top of page

André Marcon est Ubu Roi dans une mise en scène de Daniel Benoin au théâtre Anthéa

  • Laurence Ray
  • 15 mars
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 mars

Jusqu'au 21 mars, le théâtre Anthéa accueille Ubu Roi, la célèbre pièce d'Alfred Jarry, dans une mise en scène de Daniel Benoin. C'est André Marcon qui interprète ce personnage tyrannique, violent, cupide et avide de pouvoir. Un rôle magnifique mais difficile car la langue de Jarry est riche en néologismes. Outre le fameux « merdre » que le père et la mère Ubu répètent à l'envi tout au long de la pièce, Jarry multiplie les expressions savoureuses telles « De ma chandelle verte » ou encore « corne de ma gidouille ». Farce, comédie, tragédie, satire, Ubu Roi est un peu tout cela à la fois.


Lorsque Jarry a écrit la pièce en 1896, il ne se doutait sûrement pas qu'elle serait jouée cent trente ans après. C'est qu'elle est intemporelle et qu'elle a de fortes résonnances avec le monde contemporain. C'est ce qu'a voulu montrer Daniel Benoin dans sa formidable mise en scène, en rapprochant Ubu de Trump. D'ailleurs, lorsqu'il tue le roi Venceslas et qu'il s'empare du pouvoir, ce n'est pas une couronne qu'il met sur sa tête mais une casquette rouge ! André Marcon nous a parlé de ce rôle – sans doute l'un des plus difficiles de sa carrière -, dont il s'est emparé avec passion.


Mélanie Page et André Marcon au théâtre Anthéa dans Ubu Roi
Mélanie Page et André Marcon au théâtre Anthéa

Tout au long de votre carrière, vous avez interprété de très nombreux personnages. Le Père Ubu est-il un personnage auquel vous pensiez et que vous aviez envie d'interpréter avant que Daniel Benoit ne vous le propose ?

André Marcon : Non, je n'y pensais pas. En fait, je ne connaissais pas si bien cette pièce. Je l'avais lue par curiosité il y a longtemps, un peu superficiellement. Quand Daniel me l'a proposée, je l'ai lue plus attentivement. J'ai vu tout de suite que c'était une grande oeuvre. Le Père Ubu est un rôle magnifique. C'était un grand bonheur pour moi de l'interpréter.


Le texte a dû être difficile à apprendre. La langue de Jarry est riche, pleine de néologismes...

André Marcon : Il m'a fallu pas mal de temps pour apprendre le rôle parce qu' il est difficile. J'ai appris des textes difficiles dans ma vie, mais celui-là compte parmi les plus difficiles. Pour l'apprendre, j'ai fréquenté beaucoup Jarry, son écriture, sa langue, pendant plusieurs mois. Jarry est un grand poète de la scène. Le point de départ de la pièce, c'était une farce, une moquerie envers un professeur. Mais, au-delà de ça, Jarry a quand même écrit une pièce extraordinaire qui tient la route. Je ne sais pas s'il en était conscient. Si ce n'était qu'une potacherie, la pièce serait tombée en désuétude très vite. Mais là, elle tient le siècle, et même au-delà.


C'est aussi une pièce très physique, qui demande beaucoup d'énergie....

André Marcon : Oui, ce spectacle est un peu comme une épreuve, physiquement et sur le plan de la concentration. Je suis fatigué après chaque représentation. Il y a une quarantaine de scènes qui défilent en 1h30, donc il y a un rythme effréné sur la scène. Derrière aussi, ça n'arrête pas. Les gens circulent d'un endroit à l'autre, se changent, amènent des accessoires. C'est une espèce de course. C'est à la fois un sprint et une course de fond.

Ce rôle fait partie des plus épuisants que j'ai eus. J'ai l'impression de jouer à la fois une tragédie et une comédie, une bouffronnerie de Shakespeare. C'est un peu tout cela à la fois. On a beaucoup répété pendant plusieurs semaines mais la dernière semaine a été vraiment très intense. Heureusement, le jour de la première, tout était en place. Le théâtre, c'est toujours fatigant mais passionnant. On vit pour ça du matin au soir. C'est ça la passion !


Dans sa mise en scène, Daniel Benoin a voulu montrer que la pièce a de fortes résonnances avec l'actualité. La ressemblance entre Ubu et Trump est évidente. Vous, comment le décririez-vous ?

André Marcon : Je savais quel était le projet et la forme que voulait choisir Daniel. Moi, je vois aussi chez Ubu une candeur, une espèce d'enfance absolument épouvantables. Il a un côté enfantin et très humain, comme on peut le voir parfois chez les grands rôles de Molière. On trouve ces grands personnages tyranniques, mais ils sont au fond assez pleutres. Ce sont des espèces de brutes enfantines avec une grande humanité.


 Après Anthéa, il y aura plusieurs représentations à Paris à la rentrée prochaine mais avez-vous d'autres projets au théâtre ?

André Marcon : Je vais faire un solo avec Yasmina Reza au Petit Théâtre de la Porte Saint-Martin. Après, avec Alain Françon, je vais faire un Thomas Bernhard au Bouffes Parisiens.


Parallèlement au théâtre, vous menez une belle carrière au cinéma. Ces derniers mois, vous avez été à l'affiche de plusieurs films et notamment de La femme la plus riche du monde de Thierry Klifa, qui a reçu plusieurs récompenses à la dernière cérémonie des César....

André Marcon : J'ai beaucoup aimé ce personnage que m'a proposé Thierry Klifa : un personnage complexe, ambiguë aussi. Je trouvais que c'était remarquablement bien écrit. Thierry Klifa, Cédric Anger et Jacques Fieschi ont écrit un très bon scénario avec des dialogues magnifiques, un peu tchekhoviens, je trouve.


Dans quelques jours, on pourra vous voir dans Les Rayons et les Ombres, le nouveau film de Xavier Giannoli. Quel rôle y interprétez-vous ?

André Marcon : C'est la quatrième fois que je tourne sous la direction de Xavier Giannoli. Là, il m'a proposé de jouer le père de Jean Dujardin. C'est un rôle un peu fugace. Mais je ne peux rien refuser à Xavier Giannoli parce que je lui dois beaucoup. Il m'a donné de très beaux rôles. J'ai eu le plaisir de le retrouver pour quelques jours sur ce film, qui, je pense, sera formidable. Le personnage de Jean Luchaire et toute cette période historique ont une résonance avec l'actualité.


Avez-vous des projets au cinéma dans les prochains mois ?

André Marcon : Je vais jouer le PDG de Total Energie. Farid Bentoumi a écrit un très beau scénario. Les dates ne tournage ne sont pas encore arrêtées.



Ubu Roi d'Alfred Jarry, mise en scène de Daniel Benoin, avec André Marcon, Mélanie Page, Clément Althaus, Gaële Boghossian, Paul Chariéras, Paulo Correia, Benjamin Migneco, Julien Nacache, Pascal Paolini... à Anthéa jusqu'au 21 mars.





Commentaires


bottom of page
google-site-verification=shCiYWMp7RLtg7-ZVVQmBr0ImpOv3IBdqYk603hoiXM