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- Au café Maupassant au TNN : interview de Marie-Louise Bischofberger
Du 6 au 9 janvier, la salle des Franciscains du Théâtre National de Nice accueillera Au café Maupassant , le premier volet d'un feuilleton théâtral conçu par Marie-Louise Bischofberger. Un projet ambitieux et passionnant dont elle nous a parlé entre deux répétitions, quelques jours avant la première représentation. Au Café Maupassant, un feuilleton de huit épisodes Après la diffusion sur France Culture d'une série radiophonique enregistrée en public à La Scala de Paris en 2019, la metteuse en scène Marie-Louise Bischofberger a voulu poursuivre cette aventure en adaptant à la scène plusieurs nouvelles de Maupassant. « C'est un auteur tonifiant et ses nouvelles sont revigorantes ». Ce projet qu'elle a porté pendant sept ans, elle l'a construit en huit épisodes, à la manière des feuilletons qui connaissaient un vif succès au XIXe siècle. En effet, Maupassant, comme d'autres auteurs de cette époque, avait l'habitude de livrer ses textes aux journaux qui le publiaient, semaine après semaine, maintenant ainsi le suspense et la curiosité des lecteurs. « Pour l'un des épisodes, j'ai eu la chance d'avoir Muriel Mayette-Holtz (la directrice du TNN). Je voulais vraiment qu'elle participe à ce projet. J'ai commencé à lui en parler au tout début, il y a dix ans », nous a-t-elle confié. Depuis sa création, le feuilleton a parcouru la France et a voyagé à l'étranger, notamment en Roumanie où quatre épisodes ont été joués. Le premier épisode retravaillé pour la salle des Franciscains Du 6 au 9 janvier, le public du TNN pourra découvrir le premier épisode de ce feuilleton, dans une version retravaillée pour la salle des Franciscains. « Elle a un grand arrière-fond, qui donne comme une autre dimension à ces histoires, une dimension onirique », reconnaît Marie-Louise Bischofberger qui est à Nice depuis plusieurs jours avec ses comédiens pour répéter et s'approprier l'espace qu'offre cette superbe salle du Vieux Nice. Ces représentations auront pour elle une saveur d'autant plus particulière qu'elle sera sur le plateau, en tant que comédienne. « Après tant d'épisodes, je voulais une fois être avec les acteurs. C'est un tel projet de cœur et on est une telle équipe que je tenais vraiment à être avec eux sur scène une fois ! ». A Nice, Marie-Louise Bischofberger et six comédiennes et comédiens (Armelle Bérengier, Dominic Gould, Marc Lesage, Gin Minellei, Geert Van Herweijnen, Pierre Yvon) interprèteront des personnages de plusieurs nouvelles de Maupassant qui dialogueront et raconteront leurs histoires comme peuvent le faire habituellement les clients d'un bar. « A la base, l'inspiration était le Café de Flore à Paris avec la librairie de La Hune. C'est une librairie mythique de Saint-Germain-des-Prés. Comme c'est souvent le cas quand on est dans les cafés, on entend une histoire et on reste collé dessus. Récemment, j'ai lu un entretien de Peter Handke où il disait que quand on a fini un livre, on est comme vidé. C'est pourquoi il va dans les cafés, écoute les histoires. C'est à partir de là qu'il commence à raconter quelque chose. En racontant, on commence à inventer. », nous a confié Marie-Louise Bischofberger. Huit nouvelles dans le premier épisode La totalité des épisodes compte plus de 80 nouvelles. Pour « Au Café Maupassant » que le public pourra découvrir à Nice, il a fallu en sélectionner huit. Ce qui n'a pas été simple car il fallait arriver à créer une certaine cohésion, tout en restant fidèle aux textes et à la langue de Maupassant». Pour ce premier épisode, Marie-Louise Bischofberger s'est intéressée à deux thèmes souvent traités par Maupassant : la paternité et les enfants. C'est autour de la nouvelle « Aux champs » qu'elle a structuré ce premier épisode. Dans cette histoire, Maupassant s'attache à deux familles paysannes. L'une a vendu son enfant à un couple bourgeois venu de la ville tandis que l'autre a fermement refusé de vendre le sien. A la fin, devenu adulte, ce dernier, jaloux de l'autre garçon, reprochera à ses parents de ne pas l'avoir vendu. « Qui oserait dire ça ? C'est une nouvelle d'une incroyable cruauté mais aussi d'une grande modernité. Elle questionne sur certaines valeurs liées à l'attachement ». Dans cet épisode, les spectateurs découvriront et reconnaîtront également d'autres nouvelles de Maupassant, notamment « Au bord du lit », « En mer », « Imprudence », « Rêves », « Confessions d'une femme », ou encore « Le Signe » qui a inspiré Jean-Luc Godard pour son premier court métrage, Une femme coquette . Marie-Louise Bischofberger a également tenu à ajouter une partie de « La nuit », mais sans la fin qui, très sombre, s'apparente à un cauchemar. « Je ne voulais pas aller vers le cauchemar parce que ça m'amène déjà vers autre chose. Normalement, j'arrête un épisode là où le prochain va commencer. » D'autres projets après Maupassant Les représentations de Nice marqueront la fin d'un cycle pour Marie-Louise Bischofberger. En ce moment, elle a deux projets en tête, notamment un autour de Stevenson qui questionne sur les raisons pour lesquelles on fait du théâtre. Dans une célèbre phrase qu'elle nous a volontiers rappelée, Nabokov disait : « La littérature est née le jour où un jeune garçon a crié « au loup, au loup ! » alors qu'il n'y avait aucun loup derrière lui ». Cette phrase, Marie-Louise la garde en mémoire et elle est au cœur de son travail . « C'est important de ne pas être toujours dans le concret. Développer l'imaginaire, c'est ce qui m'intéresse le plus. On en a bien besoin aujourd'hui ». Nous ne pouvons que lui donner raison !
- Les films qui ont marqué 2025 : notre top 15
2025 vient de s'achever. Une année riche en surprises et en découvertes au cinéma. Voici notre top 15. 15 - La petite dernière de Hafsia Herzi 14 - Deux soeurs de Mike Leigh 13 - En première ligne de Petra Volpe 12 - Les enfants vont bien de Nathan Ambrosioni 11 - Bugonia de Yorgos Lanthimos 10 - Nino de Pauline Loquès 9 - La pampa de Antoine Chevrollier 8 - L'étranger de François Ozon 7 - The Brutalist de Brady Corbet 6 - Une enfance allemande - île d'Amrun, 1945 de Fatih Akin 5 - L'attachement de Carine Tardieu 4 - Valeur sentimentale de Joachim Trier 3 - La chambre d'à côté de Pedro Almodovar. Pour son premier film en anglais, le réalisateur espagnol a obtenu le Lion d'Or à la Mostra de Venise. Un film bouleversant porté par deux actrices magnifiques : Tilda Swinton et Julianne Moore. Bande annonce du film La chambre d'à côté 2 - Un simple accident de Jafar Panahi. Le réalisateur iranien a remporté la Palme d'Or avec ce film, construit comme un thriller, qui tout à la fois critique fortement le régime, aborde les thèmes du bien et du mal et questionne sur le pardon. Bande annonce du film Un simple accident 1 - Sirat de Oliver Laxe. Véritable expérience pour les spectateurs, le film, à la fois dérangeant et troublant, a créé la surprise au dernier Festival de Cannes où il a remporté le Prix du Jury. Un choc visuel qui marquera pendant longtemps les esprits. Bande annonce du film Sirat
- Une belle programmation pour le Stockfish en 2026
Le Stockfish, la plus petite des grandes salles niçoises, vient de dévoiler la programmation du premier semestre de 2026. L'année qui vient de s'écouler a attiré pas moins de 45 000 spectateurs pour plus de 150 événements. Depuis son ouverture en 2022, le Stockfish connaît un véritable succès. L'année 2026 s'annonce tout aussi prometteuse avec une programmation particulièrement riche et éclectique, fidèle à l'esprit de cette salle devenue au fil du temps l'une des préférées des Niçois et des Maralpins. Et ils auront de quoi se réjouir puisque le Stockfish accueillera, de janvier à juin, de grands noms de la musique (Arthur H, Catherine Ringern Oxmo Puccino...) et de l'humour (Amy London, Paul Taylor, Noëlle Perna..) et continuera à proposer des soirées thématiques ( les Pieds dans le plat, Pop philo, Le stockfish endimanché...) toujours très appréciées par le public. Une programmation musicale éclectique Depuis son ouverture, le Stockfish a toujours accordé une place de choix à toutes les musiques dans sa programmation, avec des têtes d'affiche mais aussi des artistes de la scène locale. Demandez le programme ! Rap français : Oxmo Puccino, dont l’album « L’Opéra Puccino » a marqué l’histoire du rap, croisera la route de Kemmler, voix émergente d’une génération plus brute et introspective. Deux univers complémentaires qui célèbrent la puissance des mots et la sincérité du propos. Show punk : par Terror , le groupe américain expert du genre. Reggae : John Teck et Mariaa Siga deux artistes locaux au talent reconnu. Rock 100% niçois : des guitares qui cognent, le cœur qui s’emballe et la scène qui s’embrase, c’est la marque de Corpus Delicti . Chanson et pop française : la voix rauque et magnétique d’ Arthur H accompagné de Pierre Le Bourgeois , et la grande Catherine Ringer offriront des concerts alliant profondeur des textes et force des émotions. Electro : Claptone, le producteur masqué et mystérieux, Tchami , le pionnier de la future house et Petit Biscuit feront résonner leurs univers contrastés, du minimal techno hypnotique à la house la plus envoûtante. Nouvelle vague de DJs français : Joris Delacroix, Perceval et Boris Way , porteurs d’une électro mélodique et solaire. Cette nouvelle programmation fera également la part belle au jazz à l'occasion de quatre jazz sessions très attendues. Rendez-vous dès le 13 janvier avec Baptiste Herbin en trio avec André Ceccarelli et Sylvain Romano pour un hommage à Django Reinhardt . Deux jours plus tard, le 15, la batteuse Anne Paceo fera découvrir son nouvel album Atlantis . Plus tard, en février, il y aura Ben L'Oncle Soul puis, en mars, Kenny Garrett . Groove à la française : DJ Abdel , pilier incontournable du hip-hop et du RnB français, enflammera le Stockfish avec un set fédérateur mêlant classiques « old school » et sons urbains actuels. Retour d’une pointure mondiale du djing sur vinyle : après le succès de son premier passage en juin dernier, Dj Koco revient avec ses sets fulgurants et sa technique chirurgicale. Concert Tribute exceptionnel à U2 par Surrender U2 , Ultimate Experience pour vivre l’énergie iconique du groupe. De l'humour toujours Comme les années précédentes, l'humour ne sera pas en reste avec de belles têtes d'affiche : Noëlle Perna, Paul Taylor, Laurent Febvay, Alex Di Mambro, Julien Vinh, Sofia Belabes, Tom Boudet, Amy London, et le Stockfish Comedy Club by Bobar conjugueront impertinence, autodérision et authenticité. Des rendez-vous thématiques pour tous les goûts Dolly Party : Déguisements, paillettes et tubes culte s’enchaînent dans une ambiance euphorique et inclusive. Bal des Licornes : une soirée festive, artistique et inclusive, sans codes imposés. Pop Philo : questionner le monde autrement, entre culture pop et pensée contemporaine. Nostalgie Génération 80’ : animations, goodies et tubes incontournables des 80’. Les Pieds dans le Plat : un voyage culinaire et culturel une fois par mois. Des moments conviviaux et immersifs autour d’un plat emblématique des cultures du monde. Stockfish Endimanché : 14 dimanches après-midi festifs dédiés aux seniors, un public fidèle et enthousiaste toujours au rendez-vous. Les Petits Poissons : les 9 - 14 ans découvrent l’univers musical du Stockfish lors de 7 ateliers musicaux différents le mercredi après-midi, ou lors de stages de trois jours pendant les vacances scolaires. La Boulisterie Club : un terrain de jeu où le lancer de boule est transformé en éclat de rire, en défi, en rencontre. Pour plus de renseignements sur la programmation du Stockfish : www.stockfish.nice.fr
- Brigitte, Mylène et Michèle, les petites chéries de la Côte d'Azur : la nouvelle exposition de l'espace culturel départemental Lympia
Jusqu'au 12 avril 2026, l’espace culturel départemental Lympia rend hommage à trois icônes du cinéma français à travers l’exposition Brigitte, Mylène et Michèle - Les petites chéries de la Côte d’Azur. Il suffit de citer ces trois prénoms pour que viennent à l'esprit des titres de films devenus cultes pour des générations de spectateurs : Et Dieu créa la femme, Le Mépris pour Brigitte Bardot, Fantômas, Les sorcières de Salem pour Mylène Demongeot et Angélique, Marquise des Anges pour Michèle Mercier. Brigitte Bardot, Mylène Demongeot et Michèle Mercier : des icônes du cinéma français Photographies, extraits de films, affiches et documents d’archives jalonnent le parcours de cette exposition, permettant au public de (re)découvrir les trajectoires de ces actrices et leur influence durable sur le cinéma et la culture populaire. Imaginée par Henry-Jean Servat, l’exposition propose également une lecture culturelle et sociétale de cette période charnière, interrogeant la place des femmes à l’écran et la construction des icônes. Des visites guidées, des ateliers et des activités pour petits et grands et pour toute la famille sont organisées pendant toute la durée de l'exposition. Le cinéma Jean-Paul Belmondo s'associe à cet événement en proposant des projections pour rendre hommage à ces trois îcones du cinéma. SPÉCIAL BRIGITTE BARDOT – SON ULTIME RÔLE AU CINÉMA, L’Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise de Nina Companeez (1973) Mercredi 17 décembre à 18h et UN RÔLE MYTHIQUE DANS L’HISTOIRE DU CINÉMA - Le Mépris de Jean-Luc Godard (1963) Dimanche 5 avril à 18h SPÉCIAL MICHÈLE MERCIER - Angélique, marquise des anges de Bernard Bordurie (1964) vendredi 3 avril à 20h SPÉCIAL MYLÈNE DEMONGEOT- Fantômas d’André Hunebelle (1964) Samedi 4 avril à 20h Réservations obligatoires par mail à l’adresse suivante : belmondo@departement06.fr L’espace culturel départemental Lympia est ouvert du mercredi au dimanche de 10h à 17h.Toutes les animations proposées sont gratuites. Les visites guidées sont à réserver sur le site internet. Pour plus de renseignements : www.espacelympia.departement06.fr
- Interview de Jina Djemba à l'affiche de la pièce Ring
Jeudi 18 décembre, le théâtre Princesse Grace de Monaco accueillera Ring . Grand succès à Paris et en tournée, la pièce de Leonore Confino explore les différentes facettes du couple, entre rires et larmes, de l'effervescence des débuts, à la naissance des enfants, jusqu'à la séparation. Sur scène, seulement deux comédiens pour interpréter des personnages qui s'appellent tous Camille. En 2013, c'était Audrey Dana et Sami Bouajila. Désormais, les personnages sont interprétés par Jina Djemba et Amaury de Crayencour et le texte a été quelque peu modifié. C'est à Jina Djemba que l'on doit cette initiative. C'est elle qui a eu la très bonne idée de (re)faire vivre sur scène ces différentes variations du couple (c'est désormais le sous-titre de la pièce). Jeudi, le public du Théâtre Princesse Grace pourra applaudir Amaury de Crayencour et Jina Djemba qui livrent tous deux une magnifique performance. Certains spectateurs reconnaîtront peut-être celle qui interprétait Madame de Tourvel dans la mise en scène des Liaisons dangereuses proposée par John Malkovich . La pièce avait été présentée à Monaco, il y a plus de dix ans. Depuis, Jina Djemba a poursuivi sa carrière au cinéma, à la télévision et a incarné Nina Simone sur scène au Théâtre de l'Oeuvre à Paris. Interview d'une comédienne passionnée et déterminée. Amaury de Crayencour et Jina Djemba Si la pièce Ring a été remise au goût du jour, vous y êtes un peu pour quelque chose... Jina Djemba : Effectivement ! J'ai appelé Léonore Confino pendant le premier confinement. On ne se connaissait pas personnellement mais on connaissait nos travaux respectifs. J'avais monté le spectacle sur Nina Simone juste avant et je cherchais un nouveau texte. En parcourant ma bibliothèque, je suis tombée sur le texte de Leonore Confino. J'avais le souvenir qu'il m'avait assez percutée quand je l'avais lu. Dans cette version, il n'était pas question d'enfant, de maternité et de paternité. Moi je venais d'avoir un fils et Leonore avait eu deux filles entretemps. Je l'ai appelée et je lui ai demandé, au culot, si elle avait tendance à retoucher ses textes. Elle m'a répondu que ça ne lui arrivait jamais. Au fil des conversations, j'ai été persuasive mais je n'ai pas eu besoin de faire grand-chose ! On a commencé à réécrire ensemble. On a notamment écrit une scène qui n'existait pas avant et à laquelle je tenais vraiment. Je voulais que le couple se retrouve face à un thérapeute qui serait le public, pour faire le point. Ça a été une écriture un peu croisée, avec des échanges. Leonore m'a fait confiance. C'est une belle histoire. Maintenant Leonore part du postulat que tous les dix ans, elle écrira une nouvelle version! Il n'y a pas que le texte qui a été modifié dans cette nouvelle version. Il y a aussi un vrai travail sur les gestes, les mouvements des corps. Ca aussi, c'était votre idée ? Jina Djemba : Exactement ! À la base, je devais mettre en scène le spectacle et mon mari devait faire la musique. Je m'entoure toujours de ma famille, au sens propre comme au sens figuré ! Finalement, Côme de Bellescize est arrivé au dernier moment et il a fait un magnifique travail ! Je tenais vraiment à ce qu'il y ait un travail sur le corps. Je l'avais dit à Léonore dès le début. J'ai appelé mon ami Madhi Baki qui est à la fois chorégraphe, danseur et acteur. Je lui ai demandé s'il pouvait nous faire travailler le corps. J'ai fait quinze ans de danse. Je trouve que le corps est un peu trop souvent laissé de côté dans nos façons d'aborder le métier. On est très intellos en France, parce qu'on aime le verbe, contrairement, par exemple, aux Anglo-Saxons qui arrivent à mêler plusieurs disciplines. Medhi a donc fait ce travail pour ce spectacle, pour moi. C'était indispensable, parce que je trouve que le texte de Léonore est très organique. Laisser le corps de côté, à mon avis, ça n'avait pas de sens. Vous avez été déterminée pour cette pièce. Quand vous avez un projet en tête, vous vous donnez tous les moyens d' y arriver... Jina Djemba : Je pense qu'il faut être proactif, quand on est artiste aujourd'hui. C'est important d'être co-créateur de sa vie, sinon on est tributaires du désir de l'autre et on est dans l'attente permanente. À quoi bon ? Je pense qu'on a tous des idées. Après, il faut savoir les mener. Je sais que ce n'est pas forcément évident pour tout le monde. Je n'aurais jamais imaginé pouvoir le faire. Ce projet théâtral, c'est un peu comme mon deuxième bébé ! Je continuerai parce que j'y ai trouvé du sens. Le couple est un thème universel. En voyant la pièce, les spectateurs s'identifient forcément aux situations que vous jouez avec Amaury... Jina Djemba : J'adore le regard que Léonore pose sur ce monde. Il y a eu beaucoup d'agencements par rapport à l'actualité, à la façon dont le monde évolue. Mais le point de départ est toujours la complexité de la femme, de l'homme, du couple dans son entièreté. Ce qui est assez beau, c'est que c'est intergénérationnel. Beaucoup de gens s'y retrouvent. On a eu tous les publics possibles et inimaginables et à chaque fois, ils sont cueillis à un moment ou à un autre. Il y a forcément une résonance à un moment donné de la vie. Pendant 1h20, on est sur le plateau comme sur un ring et on enchaîne les scènes. C'est une sorte de kaléidoscope. On déroule des pans de vie de couple. On s'appelle tous Camille. Ce qu'on aimait avec Léonore, c'est de laisser la possibilité aux spectateurs de se raconter que c'est peut-être le même couple ou potentiellement plusieurs couples différents. C'est chouette parce que le champ des possibles est assez infini. Vous passez donc d'un tableau à un autre, d'une émotion à une autre. Le rythme est intense. Pour vous, cela doit être à la fois agréable et épuisant... Jina Djemba : Ah oui, vraiment ! Je mouille la chemise ! Ce sont des codes de jeu que j'aime beaucoup. J'avoue que je suis d'origine Russe par ma maman slave de Saint-Pétersbourg et Camerounaise par mon papa. C'est un peu le feu et la glace. C'est là-dedans que j'ai été élevée. Mon jeu a toujours été représentatif de ça. J'adore passer du rire aux larmes. J'adore cette mécanique. Ça m'a toujours passionnée. Le texte de Leonore est vraiment dans cet esprit-là. Il est représentatif de la vie. Sur scène, le duo que vous formez avec Amaury de Crayencour fonctionne très bien. Vous êtes pleine d'énergie ; Amaury, lui, est davantage dans la retenue.... Jina Djemba : Je connais Amaury depuis 2011. Il y a 5 ans, quand je me suis dit que j'allais monter le texte, je voulais que ce soit Amaury. Mais comme on a eu des petits soucis de planning parce qu'il était en tournée, j'avais auditionné d'autres acteurs avec Leonore. Mais je n'en démordais pas : je savais que ce serait Amaury parce qu'il a cette faculté de passer d'une scène à une autre d'une manière tout à fait différente de moi. Je pense que c'est ce qui ajoute encore plus d'intérêt à notre duo. On se complète tout en étant totalement différents. Il a une palette très large et, en plus, il a ce petit côté gendre idéal. Je trouve que c'était le meilleur candidat possible pour ce spectacle et ces rôles-là. Ring est en pleine tournée mais avez-vous déjà en tête un autre projet ? Jina Djemba : Oh oui !Depuis longtemps, j'ai envie de monter L'Opéra noir de Gabriel Cousin. C'est un projet qui avance assez vite en ce moment. En tant que comédienne, je vais tourner à La Réunion dans un long métrage d'une réalisatrice greco-américaine, intitulé Children of Nowhere. Le film raconte l'histoire de jeunes Réunionnais, qui avaient débarqués de chez eux, pour être placés dans des familles. C'est une histoire assez sombre. On va tourner en septembre-octobre. Je vais aussi bientôt réaliser un court-métrage. C'est important de garder l'esprit vif même si on ne réalise pas tout. Quand une porte se ferme, on en ouvre une autre et, à la rigueur, on passe par la fenêtre ! En ce moment, j'attends quatre réponses de tournage. Mon actualité va se préciser dans les prochaines semaines. Jean-paul Rouve et Jérémie Lippmann m'avaient proposé un rôle dans Le bourgeois gentilhomme mais, comme j'étais en pleine tournée de Ring, j'ai dû décliner leur offre. C'est un très beau spectacle, qui cartonne à Paris en ce moment. Je vais peut-être faire quelque dates de la tournée l'année prochaine.
- Interview de Amaury de Crayencour à l'affiche de la pièce Ring
Après le festival d'Avignon et le Théâtre de l'Oeuvre à Paris, Ring est actuellement en tournée et sera au Théâtre Princesse Grace de Monaco le 18 décembre. La pièce de Léonore Confino mise en scène par Côme de Bellescize explore toutes les variations du couple – c'est le sous-titre de la pièce-, de l'effervescence des débuts, à la naissance des enfants, jusqu'à la séparation. Si la pièce s'intitule Ring , c'est qu'elle montre l'amour comme un terrain de combat : seize tableaux ou plutôt seize rounds dissèquent les différentes facettes de la vie de couple. Sur scène, seulement deux comédiens pour interpréter des personnages qui s'appellent tous Camille : Jina Djemba et Amaury de Crayencour. Lorsque Amaury de Crayencour est à l'affiche d'une pièce de théâtre, il y a de très fortes chances qu'elle soit un succès. Il a fait partie de l'aventure du Porteur d'histoire d'Alexis Michalik, de La Machine de Turing et de La Maison du loup de Benoît Solès. En ce moment, il est formidable dans Ring . Avant de l'applaudir sur la scène du Théâtre Princesse Grace de Monaco, nous l'avons contacté par téléphone. La pièce explore toutes les facettes du couple de manière assez originale... Amaury de Crayencour : On essaye vraiment de parler du couple dans tous ses états à travers 16 tableaux. On est deux sur scène, mais les personnages, a priori, sont différents à chaque séquence. On ne suit pas forcément les mêmes couples. Enfin, je dirais plutôt que l'interprétation est laissée libre aux spectateurs dans la mesure où les deux personnages s'appellent Camille, sauf à un moment où Adam et Ève font une petite incursion dans le spectacle. Après la première scène, on retrouve les deux personnages qui se découvrent à nouveau, donc on se demande si c'est un flashback, si c'est le même couple mais après, ou si c'est un autre couple. En tout cas, c'est l'amour dans tous ses états ! Vous avez donc une large palette d'émotions à jouer... Cela doit être très agréable pour un comédien.. Amaury de Crayencour : Oui, c'est vraiment une chance. On passe par toutes les étapes, par toutes les émotions. Comme, en plus, on joue des personnages différents avec des personnalités différentes, on a la chance de pouvoir montrer une palette d'émotions très, très large, qui va du rire aux larmes, de la passion au déchirement. C'est vraiment très agréable pour nous. Sur scène, vous bougez beaucoup. Les mouvements semblent très travaillés, comme une chorégraphie... Amaury de Crayencour : Jina Djemba, ma partenaire sur scène, a eu l'idée géniale d'introduire la chorégraphie dans cette histoire. On a eu un metteur en scène, Côme de Bellescize, et on aime bien dire qu'on a eu un metteur en corps plus qu'un chorégraphe. Ce n'est pas vraiment de la danse, c'est plutôt du mouvement. Il y a des moments qui ne sont pas parlés, où il n'y a pas de texte, mais où on bouge, et qui rappellent le couple. Ça a été très agréable pour nous qui sommes comédiens d'aborder le corps de cette façon. C'est ce qui fait que les gens apprécient aussi le spectacle et se sentent touchés, je crois. Il y a quelque chose d'assez universel dans ce langage corporel. En voyant la pièce et ces différents tableaux, les spectateurs s'identifient forcément... Amaury de Crayencour : Léonore Confino a écrit une première version de ce texte quand elle avait 30 ans. Elle n'avait pas d'enfants à l'époque. Elle l'avait appelé Ring simplement. Sami Bouajila et Audrey Dana l'avaient jouée au théâtre de la Porte Saint-Martin il y a 15 ans. Maintenant Leonore Confino est dans la quarantaine et elle a deux enfants. Elle s'est dit que si elle devait parler du couple aujourd'hui, elle en parlerait autrement. Donc, elle a réécrit son texte et elle l'a appelé Ring, variations du couple. Le public se retrouve forcément. A un moment, il y a deux meilleurs amis qui se mettent ensemble. Les jeunes se retrouvent dans ce genre de scènes-là. Elle parle de la thérapie de couple, des nuits sans sommeil quand on a des enfants en bas âge. Ça rappelle forcément des souvenirs à plein de spectateurs ! C'est vrai qu'à tout âge, ce spectacle peut créer des émotions. Il y a un comme un côté déjà vu. On est toujours ravis d'entendre dans la salle des rires de complicité, parce que les gens ont déjà vécu certaines situations. Y-a-t'il d'autres textes sur le couple qui vous ont accompagné pendant la création et la tournée de Ring ? Amaury de Crayencour : Julie Gayet m'avait offert Le Prophète de Khalil Gibran. C'est un livre magnifique ! Je l'ai lu avant le spectacle. Il y a une idée que j'aime beaucoup dans ce roman qui dit que les parents sont un arc, que les enfants sont une flèche et que le but, c'est de tendre le plus l'arc pour que la flèche aille le plus loin possible. C'est très beau. J'aime aussi beaucoup les chansons de Ben Mazué. Il est très fort pour parler d'amour et du couple. Vous semblez épanoui autant sur scène que sur les plateauxde tournage... Amaury de Crayencour : J'ai la chance de pouvoir naviguer d'un univers à l'autre. Après une grosse expérience de théâtre, j'aime bien tourner un peu. Les prochaines expériences seront donc derrière la caméra.J'ai joué dans le premier film d'Ahmed Sylla, L'Infiltrée . Il sortira le 11 février. C'est l'histoire d'un petit flic de la police scientifique joué par Ahmed qui, pour infiltrer un gang de femmes, va devoir se grimer en femme. Je joue le lieutenant Duval, qui est complètement fan de sa patronne incarnée par Michèle Laroque. C'est un duo de flics un peu nul et c'est très marrant. J'étais ravi de retrouver Michèle Laroque avec qui j'avais fait L'heureuse élue. C'est la même production. Quand un producteur, un réalisateur ou un metteur en scène est fidèle, je trouve ça toujours génial. J'ai aussi joué dans En viager de Wilfried Meance. Fadily Camara et Jean-Pascal Zadi sont en couple et ont des difficultés pour se loger. Elle trouve cette idée de viager et elle signe un contrat avec Josiane Balasko qui fait comme si elle était à l'article de la mort. Moi je suis son gigolo. Au début on pense que je suis juste son assistant qui est là pour l'aider pour sa fin de vie. Mais Fadily Camara et sa copine interprétée par Tiphaine Daviot ont un doute et en allant dans le quartier, voient Josiane et moi en train de partir pour jouer au golf. Elles vont alors essayer de récupérer ce contrat de viager parce que Josiane Balasko les a arnaquées... Au cinéma ou à la télévision, vous jouez souvent dans des comédies, contrairement au théâtre.... C'est un choix de votre part ? Amaury de Crayencour : J'aime mon travail et j'ai la chance de naviguer d'un univers à l'autre mais c'est vrai qu'en ce moment je suis plutôt dans la comédie. J'aime bien quand quelqu'un me rappelle. Je trouve ça toujours tellement chouette que je dis oui avant même de lire. Du coup, je ne suis pas dans le calcul. Je ne me dis pas que j'ai fait trop de comédies et qu'il faudrait que je fasse quelque chose de sérieux. Je lis des choses, je vois avec qui ça va se passer et puis j'y vais ! En ce moment, c'est vrai que je fais plutôt des comédies. J'aime beaucoup faire rire. J'ai la chance aussi pour l'instant d'incarner des rôles qui me permettent de passer du temps avec ma famille. C'est quand même ma priorité ! Je fais plein de projets passionnants mais la taille des rôles me donne assez de temps pour être très présent auprès de ma famille. La tournée de Ring est très cool parce que déjà sur nos 44 dates il y en a un tiers en région parisienne et puis quand on part en tournée, on n'est pas sur les routes pendant des mois. On part 2 ou 3 jours et on revient toujours à la maison. Ma situation actuelle me convient parfaitement parce qu'elle me permet vraiment de concilier une vie de famille très épanouie et puis un parcours professionnel qui me satisfait. C'est une période assez rêvée, j'avoue ! Je viens de terminer la série Soeurs de Julie Rohart, avec Lola Dewaere et Nicolas Gob notamment. On a tourné à Strasbourg et j'ai pu emmener mon fils sur le tournage un jour où je n'avais pas trop de travail. Quand je peux, j'aime bien que mes enfants (ils ont six et huit ans) voient l'envers du décor. Je les ai aussi emmenés au théâtre. Il savent ce que sont les coulisses, ce qu'est une représentation théâtrale. Ils comprennent le travail que je fais. Je trouve que c'est important. Ils vous ont déjà dit qu'ils voulaient faire le même métier que vous ? Amaury de Crayencour : Mon fils fait du théâtre depuis deux ans. Il veut être acteur. Quand on lui pose la question de ce qu'il veut faire plus tard, c'est clair dans sa tête pour l'instant. C'est un peu normal car ma femme est aussi comédienne. Il voit ses parents qui vivent leur métier avec passion, je comprends donc son envie. Comme votre fils, votre envie d'être comédien est arrivée tôt ? Amaury de Crayencour : Non pas aussi tôt ! Contrairement à lui, mes parents n'étaient pas du tout dans ce métier. J'ai découvert le théâtre un peu par hasard à 17 ans quand j'étais en pension à Rouen. Mon professeur de lettres animait le soir une troupe de théâtre. Comme il manquait le rôle le rôle de Dieu dans Le Visiteur d'Eric-Emmanuel Schmitt, il m'a proposé de participer à la pièce. En pension, le soir, on est un peu désœuvrés : une fois qu'on a fini les devoirs et qu'on attend le dîner, on ne sait pas trop quoi faire. J'ai accepté le rôle en me disant : pourquoi pas ? La rencontre avec les planches a été vraiment immédiate c'est-à-dire que j'ai eu cette sensation d'être chez moi sur scène vraiment de façon violente et définitive. Après ces deux années en pension à Rouen, je suis rentré à Paris et les choses étaient vraiment très très claires pour moi : il n'y avait pas d'autres options possibles. Après, j'ai été admis en hypokhâgne. J'ai adoré cette année-là : on lit, on apprend plein de choses, les profs sont tous passionnés. Le soir, quand je rentrais à la maison, j'allais sur mon ordinateur et je recherchais des annonces de casting. Tout d'un coup, je me rendais compte qu'il y avait plein de choses à faire. J'ai commencé très modestement. Mon premier boulot, ça a été une pub pour Castorama. Après j'ai fait du doublage. Mais au bout de 3 ans, je me suis dit qu'il me fallait une vraie formation vraiment solide. C'est ce qui me manquait. J'ai passé une audition pour le centre de formation d'apprentis comédiens d'Angers et c'est là que tout a vraiment démarré. Quand je suis sorti de l'école, Alexis Michalik m'a pris dans Le porteur d'histoire que j'ai joué pendant 7 ans. J'ai eu de la chance car j'ai rencontré les bonnes personnes. Un soir, pendant que je jouais Le porteur d'histoire, Eric Rochant est venu nous voir et il m'a pris dans Le bureau des légendes. De la même façon, Tristan Petitgirard m'a pris dans La machine de Turing que j'ai joué pendant 6 ans et avec lequel on a décroché plusieurs Molière. J'ai eu dans mon parcours de jolis rebonds et de jolies rencontres avec des gens qui ont été importants pour moi et j'ai la chance que ça continue.
- La déferlante "Marie s'infiltre" débarque à Nice !
affiche du spectacle "Culot" par Marie s'infiltre Pas tout de suite mais le 28 Mars 2025 ça arrive vite et ça ne passera pas inaperçu ! En 2017 elle arpentait les dessous du festival de Cannes à l'affût du buzz avec sa chaine You Tube ici ! Les réseaux sociaux, elle en connait un rayon ! Facebook 997 000 Followers, Instagram 741 000 Followers, Tik-Tok... mais ça ne lui suffisait pas, être influenceuse "OUI" mais traverser l'écran à la rencontre du public et remplir des salles de spectacles de plusieurs milliers de personnes ça lui va très bien ! Marie s'infiltre dans les coulisses du festival de Cannes à ses débuts Marie s'infiltre, artiste complète, humouriste, elle aime aussi la musique, danser, chanter, avec sa voix légèrement rauque et son timbre qui lui est propre et elle en fait sa signature et ça plait ! Elle est envoûtante, souvent décalée et parodique. Clip musical Marie s'infiltre "Nuit Parisienne" Vous l'avez compris, si vous voulez la découvrir dans son spectacle "Culot" c'est dans toute la France durant sa tournée 2024 -2025 et à Nice le 28 Mars 2025 au palais Nikaïa pour les Azuréens. Teaser du spectacle de Marie s'infiltre "Culot" Marie s'infiltre, c'est le cas de le dire, avec beaucoup d'humour et de dérision reprend les clichés, les curiosités et les lieux branchés de toutes les villes qu'elle parcourt pour la promotion de ses prochains spectacles. Si vous avez Facebook, vous découvrirez sa vision de Nice : https://fb.watch/w7ceihs8UN/ Pour aller plus loin : D'ou vient elle, qui est elle, une interview vérité de Mouloud Achour. Elle donne aussi son avis sur les influenceurs durant ce plateau sur Canal +.
- Pierre Assouline est le lauréat du Prix Max Gallo pour son roman L'Annonce
Vendredi 12 décembre, c'est à la Villa Masséna qu'a été dévoilé le lauréat de la deuxième édition du Prix Max Gallo. Fils d'une famille d'immigrés italiens pauvres venus du Piémont, Max Gallo a toujours été très attaché à la ville de Nice. Il a enseigné au lycée Masséna et à l'Université et a rendu un bel hommage à ses origines et à la ville qui a accueilli sa famille dans sa saga romanesque La Baie des Anges . Avec ce prix, Nice rend hommage à ce romancier, historien, essayiste, homme politique et académicien français au parcours exceptionnel. Le président du jury Emmanuel de Waresquiel, membre de l'Institut, de l'Académie des sciences morales et politiques, entouré des écrivains et historiens, Marielle Gallo, Maryvonne de Saint Pulgent, Didier Le Fur, Henri-Christian Giraud, Jérémy Guedj et Pascal Ory de l'Académie française, a décerné le Prix Max Gallo à Pierre Assouline, membre de l'Académie Goncourt pour son roman L'Annonce (éditions Gallimard) . Récompensé à l'unanimité moins une voix, ce roman fort et émouvant qui traverse cinquante ans d'Histoire, de la guerre du Kippour aux événements du 7 octobre 2023, a fait une forte impression auprès des membres du jury. Pour Emmanuel de Waresquiel, il s'agit sans doute du "livre le plus personnel de Pierre Assouline". Emmanuel de Waresquiel, Pierre Assouline et Jean-Luc Gagliolo L'Annonce, sorti en février dernier, raconte le parcours de Raphaël, un jeune homme parti de Paris comme volontaire en Israël, et d'Esther, une jeune Israélienne, soldate, travaillant dans les services psychologiques de l'Armée. Ils ont vingt ans lorsqu'il se rencontrent en 1973, pendant la guerre du Kippour. Le temps passe et ils se perdent de vue jusqu'à ce que, cinquante ans plus tard, la guerre frappe à nouveau. En recevant son prix des mains d'Emmanuel de Waresquiel, Pierre Assouline a dit combien il était touché. Il connaissait personnellement Max Gallo . « On avait de très bonnes relations, on se voyait régulièrement, et à chaque fois qu'on se retrouvait, soit par hasard, que ce soit dans des soirées ou des réunions, on se souvenait de la première fois, dans une émission littéraire. »
- Interview de Cristiana Reali à l'affiche de la pièce Foutue Bergerie
Cristiana Reali aime passer d'un personnage à un autre. L'année dernière, elle a été Simone Veil puis Blanche Dubois, l'héroïne d' Un tramway nommé désir . Elle a d'ailleurs obtenu le Molière de la meilleure comédienne dans un spectacle du théâtre privé pour ce rôle que tant de comédiennes rêvent d'avoir. Depuis quelques semaines, c'est dans Foutue Bergerie , la nouvelle création de Pierre Guillois qu'on peut l'applaudir sur scène. Dans ce drame rural loufoque à découvrir à Anthéa les 10 et 11 décembre, elle interprète non pas un mais trois personnages. Un plaisir de jeu pour cette comédienne passionnée. Si Cristiana Reali est déjà venue jouer à Nice, lorsque Daniel Benoin était directeur du TNN – c'était dans Du moment que ça marche , une pièce de Woody Allen avec notamment Michel Boujenah - elle n'est étonnamment jamais venue sur la scène du théâtre d'Antibes. Elle s'en réjouit. « C'est toujours agréable d'aller jouer dans le Sud, surtout en hiver », nous a-t-elle confié lorsque nous l'avons contactée par téléphone il y a quelques jours pour parler de Foutue Bergerie , qu'elle nous a vraiment donné envie de voir. Connaissiez-vous l'univers de Pierre Guillois avant qu'il ne vous propose Foutue Bergerie ? Cristiana Reali : Bien sûr, je le connaissais déjà depuis quelques années. Un peu avant le Covid, on s'était dit qu'on travaillerait ensemble. On ne savait pas sur quoi et on réfléchissait. Il venait me voir jouer et j'allais voir ses spectacles. J'avais envie de me mettre un peu dans un univers différent de ce que je fais d'habitude et de participer à une expérience atypique pour moi. Qu'est-ce qui vous plaît dans son univers ? Cristiana Reali : Ce que j'aime dans ses spectacles, c'est qu'il y des choses très crues mais aussi énormément de poésie. Ce n'est jamais vulgaire. Pour moi, le fermier de la pièce est un personnage poétique. Il est dans un moment dramatique de sa vie. Dans cette famille, il y a le père, la mère, un enfant, et aussi des brebis qui sont harceleuses, un peu racistes. La pièce aborde aussi le thème de la différence. Ces brebis sont mi humaines-mi animales. Comme elles n'aiment pas les volatiles, elles les harcèlent. Ca me fait un peu penser au harcèlement scolaire. J'aime beaucoup ce spectacle. Ça me rappelle un peu les films italiens des années 50. J'aime beaucoup les comédies dramatiques : on trouve des moments drôles dans le drame. Sous des airs de comédie, la pièce fait passer des messages... Cristiana Reali : Pierre Guillois ne donne pas de leçons, ne fait pas de la politique et n'essaye pas de dire qu'il y a des gentils et des méchants mais il fait passer des messages. Il montre des traits de la société qui existent et avec lesquels on doit cohabiter et se battre. Dans la pièce, il y a une journaliste. Elle traite des sujets qui ne sont pas souvent abordés, comme par exemple le fait que les villes grandissent et envahissent peu à peu les campagnes. La pièce est une espèce de micro société. Il y a les banlieues, la campagne, les médias, la justice, les gendarmes, et puis les animaux. Vous interprétez trois personnages, ce qui implique un rythme intense... Cristiana Reali : C'est une pièce chorale. On interprète tous deux ou trois personnages. Moi, je fais une brebis et la mère et j'ai aussi une petite participation en tant que rédactrice en chef d'un journal. C'est très technique. C'est une concentration différente qui me plaît beaucoup. Je suis très concentrée même dans les coulisses. C'est très excitant. Il y a un côté schizophrénique. Je suis contente de faire ce genre d'expérience avec Pierre Guillois. Comme c'est un drame rural interrompu par des scènes de comédie, on n'est pas que dans un seul registre. Ce que j'ai aimé dans cette pièce, c'est qu'on peut passer du drame à la comédie. La pièce est aux antipodes d' Un tramway nommé Désir ...Aviez-vous besoin de légèreté après la pièce de Tennessee Williams ? Cristiana Reali : J 'aime toujours faire des choses nouvelles. C'est sûr que par rapport au Tramway , je fais le grand écart. Les spectateurs qui m'ont vu dans les deux pièces me font souvent cette remarque en tournée ! J'aime bien ne pas répéter les mêmes choses, ou alors répéter plus tard, pas tout de suite. J'aime bien changer de registre. Ce genre de pièces, c'est vrai que je ne pouvais le faire qu'avec quelqu'un comme Pierre Guillois, dans des centres dramatiques nationaux où on a un confort artistique extraordinaire. Je trouve que les acteurs devraient pouvoir tout faire. J'ai beaucoup joué au théâtre, et j'attends toujours la pépite qui va me donner envie. Quand je dis pépite, ce n'est pas la pépite pour le monde entier. C'est pour moi, c'est quelque chose que je vais avoir envie de jouer. Je lis beaucoup de pièces, et même quand elles sont bien écrites et très belles, ce n'est pas toujours celles qui me donnent envie de passer au plateau. J'ai besoin aussi de prendre des risques, de me mettre dans un univers différent, de me donner l'opportunité de montrer autre chose. On n'est pas qu'un seul genre, on n'est pas qu'une seule comédienne. Que vous soyez au théâtre, au cinéma ou à la télévision, on sent votre plaisir de jouer toujours très fort. Au cinéma, vous étiez récemment la mère surprotectrice de Kev Adams dans Le Jour J de Claude Zidi Junior. Là, c'était un vrai rôle de comédie.... Cristiana Reali : J'ai un âge aujourd'hui où on me propose beaucoup, surtout à la télé et au cinéma, des seconds rôles. C'est un peu le lot de toutes les comédiennes et des actrices. Après, ces rôles sont assez croustillants. C'est le cas de cette mère que j'ai jouée dans le film de Claude Zidi Junior. Ca m'a fait marrer de participer à ce genre de personnages. J'ai fait la même chose dans la série Montmartre pour TF1, où j'ai joué une grande méchante, qui malmène sa belle-fille pour arriver à ses fins. J'ai même eu des messages sur Internet où les gens étaient étonnés que je puisse jouer une femme aussi méchante. J'ai adoré. Ça m'a plu de jouer des choses différentes. Va-t-on vous voir bientôt à nouveau au cinéma ou à la télévision ? Cristiana Reali : Je viens de tourner pour France Télévisions un téléfilm sur la violence des rues, réalisé par Adeline Darraux. Je fais une femme battue par son mari, qui est Thierry Godard mais l'histoire est vraiment basée sur des jeunes qui montent une application pour lutter contre la violence des rues. Le rôle principal est tenu par une jeune actrice. Dans quelques jours, on me verra dans Capitaine Marleau . Je n'avais jamais travaillé avec Josée Dayan, ni avec Corinne Masiero. Je joue une petite boulangère et je suis un peu dans l'intrigue policière. C'était très sympa. Et au théâtre ? Cristiana Reali : Je lis beaucoup, parce qu'il faut que je choisisse ce que je vais faire après. J'ai pas mal de propositions. Mais j'ai souvent des idées plus que les autres en ont pour moi. On va souvent me proposer un peu ce que j'ai déjà fait. J'ai 2-3 idées de bouquins et de personnages à adapter au théâtre. Pauline Susini avec qui je travaille souvent m'a fait lire des choses qu'elle aimerait adapter. Il y en a une que j'ai adorée. Elle a des rôles de femmes qui ne sont pas toujours les mêmes. Souvent, au théâtre, au cinéma ou à la télé, la mère est excentrique ou envahissante. J'ai joué ces rôles-là avec beaucoup de plaisir mais je n'ai pas envie d'être tout le temps là-dedans. La femme qui règle ses comptes avec son mari, c'est quelque chose qui m'ennuie souvent au théâtre. Je dis souvent aux producteurs et aux directeurs de têtes que je préfère faire des pièces qui sont des chefs-d'oeuvre qu'on n'a pas vus depuis longtemps que de faire une pièce moyenne en création. Jouer de beaux textes, il n'y a rien de mieux, je trouve, pour un comédien. C'est pour ça que j'aime beaucoup les metteurs en scène actuels qui font beaucoup de créations, mais sur des sujets sociétaux. Je viens de voir Lacrima de Caroline Guiela Nguyen. Ca parle des petites mains dans les ateliers de couture. J'ai trouvé cette idée très originale. J'ai envie de sujet pas souvent abordés et j'ai aussi envie d'une comédie légère parce que l'année prochaine va être difficile, je pense ! Vous avez toujours des projets, des idées en tête... Cristiana Reali : Dans notre métier, quand on commence quelque chose, on se demande ce qu'on va faire après. On ne se donne jamais le temps de faire juste la chose en se disant on verra. Une fois qu'on a lancé une pièce ou un film, on est déjà en train de penser à ce qu'on va faire après. C'est un peu notre façon de vivre. On réfléchit toujours à ce qu'on va faire. Je suis un peu hyperactive et je ne suis pas patiente dans mon métier. Par exemple, si j'ai une idée, il faut que ça aille vite. Quand j'ai joué Simone Veil , j'ai eu l'idée du Tramway et j'en ai parlé à Pauline Susini. Quand elle m'a dit oui, je me suis positionnée sur les droits et sur un théâtre. Si la réponse est négative, il faut penser à autre choses mais il ne faut pas traîner. En fait, il faut avoir des idées mais on ne les a pas toujours. On est obligés de les provoquer un peu, de regarder, de se dire tiens, c'est un sujet sympa. Je trouve que c'est important de lire en pensant à ce qu'on pourrait faire. Quand je vois de l'actualité je me dis qu'il y a quelque chose à faire. Foutue Bergerie de Pierre Guillois au théâtre Anthéa d'Antibes les 10 et 11 décembre
- Enfanter une étoile qui danse de Amélie Vrla
Autrice, scénariste et traductrice, Amélie Vrla vient de publier son premier roman aux éditions L'Harmattan. Elle l'a intitulé « Enfanter une étoile qui danse », une jolie phrase extraite d' Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche. On comprend dès le titre qu'il sera question de maternité. Un sujet qui la touche et la concerne particulièrement. Son héroïne s'appelle Mélodie. Amélie, Mélodie, les deux prénoms se ressemblent. Dans ce roman protéiforme découpé en six parties et écrit à la première personne, Amélie Vrla brouille à peine les pistes. Elle entremêle les genres pour parvenir au mieux à exprimer son histoire ou plutôt celle de Mélodie : autofiction, roman autobiographique, journal intime, poésie, échanges épistolaires. Dans la première partie, intitulée «Le bateau », on découvre Mélodie, entouré de ses amies et de son mari Elias. Ce premier chapitre résume à lui seul la personnalité de cette femme de 37 ans. L'amour et l'amitié sont ses piliers. C'est par amour pour Elias qu'elle a quitté Genève pour Berlin. Elle aime sa vie, entourée d'ami(e)s fidèles sur qui elle peut compter et à qui elle peut tout confier. Le livre commence en juillet 2021. C'est l'été ; il fait chaud et Mélodie est sur un bateau, sur un lac, avec ses amis et Elias. Soudain, elle est prise d'une sensation étrange, comme si elle était parmi eux, sans plus vraiment y être. Elle comprendra plus tard qu'elle a vécu une expérience de mort imminente. Deux semaines plus tard, elle apprend qu'elle est enceinte. Cette EMI était-elle annonciatrice de sa grossesse ? Mélodie voit sa vie chamboulée. A-t-elle vraiment envie d'avoir un enfant ? Alors que d'autres se réjouiraient, elle doute et, ce, depuis toujours. « Avoir un enfant, l'accueillir dans mes bras, dans ma vie, ce serait changer de planète […] mais ce serait aussi renoncer à aller au bout de la vie que j'avais choisie, sans ambivalence aucune, toutes ces années ». Dans ce passage, Amélie Vrla décrit avec beaucoup de justesse les questionnements de son héroïne et de nombreuses femmes. Vouloir être mère, cela ne va pas de soi pour toutes les femmes. Mélodie hésite, fait part de ses doutes et de ses questions à ses amis qui jamais ne la jugent ni cherchent à l'influencer dans un sens ou dans un autre. Elias, son conjoint, l'accompagne dans sa décision. Ce qui est beau dans ce roman, c'est que chaque page est empreinte de tendresse et d'amour. Dans le chaos de sa vie, Mélodie est entourée et réconfortée. Alors qu'elle prend la décision d'avorter, elle renonce à aller au rendez-vous fixé par le médecin : elle va garder cet enfant, elle le veut. Elle annonce à son père et à sa mère qu'ils vont être grands-parents. L'idée de devenir mère grandit peu à peu en elle. Elle s'attache à cet enfant à venir, lui parle même. Mais un jour, elle a l'impression que son ventre n'est pas comme d'habitude... Le livre s'achève en octobre 2021 : pendant ces quelques mois, chez Amélie, la vie et la mort se sont côtoyées, ont coexisté dans son corps. Dans l'épilogue, Mélodie/Amélie s'approprie la phrase de Nietzsche, en la mettant à la première personne : « Il m'a fallu porter tout ce chaos en moi pour pouvoir enfanter mon étoile qui danse ». Une phrase poétique et philosophique mais qui décrit bien la réalité de la vie de Mélodie. A la fin, elle est apaisée et, étrangement, en refermant le livre, le lecteur se sent lui aussi serein.
- Jean François Zygel, le pouvoir de la musique
Pianiste et compositeur, Jean-François Zygel est un virtuose de l'improvisation, un artiste de l'invention et de l'instant. Son éclectisme et sa curiosité le mènent à partager régulièrement la scène avec des artistes de tous horizons: Gabriela Montero, Chilly Gonzales, Didier Lockwood, Bobby McFerrin, Michel Portal, Ibrahim Maalouf, André Manoukian, Paul Lay, Médéric Collignon, Bruno Fontaine, Jacky Terrasson, Raphaëlle Boitel, Dan Tepfer, Thomas Enhco, Kaori Ito... Ses différents projets mêlent volontiers improvisation, composition et répertoire, avec comme principaux ports d'attache cette saison La Seine Musicale, la Philharmonie du Luxembourg, Les Sables d'Olonne, le Grand Théâtre de Provence et l'Orchestre national du Capitole de Toulouse. Apprécié du grand public pour son travail d'initiation à la musique classique à la radio et à la télévision, Jean-François Zygel est également renommé en France et à l'étranger comme l'un des meilleurs spécialistes de l'accompagnement en concert de films muets. Formé au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris où ses études sont couronnées par dix Premiers Prix, il y transmet désormais son art de l'improvisation dans la classe qu'il a fondée en 2002, engageant par ailleurs de nombreux partenariats avec des institutions comme la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé ou la Cinémathèque française. Ses différents albums sont édités chez Naïve et Sony. Le pouvoir de la musique La musique pour réfléchir La musique pour se souvenir La musique pour s'amuser La musique pour rêver La musique pour impressionner La musique pour consoler La musique pour raconter La musique pour révéler La musique pour guérir La musique pour s'élever Jean-François Zygel a convié le public à un voyage musical et philosophique, une traversée sensible au cœur d'émotions que son piano révèle avec autant d'intensité que de finesse. Rêver, s'amuser, réfléchir, se consoler, s'élever... autant d'expériences humaines que la musique accompagne, éclaire ou transcende. Quels sons, quelles harmonies, quelles improvisations peuvent traduire ces états d'âme ? À travers ce récital unique en son genre, Jean-François Zygel, pianiste virtuose et improvisateur hors pair, a proposé d'explorer en direct ces questions, en composant les réponses au fil de son inspiration et de son dialogue avec le public. Une plongée dans l'univers profondément personnel de l'artiste, qui mêle sens de la narration, liberté d'improvisation et amour inconditionnel de la musique. Jean-François Zygel, piano, compositions et improvisations Pour la première fois le festival C'est Pas Classique s'est invitée dans l'Église Notre-Dame Auxiliatrice dite Don Bosco. Elle est la seconde plus grande église du département après celle de Sospel ! Cette église aux décorations intérieures exceptionnelles a été édifiée en 1927 par les architectes Jules Febvre et Marius Déporta, s’inspire de Notre-Dame du Raincy d’Auguste et Gustave Perret. . Si le plan reste traditionnel, la réalisation architecturale se veut moderne par l’usage du béton armé qui se prête à toutes les formes. La décoration est due principalement au peintre Eugène Doucet qui durant dix ans réalise à la fresque un chemin de croix grandeur nature sur les murs latéraux de l’édifice. Les grandes verrières colorées et les douze vitraux historiés sont du maitre verrier Antoine Bessac. Le mobilier précieux s’inspire de l’art paléochrétien. L’édifice a été terminé en 1933. Ce concert a marqué la fin du festival "C'est pas Classique 20ème édition" organisé par le département des Alpes-Maritimes. Les équipes d'organisation se sont jointes aux côtés d'Auguste Verola, vice-président Conseil Départemental des Alpes-Maritimes pour les remercier du travail effectué une nouvelle fois, en attendant la 21ème édition qui sera sûrement tout aussi belle.
- Valensole 1965 : interview de Dominique Filhol et Matthias Van Khache
Le Palais des Festivals de Cannes vient d'accueillir la première édition de Cinema For Space, le premier festival international du film consacré à l'espace. Après la cérémonie d'ouverture marquée par la présentation en avant-première du film américain The astronaut , et la remise du Prix d'Honneur à la spationaute Claudie Haigneré, le festival s'est poursuivi avec la projection de films sur la thématique de l'espace suivies d'échanges entre les équipes de films et des spécialistes du domaine spatial. Dans les festivals, il y a toujours de bonnes surprises et de belles rencontres. A Cinema For Space, le public a ainsi pu découvrir ou revoir Valensole 1965 (le film est sorti en juillet). Dans son premier long métrage, Dominique Filhol revient sur une histoire qui s'est déroulée dans le village de Valensole dans les Alpes de Haute Provence il y a soixante ans. Le 1er juillet 1965, à l'aube, Maurice Masse, découvre dans son champ de lavande un engin mystérieux et deux extraterrestres. La nouvelle s'ébruite vite et il est interrogé par les gendarmes. Du jour au lendemain, journalistes et curieux se ruent à Valensole et Maurice Masse va voir sa vie et celle de sa famille complètement chamboulées. Le film se concentre sur l'aspect humain de cette histoire et montre avec beaucoup de délicatesse la trajectoire de cet homme contraint de faire face à la situation. C'est à Matthias Van Khache que Dominique Filhol a confié le rôle de Maurice Masse. Un rôle qui marquera incontestablement la carrière du comédien. Dominique Filhol et Matthias Van Khache étaient à Cannes pour rencontrer le public à l'occasion de la projection du film . Nous avons pu les interviewer et c'est avec beaucoup d'enthousiasme qu'ils nous ont parlé du film et de cette histoire qui avait défrayé la chronique. Pourquoi avez-vous eu envie de porter à l'écran cette histoire ? Dominque Filhol : Pour plein de raisons. Déjà, j'ai, depuis longtemps, une passion pour le sujet des ovnis, qu'on appelle aujourd'hui, phénomène aérospatial non identifié. Comme on est dans un festival dont le CNES est partenaire, c'est bien d'utiliser les termes appropriés. C'est un sujet qui me passionne depuis l'enfance. Mon père a été témoin d'un phénomène dans les années 70. Jeune, j'ai collectionné des choses sur le sujet, des magazines, des livres. C'est vraiment une passion qui remonte à loin, comme le cinéma, d'ailleurs. Quant à l'histoire de Valensole, j'ai pensé à en faire un film, au moment où je travaillais sur un documentaire qui s'appelle « OVNI, une affaire d'État ». En 2019, je me suis rendu à Valensole avec l'équipe du documentaire et là, j'ai rencontré les gens qui avaient connu de près l'histoire de Maurice Masse et j'ai pu voir que presque 60 ans après, l'émotion était toujours palpable. Cette histoire a impacté les gens de ce village, et même après tant d'années. C'est une affaire absolument incroyable, puisque c'est quand même le cas OVNI français le plus documenté. À l'époque, les gendarmes ont fait une enquête. Des traces sur le sol ont été constatées au milieu des champs de lavande qui n'a pas repoussé pendant dix ans à cet endroit-là. Il s'est passé quelque chose. Quoi ? Seul Maurice Masse le sait, il l'a raconté, c'est-à-dire qu'il a vu un objet en forme de ballon de rugby avec deux petits êtres à côté qui faisaient un mètre de haut. Il raconte qu'il a été paralysé pendant quinze minutes et a vu cet objet décoller et partir à toute vitesse dans le ciel. Cette histoire avait défrayé la chronique. Je voulais raconter du point de vue de Maurice et du point de vue de sa famille comment ils ont vécu cet événement à l'époque. Maurice Masse est mort depuis plusieurs années mais vous avez pu rencontrer des membres de sa famille. Lorsque vous leur avez parlé du projet, comment ont-ils réagi ? Dominique Filhol : Quand j'ai rencontré la fille de Maurice, Marie-Claude, elle n'a pas dit non mais elle en a parlé à sa nièce qui est productrice de films. Au départ, elle pensait interdire le film parce qu'elle avait l'impression de trahir l'esprit de son père qui n'avait plus du tout envie qu'on parle de cette histoire. Ca a remué quelque chose dans la famille parce que pendant des années, ils ont vu des journalistes débarquer régulièrement à Valensole. Maurice était devenu l'attraction du village tout au long de sa vie. Il n'est jamais parti et il n'a jamais réfuté ses propos. Pour eux, c'était au départ compliqué. Marie-Claude a finalement accepté en disant qu'elle ne voulait pas empêcher un jeune réalisateur de faire son premier film. Finalement, le film est devenu très important pour elle. Elle l'a beaucoup apprécié. Pour elle, la boucle était bouclée. Elle pensait que le film avait réhabilité la mémoire de son père. Beaucoup de gens se sont moqués de lui, ne le croyaient pas. Maurice Masse était connu et respecté dans le village. Il n'était pas considéré comme un illuminé. C'était un ancien résistant... Dominique Filhol : Plusieurs psychologues ont rencontré Maurice Masse et ont fait part du fait que c'était quelqu'un de tout à fait normal. C'était un notable de la région. Il s'était battu pendant la Seconde Guerre mondiale. C'était un notable de Valensole. Tout le monde le connaissait. C'est vous Matthias qui interprétez Maurice. Avez-vous, vous aussi, rencontré des membres de sa famille ? Matthias Van Khache : J'ai rencontré sa fille et son gendre avant le tournage. J'avais besoin d'une validation. Par respect pour le travail qu'on allait faire, c'était important pour moi de les rencontrer. Ils m'ont dit que j'avais quelque chose de Maurice dans le sourire. J'étais très content. Sur le tournage, j'ai rencontré ses petits-fils. Je me suis rendu compte que l'histoire était encore très lourde dans la famille. Ils n'ont pas poussé à ce que je croie forcément à l'histoire. Ils m'ont dit : «tu feras ce que tu veux du personnage, avec le scénario ». Ça m'a conforté dans l'idée que Maurice disait vrai parce qu'ils n'ont pas cherché à me convaincre. En général, quand on ne cherche pas à vous convaincre, c'est qu'on sait quelque chose. J'ai senti qu'il y avait encore énormément de non-dits, de secrets, de retenues, de pudeurs. Quand on incarne un homme qui a existé et que, de surcroît, on rencontre sa famille, la pression est-elle plus forte ? Matthias Van Khache : On a toujours une pression, mais il ne faut pas trop se la mettre parce que sinon, on est paralysé. Donc j'ai fait mon Maurice, le Maurice que j'imaginais. Comme, effectivement, sa famille a énormément de pudeurs, ils ne m'ont pas donné énormément de clés pour le jouer. A la rigueur, ils m'ont aussi aidé en me laissant toute la liberté de créer mon personnage. Le film se concentre sur le côté humain et sur les conséquences qu'a cette histoire sur Maurice et sa famille. Pour un comédien, cela offre une large palette de jeu.... Matthias Van Khache : C'est clairement l'un des plus beaux rôles que j'ai eu à jouer de toute ma carrière. 0n ne raconte pas simplement une histoire, on raconte la trajectoire d'un homme et en quelque sorte le drame humain que lui et sa famille ont vécu. On n'est pas sur un film d'ovnis traditionnel où les extraterrestres débarquent et où on doit les combattre. Le film, c'est vraiment tout le voyage intérieur de cet homme face à cette rencontre. C'est l'histoire d'une famille, avant tout, et celle d'un homme qui fait face à un événement extraordinaire et qui va devoir gérer ça. Je l'ai joué comme le bouleversement d'un homme qui aurait une apparition religieuse. C'est une expérience quasi-mystique qu'il a vécue. Il se sent très seul parce qu'il ne connaît personne qui a vécu ce qu'il a vécu. La description qu'il fait de cette rencontre, elle est corroborée maintenant par des dizaines et des dizaines de témoignages similaires dans le monde et qui sont documentés maintenant. Il a décrit des petits hommes gris, exactement pareil que des gens au même moment aux Etats-Unis, au Nouveau-Mexique, en Amérique du Sud, en Afrique, ont décrit les mêmes personnages sans jamais s'être concertés. Avant qu'on vous propose de faire le film, vous intéressiez-vous aux ovnis, au fait qu'on ne soit peut-être pas seuls dans l'univers ? Matthias Van Khache : Tout cela me passionne ! Pourtant, je ne connaissais pas du tout l'histoire de Valensole. C'est assez drôle, parce que j'en connais beaucoup, mais l'histoire la plus inexplicable de mon pays, je ne la connaissais pas. Donc je l'ai découverte avec Dominique. Tout ce qui est l'inconnu, les mystères, ça me passionne. Quant au fait de savoir si on est seul dans l'univers, j'ai l'impression que c'est une question qui laisse peu de gens indifférents. Il y a des gens qui disent « Ah, je ne veux pas savoir. Non, non, j'y crois pas. C'est n'importe quoi. » D'autres, très ouverts, qui y croient, mais il y a peu de gens qui disent « Ah, je m'en fous complètement. » On l'a vu en faisant la tournée des avant-premières avec le film. Au moment des débats, à la fin, c'était toujours très tranché. Le film a été tourné à Valensole ? Dominique Filhol : Oui mais pas dans le champ où ça s'est passé parce que ce n'est plus un champ de lavande. En ce moment c'est un champ de blé ! On a tourné à 800 m à vol d'oiseau. On est vraiment dans le champ d'à côté. On a fait un vrai travail de décoration, de reconstitution. Il y a une archive de l'Ina sur cette histoire, où voit une interview du patron du café. Cette archive montre tout le charme et toute l'ambiance qui pouvait exister et qui existe toujours encore à Valensole. Finalement, ça n'a pas tant changé que ça et c'est cette ambiance aussi que je voulais retranscrire et partager. C'est un endroit absolument idyllique, merveilleux. C'est difficile de ne pas tomber amoureux de la région ! Matthias Van Khache : Le tournage était vraiment idyllique. Il y avait une telle ferveur de la part de l'équipe, que tout le monde s'entendait bien. C'était un peu la colonie de vacances. On n'a pas souffert de l'économie de moyens du film. Comme quoi, on peut faire des bons films même sans avoir des quantités d'argent. Le tout, c'est d'avoir une bonne histoire et après les gens suivent. Ce qui fait la qualité d'un tournage, c'est l'engagement des gens. On peut être sur un film à très gros budget et passer un tournage horrible parce que personne ne croit au film et, au contraire, on peut être sur un tout petit film et tout le monde y croit et fait en sorte que tout se passe le mieux du monde. C'est vraiment ce qui s'est passé pour nous. Quels sont vos projets à tous les deux ? Matthias Van Khache : Après Valensole 1965 , j'ai tourné dans le dernier film de Régis Wargnier, La Réparation . Je viens de terminer un film d'Alexandre Arcady avec Benoit Poelvoorde et Kad Merad. C'est un thriller psychologique qui s'appellera Fausse Note et qui sortira l'année prochaine. C'est le quatrième film que je fais Alexandre Arcady. Après celui-là, on en a encore un en projet ! Je suis un peu sa petite mascotte. J'aime bien la fidélité chez les réalisateurs. Je vais mettre en scène une jeune humoriste lyonnaise, Chloé Drouet. On est en train de mettre la touche finale à son spectacle et d'attaquer la mise en scène pour janvier. J'écris aussi un long métrage qu'on est en train d'essayer de financer. C'est un hommage au cinéma italien des années 60-70 : on pleure, on rit, il y a du burlesque, du drame. Ça parle fort, ça crie, ça pleure, ça mange des pâtes : comme dans la vie ! Si je fais des scènes de repas, je veux que les gens mangent vraiment ; je ne veux pas que les acteurs fassent semblant ! Vous avez prévu de jouer dans le film ? Matthias Van Khache : Non, pas du tout. Je ne l'écris pas pour moi. Je voudrais le réaliser et rester concentré sur la réalisation. Si on me laisse réaliser mon premier film, je ne pense pas que les gens auront la folie de me demander en plus de jouer dedans ! Quand j'écris, en général, je n'écris pas pour moi. C'est complètement stupide pour un comédien, mais je n'arrive pas à me projeter dans un rôle. Vous, Dominique, êtes-vous en train d'écrire votre deuxième long métrage ? Domique Filhol : Oui, je suis en train d'écrire le deuxième film mais je n'en dirai pas plus car je suis superstitieux. J'ai aussi un autre projet de documentaire. On va peut-être tourner l'année prochaine. Vous êtes actuellement à Cannes au festival Cinema For Space. Quels sont les films sur l'espace que vous ne vous lassez pas de regarder ? Dominique Filhol : Un de mes films préférés dans l'esprit de ce festival, c'est Contact de Robert Zemeckis, avec Jodie Foster. Je ne me lasse jamais de le voir. Après, il y a des films sur l'espace qui sont inspirants. Je suis un grand fan de Star Wars, 2001 l'Odyssée de l'espace, Rencontres du troisième type . Matthias Van Khache : Moi, il y a un film que j'adore et que personne ne connaît, qui s'appelle H2G2, Le guide du routard intergalactique . C'est l'adaptation d'un roman parodique de science-fiction des années 70. Le film est à hurler de rire. C'est de l'humour anglais. Il y a une pléiade d'acteurs : John Malkovich, Sam Rockwell, Helen Mirren... Que retiendrez vous de ce festival ? Dominique Filhol : On a eu la chance de déjeuner avec Claudie Haigneré. En discutant ensemble, on se rend compte à quel point l'espace est un sujet pluridisciplinaire qui rassemble aussi bien l'art, la culture, et plein de domaines de la science. J'espère qu'il rassemblera aussi les hommes ! Valensole 1965 de Dominique Filhol avec Matthias Van Khache, Vahina Giocante disponible en vod à partir du 8 décembre.











