétée par Ilona Revolskaya), vêtue d'une robe pour le moins originale. Elle est une émanation de l'esprit de Michel, forcément magnifiée, idéalisée. L'incarnation de l'éternel féminin ? Celui auquel tout être aspire ? C'est en tout cas ce que suggère ce s entre parenthèses accolé au prénom Juliette qui apparaît au début et à la fin du spectacle. Quant au troisième acte, il marque le retour (ou presque) à la réalité, à l'hôpital. Michel est étendu sur une table, prêt à passer un scanner. Le manipulateur se comporte tel un directeur de laboratoire des rêves. On plonge alors à nouveau dans l'univers surréaliste et poétique du début, avec le retour des personnages hauts en couleur du premier acte. Les trois heures que dure cet opéra passent comme un rêve. On se laisse porter au gré des rencontres fantasmées de Michel. Embarqué dans un voyage onirique et poétique dont il ne connaît pas d'avance ni les étapes ni la destination, le public vit une expérience délicieuse.
- "On ira" au cinéma : interview de la réalisatrice Enya Baroux
Il fallait oser faire rire avec un thème aussi grave que celui du suicide assisté ! Avec On ira , son premier long-métrage en tant que réalisatrice, Enya Baroux a réussi une comédie émouvante, drôle et lumineuse. Après avoir séduit le public du festival de l'Alpe d'Huez, le film sortira en salles mercredi 12 mars. Si récemment Almodovar avec La chambre d'à côté et Costa-Gavras avec Le dernier souffle ont fait de la fin de vie le sujet central de leurs films, Enya Baroux, a fait le choix d'aborder ce thème par le prisme du road-trip et de la comédie. Marie, une octogénaire atteinte d'un cancer incurable (formidable Hélène Vincent) a décidé de partir en Suisse pour procéder à un suicide assisté mais elle ne parvient pas à l'annoncer à son fils quelque peu immature (David Ayala), et à sa petite-fille adolescente (Juliette Gasquet). Assistée dans cette démarche par son aide-soignant (Pierre Lottin) qu'elle a mis dans la confidence, elle va prétexter un héritage à aller récupérer en Suisse. Voilà alors toute la famille embarquée dans un camping-car pour un périple rempli de péripéties et de moments de complicité. Il y a quelques jours, Enya Baroux était à Nice pour présenter le film en avant-première au Pathé Masséna. Nous avons pu la rencontrer. Pour aborder le thème du suicide assisté, vous avez choisi la comédie. Pourquoi ? Enya Baroux : Je crois que c'est ma manière de dédramatiser mes angoisses. Ce n'était donc pas envisageable de l'aborder autrement que par ce biais-là. Je trouve que la comédie permet de désacraliser, de mettre à distance, de parfois ouvrir des sujets de conversation qui peuvent être tabous. A la fin du film, il est écrit « à ma grand-mère ». C'est donc un hommage que vous lui rendez... Enya Baroux : C'est un hommage à ma grand-mère, exactement. J'ai voulu écrire un film qui parle d'elle, de la relation que j'entretenais avec elle. Ma grand-mère a eu une maladie, un cancer, exactement comme Marie, et je me suis beaucoup occupée d'elle dans sa fin de vie. Elle n'était plus du tout autonome, assez diminuée. Elle a eu une fin de vie assez triste. Alors qu'elle était quelqu'un de très indépendant, qui n'avait besoin de personne. Donc ça m'a beaucoup, beaucoup marquée. Et quand elle est partie, j'ai voulu lui écrire un film pour corriger cette fin de vie-là, et en écrire une autre. Je me suis imaginé ce qui se serait passé si elle avait eu le choix, et si on le traitait en comédie, parce qu'elle avait beaucoup d'humour. En suivant cette famille embarquée dans un road trip, on pense évidemment à Little Miss Sunshine ... Enya Baroux : D'abord, je me suis dit que j'avais envie de réécrire la fin de vie de ma grand-mère. Comme le suicide assisté est illégal en France, il faut aller ailleurs. Et puis, je me suis dit : et si je faisais un road trip de ma grand-mère, qui part de là où elle habite jusqu'à la Suisse, en camping-car ? J'étais très inspirée par Little Miss Sunshine , qui est vraiment l'un de mes films préférés depuis toujours. Je trouvais que l'espace restreint de ce camping-car permettait beaucoup de comédie aussi, beaucoup de quiproquos. Bande-annonce du film "On ira" C'est Hélène Vincent qui interprète cette grand-mère atteinte d'un cancer incurable et qui décide d'aller en Suisse. Ce rôle fait écho à celui qu'elle avait dans Quelques heures de printemps de Stéphane Brizé. C'est ce film qui vous a fait penser à elle pour On ira ? Enya Baroux : En fait, j'avais vu la bande-annonce, je savais qu'Hélène Vincent jouait dans ce film-là et je connaissais le sujet. Donc, quand je lui ai proposé le rôle, je me suis dit que c'était quitte ou double. Comme elle avait déjà fait ce rôle-là, soit ça ne l'intéressait plus, soit elle considérait que les rôles étaient différents. Je n'avais pas vu le film de Stéphane Brizé. Je l'ai vu seulement une fois mon film terminé. Hélène me disait souvent qu'il y avait des similitudes entre les deux films. Quand je l'ai vu, j'ai pensé que j'avais bien fait de ne pas le voir avant parce que ça m'aurait sûrement restreint dans l'écriture et ça aurait été dommage. Ils traitent le sujet d'une manière complètement différente. Je crois qu'il n'y a pas de comparaison possible. En tout cas, Hélène a trouvé que les rôles étaient diamétralement opposés. Et c'est pour cette raison qu'elle a accepté de le faire. Votre film parvient à maintenir un juste équilibre entre le rire et l'émotion... Enya Baroux : J'ai co-écrit ce film avec Martin Darondeau et Philippe Barrière. On était trois. Je pense qu'on s'est toujours donné comme ligne directrice de ne pas être trop dans le gag, ni dans le drame. On savait dans quoi il ne fallait pas tomber des deux côtés. Et puis, c'est aussi notre manière d'aborder beaucoup de sujets, à Martin et à moi. On aime bien rire des choses qui nous font peur et être cyniques sur des sujets tabous, déranger un peu. Je crois que c'est ce qu'il y a de commun à ce film et à notre mini-série « Fleur bleue ». Ils sont diamétralement opposés dans ce qu'on raconte, mais ont cette chose en commun de parler de sujets sensibles, tabous et d'essayer d'en rire. Comme On ira a mis sept ans à se faire, on a eu sept ans pour travailler le scénario, ce qui est beaucoup. On a fait Fleur Bleue avec Martin parce que le film ne se finançait pas, qu'on n'y arrivait pas, que tout Paris nous disait non. On m'a dit des phrases comme « Qui va aller voir un film sur la fin de vie ? » « On ne peut pas rire de ce sujet-là ». Il y a eu un moment où j'avais tous mes acteurs mais je n'avais pas d'argent. Il a fallu donc un moment se détourner de ce film pour faire autre chose, pour retrouver de l'énergie. C'est ce qu'on a fait avec Fleur Bleue. C' est un peu le petit frère de mon film parce que ce programme a aidé mon film à se faire aussi. Les financiers se sont peut-être dit que notre univers, ce sont des sujets qui dérangent, mais avec toujours de l'humour. Le film aborde plusieurs thèmes. Outre le suicide assisté, il évoque aussi le fait que c'est parfois difficile de communiquer au sein d'une famille... Enya Baroux : Exactement ! Parfois, j'aime à penser que le thème principal, c'est davantage ce problème de communication. Évidemment, il y a deux thèmes qui se croisent, la liberté de choisir sa fin de vie et la non-communication qu'il peut y avoir dans une famille sur ces sujets-là. Je crois que les non-dits, les tabous que vit cette famille sont liés, justement, au poids, à la lourdeur de ces thèmes que sont la mort, la vieillesse, la fin de vie. C'est parce qu'il y a ces tabous, il y a ces choses dont on ne doit pas parler, que Marie se retrouve à devoir mentir et qu'elle est incapable d'annoncer la vérité à sa famille. Je crois qu'on peut comparer ça à plein d'autres sujets dont on ne parle pas dans certaines familles. En ce qui me concerne, le fait de ne pas avoir pu aborder le départ de ma grand-mère et sa maladie, ça m'a manqué. Justement, moi, je me suis retrouvée plein de fois dans ma famille à vouloir faire des blagues sur ma grand-mère à table, et ça mettait un froid parce que tout le monde était triste de parler de ma grand-mère qui n'était plus là. J'ai senti que ça pouvait être salvateur d'en parler davantage. C'est un film sur la non-communication et sur le fait qu'il faut communiquer. Il faut pouvoir parler de sa fin de vie quand on est encore enfant. Il faut pouvoir parler de ce qu'on veut pour soi, pour ses parents, pour ses grands-parents. Peut-on considérer que vous avez fait un film engagé, militant ? Enya Baroux : Je me le demande souvent. Je n'aime pas trop ce terme. parce que je trouve que justement, le travail que font les militants, les gens des associations, c'est un véritable travail sur le terrain. C'est tellement plus important que ce film, en vérité. Au cinéma, j'ai besoin qu'on aborde d'une autre manière ces sujets-là. J'espère donc que ce film, en abordant ce sujet par la comédie, permetra d'ouvrir la discussion et d'amener le sujet à des gens qui peut-être n'en auraient jamais parlé entre eux. J'espère que ça fera évoluer les choses, que les gens en parleront plus et qu' à terme, ils auront peut-être un point de vue politique sur la question. Mon envie de base, c'était de faire un film sur sur mon expérience avec ma grand-mère. Ce qui arrive me dépasse. Figurez-vous que le 18 mars, je vais présenter le film à l'Assemblée nationale. J'irai avec des gens de l'association. Quels souvenirs gardez-vous du tournage ? Enya Baroux : Quand j'étais assistante, j'avais entendu que plus les sujets des films sur lesquels on travaille sont durs, plus les tournages sont légers et amusants. C'est ce qui s'est passé sur le tournage du film. Tout était super joyeux. Il y a eu une espèce de synergie de groupe qui s'est créée où tout le monde s'est trop bien entendu. Pourtant le tournage n'a duré que 26 jours. On a beaucoup ri ; c'était l'été, on a tourné dans le sud de la France. Il faisait beau, tout le monde était très content d'être là. Personne n'est rentré chez soi pendant 6 semaines donc vraiment ça a fait une espèce de colonie de vacances qui était absolument géniale et quand il y avait des moments d'émotions à tourner on était tous pris dedans. Je crois que tout le monde avait compris à quel point ce récit-là était important pour moi. En plus, comme c'était mon premier film, il y avait vraiment une bienveillance dans l'équipe. Ca m'a beaucoup touchée ! Pourquoi avez-vous tourné dans le Sud de la France ? Enya Baroux : La vérité c'est que d'abord je voulais tourner en Normandie, parce que je ma grand-mère était normande. Mais on n'a pas eu l'aide de la région Normandie donc il a fallu réfléchir à une autre région. Comme j'avais tourné un court-métrage en région PACA, à Nice, et qu'on avait adoré l'expérience, on s'est dit que c'était la région idéale pour le film. Cinématographiquement, visuellement c'est très beau et puis on avait envie d'un film solaire, où il fait chaud, où on puisse passer par des décors qui peuvent être autant un lac que la montagne, que peut-être la mer ou des petites villes avec des tons ocres. On a demandé des financements à la région PACA et, du coup, on a retrouvé une partie de l'équipe de nos courts-métrages. On a tourné vers Cabriès à côté de Aix-en-Provence, à Martigues, vers l'Étang de Berre, à Port-de-Bouc. On a rayonné autour d' Aix-en-Provence. C'était trop bien ! Dans le film, il y a quatre personnages. On se doute que Marie, la grand-mère, ressemble à la vôtre. Et les autres, ont-ils des points communs avec des personnes qui vous sont proches ? Enya baroux : Anna, la petite-fille, est inspirée de moi quand j'étais ado. Marie c'est clairement ma grand-mère. Quant à Bruno, il est un peu inspiré de mon père. Evidemment le trait est grossi pour la comédie bien sûr mais il y a quand même des choses inspirées de ce que j'ai pu vivre ou mettre dans ma relation avec mon père. Rudy c'est un personnage qui est inspiré de deux aides-soignantes qui se sont occupées de ma grand-mère en fin de vie et qui ont beaucoup compté pour elle. Ca me tenait vraiment à cœur de parler de ce métier d'auxiliaire de Vie parce que ce sont des gens qui font un métier vraiment sous-estimé. Ces personnes-là prennent une place hyper importante dans les moments peut-être les plus durs de la vie de quelqu'un. Ces dames qui s'occupaient de ma grand-mère enchaînaient les personnes âgées ; elles en avaient 3 ou 4 par jour et elles étaient très tristes quand la personne âgée partait. Elles ont beaucoup compté pour nous, pour ma grand-mère et elles ont fait en sorte que la fin de vie de ma grand-mère soit plus douce et pour nous et pour elle. On m'a souvent demandé pourquoi je n'avais pas pris une femme pour jouer le rôle de Rudy, et je réponds toujours que c'est parce que je voulais Pierre Lottin. Il n'y a pas que des actrices et des acteurs dans le film. Il y a aussi un rat. Pourquoi un tel choix ? Enya Baroux : A la base, on voulait un chat et un jour on est venu nous voir en nous disant que ce serait trop cher de tourner avec un chat. Ca nécessitait un dresseur et plusieurs chats. Un matin, Martin Darondeau est arrivé au bureau de prod en me proposant de mettre un rat et là je suis tombée de ma chaise. Je lui ait dit que c'était une drôle d'idée et que c'était dégoûtant un rat ! Puis, au bout de trois heures, j'ai fini par accepter. Tout le monde était mort de rire dans le bureau et on a donc contacté une dresseuse de rats. On a eu six rats pour tourner. Je trouve que ça définit bien le personnage de Rudy ; ça le rend à la fois marginal, touchant aussi et puis drôle. Il a fallu que les comédiens s'adaptent parce qu'ils n'étaient pas fan de l'idée !
- Music-Hall Colette à la salle des Arts d'Azur du Broc : interview de Cléo Sénia
Le 8 mars, ce sera la journée de la femme. Hasard du calendrier, la salle des Arts d'Azur du Broc mettra à l'honneur une femme aux multiples facettes. Ecrivaine, journaliste, mais aussi artiste de cabaret, Colette était une femme complexe, éprise de liberté, qui ne s'interdisait rien. Dans Music-Hall Colette , un spectacle musical et théâtral mis en scène par Léna Breban, la comédienne Cléo Sénia joue, chante, danse et manie l’art de l’effeuillage pour se questionner et s’émanciper à travers la figure de Colette. Une narration en miroir qui ouvre la réflexion sur les codes actuels du féminisme, de la nudité et de la liberté après plus d’un siècle de combat. Depuis sa création, le spectacle rencontre un beau succès et reçoit des critiques élogieuses de la part de la presse comme du public, si bien que l'année dernière, Cléo Sénia a été nommée aux Molières dans la catégorie révélation féminine. Contactée par téléphone avant son retour dans les Alpes-Maritimes le 8 mars, (il y a eu une représentation de Music-Hall Colette en décembre dernier à Cannes), Cléo Sénia nous a parlé de ce spectacle, qui lui tient tant à cœur. Vous étiez à Cannes il y a quelques mois. Le 8 mars, vous serez à la salle des Arts d'Azur du Broc. Partout où vous allez, Music Hall Colette conquiert à la fois la presse et le public. Comment expliquez un tel succès ? Cléo Sénia : Il y a un souffle de liberté qui plane au-dessus de ce spectacle, parce que Colette s'est réinventée toute sa vie. En voyant Music Hall Colette , les gens découvrent des anecdotes croustillantes et sortent avec beaucoup de légèreté et en éprouvant une forme d'apaisement. On me dit souvent : « merci, on est venu, on était un peu tout gris et on ressort tout ensoleillé ! » Ca fait plaisir d'entendre ça. Beaucoup de messages de gens me remercient aussi pour toute cette liberté qui donne envie d'être comme Colette et de profiter de chaque instant de la vie. Et comment est né ce spectacle ? Est-ce vous qui en avez-eu l'idée ? Cléo Sénia : Jai découvert la maison de Colette en 2017, en Bourgogne. Je suis passionnée par les maisons d'artistes. C'est souvent comme ça que je trouve mon inspiration pour mes spectacles. J'ai été vraiment charmée par la maison de Colette. Lorsqu'on m'a raconté son histoire, j'ai trouvé plein de parallèles avec ma vie d'artiste à ce moment-là. J'étais un peu partagée entre la littérature, le théâtre, et les arts du corps, du music-hall, des costumes, des paillettes. Colette m'a permis de faire le lien. Pendant une période, elle a fait du music-hall, ce qui lui a permis d'être beaucoup plus libre, dans son corps, dans sa vie de femme, et dans son écriture. J'ai commencé par le piano puis j'ai fait des écoles de théâtre et j'ai compris qu'il me manquait quelque chose. J'avais envie de m'exprimer davantage avec mon corps, avec le chant et donc j'ai découvert tous les arts du cabaret, du music-hall et toute la créativité, la liberté que ça pouvait me procurer. Je devais créer mes costumes,mon personnage, ma propre mise en scène, mes danses. J'adore mélanger ce que je sais faire. Et ça fait une sorte de mélange un peu singulier, très personnel, qui surprend les gens souvent. Oui, ça fait du bien d'être surpris aussi. Ce spectacle est, en quelque sorte, un double portrait entre Colette et vous, Cléo, qui êtes une femme d'aujourd'hui... Cléo Sénia : Exactement ! Je questionne les différents choix de vie de Colette et je les recontextualise aujourd'hui. Lena Bréban, qui a mis en scène le spectacle, a vraiment voulu ce double portrait. Elle m'a dit : « on comprend bien Colette à travers toi. On comprend ce qui te plaît chez elle aujourd'hui, ce qui t'anime. » Donc elle m'a fait franchir ce pas que je n'aurais pas osé franchir seule. Je suis partie des romans de Colette pour la trame de mon spectacle, en faisant des va-et-vient entre Colette, Claudine, que tout le monde connaît, et Cléo. Je développe le féminisme, puis l'homosexualité, ensuite ette histoire d'amour entre Colette et Bertrand. Ca plaît beaucoup aussi aux gens, ce double portrait, parce qu'ils comprennent tout de suite là où je veux en venir et pourquoi elle est importante pour moi aujourd'hui. Et, par conséquent, elle devient importante pour eux, aujourd'hui, là où ils ont envie de la découvrir. A la fin, j'aime toujours aller à la rencontre du public. Au-delà d'être une écrivaine reconnue, elle était une femme éprise de liberté... Cléo sénia : Oui, elle a eu trois maris, elle a eu des aventures homosexuelles au tout début du siècle. Elle a été journaliste, a ouvert un salon de beauté, elle a fait du music-hall. Il ne faut pas oublier que c'est l'une des premières femmes à montrer son sein nu sur scène, pour revendiquer sa liberté. Elle avait plusieurs facettes et la liberté l'a toujours guidée pendant toute sa vie : la liberté d'aimer des femmes, des hommes, même son beau-fils, de 30 ans de moins qu'elle. C' est une femme qui ne s'est rien interdit. Pour préparer un tel spectacle, il vous a fallu beaucoup vous documenter sur Colette, pour bien la connaître... Cléo Sénia : Sans me vanter, j'ai vraiment tout lu ! Enfin, il y a des choses que je n'ai pas aimées du tout ou qui m'ont vraiment profondément ennuyée. Mais il y a des choses qui m'ont complètement animée. J'ai adoré La vagabonde parce que c'est la période après Willy où elle se questionne sur ce qu'elle va devenir, ce qu'elle va faire. Elle a eu besoine de connaître d'autres choses, son corps, la scène. J'ai aussi écouté une interview d'elle réalisée par le journaliste André Parinaud. J'ai beaucoup aimé trouver aussi les articles de journaux qu'elle a pu écrire, mais aussi des cartes postales. J'ai utilisé plein de supports que je trouvais sur elle. Même, à un moment, elle a créé un salon de beauté : j'ai trouvé les produits qu'elle vendait, ses poudriers ! On a fêté l'année dernière le soixante-dixième anniversaire de la mort de Colette. Y avez-vous participé ? Cléo Sénia : A la rentrée, il y aura une grande exposition à la BNF. Différents historiens vont parler de Colette. Je vais la représenter sur scène. Et puis, le spectacle a été filmé. Il sera diffusé sur Culture Box le 19 mars. Y-at-il d'autres femmes qui vous inspirent ? Cléo sénia : J'ai toujours été complètement amoureuse de Sarah Bernhardt. Mais j'avoue qu'il y a eu beaucoup de spectacles qui sont sortis sur elle à ces derniers temps.En ce moment, Je prépare quelque chose sur une autre femme qui a vraiment marqué l'histoire, dans le domaine médical, mais c'est encore embryonnaire. Je me consacre encore à Colette !
- A bicyclette ! au cinéma : interview de Mathias Mlekuz et Philippe Rebbot
A bicyclette !, le coup de cœur de la dernière édition du festival Cinéroman, sort mercredi au cinéma . Bien plus qu'un film, c'est l'histoire vraie du réalisateur Mathias Mlekuz, et de son ami, l'acteur Philippe Rebbot, qui ont entrepris un voyage en vélo depuis la France jusqu'à la Turquie, sur les traces de Youri, le fils de Mathias Mlekuz, disparu quelques mois auparavant. Munis de son carnet de voyages et de photos, les deux hommes vont parcourir plusieurs régions, plusieurs pays, pour rendre hommage à Youri et continuer, en quelque sorte, à le faire vivre. Lors de leur périple, rempli de péripéties, Philippe et Mathias pleurent, se disputent même et discutent surtout longuement de la vie, de la mort et de l'amitié. A bicyclette ! est bien plus qu'un film, c'est une aventure humaine qui touche en plein cœur. A l'occasion du festival Cinéroman, nous avions rencontré Mathias Mlekuz et Philippe Rebbot à l'hôtel Negresco. Comme dans le film, ces deux copains nous avaient émus, attendris, amusés. Quand vous vous êtes lancés dans ce voyage jusqu'en Turquie, pensiez-vous au film que vous alliez faire ? Mathias Mlekuz : Ce film, on l'a vraiment fait pour nous. On n'a pas pensé qu'on allait faire un film pour le public. Au début, même, on ne voulait pas faire de film. J'avais proposé à Philippe de faire la route de mon fils. Puis, on a eu la chance d'avoir un peu de financement. Donc, on est allés sur la route, comme ça, pour essayer de retrouver mon fils, sans vraiment de finalité, sans avoir un film en tête. Philippe Rebbot : Dans mon cas, j'y suis allé en me disant que j'allais consoler mon copain pendant un mois. L'objectif, c'était que Mathias, pendant un mois, pense un peu à autre chose, ou soit un peu consolé d'être là. C'était ça la motivation première. On aurait pu faire plein de trucs pour le consoler. Mais ça, c'était consolatoire. En tout cas, c'est ce qu'on pensait, et ce n'est rien à côté de ce qui nous arrive maintenant. Mathias Mlekuz : Le public amène une véritable communion, un partage d'émotions qui est extrêmement consolatoire. En fait, empêtré que j'étais dans mon drame, je n'ai pas pensé que la mort était universelle et que les gens pouvaient se retrouver dans le film. Vous auriez pu faire un film extrêmement triste mais il est souvent joyeux... Mathias Mlekuz : Tout est improvisé. Je le dis souvent dans le film : Je ne savais pas si j'étais heureux ou malheureux d'être là. C'est un peu ce qui nous a guidés tout au long du chemin. On ne voulait pas partir tête baissée en ne pensant qu'à la mort. C'était aussi, d'une certaine façon, chercher la vie que de faire ce voyage. Et puis, Philippe est très drôle. Philippe Rebbot : Après, pareil, je pourrais dire ça de Mathias. Il aurait pu être un copain effondré. J'aurais pu passer mon temps à côté de lui pendant des mois et des mois et le regarder pleurer mais ce n'est pas ça qu'il a proposé. Il a dit : « j'ai envie de vivre ». Donc je lui ai dit : « je vais t'accompagner. Viens, on va vivre autrement, autre chose ». C'est lui qui a été courageux. Je ne sais pas si c'est le mot. C'est une sacrée personnalité. Il ne s'effondre pas, ou en tout cas, il refuse de s'effondrer. Jesurveille tout le temps mon copain pour qu'il ne s'effondre pas. Dans le film, vous vous disputez aussi. L'amitié, c'est aussi ça... Mathias Mlekuz : L'amitié, ça peut être fragile. Avec un ami, tu peux t'engueuler. Et puis on se remet vite. C'était quand même pas très grave comme engueulade. Celle qu'on voit dans le film, c'était une engueulade de fatigue et d'alcool. Il me connaît. Il a fallu ça pour qu'on arrive à se dire je t'aime. Je pense à la chanson de Louis Chédid, « On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime ». S'il y a un message dans ce film, c'est celui-là. Dire à ses proches qu'on les aime. C'était une jolie idée d'avoir préparé un numéro de clown... Mathias Mlekuz : Elle vient de mon fils. Il était clown. J'ai senti le besoin de me rapprocher de lui. La première chose que j'ai fait, c'est de m'inscrire à un stage de clown. Et à travers le clown, j'étais avec lui. J'ai adoré ça. Philippe Rebbot : On s'est dit « Faisons du clown dans le film. Allons jouer dans la rue. » On n'en menait pas large. Les gens et surtout les enfants riaient mais on est des clowns de merde. Je dis la vérité ! . Quel a été le dispositif sur le tournage ? Mathias Mlekuz : On avait trois techniciens. Deux à l'image et un au son. On avait trois caméras. C'était léger comme dispositif. Pour les scènes en vélo, il y a eu des moments où ils nous suivaient. Ils avaient appareillé deux caméras sur un vélo qui nous précédait. Et il y en avait un qui était sur un autre vélo de dos avec l'ingénieur du son qui pédalait.Ensuite, on avait deux personnes qui assuraient la logistique. C'était eux qui disaient un peu où on allait dormir et tout ça. Mais heureusement qu'ils étaient là parce que sinon nous, on serait décédés à l'heure qu'il est ! En plus, on n'avait pas de plan de travail. Il n'y a aucun décor qui a été choisi avant. On suivait le parcours de mon fils et, en grande partie, on l'a respecté. Dans votre voyage, votre chien a été un fidèle compagnon... Mathias Mlekuz : Il est formidable mon chien. Il est habitué à faire du vélo dans Paris. C'est une vedette. Dès qu'on le met derrière le vélo, il est photographié partout. Philippe Rebbot : Je suis un peu le tonton du chien de Mathias. C'est vrai qu'on lui a fait faire de ces trucs ! Il a vécu avec nous le matin, le soir, la nuit. Il dormait avec nous. On lui a fait faire tout et n'importe quoi ! Bande annonce du film "A bicyclette !" Qu'est-ce que vous garderez en vous de cette belle aventure ? Mathais Mlekuz : Ce qu'on trouve là, aujourd'hui, c'est le réconfort à travers les réactions du public à la fin, cette communion à travers les émotions. Parce que c'est vrai que les gens passent du rire aux larmes. J'ai l'impression qu'ils sortent de là comme s'ils avaient été dans une machine à laver. On ne savait pas très bien pourquoi on faisait le film au début. Pour moi, A bicyclette ! n'est pas un film. C'est vraiment arrivé. On en a fait un film mais c'est au-dessus du cinéma. Philippe Rebbot : Je n'ai jamais considéré que je faisais un film. C'est une espèce de parenthèse dans ma vie. C'est une capsule. J'ai accompagné un copain. Je savais que je le faisais pour être avec Mathias. L'occuper, presque, d'une certaine manière. En tout cas, de mon point de vue, je ne sais pas si c'est un film. En gros, je m'en fous. Mais ça a été un tournage très émouvant aussi parce que ça a amené ces jeunes gars qui nous ont accompagnés à un endroit de réflexion de la vie. Et puis, on vient de comprendre depuis le festival d'Angoulême que le vrai truc, c'est les gens qui viennent parler à Mathias et qui le prennent dans les bras. C'est une expression qui n'est pas de moi, mais on ne va pas laisser l'air se refermer sur l'absence de Youri. Il est là. A bicyclette ! De Mathias Mlekuz avec Mathias Mlekuz et Philippe Rebbot au cinéma le 26 février .
- Anton Lachky Company présente "Absurde" au Forum Jacques Prévert de Carros : interview
Eléonore Valère-Lachky est co-directrice artistique de la compagnie Anton Lachky. C'est elle qui a écrit le texte de la pièce chorégraphique « Les autres », qui avait connu un beau succès au Forum Jacques Prévert la saison dernière. Alors qu'elle est en pleine préparation de « Descendre », qu'elle vient de mettre en scène et dont la première aura lieu dans quelques jours en Belgique, elle nous a parlé de « Absurde », la nouvelle création d'Anton Lachky, que le public du Forum Jacques Prévert de Carros découvrira jeudi 27 février. Une pièce chorégraphique pleine d'énergie, aux frontières du hip hop et de la danse contemporaine. Après le succès de « Les autres », la compagnie Anton Lachky est de retour au Forum Jacques Prévert avec « Absurde », sa nouvelle création. Pourquoi un tel titre ? Eléonore Valère : C'est parce qu'Anton a utilisé un petit peu la démarche des artistes surréalistes. Forcément, quand on laisse la pensée aller d'elle-même, il y a toute une arborescence qui se produit. Anton fonctionne un peu aussi de cette façon-là. Comme le faisaient les Surréalistes, devant une page blanche, il laisse son esprit exploser dans toutes les directions. C'est donc plutôt la façon dont le spectacle a été conçu, qui explique le titre. Cette démarche artistique a fait naître une chorégraphie très énergique, très intense... Eléonore Valère : Anton est un chorégraphe qui adore tout ce qui est extraordinairement explosif ! Pour les danseurs, travailler avec lui, c'est un petit peu être plongé dans une sorte de maëlstrom d'énergie, qu'il façonne et qu'il écrit ensuite avec un geste chorégraphique très, très précis. La base, c'est vraiment une énergie assez extraordinaire de laquelle découle l'écriture. Son travail ne laisse pas la place à l'improvisation. En fait, c'est un système qui permet de complexifier l'écriture chorégraphique à l'extrême. C'est-à-dire qu'au début, concrètement, le danseur propose une phrase de danse avec un certain niveau de complexité. Et ensuite, Anton lui demande, à l'intérieur de cette phrase-là, de rajouter des couches de mouvement. Par exemple, si tout le corps bouge, c'est-à-dire si les jambes sont impliquées ou la tête est impliquée, le danseur va continuer à faire cette chose-là, mais en plus, en ajoutant le bras puis le coude gauche... On arrive alors à un niveau de coordination assez extraordinaire. C'est très difficile pour le danseur d'arriver à réaliser ça. Il y a ce mélange de puissance et d'énergie, qui est quand même toujours maîtrisé. La puissance est toujours canalisée, redirigée à l'intérieur d'un dessin qui est extraordinairement précis. Il a aussi voulu qu'il y ait tout un travail sur la lumière. Il a fabriqué une lumière à la fois très subtile, mais aussi très riche. Il y a donc beaucoup de changements. Ce travail sur la lumière est très abouti. Il suit le même mouvement dans lequel sa chorégraphie s'inscrit. « Absurde » se situe aux frontières du hip hop et de la danse contemporaine... Eléonore Valère : Anton a sa propre façon d'écrire le mouvement. Mais il part aussi toujours de ce que propose le danseur. Il utilise vraiment la stylistique de base du danseur puis il le fait rentrer dans son système à lui. Et pour « Absurde », il s'est entouré de danseurs venant du hip hop mais aussi du classique. C'est donc très riche en termes de propositions stylistiques. Mais ce qui est sûr, c'est que l'esprit du hip-hop est très présent. On le perçoit bien dans le résultat final. Le spectacle a beaucoup de succès auprès des adolescents, notamment. Je pense que ça s'explique aussi parce que culturellement, ils sont très proches de ce langage-là. C'est un style qu'ils connaissent par les vidéos, par TikTok, etc. Et en même temps, c'est complètement retravaillé. Dans le hip hop, il y a quelque chose de l'ordre de la performance. C'est très généreux. Tout cela est vraiment très proche de la démarche d'Anton. Cette notion de groupe et de générosité a toujours animé la démarche artistique d'Anton... Eléonore Valère : Je pense que ce qui a fait l'artiste qu'il est aujourd'hui a beaucoup à voir avec la façon dont il a commencé la danse, dès l'âge de quatre ans. Il a commencé avec la danse folk en Slovaquie. Et la danse folk, c'est quelque chose qui se fait toujours en groupe. C'était une façon d'alléger le quotidien du travail dans les champs. Les gens se regroupaient pour créer de la joie là où il n'y en avait pas forcément. La danse, pour lui, c'est quelque chose de collectif. Et cette joie, il la recrée toujours en studio avec ses danseurs. Elle est très communicative sur scène. La danse contemporaine peut être parfois difficile d'accès. Mais Anton, lui, veut vraiment que sa danse soit accessible à tous. Il la fait pour les enfants, pour les adultes, pour les personnes âgées. Cela vient de la façon dont il a commencé la danse, tout simplement. La danse, c'est quelque chose qu'on partage et qu'on offre. Quand il est arrivé en Belgique au début des années 2000, il a dansé un ou deux ans avec Akram Khan. Mais très vite, il a quitté la compagnie et il a créé un collectif qui s'appelait Les Slovaks, avec tous ses copains, avec qui il était arrivé au début des années 2000 en Belgique. Ils ont recréé cette espèce de contexte dans lequel la danse était à nouveau quelque chose de collectif. Ils ont fait trois créations au sein de ce collectif. Et puis après, la vie a fait que chacun est parti un peu dans des directions différentes. Et c'est là qu'il a fondé sa compagnie. Après « Absurde », est-il en train de travailler sur un autre projet ? Eléonore Valère : Il est en pleine création. La première aura lieu en novembre 2025. On sera au Festival de danse de Cannes. Pour l'instant, il est en phase d'écriture. C'est moi qui vais me charger du texte. Cette nouvelle création abordera les notions de démocratie et d'écologie. Donc là je vais rentrer dans la phase d'écriture. J'avoue que je suis très touchée par ce qui est en jeu actuellement au niveau mondial. La façon dont les démocraties sont menacées. Et je pense que le spectacle aura vraiment beaucoup à voir avec ça. J'ai le sentiment qu'on est à la fois démunis par rapport à tout ce qui se passe et qu'on peut, en tant qu'artistes, peut-être faire encore quelque chose. On peut se raccorder à une énergie de résistance par rapport à tout ce qui se passe. On en a besoin sans quoi le pire pourrait arriver. On est forcément extraordinairement touchés par tout ce qui nous entoure. Essayons d'occuper l'espace qui nous est donné, où on peut encore dire et partager des valeurs. Parce que je pense qu'il est vraiment question de valeurs. On a encore la possibilité de se lever. Il s'agit de le faire de toutes nos forces possibles : les forces politiques, les forces culturelles, les forces citoyennes. Vous-même, vous êtes en plein travail. La première de votre nouvelle création approche à grands pas... Eléonore Valère : Ce sera dans deux semaines ! C'est aussi un spectacle dans lequel il y a du texte et de la danse. C'est un solo, une comédie musicale sur le thème du sentiment océanique. J'ai eu envie de parler de la douceur. J'ai fait beaucoup de stages en pratiques somatiques, et notamment une thérapie qui étudie le mouvement du liquide céphalo-rachidien dans le corps. Il a une phase d'expansion et une phase de rétraction. Cette dernière influe sur l'ajustement des os entre eux. Ca fait comme une sorte de respiration. On appelle ça la respiration primaire. Le corps s'ouvre un petit peu dans toutes ses dimensions. Et se referme. Et se rétracte. C'est un mouvement qui est très très doux, induit par ce liquide céphalo-rachidien. Jai trouvé ça d'une poésie folle, parce que c'est comme une sorte de marée à l'intérieur de soi. C' est une sorte de rémanence de notre origine. Tout ce qui est créé, tout ce qui est vivant sur Terre, vient de l'océan. J'ai voulu parler de ce mouvement de la mer, à travers le prisme d'une relation amoureuse entre un garçon et une fille. Ce mouvement de la mer est double. On peut le retrouver dans la passion amoureuse. On a toujours cette tentation de se perdre dans l'autre, ce qui forcément comporte des risques. Tout le spectacle retrace le chemin d'une femme face à son désir, face à cette tentation. Jusqu'où va-t-elle aller ? A quel moment décide-t-elle de faire le chemin inverse ? En naissant, on est aussi arraché à cet état de fusion qu'il y a avec la mer. Et comment est-ce que nous, individus, on fait face à ça ? C'est un peu toutes ces thématiques qui traversent le spectacle.
- Programmation du festival les Nuits Carrées d'Antibes
Il y a quelques jours, c'est à la sChOOL que Sébastien Hamard et toute l'équipe des Nuits Carrées d'Antibes ont dévoilé la programmation de la 19e édition qui aura lieu les 12,13 et 14 juin sur l'esplanade du Pré des Pêcheurs. Trois soirées éclectiques, mêlant les genres musicaux : voilà ce qui fait la force de ce festival de musique azuréen. Parmi les têtes d'affiche de cette édition 2025 : Ben Mazué, Soolking, Bakermat. Demandez le programme ! Jeudi 12 juin Originaire de la Côte d'Azur, Ben Mazué sera de retour au Festival Nuits Carrées pour la soirée d'ouverture. Il était venu au Fort Carré en 2008 ! Pour cette 19e édition, il présentera au public les titres de son nouvel album, « Famille », qui sortira à la fin du mois de février. Une date très attendue qui ne tardera pas à afficher complet ! Benoît Queroix, alias L'oiseau noir , est un auteur- compositeur-interprète à la plume acérée et à la voix envoûtante. Il transportera le public dans les méandres de son âme et dans son univers musical, à la fois intime et universel. En première partie, on découvrira Pantin2Paille , un duo mixant musique électronique, beat Hip-Hop, et textes en français. Marqué par le rap, les musiques du monde et la musique électronique, le projet véhicule des textes forts et simples où chacun peut se retrouver. Vendredi 13 juin Abderraouf Derradji alias SOOLKING est l’une des plus grandes pop stars francophones au monde : plus de 13 milliards de streams, 20 millions de fans sur les réseaux, des tournées à l’international, 3 milliards de vues sur ses clips... La fusion intercontinentale polyglotte des styles caractérise sa musique extrêmement populaire. Il sera la tête d'affiche de cette deuxième soirée ! Ce n'est pas la première fois que Bakermat , cet artiste venu d'Amsterdam, se produit dans la région. En combinant des genres qui normalement ne seraient jamais mélangés, il parvient toujours à surprendre le public et à le mettre de bonne humeur. Véritable figure montante de la scène urbaine, Jungeli sera à l'affiche de la deuxième soirée de cette édition 2025. . Avec son morceau “Petit génie” en collaboration avec Imen ES, Abou Debeing et Alonzo, il a su conquérir le cœur du public. Le titre est d’ailleurs resté n°1 durant 18 semaines,il est également le single de diamant le plus rapide de l’année 2023 et le titre le plus ecouté en 2024 sur Spotify. Samedi 14 juin Vacra est un artiste énigmatique. Sa voix si particulière, aux croisements des genres lui a permis de s’imposer sur la scène musicale française. En 2022, il a connu un succèsretentissant avec “Tiki Taka” (plus de 70 millions de streams) Il poursuit son chemin avec son premier projet long : “Pygmalion”. Ce sera sûrement l'une des très belles surprises de cette 19e édition. Natif de Marrakech et installé à Marseille depuis 2016, Zamdane défend depuis deux ans un premier album acclamé, "Couleur de ma peine", dans lequel il pose ce qu’il a sur le cœur sans ne jamais rien retenir. C'est cette honnêteté qui lui a permis de tisser un lien si fort avec son public, en atteste les 90 millions de streams accumulés par l'artiste en 2023 plus d'un an après la sortie du projet. Teasé depuis un an, son nouvel album “SOLSAD” se révèle être le projet de la consécration. C'est Theodora qui clôturera cette édition. Sur scène, elle présentera son nouveau projet Bad Boy Lovestory , porté par le morceau viral KONGOLESE SOUS BBL . Pour cette dernière soirée, son audace et son énergie communicatives feront sans aucun doute réagir le public ! Outre tous les artistes cités, le DJ et producteur Fausto sera présent les 3 soirs du festival pour les openings et Warm-ups ! Tarifs (hors frais de loc.): Pass 1 soir: jeu. 12/06 normal: 42€, ven. 13/06 & sam. 14/06 early 36,75€, Pass 3 soirs: 73,50€.Billetterie: nuitscarrees.com
- Pêche aubergine d'Anaïs Ziakovic
Quand on lit un premier roman, on est forcément curieux et on ressent toujours une certaine appréhension. Avec Pêche aubergine (éditions Fayard), le premier roman d'Anaïs Ziakovic , le ton est très vite donné. On comprend, dès les premières pages, qu'on n'arrivera pas à lâcher le livre tant qu'on ne l'aura pas terminé. L'héroïne, une jeune trentenaire entourée d'amis, se prénomme Sophia mais elle aurait dû s'appeler Elizabeth, parce qu'elle est née avec des yeux violets, comme Elizabeth Taylor. Tout est de la faute de son père : au moment de déclarer la naissance à la mairie, il confond la célèbre actrice américaine avec Sophie Loren. Comme plein d'autres jeunes femmes de trente ans, Sophia ment à ses parents quand ils lui posent des questions sur sa vie de couple. Ben, avec qui elle vivait depuis plusieurs années, vient de la quitter, parce que, contrairement à elle, il ne conçoit pas sa vie sans enfants. Face à sa mère atteinte d'un cancer et à son père, soucieux du bonheur des deux femmes de sa vie, elle fait quelques entorses à la vérité et préfère dire qu'elle a quitté Ben pour un autre homme. Excellente nouvelle ! Ses parents seraient ravis d'inviter son nouveau compagnon à Noël. Voilà un défi auquel Sophia ne s'attendait pas : elle a donc deux mois pour trouver un homme à présenter à ses parents. Elle s'inscrit très vite sur des applications de rencontres. Tant qu'elle est à Paris, elle a l'embarras du choix. En revanche, confinement oblige, dès qu'elle rejoint son Jura natal pour faire du télé-travail chez ses parents, la situation se complique. Avec délectation, on suit Sophia dans son parcours semé d'embûches pour trouver un petit ami pour Noël. Ses rencontres tournent au fiasco mais sont irrésistibles de drôlerie. Pêche aubergine tient toutes ses promesses et réserve de belles surprises du début à la fin. Il fait le portrait d'une jeune femme bien de son temps, fidèle à ses amis, qui suit son chemin et tente de rester elle-même, malgré les injonctions sociétales et parentales.
- L'Hiraeth, une esthétique de l'effacement : interview de Loïc Guénin
Dans le cadre du Festival Trajectoires, le théâtre de Grasse (le 6 février) et le Forum Jacques Prévert de Carros (le 8 février) accueilleront L'Hiraeth, une esthétique de l'effacement . Entourés de trois musiciennes, Arthur H , Loïc Guénin et Eric Brochard invitent les spectateurs à un voyage musical qui les conduiront dans des paysages imaginaires et magiques. La première de L'Hiraeth aura lieu dans quelques jours au ZEF, la scène nationale de Marseille. Nous avons demandé à Loïc Guénin , qui a composé la musique de nous présenter ce spectacle original, qui s'annonce comme l'un des temps forts du Festival Trajectoires. Le titre L'Hiraeth interpelle. Ce mot existe-t-il ou est-ce un néologisme ? Loïc Guénin : C'est un mot qui existe, mais qui n'a pas de traduction directe en français. C'est plutôt un concept philosophique. Ce mot vient du gallois. Il traduit ce sentiment qu'on peut avoir pour un lieu, une personne, un moment, ou même un objet qu'on a connu, mais dont on sait qu'on ne pourra plus le retrouver soit parce qu'il a disparu, soit parce qu'il a changé, évolué. On est dans une période où les paysages changent très vite, avec la transition écologique, le réchauffement climatique. En ce moment, on est forcément toutes et tous confrontés à des paysages qu'on a connus et qui ne sont plus les mêmes qu'il y a quatre ou cinq ans par exemple. Du coup, il faut qu'on s'habitue à ce sentiment un peu particulier, qu'on découvre très régulièrement et qu'on connaîtra de plus en plus. Vous avez composé la musique du spectacle. C'est Arthur H qui a écrit le texte... Loïc Guénin : J'ai commandé le texte à Arthur H. Il a écrit sur ce concept de l'Hiraeth en s'inspirant de l'histoire d'un mousse qui s'appelait Narcisse Pelletier, et qui avait vécu, selon lui, plusieurs fois l'Hiraeth. Il avait été embarqué sur un bateau très jeune et avait été élevé dans une autre culture. Puis, il avait été ramené dans sa culture d'origine. Cette histoire a été pour Arthur H une inspiration pour aborder ce thème. L'Hiraeth est un spectacle musical. A quoi peut s'attendre le public en allant le voir ? Loïc Guénin : C'est une spectacle qui croise des univers esthétiques très différents. Sur scène, il y a un trio à cordes féminin (alto, violoncelle et violon) qui vient plutôt des musiques classiques et baroques. Arthur H, lui, vient plutôt des musiques pop-rock et de la chanson. Quant à moi, je compose de la musique contemporaine. Donc sur scène, ces trois univers s'interpénètrent. J'ai écrit vraiment en essayant de les utiliser toutes et tous pour leurs talents et leurs compétences. Du coup, ça donne un objet artistique assez singulier. Même si on est dans des musiques de création, on est quand même très proches de la chanson. L'histoire se déroule à travers des petits moments singuliers de musique et de texte. Il y a dix tableaux. La scénographie est très singulière. Je travaille avec les photographies de Julien Lombardi. Il a réalisé plusieurs clichés de séries de paysages qui m'ont particulièrement touché et qui, pour moi, faisaient écho à ce sujet. On a tiré en grand format ces images et elles arrivent peu à peu dans l'histoire. Au départ, il n'y a rien sur le plateau, puis peu à peu, elles viennent l'habiller et créer comme une sorte de paysage. Ces images agissent presque comme des écrans. Elles sont très grandes et elles sont éclairées, ce qui fait qu'elles permettent de créer des imaginaires assez singuliers. Avec ce spectacle, vous embarquez donc le public dans un voyage poétique, imaginaire mais aussi initiatique ... Loïc Guénin : Exactement ! On est dans quelque chose où chacun et chacune va un peu se faire son histoire au-delà de ce qui est raconté par Arthur. Ca passe par l'incarnation des personnages, par la musique qui a une grande place.C'est avant tout un spectacle musical. Les images, la scénographie et la lumière vont emporter un peu les spectateurs dans une aventure. C'est un peu du cinéma pour les oreilles ! Est-ce qu'il y a des spectacles, des films, des univers qui vous ont inspiré pour ce spectacle ? Loïc Guénin : On peut dire qu'effectivement, il y a des choses qui viennent et qui sont là dans mon background. Un peu comme tous les artistes. En tout cas, pour l'univers visuel, je parlerais de David Lynch. Je pense qu'on est vraiment dans cet endroit-là où le réel et l'imaginaire se mêlent. Et ça, ça me plaît beaucoup. Pour la musique, on peut peut-être parler de Kaija Saariaho, par exemple, ou de Kim Gordon, qui sont plutôt des univers d'une musique qui n'a pas vraiment de frontières et qui est complètement hybride. Pour ce spectacle, vous avez fait appel à Arthur H. Vous le connaissez depuis longtemps ? Loïc Guénin : On travaille ensemble depuis un petit moment. Il se trouve qu'il est venu enregistrer son dernier album chez nous (la compagnie Le Phare à Lucioles), à Sault, près du Mont Ventoux. C'était il y a deux ans. Il est venu passer trois semaines pour écrire, travailler. De là est partie l'idée et l'envie de faire de travailler ensemble. C'est une chouette aventure. Avec ce spectacle, Arthur prend un peu des risques, en allant à un endroit où on n'a pas l'habitude de le voir. L'Hiraeth, une esthétique de l'effacement , Loïc Guénin, Arthur H, Cie Le Phare à lucioles, au Théâtre de Grasse le 6 février et au Forum Jacques Prévert de Carros le 8 février.
- "Brûle le sang" au cinéma : interview de Nicolas Duvauchelle et Florent Hill
Dans Brûle le sang , le premier, long-métrage de Akaki Popkhadze, Florent Hill et Nicolas Duvauchelle sont deux frères au tempérament et au parcours bien différents. Le premier vit à Nice avec ses parents et se destine à devenir prêtre orthodoxe. Quant à l'autre, l'aîné, il est de retour après plusieurs années d'absence, bien décidé à venger son père que l'on vient d'assassiner. Nous avons rencontré les deux comédiens lors de l'avant-première niçoise du film. Très complices, ils nous ont parlé de leurs personnages et de leurs relations sur le tournage. Si Nicolas Duvauchelle commence à bien connaître Nice après plusieurs tournages dans la région, Florent Hill, lui, a grandi dans la capitale azuréenne. C'est d'ailleurs dans un cours de judo qu'il a rencontré Akaki Popkhadze. Devenus amis, ce dernier l'a fait jouer dans l'un de ses courts-métrages puis lui a proposé de co-écrire Brûle le sang et d'interpréter le rôle de Tristan, le fils cadet de la famille. Une belle aventure dont ils nous ont parlé au Pathé Gare du Sud, quelques jours avant la sortie du film. Florent, depuis quand connaissez-vous Akaki Popkhadze ? Florent Hill : On s'est rencontrés au club Nice Judo Alliance. On avait treize ans. On était ensemble aussi au lycée. Après, on s'est un peu perdus de vue. Puis, un jour, il m'a contacté pour jouer dans son court-métrage de fin d'études en 2016. Après, on ne s'est plus lâchés ! Vous êtes co-auteur du film. Comment s'est déroulé le travail d'écriture ? Florent Hill : Au début, on s'est calqués sur l'histoire personnelle d'Akaki puis, peu à peu, il m'a laissé ma place de co-auteur. Pour la scène où on me rase la tête, je me suis inspiré de ma propre histoire : mon père nous rasait la tête à mes frères et à moi quand on était petits. On avait des têtes de prisonniers ! Dans la mesure où vous étiez co-scénariste du film, vous n'avez pas hésité à tenir aussi l'un des rôles principaux ? Florent Hill : J'avoue que c'était dans un coin de ma tête ! En le co-écrivant, je voyais le personnage et comment le film avançait. Ca devenait très excitant. A partir du moment où les producteurs ont dit que pour le rôle de Tristant il n'était pas nécessaire d'avoir un acteur connu, je n'avais qu'une envie : c'était de le faire ! Il y a eu un casting. Je devais faire l'effort d'établir des compartiments dans ma tête, en oubliant que j'étais co-auteur pour me mettre au service d'Akaki. Quand on m'a dit que je serais Tristan, j'ai senti la pression monter. C'était à ce moment-là que tout allait vraiment commencer ! Akaki a été très exigeant avec moi pour préparer le personnage. Il m'a demandé de me muscler et de prendre du poids. Il fallait que le personnage ait une sorte d'armure corporelle. J'ai pris 25 kilos pour le film ! J'ai réussi à les perdre. Pour moi, le film a été une aventure qui a duré un an et demie ! Nicolas, ce n'est pas la première fois que vous jouez dans un premier film. Pourquoi avez-vous fait confiance à Akaki Popkhadze pour son premier long-métrage ? Nicolas Duvauchelle : J'ai reçu le scénario avant de rencontrer Akaki et Florent. A la lecture, j'ai beaucoup aimé mon personnage. J'adore les personnages de films noirs ! Après, j'ai rencontré Akaki et Florent. J'aimais beaucoup leur énergie. Dans les premiers films, il y a toujours une authenticité et une vérité qu'on trouve rarement dans les films qui suivent. Akaki filme de façon peu habituelle, en étant très près des visages des comédiens. Cela n'était pas trop déstabilisant ? Nicolas Duvauchelle : La caméra était vraiment très proche, à quelques centimètres mais j'aimais bien parce qu'on avait l'impression qu'Akaki était vraiment avec nous. J'ai regardé plusieurs fois au combo ce que ça donnait et j'avoue que c'était assez bluffant. J'aimais bien parce que cette manière de filmer englobe tous les personnages présents dans une scène. Vous interprétez deux frères très différents. Comment avez-vous construit cette relation ? Nicolas Duvauchelle : Ca a été très simple. Quand j'ai rencontré Florent, ça a été immédiat. Il n'y avait pas d'ego entre nous. Ce qui était important, c'était le ressenti qu'on avait tous les deux pendant chaque scène. Quand on sent qu'il se passe quelque chose, c'est vraiment ce que j'aime au cinéma. Notre entente n'était pas feinte. Elle était naturelle ; on ne s'est pas forcés. Florent Hill : Nicolas Duvauchelle était un acteur que j'admirais. Il a été pour moi un grand frère de cinéma, à la première seconde où je l'ai rencontré sur le plateau. Il a été là en tant que partenaire mais aussi en tant qu'acteur qui a de l'expérience et qui encourage à prendre confiance en soi. Dans le film, il y a une scène où on s'affronte. Il m'a beaucoup aidé. Nicolas, votre personnage revient après plusieurs années d'absence. Il est tiraillé entre le bien et le mal... Nicolas Duvauchelle : Au moment où il est en quête de rédemption, il va entraîner son frère malgré lui vers le mal. On ne connaît pas son passé. Il a fait des conneries et on sait qu'il est parti pour ça. Quand il revient, il est un peu le fils prodigue. La religion a une place importante dans le film. Je suis croyant. Il y avait quelque chose de christique qui me plaisait dans le film. J'ai pu découvrir l'orthodoxie chétienne. Les églises sont magnifiques. Dans le film, lorsque la mère d'Akaki chantait avec les choeurs dans l'église : j'en avais des frissons. Quand j'y pense, j'en ai la chair de poule ! J'ai aussi beaucoup apprécié l'entraide qu'il y a dans leur communauté. C'est un peu ce que je retrouve quand je vais en province. Il y a un côté plus humain et plus sincère qu'à Paris. Vous connaissiez Nice avant de tourner « Brûle le sang »... Nicolas Duvauchelle : Oui, j'avais tourné pendant la Covid et il y avait le couvre-feu. On devait manger seul dans sa chambre d'hôtel le soir. C'était glauque ! Avec le film d'Akaki, j'ai pu enfin découvrir Nice. La mer, la lumière, c'était fabuleux ! C'était vraiment plaisant de tourner ici.











