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- 12e édition du ROCKFEST du 8 au 10 mai au Théâtre de Verdure de Nice
La 12e édition du ROCKFEST aura lieu du 8 au 10 mai au Théâtre de verdure et elle s'annonce exceptionnelle ! Il n'y aura non pas un mais deux parrains : Norbert (« Nono ») Krief et Manu Lanvin et dix-sept groupes se produiront sur la scène du Théâtre de Verdure de Nice, pour des heures de live aux sons des plus grands groupes de rock et de métal ! Un festival caritatif Entièrement composé de bénévoles, le ROCKFEST reversera 100% de ses bénéfices à l'association Sourire à la vie, qui œuvre depuis des années pour améliorer le quotidien des enfants atteints de cancer. Elle dispose d'une antenne au CHU de Nice, à l'hôpital L'Archet 2, et accompagne les enfants et les adolescents tout au long de leur parcours de soins. Depuis 2013, année de la création du Festival, ce sont près de 100 000 € qui ont été récoltés au profit de plus de 12 associations : Tous avec Hugo, Handisub, Solid'Art'Isthme, Rêves, Meghanora et Autisme PACA ou encore Bubble art. En 2025, 15000€ ont été reversés à cette association. Le festival affirme aujourd’hui sa volonté de s’inscrire durablement dans le paysage culturel azuréen, tout en conservant sa mission solidaire. Deux parrains : Norbert « Nono » Krief et Manu Lanvin Parrain depuis 2015, Norbert « Nono » Krief est un fidèle du Rockfest. Guitariste et cofondateur du légendaire groupe de rock TRUST, il a également été le guitariste de Johnny Hallyday pendant près de huit ans, ainsi que d’autres artistes de renom. Il a participé à plus d’une centaine d’albums d’artistes français et internationaux, tout en poursuivant une carrière solo ou au sein de différentes formations. Le festival pourra également compter sur la présence et le soutien de Manu Lanvin. Guitariste, chanteur et auteur-compositeur, ce dernier s’est imposé depuis des années comme l'une des figures majeures du blues-rock français. Porté par une énergie scénique intense et un son puissant nourri de blues électrique, il multiplie les albums, les tournées et les collaborations avec de grandes figures du genre. Norbert Krief et Manu Lanvin seront ensemble sur scène dimanche soir pour un concert plein d'énergie. ROCKFEST 2026, 12ème édition, les 8, 9 et 10 mai 2026 au Théâtre de Verdure Tarifs : (frais de location inclus): Préventes : Early forfait 3J adulte : 42 euros / 3J enfant : 28 euros. Pass 1 Jour adulte : 15€/ enfant : 10 euros. Billetterie : https://1maxdebruit.fr/billetterie-rockfest/ et points de vente habituels. Renseignements : 07 64 08 70 26
- Manu Lanvin au Rockfest : interview
Du 8 au 10 mai, le rock va résonner dans l'enceinte du Théâtre de Verdure. Pour sa 12e édition, le Rockfest, le festival caritatif qui soutient cette année l'association Sourire à la vie, engagée auprès des enfants atteints de cancer, va accueillir dix-sept groupes pour le plus grand plaisir des amateurs de rock et de métal mais aussi deux parrains prestigieux : Norbert « Nono » Krief, Guitariste et cofondateur du légendaire groupe de rock TRUST, soutient le Rockfest depuis 2015 et Manu Lanvin, considéré depuis des années comme l'une des figures majeures du blues-rock français. Son dernier album, Man on a mission, est sorti à la fin de l'année dernière et il est actuellement en pleine tournée avec son groupe The Devil blues. Il sera sur la scène du Théâtre de Verdure le dernier soir du festival, aux côtés de Nono Krief, pour un concert qui s'annonce plein d'énergie et qui fera un max de bruit pour reprendre le nom de l'association qui est à l'initiative du Rockfest. Quand il s'agit de parler de musique et de concerts, Manu Lanvin est toujours enthousiaste. Même en vacances. Lorsque nous l'avons contacté par téléphone, il était au Maroc, avec sa moto, et il a pris le temps de répondre à nos questions. Culture Net Info: Vous êtes le parrain de la 12e édition du Rockfest. Qu'est-ce qui vous a donné envie de participer à ce bel événement ? Manu Lanvin : Je ne connaissais pas le festival et c'est Nono Krief que je connais très bien qui m'a demandé si je voulais participer à cette édition. Nono est un guitariste que je respecte et en qui j'ai confiance, j'ai donc dit oui avec plaisir, sans demander plus de détails. Le fait de soutenir cette cause m'a plu tout de suite. Si ma participation peut aider à lever des fonds et permet aussi d'animer ce festival, je suis partant bien évidemment. Vous avez souvent joué avec Nono. Le dernier soir soir du festival, vous serez tous les deux sur la scène du Théâtre de Verdure ? Qu'avez-vous prévu ? Manu Lanvin : On a fréquenté les mêmes gens avec Nono : Johnny Hallyday, Bernie Bonvoisin. On a eu pas mal d'opportunités de nous rencontrer, d'avoir des histoires à échanger. Là, je vais venir en guest. L'idée, c'est d'amuser les gens, jouer des choses dont ils ont les références. Je pense que mon public de la Côte va venir, et bien évidemment, il y a des morceaux que je suis obligé de faire lorsque je me présente sur scène. C'est chouette : je ne vais pas jouer pas avec mes musiciens, mais j'ai totalement confiance en Nono. Je ne fais pas souvent ce genre de choses mais je suis content de le faire. C'est bien de sortir de sa zone de confort. J'ai un groupe, The Devil blues, qui fonctionne plutôt très bien en France et en Europe. On fait plus de 120 concerts par an. Vos concerts sont toujours pleins d'énergie. Vous êtes dans votre élément sur scène... Manu Lanvin : J'ai toujours fait de la musique uniquement pour la scène. Déjà, à l'âge de 12-13 ans, lorsque je montais sur scène avec mes groupes, on ne savait pas trop ce que c'était, de faire des albums. On écrivait des chansons, on faisait des compositions, mais ce qui nous éclatait, c'était de nous produire sur scène. Pour moi, la révélation de me dire qu'une vie de passion et une vie de musicien, c'était peut-être le chemin que j'aimerais prendre, c'est venu sur scène, très honnêtement. La première fois que je suis monté sur scène, j'ai dit : « Ici, c'est ma maison et personne ne m'enlèvera ce toit ». Et c'est ce qui s'est passé ! Le bonheur de jouer tous les jours pour des gens et de les voir s'éclater sur notre musique, les voir danser, les voir sourire dans un monde désespéré, c'est génial, parce que ce sont des moments de plaisir et de partage qu'on s'accorde ensemble. Moi, je prends du plaisir aussi à ce qu'ils en aient, ça me fait du bien : c'est une thérapie aussi pour moi de faire de la musique. Votre musique fait le lien entre le blues et le rock... Manu Lanvin : Le blues et le rock'n'roll, pour moi, c'est la même famille. Le blues, c'est la racine, et le rock'n'roll est un des fruits du blues. Mais la soul est aussi la résultante du blues, le jazz, le rhythm and blues, la funk, mais même la house-musique aussi, l'électro. Tout ça vient de ce courant primaire de musique née dans le fin fond du Mississippi. Alors moi, je m'amuse à réutiliser les codes, bien sûr. Mais en même temps, je ne suis jamais dans la singerie ni dans le plagiat, parce qu'on a toujours proposé quelque chose de moderne, qui sort des codes du Chicago blues et d'apporter une modernité en mélangeant d'autres influences, la soul, le rock'n'roll, le texte aussi, le songwriting, le folk. J'ai beaucoup travaillé avec Calvin Russell, qui était un grand songwriter, très aimé en Europe et en France. Il m'a donné le goût du beau, le goût de comment raconter des histoires. C'est ce que l'on ressent quand on écoute votre dernier album, « Man on a mission »... Manu Lanvin : Dans chaque album, il faut toujours un peu voyager vers un nouvel horizon, autrement on tombe vite dans la redite et on se répète. Je pense que c'est la phobie de tous les artistes, d'être dans la répétition constante. Parce que bien évidemment, c'est une zone de confort de réutiliser une recette qu'on a déjà utilisée et qui a fonctionné. Moi, c'est un truc qui me fait peur. Donc voilà, on essaie d'explorer d'autres choses qui font partie de nous, mais qu'on n'a jamais explorées. Les journalistes disent que dans cet album, il y a beaucoup plus de soul et beaucoup plus de songwriting. Et moi, ça me va, parce que les grands songwriters m'ont inspiré, tout autant que les chanteurs comme Otis Redding. Tous les artistes de la Stax Records m'ont énormément inspiré. C'est eux qui m'ont donné envie de chanter. En ce moment vous êtes en pleine tournée avec votre groupe... Manu Lanvin : Je suis en pleine tournée mais là, pour une fois, j'ai la chance, j'ai un break de deux semaines, donc j'ai pris ma bécane. J'ai traversé la France, l'Espagne, le Maroc et je vais jusqu'à la Mauritanie. Je me rends compte que j'aime le voyage : le fait de rester entre quatre murs chez moi, ça m'angoisse. Ma fille a 17 ans, donc elle a moins besoin de son père ! Il n'y a plus personne qui m'attend à Paris. Du coup, j'ai enfourché ma bécane et je suis parti vers le sud. La reprise, c'est ce festival. Et à tel point que je m'étais dit que j'allais peut-être rentrer par le sud de la France, sans passer par Paris. La moto, c'est la liberté ! La liberté, le fait de ne pas se laisser enfermer dans des cases, c'est ce qui vous a toujours guidé dans votre parcours.... Manu Lanvin: Je me sens privilégié d'avoir d'avoir eu l'audace d'écouter mon coeur. Je pense qu'une vie sans passion est une vie foutue. Je pense que dès le plus jeune âge, on devrait insister là-dessus. Les études, c'est bien, ça peut vous diriger vers quelque chose de précis et de nécessaire pour la société, mais il faut quand même développer des acuités, des sensibilités que l'on peut avoir en nous. Quitte à profiter de cette belle expérience qu'est l'existence, il faut faire des choses qui nous éclatent ! Si on ne le fait, on passe à côté de sa vie. Vous êtes souvent venu sur la Côte mais rarement à Nice... Manu Lanvin : Je connais plein de super musiciens qui viennent de Nice, qui jouent avec plein de grands artistes. Je suis déçu de ne pas retourner à Nice plus souvent pour du blues et du rock'n'roll. J'ai beaucoup collaboré avec The Avener, puisque j'ai fait toutes ses guitares sur son album et j'ai chanté sur certains de ses titres. J'ai souvent été appelé pour l'accompagner pendant le Festival de Cannes. On a fait de super trucs ensemble ; on a notamment joué sur la terrasse du Palais des Festivals. J'ai aussi joué à Juan les Pins avec Ben Harper et à l'Opéra Garnier de Monaco avec Buddy Guy et Johnny Gallagher. Sur ma toute première tournée professionnelle, je me souviens que j'ai joué dans la salle Lino Ventura de Nice. Malheureusement, il n'y avait pas beaucoup de monde à l'époque parce que c'était le début de mon aventure ! Quels sont vos derniers coups de cœur musicaux ? Manu Lanvin : Je suis fan d'un groupe belge qui s'appelle Triggerfinger. Ils ont perdu leur bassiste mais j'ai écouté leur dernier EP. Je trouve que c'est vraiment bien. J'écoute aussi beaucoup Robert Finley : c'est un artiste qui a été connu sur le tard et qui cartonne en ce moment. Comment on a pu passer à côté de cette voix magnifique et de ce talent-là ? Jean-Michel Jarre considère qu'un artiste doit s'emparer de l'IA, qu'elle est comme une «muse », une « assistante ». Et vous, qu'en pensez-vous ? Manu Lanvin : J'ai un studio d'enregistrement à Paris. Je travaille avec Quentin Bachelet qui est un très bon producteur et réalisateur de musique à l'image. Il s'y intéresse, non pas qu'on veuille l'utiliser mais c'est qu'on veut comprendre comment bien l'utiliser. Très honnêtement, on va voir comment ça va évoluer, mais on en est très déçus. On passe autant de temps à chercher avec cet outil-là que finalement à exécuter nous-mêmes les choses ! Maintenant on commence à avoir l'habitude et on reconnaît quand les voix viennent de l'IA. On l'entend tout de suite. C'est terrible ! Ce sont les mêmes voix qu'on entend partout. En ce moment, j'écoute un groupe de Canadiens qui s'appelle Angine de Poitrine. C'est devenu un phénomène mondial. Ils ont une manière de travailler qui est totalement anti-intelligence artificielle. En fait, ça ne va tellement pas dans les codes d'aujourd'hui que d'un seul coup, ça captive ! Il faut savoir se démarquer. ROCKFEST 2026, 12ème édition, les 8, 9 et 10 mai 2026 au Théâtre de Verdure Tarifs : (frais de location inclus): Préventes : Early forfait 3J adulte : 42 euros / 3J enfant : 28 euros. Pass 1 Jour adulte : 15€/ enfant : 10 euros. Billetterie : https://1maxdebruit.fr/billetterie-rockfest/ et points de vente habituels. Renseignements : 07 64 08 70 26
- Anne Sila marraine de la 8e édition de Pouce la vie à Monaco : interview
En 2015, la voix d'Anne Sila touchait en plein cœur le jury de The Voice et de millions de téléspectateurs, marquant ainsi le début d'une belle carrière. Depuis, la chanteuse a sorti plusieurs albums, fait des tournées, qui l'ont conduite dans toute la France mais aussi à Monaco. C'était en 2022 à l'Espace Léo Ferré. Le 5 mai, elle reviendra dans la Principauté pour une occasion bien particulière, en tant que marraine de la 8e édition de Pouce la vie, un événement au profit de l'association Flavien qui lutte contre les cancers pédiatriques. Elle sera sur scène aux côtés d'Yvan Cassar et du groupe Call me Winston pour un concert qui mettra à l'honneur les musiques de film. Contactée par téléphone, Anne Sila nous a parlé de cet événement qui lui tient particulièrement à cœur. Elle a aussi fait part de ses projets musicaux. Après trois ans d'absence, plus épanouie que jamais, elle est de retour avec un nouvelle chanson et un spectacle avec Yvan Cassar à l'automne. Anne Sila (crédit photo : Boby Allin) Culture Net Info :Vous êtes marraine de la 8e édition de Pouce la vie aux côtés d'Yvan Cassar que vous connaissez bien... Anne Sila : Comme on va faire un concert à la Seine musicale en octobre prochain à Paris, on est souvent ensemble en ce moment ! Quand il m'a parlé de Pouce la vie, j'ai trouvé ça hyper classe de mettre sa notoriété pour quelque chose d'utile. J'ai dit oui avec plaisir évidemment. Et puis, ce que je trouve beau dans l'association Flavien, c'est qu'elle accompagne les enfants et leurs familles. Ce concert est une sorte de fête pour que tout le monde puisse s'éclater. Je trouve la démarche géniale. Je suis très heureuse d' être la marraine de cette édition. Il y aura beaucoup de chansons ! Ce que je trouve génial, c'est qu'il y a un côté éclectique. J'adore faire de la musique avec de nouveaux musiciens et rencontrer des gens. J'adore faire un peu tous les styles. C'est vraiment ma marque de fabrique. Donc là, j'ai une seule hâte : c'est qu'on y soit ! Culture Net Info : Quel est ce projet avec Yvan Cassar sur lequel vous êtes en train de travailler ? Anne Sila : Je suis hyper fière de ce projet. On sera les 29 et 30 octobre à la Seine Musicale. Je serai en duo avec Yvan Cassar. On l'avait fait en Suisse parce qu'on avait eu une demande et, comme ça s'est très bien passé, on a eu l'idée d'en faire un spectacle. Sur scène, on va parler un petit peu de ce qu'on a en commun, le fait d'aimer plusieurs esthétiques, d'avoir envie de tout faire. Ca va être sympa. Je suis très heureuse de faire ces deux concerts et j'espère qu'on partira en tournée. Culture Net Info : Dans ce spectacle, allez-vous interpréter de nouvelles chansons ? Anne Sila : Oui, bien sûr ! J'ai écrit et composé une nouvelle chanson qui va bientôt sortir. J'en suis assez fière. C'est une chanson qui n'a rien à voir avec ce que je fais d'habitude. Ça fait très longtemps que j'ai cette chanson dans ma tête. Le style est différent ; il est un peu urbain, avec un côté plus actuel. J'avais peur de la sortir parce qu'on m'a beaucoup entendu sur des balades, des chansons plutôt romantiques. Ce nouveau titre va sûrement surprendre. Il ne me ressemble pas, mais c'est quand même tout moi. Je pense que ça me fait du bien d'assumer que j'aime plusieurs styles. C'est une chanson qui va faire danser. J'adore toujours faire des balades, mais, je crois que j'ai envie de ne rien m'interdire. Je suis vraiment en train de revenir. J'ai pris le temps, trois ans exactement, mais je reviens et je suis très heureuse. J'ai hâte ! Culture Net Info : Pourquoi vous-êtes absentée si longtemps ? Anne Sila : J'avais du mal à me retrouver dans ce que je faisais et j'avais vraiment besoin de me poser un peu, de réfléchir. Ca ne m'a pas empêchée de faire plein de projets à côté mais j'avais besoin de réfléchir à ce que j'avais vraiment envie de faire. En fait, ce que je choisis, c'est de tout faire ! En tant qu'artiste, de toutes façons, on est forcément critiqué, et on fait des choses qui ne plaisent pas forcément. Le fait de se regarder vivre au lieu de vivre, ça me touche particulièrement. En plus, comme je suis médiatisée, je vois bien que le rapport que j'ai à mon image a totalement changé et je pense que c'est important d'en parler un peu sous forme de chanson un peu marrante. La chanson qui va sortir parle des réseaux sociaux qui nous donnent toujours l'impression que les gens font mieux, qu'on n'est jamais au bon endroit, que l'herbe est plus verte ailleurs. On est toujours dans la comparaison. C'est assez triste de vivre dans un monde où tout est exagéré, où on a l'impression que tout le monde est plus beau, plus riche, plus heureux. Quand on a un certain âge, on arrive à prendre du recul. Mais pour les plus jeunes, c'est beaucoup plus difficile ! Cette chanson est un mini coup de gueule ! J'ai vraiment hâte de sortir ce titre et d'ouvrir cette nouvelle page. J'ai évidemment de l'appréhension parce que je sais que ça ne ressemble pas à ce que je faisais avant et, en même temps, je pense que ça n'a jamais été autant moi. Par la suite, il y aura un album avec des chansons qui parleront du cerveau, des maladies mentales. C'est un sujet qui me touche. Pouce la vie le 5 mai à 20 h à l' Auditorium Rainier III. Tarifs : 15 € (adultes) / 5 € (-16 ans), placement libre. Billetterie : Atrium du Casino, montecarloticket.com ou par téléphone au +377 92 00 13 70
- Interview de Jean-Michel Jarre lors de la deuxième édition du WAIFF
Il y a cinquante ans Oxygène, l'album mythique de Jean-Michel Jarre sortait et partait à la conquête du monde entier. Depuis, le pionnier de la musique électronique, toujours curieux et tourné vers l'avenir, a multiplié les projets, mettant les nouvelles technologies au service de sa musique. Invité de la deuxième édition du WAIFF qui s'est tenu à Cannes il y a quelques jours, Jean-Michel Jarre a vanté les mérites de l'intelligence artificielle, qu'il considère comme une véritable opportunité pour les artistes. Nous l'avons rencontré. Culture Net Info : L'IA est devenue incontournable aujourd'hui, mais, pour certains, elle est une source d'inquiétude. Que leur diriez-vous pour les rassurer ? Jean-Michel Jarre : L'IA est encore pleine de défauts. C'est le début d'une technologie qui n'est pas encore au point, qui est pleine de limitations, pleine d'accidents. Ca me rappelle, par exemple, le début du sampling dans la musique. On voit donc bien que les limites et les contraintes, sont à la base de la création. Aujourd'hui, tout le monde parle de l'IA comme une sorte de danger pour la création, alors qu'en fait, c'est plus que jamais une opportunité, à cause aussi de ses défauts. Je m'en rends compte tous les jours. Je travaille sur plusieurs projets, sur le plan visuel et sur le plan musical. Ce qui est génial, ce sont tous les accidents qui arrivent, qui font des textures inattendues. Du coup, on passe du rôle de compositeur ou de réalisateur à un rôle de curateur de son propre travail. C'est-à-dire que quand on compose ou quand on écrit, on suit une idée qu'on essaie de réaliser de la meilleure manière possible. Avec l'IA, il y a un dialogue qui s'instaure, où, par rapport à l'idée qu'on a, on a plusieurs réponses. On peut choisir plusieurs voies. Je trouve que c'est complètement nouveau comme processus de création. Culture Net Info : Le point de départ de la création reste toujours l'esprit humain... Jean-Michel Jarre : Pour moi, le principe de l'IA, c'est de moissonner dans le big data. Lorsqu'une idée arrive, qu'elle soit musicale, cinématographique ou autre, elle surgit de manière mystérieuse, et on a envie de l'exploiter. Mais d'où vient-elle ? D'un processus de notre subconscient qui moissonne dans notre big data personnel, qui est notre mémoire, notre culture, notre environnement, nos amis, et donc tout ce qui fait notre bagage émotionnel, intellectuel... Par conséquent, l'IA, pour moi, devient une sorte de muse, d'assistante, de collaboratrice à bras multiples, qui décuple son travail de recherche au niveau du quotidien. Ensuite, il faut savoir aussi s'en sortir pour pouvoir l'utiliser. Pour les concerts que je vais cette année, j'ai réalisé la totalité de la scénographie moi-même. Je revendique tout à fait que c'est quelque chose de totalement personnel, qui me ressemble et qui ressemble à ce que je voulais faire dès le départ. Culture Net Info : Vous avez toujours fait preuve d'innovation. A Cannes, à l'occasion du Midem en 2024, vous aviez donné un concert immersif.... Jean-Michel Jarre : Je pense que c'est la technologie qui dicte les styles, et ce n'est pas l'inverse. Il y a deux confusions qui sont faites par rapport à la technologie. Un, la technologie est neutre, c'est celui ou celle qui est derrière cette technologie qui décide de ce que va être le résultat, et c'est la même chose pour l'IA que pour un synthé ou pour une caméra. Et deux, la technologie aussi dicte les styles, c'est-à-dire que c'est parce qu'on a inventé le violon que Vivaldi existe, parce qu'on a inventé la caméra, qu'on a Lelouch ou Tarantino... Donc, on voit bien qu'aujourd'hui, l'IA va créer les genres de demain, le hip-hop de demain, le rock de demain. Le cinéma de demain va être évidemment généré, pas seulement par des algorithmes, mais par la technologie elle-même qui va nous faire découvrir d'autres manières de nous exprimer. Culture Net Info : En dépit de toutes les prouesses technologiques, ce que recherche le spectateur reste l'émotion... Jean-Michel Jarre : Exactement ! Au fond, ce sont toujours les émotions qu'on essaie d'exprimer : notre rapport à la solitude, à la mort, à l'amour, à la compétition. Ce sont des émotions qui sont intemporelles. Et simplement, les artistes utilisent la technologie de leur époque pour être en phase avec la société dans laquelle ils se trouvent. Avant-hier, c'était avec le pinceau. Hier matin, c'était avec l'appareil photo et la caméra. Hier soir, c'était l'ordinateur, et aujourd'hui, c'est l'IA. Ce n'est pas l'IA qui est responsable de l'émotion ou du manque d'émotion du résultat. C'est celui ou celle qui est derrière l'IA, comme derrière un pinceau ou derrière une caméra. La caméra n'est pas responsable du résultat du film, ou du fait de savoir si vous allez rire ou pleurer. C'est celui ou celle qui est derrière la caméra. C'est exactement la même chose par rapport à l'IA. Culture Net Info : Pensez-vous que les festivals de cinéma, comme le Festival de Cannes par exemple, devraient s'ouvrir davantage à l'IA ? Jean-Michel Jarre : C'est amusant de voir à quel point les secteur du cinéma et de la musique sont conservateurs. Le progrès, plus vite on l'embrasse, plus vite on l'explore et on l'exploite, plus vite on peut éventuellement en combattre les effets négatifs. Interdire l'IA dans un festival, c'est un peu comme si on interdisait d'utiliser tel type de caméra. Encore une fois, avec l'IA, c'est le résultat qui compte. La morale et la création sont deux choses différentes. Moi, je suis un voleur. Je vole tout ce que je regarde, tout ce que je lis, tout ce que je vois. Et pour moi, l'IA est une muse, une collaboratrice, comme je le disais, une assistante. Et c'est ça qui est important. Qu'est-ce qui fait l'originalité d'un artiste ? C'est sa singularité, c'est le fait qu'il a approché un certain nombre de choses d'une manière spécifique qui ne sont qu'à lui. Maintenant, effectivement, l'IA va permettre de faire du faux Taylor Swift, du faux, du faux Gainsbourg. Mais les faussaires existaient déjà à l'époque de Vermeer et Renoir. Donc, pour moi, ça n'est pas un sujet. Culture Net Info : Vous pensez donc que les artistes doivent s'emparer de l'IA ? Jean-Michel Jarre : Aujourd'hui, je pense qu'il est urgent d'embrasser cette technologie. On est déjà très en retard quand on voit que les Chinois ont décidé cette année d'enseigner l'IA dans les écoles primaires. Au Conservatoire de Musique de Pékin, il y a un département qui s'appelle Musique, IA et Neurosciences. On apprend l'IA comme un nouveau solfège. On voit bien le décalage. Refuser une technologie qui est déjà là, c'est une erreur énorme. Si on veut combattre une technologie parce qu'on pense qu'elle est néfaste, il faut la connaître. On ne peut pas la rejeter sans la connaître. C'est ridicule. On prend beaucoup de retard par rapport aux Etats-Unis et à la Chine. Je pense que là, il faut adopter ce que j'appellerais la stratégie du corsaire, c'est-à-dire aller prendre ce qu'on nous a fait. Pendant des années, il y a eu un transfert de technologie par exemple entre l'Europe et la Chine. Aujourd'hui, il faut faire l'inverse. Il faut aller en Chine et reprendre les technologies, quitte à passer des partenariats avec eux. Au début de l'imprimerie, certaines personnes au Vatican étaient foncièrement contre le fait que l'imprimerie puisse se développer, parce que ça voulait dire partager le savoir, partager la connaissance. Chaque fois, les technologies que les humains ont développées vont plutôt vers une démocratisation du savoir, des outils culturels, plutôt que l'inverse. Ce qui est formidable dans l'IA dont on ne parle pas beaucoup, c'est le formidable outil de démocratisation que ça va devenir, dans des pays émergents, des pays qui n'ont pas beaucoup de moyens. Je prends par exemple certains pays d'Afrique, où des gens peuvent demain faire un film avec très peu de choses. Et donc, de la même manière que l'informatique a permis d'un seul coup de composer, d'enregistrer, de produire, de mixer, de distribuer sa musique depuis sa chambre à coucher à travers l'ordinateur, l'IA va permettre de faire la même chose aussi pour le cinéma et pour la musique, donc il faut plutôt s'en réjouir !
- 2e édition du WAIFF : interview de Sarah Lelouch et Elsa Zylberstein
Cannes vient d'accueillir la deuxième édition du WAIFF, le festival international dédié à la rencontre entre création audiovisuelle et IA, attirant un public curieux et de très nombreux professionnels. Si cette deuxième édition a été un tel succès, Sarah Lelouch y est sans doute pour beaucoup. Co-organisatrice du WAIFF, elle est la fondatrice de deux initiatives majeures : le TechCannes Business Club, un réseau d'affaires mettant en relation les acteurs du cinéma et de la technologie et ClapAction, une plateforme révolutionnaire qui invite le public à participer activement à la création cinématographique. Nous l'avons rencontrée sur le roof top de l'hôtel Marriott, accompagnée de l'actrice Elsa Zylberstein, membre du jury de cette édition. Culture Net Info : Il s'agit de la deuxième édition du WAIFF. Le public, de même que que les professionnels, sont venus nombreux. Comment expliquez-vous ce succès ? Sarah Lelouch : Je pense qu'il y a un an, la profession était terriblement divisée sur ce sujet-là. Même si elle l'est toujours, on ne peut plus nier l'arrivée de l'IA dans l'univers de l'audiovisuel. En tout cas, il faut une plateforme aujourd'hui pour discuter de ces sujets. Les œuvres ne peuvent pas exister si les talents ne sont pas derrière. Malheureusement, le problème, c'est qu'aujourd'hui, ceux qui ont peur, ce sont les talents. Il faut les rassurer, et il faut des plateformes comme celle-ci, pour pouvoir expliquer qu'on peut continuer à faire du cinéma et que de toutes façons, dans un an, il n'y aura plus un seul film qui sortira sans que l'IA n'ait été utilisé, que ce soit derrière ou devant la caméra. L'édition de l'année dernière a eu de grandes répercussions internationales et la ville de Cannes a vraiment eu envie qu'on vienne s'installer là. Je pense que le WAIFF va perdurer et qu'il va devenir le festival de l'innovation. Culture Net Info : Elsa, qu'est-ce qui vous a donné envie de participer à ce jury ? Elsa Zylberstein : C était vraiment par curiosité. L'IA, c'est incontournable maintenant ; tout le monde en parle. Je me suis dit que ce serait intéressant d'aller voir ce qu'il s'y passe, d'entendre les gens en parler. En tant qu'artiste, c'est compliqué, parce que, pour moi, le regard d'un acteur, les yeux d'un acteur, un gros plan d'un acteur, ce n'est pas égalable et ça ne sera jamais remplaçable. Après, c'est à faire ensemble, je pense que ce n'est pas l'un contre l'autre : pour certains films, ça va être génial, notamment pour les films d'époque ou les films de science-fiction. Mais pour moi, en tant qu'actrice, ça ne changerait rien à ma vie. Culture Net Info : Etes-vous du même avis, Sarah ? Sarah Lelouch : En effet, je pense que l'IA ne remplacera pas les acteurs. Je crois aux films hybrides, mais je ne crois pas aux films 100% IA. On a besoin des acteurs ; ce sont eux qui donnent l'émotion. Les doubleurs sont les plus menacés aujourd'hui, mais on a quand même besoin d'eux, parce que l'IA peut doubler les voix en anglais, mais il faut de l'intention et de l'émotion. Culture Net Info : Lorsqu'Adrien Brody a reçu l'Oscar pour The Brutalist, il y a eu une polémique car son accent a été amélioré grâce à l'IA. Qu'en pensez-vous ? Sarah Lelouch : Je pense que c'est un mauvais débat, parce qu'aujourd'hui, quand on fait un film, c'est pour ressentir la vérité au maximum. On ne critique pas quand on utilise les effets spéciaux. C'est exactement la même chose avec Adrien Brody. Il a appris la langue et c'est lui qui joue. Donc, à mon avis, le débat est faux. Elsa Zylberstein : La cuisine intérieure, personne n'a à la connaître. Même si on a amélioré un peu le hongrois d'Adrien Brody grâce à l'IA, ce n'est pas le sujet, c'est lui qui joue. Quand on va au cinéma, c'est pour y croire et se laisser emporter. Culture Net Info : En tant que membre du jury, vous avez pu voir plusieurs films créés par l'IA. Quelles ont été vos impressions ? Elsa Zylberstein : Moi, ça ne me touche pas. J'ai vu de très beaux plans dans certains films mais, pour moi, rien ne remplacera Nanni Moretti avec sa vespa dans Rome. Rien ne remplacera La leçon de piano de Jane Campion, ni Les Uns et les autres de Claude Lelouch. Il n'y a que l'émotion qui m'intéresse. Pour moi, le cinéma ne sera pas remplacé par l'IA. C'est davantage quelque chose qu'on amène pour certains films, un outil. Culture Net Info : Comme toutes les innovations, c'est un outil qui peut faire peur... Sarah Lelouch : Quand le 4K est arrivé, il y a 20 ans maintenant, ça a créé aussi un débat. Pas aussi révolutionnaire que celui qu'on est en train de vivre. Il y a eu une vraie guerre entre les réalisateurs qui refusaient d'utiliser cette technologie et ceux qui voulaient continuer à tourner avec du 35mm. Ils ne voulaient pas se rééquiper. A chaque fois qu'une innovation arrive, c'est un défi pour l'audiovisuel. Avant d'être un confort ou un plus. Aujourd'hui, je considère qu'il y a deux types de producteurs : ceux qui assument l'arrivée de l'IA et qui l'utilisent et puis ceux qui n'ont pas encore fait leur coming out, c'est-à-dire qu'ils l'utilisent mais ils n'osent pas encore le dire parce qu'ils ont peur de perdre leurs talents. Mais aujourd'hui, quand un producteur lit un scénario, il a moins peur qu'avant. Avant, quand il lisait un scénario d'un jeune talent avec des explosions dans tous les sens, il se demandait s'il allait le financer. Mais, s'il sait qu'avec l'IA, il pourra quand même faire un film qui coûte 3 ou 4 millions, je trouve ça formidable. Si on regarde le même film, l'un fait avec des effets spéciaux, l'autre fait avec l'IA, il est extrêmement difficile de voir la différence. Affiche de l'édition 2026 du World AI Film festival Culture Net Info : Dans quelques jours aura lieu le Festival de Cannes, pensez-vous y aller Elsa ? Elsa Zylberstein : On va voir. C'est une passion pour moi. Je suis née au Festival de Cannes. C'est là qu'a été présenté mon premier film, Van Gogh de Maurice Pialat. J'y suis souvent allée depuis. C'est toujours un plaisir !
- L'enfant bélier au cinéma : interview de la réalisatrice Marta Bergman
Après Seule à mon mariage remarqué à l'Acid durant le Festival de Cannes 2018, L'enfant bélier , le nouveau film de Marta Bergman, sortira au cinéma le 29 avril. Inspiré de plusieurs faits réels, il dénonce la dureté de la politique migratoire en Belgique. Sara (Zbeida Belhajamor) et Adam (Abdal Razak Alsweha) ont fui la Syrie pour offrir un avenir meilleur à Clara, leur petite fille de 2 ans. Ils sont arrivés illégalement en Belgique et espèrent, comme tant d'autres, pouvoir rejoindre l'Angleterre. Mais, une nuit, la police prend en filature la camionnette du passeur dans lequel ils sont montés. Redouane (Salim Kechiouche), un officier de police chevronné, va tenter d'arrêter le véhicule. C'est alors que tout va basculer. Avec L'enfant bélier , Marta Bergman a réussi un film politique, et profondément humain. En alternant les points de vue, - celui du policier et celui du couple de syriens-, elle s'est éloigné du manichéisme facile dans lequel d'autres seraient tombés. Quelques jours avant la sortie du film, elle nous a accordé une interview pour parler du film. Culture Net Info : Le titre du film, « L'enfant bélier », est assez énigmatique et revêt plusieurs sens. Pourquoi ce choix ? Marta Bergman : J'aimais bien le multiple sens du mot « bélier » qui est à la fois astrologique, animal, et qui fait référence à une arme. Je trouvais ça très beau de garder ce titre. Il souligne aussi le mensonge de la police. C'est une expression qui va être utilisée dans le point presse de la commissaire, pour accuser les victimes. C'est une tactique assez classique, je crois, de faire porter la culpabilité aux victimes. C'est ce que la police fait dans un premier temps, en utilisant ce terme. Pour aborder un tel sujet, il vous a fallu vous documenter... Marta Bergman : Oui, on a fait beaucoup de recherches auprès de la police, auprès des personnes migrantes, pour avoir une police la plus réaliste possible, et connaître les mécanismes et les explications. Par exemple, dans le film, après que le véhicule a été stoppé, on voit que les policiers ordonent à tous les occupants de se mettre genoux à terre. Il y a un justificatif légal à cette situation. La police cherche des armes et considère que tout le monde est à priori coupable. Dans le film, ce n'est pas expliqué. Je ne voulais en aucun cas faire un film explicatif mais je me suis basée sur une réalité. Dans le film, le policier qui a tiré n'est pas foncièrement méchant. Vous le montrez avec une certaine humanité... Marta Bergman : Je ne voulais pas faire un film manichéen avec les bons et les méchants. Ce n'est pas une position confortable de montrer ces deux points de vue. Je voulais que le personnage qui tire soit réaliste, humain, et qu'il commette un acte qu'il n'aurait pas dû faire. C'est le seul qui porte cette culpabilité. Les autres policiers ne portent pas cette culpabilité. Ils sont plus archétypaux. Avant de commettre ce geste, plus tôt dans le film, il laisse partir un migrant âgé de 17 ans... Marta Bergman : On m'a longuement expliqué que pour les policiers il y a une zone grise, une marge de manœuvre. Ils sont les exécutants d'une politique, mais à l'intérieur de ces missions, ils peuvent décider si ce qu'ils font en vaut vraiment la peine. Ça leur laisse une certaine latitude de décision. Dans le film, quand le policier agit ainsi, humainement, il a sans doute eu pitié et s'est dit « ça ne vaut pas vraiment la peine, qu'est-ce qu'on va en faire ? Il va sans doute être relâché dans quelques heures donc autant le laisser partir. » Il y a tout un raisonnement. Tous les policiers n'appliquent pas systématiquement et de manière robotique les instructions. Ce que je montre dans la scène, c'est qu'il a été touché par cette personne, contrairement à ses collègues. Voilà, ça c'est aussi le personnage. Ce n'est pas quelqu'un de foncièrement méchant. Les policiers sont interprétés par des comédiens professionnels que l'on a souvent vus au cinéma. En revanche, le couple de syriens est interprété par des comédiens moins expérimentés... Marta Bergman : J'ai choisi Zbeida parce qu'elle est tunisienne. Je voulais une part d'authenticité pour le personnage de Sara. J'ai flashé sur cette comédienne en la voyant dans Une histoire d'amour et de désir de Leyla Bouzid. J'ai vraiment aimé son visage, sa photogénie et son énergie qui correspondaient au personnage. Quant à Abdal, qui joue le rôle de Adam, il est un acteur non professionnel ; il est coiffeur et il correspondait au personnage que j'avais écrit qui était coiffeur aussi dans le scénario. Mais il n'y a pas que ça : je voulais un homme sensible qui ne soit pas non plus un archétype. Les personnes qui sont dans la camionnette, elles, sont toutes issues d'une trajectoire migratoire. Ce ne sont pas des acteurs. On a construit ensemble les scènes, notamment celles dans la camionnette. D'abord elles m'ont témoigné de leur expérience de migration. Abdal m'a aussi longuement parlé de son histoire personnelle. C'est de cette façon qu'on enrichit et nourrit le récit et les personnages. On a travaillé ensemble. Comment on fait ? Où est-ce qu'on se met ? Qu'est-ce qu'on dit ? Tous ces détails, - parce que je voulais faire un film de détails -, a été construit avec ces personnes-là, sur base de leur expérience. La petite fille qui interprète Clara est géniale. Comment l'avez-vous trouvée ? Marta Bergman : On a fait un casting dans la communauté syrienne à Bruxelles. Elle s'est rapidement imposée. Il n'y a eu aucun doute. Mais elle n'a pas été dirigée ; c'est nous, l'équipe, qui nous mettions à sa disposition. Ses parents étaient là tout le temps pendant le tournage. Elle avait conscience qu'elle jouait et puis les acteurs ont fait un gros travail aussi pour l'acclimater, pour construire une relation avec elle. C'est une petite fille qui a un talent fou, une grande intelligence, et qui est vraiment portée par ses parents. Elle apprend l'anglais, elle nage, elle joue du piano. Le film est court, se déroule dans un espace-temps assez limité. On sent que vous a avez apporté un soin aux détails, que tout a été construit en amont... Marta Bergman : La relation des personnes migrantes dans la camionnette, la relation entre les policiers, tout a été vraiment préparé et construit. Je voulais faire un film court, dense, intense, avec cette question qui m'a habitée et qui m'a donné sans doute l'impulsion d'écrire cette histoire : comment quelqu'un est amené à commettre un tel acte et quelles sont les répercussions immédiates ? Jusqu'où quelqu'un fait le choix inconscient, parce que tout ça va très vite, d'être loyal à sa famille au sens large, plutôt qu'à son humanité et à ses valeurs intérieures ? Le film a été présenté en avant-première dans de nombreuses villes. Quelles ont été les réactions de ces premiers spectateurs ? Marta Bergman : C'est un film qui suscite beaucoup d'émotions. Dans les échanges que j'ai eus avec le public, les gens essaient moins de rationaliser mais me disent souvent qu'ils ont vraiment vécu une expérience, qu'ils sont entrés dedans et qu'ils se sont laissés emporter par les personnages et par l'émotion. C'est beau d'entendre ça. Je suis contente. On me parle aussi souvent de sensualité et ça me plaît beaucoup également d'entendre que la sensualité que j'ai vue dans les personnages soit visible et palpable. Ce dont je me rends compte en discutant avec le public, c'est que mes intentions transparaissent assez clairement sans que ce soit explicatif parce que je n'aime pas les films explicatifs. Ça me rassure aussi de voir ça. L'enfant bélier de Marta Bergman avec Salim Kechiouche, Zbeida Belhajamor, Abdal Razal Alsweha, Lucie Debay, Michaël Abiteboul, Yoann Zimmer, Marie Denarnaud... au cinéma le 29 avril.
- Quatrième édition du Festival de Magie du TNN
Du 18 au 25 avril aura lieu la quatrième édition du Festival de Magie au TNN. Comme lors des années précédentes, il réunira plusieurs artistes de renommée internationale pour le plus grand plaisir des petits comme des grands. Demandez le programme ! Les spectacles 18 avril 20h : grand gala de magie (salle de La Cuisine) Direction artistique Olmac. Des illusionnistes internationaux présenteront leurs tours lors d’une soirée unique , sous la direction artistique d’ Olmac , Grand Prix de magie. Mentalisme, close-up ou magie traditionnelle, tous sont des experts dans leur Art ! 21 & 22 avril 20h : Heka [Tout n’est qu’un faux-semblant] (salle de La Cuisine) Mise en scène Sean Gandini, Kati Ylä-Hokkala. Avec humour et réflexion, la troupe Gandini Juggling , référence mondiale dans le jonglage, signe ici un spectacle hybride mêlant cirque, magie et danse. Avec Heka , inspiré du dieu égyptien de la magie, Sean Gandini revient à ses premières amours et s'entoure des magiciens Yann Frisch et Kalle Nio pour repousser les limites de l'illusion. 22 & 23 avril 20h : FauxFaire FauxVoir (salle des Franciscains) Conception & coordination générale Thierry Collet. La Compagnie Le Phalène propose un format original qui invite le public à un parcours magique et interactif. Trois magiciens spécialistes de l’arnaque et de la manipulation mentale y interrogent les outils qui nous transmettent l’information et façonnent notre conception du monde : nos sens, les caméras de nos téléphones, nos objets connectés... 25 avril 14h-16h : Chifumi (salle des Franciscains) dès 2 ans Conception & mise en scène Delphine Lanza. Chifumi prend place sur un grand miroir, surface réfléchissante où dansent des personnages singuliers : des mains, des feuilles qui volent, des cailloux, des ciseaux qui nagent... À travers cette odyssée poétique, la Cie STT – Super Trop Top invite les tout petits dans un monde sensible et enchanteur, mêlant formes abstraites, animales et mythologiques. 25 avril 20h : Hasard (Salle de La Cuisine) Conception Pierre Rigal. Avec ce nouveau spectacle, le chorégraphe Pierre Rigal réalise un tour de force : capturer le hasard. Au plateau, six danseurs, tels les six faces d'un dé, se prêtent au jeu d’un décor mouvant et aléatoire. De situations mêlées d’imprévus, de coïncidences et de hasards, surgit une poésie inattendue qui nous emporte pour un voyage fascinant au coeur de la magie de la danse. Autour du Festival Atelier Magie & Médias Numériques 23 avril 14h • Salle de répétitions Simon Eine • 2h • gratuit & sur réservation. De quoi nos smartphones sont-ils capables ? Avec la Cie Le Phalène , interrogeons-nous sur les nouvelles illusions que permettent ces outils numériques. Le Jeudi littéraire dédié à la magie 23 avril 19h • Culture Brunch, café-théâtre du TNN • 45 min • gratuit. Les comédiens de la Troupe du TNN vous proposent une parenthèse littéraire pour se laisser emporter par la magie des mots... le temps d’un jeudi ! Les procés dédiés à la magie 18 & 25 avril 11h • Parvis de la salle des Franciscains, place Saint-François • 40 min • gratuit. Deux fidèles de Lord Voldemort sont sur le banc des accusés : Bellatrix Lestrange , cruelle et fanatique, et Drago Malefoy , héritier d’une lignée prestigieuse. Magie noire, loyauté aveugle, destin imposé... coupables ou victimes de leur propre histoire ? Foire aux tours – congrès professionnel 17 avril • Hall de la salle de La Cuisine • Réservé aux professionnels. De nombreux stands pour des rencontres entre professionnels de la magie. Infos pratiques Tarifs Une tarification unique pour tous : 10 € pour les spectacles15 € pour le Grand Gala de magie5 € Solidaires (UniCA, minima sociaux, associations "Politique de la Ville") Réservations & billetterie Réservations sur tnn.fr ou entre 14h et 18h du lundi au vendredi, à la billetterie [4-6, place Saint-François] et par téléphone au 04 93 13 19 00 . Guichet du jour : 1h avant le début des représentations, à l'entrée des salles.
- Interview de la romancière Alexia Stresi
Dans son quatrième roman, Grand Prince (publié aux éditions Flammarion), Alexia Stresi entraîne les lecteurs sur les pas de Simone . A 85 ans, installée dans la routine de la vie, cette ancienne saunière éprouve une certaine lassitude. Mais la vie réserve souvent des surprises, surtout quand on ne s'y entend pas. Pour Simone, l'événement qui va remettre en question ses habitudes et ses certitudes, c'est le vol de son crapaud en ciment. Toute la ville s'interroge et de nombreux curieux affluent de toute la région. Lorsque Simone reçoit une carte postale de Venise signée du batracien, elle se garde bien d'en parler. La vie de l'octogénaire va alors prendre un tournant inattendu... Lumineux, attachant, plein de tendresse et d'humanité, Grand Prince fait partie de ces romans qui font un bien fou. Contactée par téléphone, Alexia Stresi nous a parlé longuement du livre, de son écriture, et, bien sûr, de Simone. Comment est né le personnage de Simone Guillou ? Alexia Stresi : Mon roman précédent, Des lendemains qui chantent , racontait la vie d'un petit orphelin italien né juste avant la Première Guerre mondiale. Il est arrivé en France au moment du fascisme, sans argent, sans parler français et il est devenu un immense chanteur d'opéra. Ce personnage est très, très librement inspiré de mon grand-père maternel, qui était chanteur d'opéra. Quant à sa famme, ma grand-mère maternelle, elle était pianiste d'orchestre. J'ai grandi avec eux et j'ai écrit un livre sur l'opéra, parce que c'était en quelque sorte ma langue maternelle : j'ai grandi dans un opéra, je n'écoutais que de l'opéra. Si j'avais grandi dans un zoo, j'aurais peut-être écrit un livre sur les lions ! J'ai eu envie de parler de mes autres grands-parents qui habitaient à 30 kilomètres de mes grands-parents maternels. C'étaient des gens très discrets, très modestes, de tout petits artisans. Un peu comme dans un mouvement pendulaire, j'allais des uns aux autres, sans que ne me vienne jamais, évidemment, l'idée de les juger, que ce soit culturellement ou socialement. Je les aimais, tous les quatre, de la même façon. En grandissant, j'ai compris effectivement que d'un côté, il y avait une plus-value culturelle et de l'autre des qualités humaines inouïes, la dignité, le courage, la gaieté, alors que leur vie était difficile. Ils ont toujours caché les efforts de leur quotidien. Ces qualités n'apparaissent pas tout de suite. Il faut du recul, il faut avoir compris des choses sur la vie pour tout à coup prendre la mesure de la profondeur et de la beauté de « ces petites gens ». Voilà pourquoi j'ai voulu leur consacrer un livre. Chacun des couples de mes grands-parents aura son livre. Pas de jaloux. ! Simone est donc une « version » romancée de votre grand-mère paternelle... Alexia Stresi : A chaque fois, je mêle de la fiction à des univers que je connais bien. Evidemment, ma grand-mère n'a jamais reçu de carte postale, n'a jamais eu de crapaud. Mais effectivement, la matière, les tempéraments, les univers, eux, je les connais bien. Et du coup, je ne sais jamais si je dois dire que je viens d'un milieu modeste, ou d'un milieu culturel. Je suis une hybridation, avec un pied dans chacun de ces mondes-là, et je regrette, d'ailleurs, qu'ils ne se regardent pas plus souvent. Je voulais porter le même regard admiratif et tendre sur ces gens très différents. Jai eu la chance d'être pensionnaire à la Villa Médicis et de passer un an à Rome. A ce moment-là, ma grand-mère, la modeste, était devenue veuve. J'ai eu l'idée de l'inviter, de l'emmener avec moi à la Villa Médicis. C'est un endroit d'une beauté incroyable. Je suis allée chercher ma grand-mère dans son petit village. C'était la première fois de sa vie qu'elle prenait le TGV, qu'elle voyait Paris et qu'elle prenait l'avion. Elle avait 78 ans. Dans l'avion, je lui ai laissé le hublot en me disant que ça lui ferait plaisir. En fait, elle ne regardait pas du tout par le hublot. Elle faisait ses sudokus comme si de rien n'était, comme si elle avait été dans son fauteuil, chez elle. Je lui ai demandé pourquoi elle ne regardait pas le paysage. Elle m'a souri et elle m'a répondu : « tu veux que tout le monde se rende compte que ta grand-mère est une paysanne ? » Elle faisait comme si tout était normal, pour ne pas montrer à quel point elle était bouche bée devant ce paysage. J'ai trouvé ça très beau. Et ce que j'ai trouvé exceptionnel, c'est qu'arrivée à Rome, elle a sorti de sa petite valise un vieux guide vert hors d'âge. Elle l'avait potassé et elle avait coché quasiment toutes les pages. Elle n'a pas du tout été intimidée par Rome. Elle a voulu tout voir. Elle est devenue guide touristique alors qu'elle n'était jamais sortie de son village ! Elle avait un sens du beau, une curiosité, une appétence. Elle était âgée, mais elle trottinait. C'était extraordinaire, bouleversant et incroyablement stimulant. Ce séjour a duré une semaine seulement puis je l'ai ramenée dans son petit village, je l'ai réinstallée sur son canapé et j'ai vu à sa tête qu'elle ne serait plus jamais la même. Elle avait vu des choses qui allaient la nourrir. Et sa vie, ce qui lui restait de vie à vivre, avait changé. Jusqu'à sa mort, à chaque fois que je lui téléphonais ou que je la voyais, on parlait de Rome. Elle avait de nouvelles questions alors qu'elle n'avait jamais eu la possibilité de faire de voyage, qu'elle avait été tenue très éloignée de la culture, qu'elle n'était jamais allée dans un musée. Je me suis dit qu'il fallait raconter à quel point on peut faire beaucoup avec peu. Rome, c'est beaucoup évidemment mais ce que je veux dire, c'est que, d'une certaine manière, c'est la démarche qui compte. Voilà le point de départ du livre. Dans le livre, peu à peu, on voit Simone s'épanouir, s'ouvrir à la culture et aux autres... Alexia Stresi : Je voulais qu'on voie le bonheur de Simone, mais aussi sa surprise, qu'on la considère comme une héroïne. Le regard des autres a changé mais aussi le sien propre ; tout à coup, elle se dit « Mais alors, je suis quelqu'un, je vaux quelque chose et je peux faire des choses ». Cela lui donne de la force. Je trouvais que c'était beau de dire qu'il n'y a peut-être pas d'âge pour les premières fois. C'est plutôt une histoire de confiance et de courage. J'ai lu récemment une phrase qui m'a beaucoup plu : « chaque chose reste dans le cercle de son possible ». Un arbre va faire des feuilles puis il va les perdre. C'est son destin d'arbre. Il pousse là où il a été planté. Dans la nature, les choses ne sortent pas du cercle de leur possible, en tout cas pas par volonté. D'une certaine manière, Simone a un peu ce côté-là. Elle restait là où elle avait poussé, par des déterminismes, par les conditions socio-économiques, par le mariage, par le manque de diplôme. Avec un peu de courage, un peu de volonté, et puis grâce à ce coup de main merveilleux de sa petite-fille, elle va sortir de son cercle. C'est-à-dire que tout à coup, elle s'affranchit et fait des choses qui lui semblaient sans doute pas possibles avant et qui, en fait, le deviennent. Par exemple, pour elle, c'était impensable d'aller à la bibliothèque parce qu'elle était intimidée, parce qu'elle avait arrêté l'école à 11 ans, et parce qu'elle pensait que le monde des livres n'était pas pour elle. Tout à coup, elle se rend compte qu'il y a un monde beaucoup plus vaste que le sien. Je tenais à rallumer un peu d'élan vital chez elle. En quelque sorte, Simone est l'héroïne d'un roman d'apprentissage... Alexia Stresi : On n'est pas dans la tradition du roman d'apprentissage où le jeune héros parcourt le monde. Moi, je trouve que c'est presque encore plus beau, parce que pour Simone, cela arrive tard dans sa vie mais c'est exactement le même principe. Peu importe si le voyage est fait par procuration, s'il est immobile, ou s'il est imaginaire. Il y a une dimension du voyage qui est intérieure. Simone s'autorise à rêver, à se tromper, à oser, à tenter, et elle découvre. Ses premières fois sont magnifiques. Chacun de nous connaît une Simone, une personne âgée que nous croisons régulièrement, que nous connaissons vaguement mais à laquelle nous ne prêtons pas vraiment attention... Alexia Stresi : Il n'y a rien de plus triste que ces personnes âgées qui n'attendent plus rien, qui ont renoncé à tout, auxquelles on ne fait plus attention, qui se sentent inutiles, et qui se laissent sans doute partir, parce qu'elles ont l'impression que là ou pas là, ça ne ferait pas de différence. C'est vrai que je voulais montrer à quel point il suffit de tendresse, de présence, de malice, pour que quelque chose se rallume chez ces gens-là qui sont capables de fantaisie et de désir. Bien sûr qu'il y en a des Simone, on en connaît, alors peut-être que ça peut modifier un petit peu le regard qu'on posera sur elles. Beaucoup de personnes m'ont dit que la lecture du livre leur avait donné envie de passer des coups de fil en retard. J'ai été super touchée, parce que je trouve ça beau. On ne peut pas s'intéresser à tout le monde tout le temps, on fait ce qu'on peut, mais c'est bien d'être vraiment disponible de temps en temps, de ne pas remettre une visite, d'essayer de creuser un peu. On entend parfois des gens qui sont modestes et effacés dire : « oh, moi j'ai pas grand-chose à dire », eh bien je trouve qu'il ne faut pas laisser passer ces phrases-là. Votre livre fait du bien dans cette période compliquée et sombre que nous traversons... Alexia Stresi : Le monde ne va vraiment pas bien. On subit, on ne peut rien faire. Moi, j'avais envie de raconter une histoire qui nous donnerait les moyens de sortir de l'impuissance. Effectivement, on ne peut pas arrêter les guerres, mais à notre échelle, on peut faire des choses, on peut tendre la main, on peut s'émerveiller, on peut découvrir. J'avais envie de raconter une histoire qui soit comme un petit rayon de soleil qui perce, et qui batte en brèche l'impuissance qu'on sent tous actuellement. Le roman est ponctué de témoignages sur Simone. Comment vous est venue cette idée ? Alexia Stresi : Je trouve que la forme du livre, c'est crucial. C'est ce qui, d'une certaine manière, conditionne ce que je vais écrire. Je ne voulais pas que ce livre parte trop vers le conte ou vers la magie, je tenais à ce qu'il y ait des éléments réalistes. Je voulais vraiment traiter mon personnage avec du réalisme, voire avec un petit côté documentaire. Je me suis aussi dit qu'une histoire où il ne se passe pas grand-chose, si je l'écris de façon linéaire, peut être un peu ennuyeuse. Je trouvais intéressant d'avoir plusieurs sons de cloche sur une même dame, dont a priori, au début, on peut se dire qu'il n'y a pas grand-chose à savoir, parce qu'elle est modeste. En voyant le nombre de personnes qui apportent leur témoignage, on se rend compte, à quel point elle est différente selon qu'elle est racontée par untel ou par untel. Elle se met à prendre de plus en plus d'épaisseur, puisque plusieurs personnes parlent d'elle différemment. On a un personnage qui, tout à coup, gagne en dimension, en volume. Ce dispositif vous permet aussi de faire parler des personnages de manières différentes. Chacun a son vocabulaire, ses expressions... Alexia Stresi : C'est vrai que j'aime bien m'intéresser au parler, à l'oralité des gens. Donc, mon gendarme a un parler de gendarme, le médecin jargonne en médecin...Le travail que je fais sur la langue est très discret, presque invisible. Je m'attache à reproduire les différentes façons de parler des gens. Je joue beaucoup sur les différents niveaux de langage. Dans le livre, les retranscriptions écrites d'interviews orales me permettaient de travailler à l'écrit cet oralité. Et évidemment, ça me permettait aussi d'être dans une plus grande sincérité. C'est aussi ce qui m'intéressait. Pour un écrivain, ce travail sur la langue doit être à la fois contraignant et savoureux... Alexia Stresi: C'est un travail qui m'intéresse. Il y a des gens qui aiment plutôt travailler la langue de façon plus classique, c'est-à-dire en employant des adjectifs, des mots recherchés, en faisant de longues phrases. Certains font ça merveilleusement bien. Moi, j'aime bien utiliser le style indirect libre, cette espèce de flux continu, mais très simple, où on a l'impression d'être dans la tête du personnage. C'est très ludique, ça prend un temps fou, mais c'est vraiment intéressant à faire et c'est toujours différent. Dans mon précédent roman, Des lendemains qui chanten t, j'avais fait ce travail. Comme on suit le personnage de sa naissance à sa mort, on va voir ses progrès. Au début, il utilise beaucoup d'italianismes, puis ensuite il réfléchit sur le français et il se met à le maîtriser mais il y a encore des choses qui lui résistent. À un moment, il va se retrouver à Haïti où le français est mâtiné de créole. La langue dans laquelle est écrite Des lendemains qui chantent est très différente de la langue volontairement simple de Grand Prince . La langue est très travaillée, mais ça ne se voit pas. En fait, le travail a consisté à toujours rechercher la simplicité, ce qui ne veut pas dire le vide, ou la pauvreté mais de se tenir à un point d'équilibre entre le bon sens et la profondeur. Tout ça de façon très simple, sans avoir l'air d'y toucher. C'est du boulot. Mais il se trouve que j'adore le faire !
- Dixième édition du projet Moteur !
Réaliser un film d'une minute trente en format horizontal sur une personne inspirante : tel est le principe du projet Moteur ! que Caroline Sénéclauze porte depuis maintenant dix ans. L'objectif de ce concours est de donner la parole aux jeunes de 14 à 22 ans, issus de toutes les classes sociales, pour leur permettre de gagner en confiance, de progresser, et de se projeter dans l'avenir. Depuis sa création, le projet Moteur ! rencontre un vif succès auprès des jeunes. Pour participer à cette nouvelle édition, il va falloir faire vite car les inscriptions seront closes le 1er avril ! Le jury présidé par Mohamed Bouhafsi Cette année, le jury sera présidé par Mohamed Bouhafsi , que les téléspectateurs connaissent bien puisqu'il présente l'émission C à Vous sur France 5. Depuis plusieurs années, il s'investit dans plusieurs causes sociales notamment en faveur de l'égalité des chances. Son histoire, marquée par la détermination, le travail, et la volonté de transformer les obstacles en force fait écho à celle de nombreux jeunes que Moteur ! accompagne depuis dix ans. Dans le jury, il sera entouré de personnalités issues des médias, de la culture, de l’entreprise et du monde associatif parmi lesquelles Isabelle Giordano, Jacky Ido, Lucien Jean-Baptiste, Jean-Marc Mormeck, Juliette Tresanini. Les membres du jury sélectionneront 25 vidéos, en tenant compte de la créativité, la sincérité, la prise de parole et la force du regard porté par chaque participant. Une montée des marches pendant le Festival de Cannes De nombreux prix récompenseront les lauréats de cette dixième éditions. Ils pourront notamment participer au Campus de la Confiance et aux nombreux ateliers mise en place, et ils auront le privilège d'assister au Festival de Cannes pendant trois jours, de monter les célèbres marches et de participer à la cérémonie des claps d'Or. Pour plus de renseignements sur le projet Moteur !: www.leprojetmoteur.org
- Légende Balavoine : interview de Christian Zanati
« L'Aziza », « Le chanteur », « Vivre ou survivre », « Mon fils, ma bataille », « Sauver l'amour» : ces chansons de Daniel Balavoine ont plus de quarante ans et pourtant toutes les générations, même les plus jeunes, les connaissent et les fredonnent. Des artistes passionnés ont eu la très bonne idée de rendre hommage à Balavoine en interprétant sur scène ses plus belles chansons mais aussi quelques titres moins connus du public. Depuis qu'elle a débuté, la tournée de Légende Balavoine, rencontre un vif succès. Christian Zanati, qui interprète sur scène les chansons de Daniel Balavoine nous a parlé de cette formidable aventure qui fera étape samedi 28 mars à La Palestre au Cannet. Comment expliquez-vous le succès de légende Balavoine ? Christian Zanati : Les gens chantent, dansent, se lèvent. C'est vraiment extraordinaire ! On communie autour du répertoire de Daniel Balavoine et c'est vraiment très gratifiant pour nous. Les gens nous disent qu'écouter la voix de Daniel Balavoine, c'est inimitable et irremplaçable mais de découvrir son répertoire sur scène, c'est une autre expérience que la plupart d'entre eux n'avaient pas vécue. J'ai croisé des gens qui avaient vu Daniel Balavoine en 84 au Palais des Sports et qui m'ont qu'ils avaient retrouvé l'énergie qu'ils avaient vécue à l'époque. Ils en avaient des larmes aux yeux ! Sur scène, vous dégagez une belle énergie.... Christian Zanati : Ce qu'on a voulu faire, c'est respecter l'énergie rock de Daniel Balavoine. Il se considérait comme un artiste rock avant tout, plus qu'un artiste de variétés. Il disait qu'il faisait complètement autre chose par rapport à des artistes comme Michel Sardou, Joe Dassin, Claude François. Son répertoire était influencé par les artistes rock britanniques, notamment Peter Gabriel ou Supertramp. On a essayé de mettre ça en avant. Sur scène, on est cinq musiciens. Je suis le seul chanteur et autour de moi, tout le monde fait les choeurs. Il y a Roman Chelminski à la guitare électrique et à la direction musicale, Guillaume Farley à la basse, Antoine Mollard à la batterie et Mike Karagozian aux claviers. On forme vraiment un vrai groupe, comme le voulait Daniel Balavoine. De ce que j'ai lu, il ne se considérait pas comme un artiste avec ses musiciens à côté de lui . C'était important pour lui que ses musiciens sur scène soient les mêmes que sur les disques. Il aimait cet esprit de groupe de rock sur scène. C'est avec cette énergie-là qu'on a abordé cette aventure. Justement, comment vous êtes-vous retrouvé dans cette aventure ? Christian Zanati : Tout simplement parce que c'est Roman Chelminski, le directeur musical du projet, qui m'a contacté. Il se trouve qu'on se connaît depuis 30 ans. On a joué pendant dix ans ensemble. On a écumé les clubs et les salles de concert dans des groupes de rock. Ensuite, il a fait son chemin de son côté. Il a accompagné pendant 15 ans Patrick Bruel. Il m'a contacté parce qu'il connaissait ma voix. Il savait que je suis un chanteur qui chante aigu. Je chante les répertoires de Led Zeppelin, Deep Purple, Police, Sting, U2, Supertramp. J'ai toujours été impressionné par les chanteurs qui chantent haut. Je n'ai pas beaucoup mué quand j'étais ado. J'en ai tiré parti en pouvant chanter les chansons des Beatles, de Murray Head. En France, je chantais les chansons de Michel Polnareff et de Daniel Balavoine. Quand Roman Chelminski m'a contacté en me demandant si ça m'intéressait de faire partie de cette aventure pour rendre hommage à Daniel Balavoine, j'ai sauté sur l'occasion. Pour moi, c'était une expérience de représenter le répertoire de Balavoine sur scène. Je lui suis très reconnaissant. J'ai été pris parce que je chantais haut et non pas parce que j'étais un imitateur. Ce que le public apprécie en vous voyant sur scène, c'est que précisément vous ne cherchez pas à imiter Balavoine... Christian Zanati : Oui, c'est ce qu'on m'écrit sur Instagram ou Facebook. Beaucoup de gens m'ont écrit qu' ils étaient déjà très heureux de vivre l'expérience, parce qu'ils retrouvaient le répertoire de Daniel Balavoine sur scène avec la même énergie rock qui le caractérisait et aussi parce qu'on s'était éloignés du côté imitation. Moi, je chante le répertoire de Daniel Balavoine mais j'y mets ma personnalité, mes émotions, ma sensibilité. C'est ce qui touche le public. Est-ce qu'il y a des chansons qui vous paraissent plus difficiles à chanter ? Christian Zanati : Oui, effectivement. De toute façon, le répertoire de Daniel Balavoine est particulièrement exigeant. Après, il y a des chansons plus difficiles que d'autres. Je pense notamment à « Le chanteur », qui est une des chansons les plus difficiles, d'autant plus qu'on garde les tonalités originales de Daniel Balavoine. Il y a « Vivre ou survivre » aussi, qui demande une belle énergie et évidemment, l'incontournable « S.O.S. d'un terrien en détresse», qui est vraiment une performance puisque c'est une chanson qui s'étend sur deux octaves et demie. Les gens attendent forcément ce moment-là. A l'époque, il n'y avait personne qui chantait comme ça, qui partait des graves et qui allait dans les aigus. Comment avez-vous établi l'ordre des chansons ? Christian Zanati : Ça, ça a été le casse-tête parce que déjà, il fallait que le concert dure une 1 heure 45. Il fallait donc faire le tri parmi les chansons qu'on voulait reprendre. Évidemment, on a choisi les titres emblématiques mais on est aussi allés chercher des titres qui allaient être appréciés aussi des grands fans, comme « Frappe avec ta tête » ou « Revolucion », qui n'étaient pas forcément des tubes à l'époque. Pour établir l'ordre, on s'est réunis avec Roman Chelminski et ma femme qui a participé à la scénographie. On a travaillé tous les trois pour donner un sens à l'ordre des chansons. On voulait essayer de donner quelque chose qui ait une logique, qui regrouperait des thèmes. On est vraiment très contents du résultat. On s'aperçoit que tout se déroule parfaitement bien. On clôt le concert avec beaucoup d'énergie et avec le public en folie. Tout le monde est debout à chanter. C'est vraiment extraordinaire. Quel est le public de Légende Balavoine ? Christian Zanati : On se rend compte que Daniel Balavoine est non seulement intemporel mais aussi intergénérationnel. Sur les premiers rangs, je vois tout de suite des jeunes de 20 ans, et puis d'autres qui ont 30-40 ans, et puis ceux de ma génération qui ont entre 40 et 50, et puis aussi la génération de nos parents qui ont entre 60 et 70. Les jeunes mais aussi les personnes qui sont un peu plus âgées chantent les chansons de Balavoine. Ca fait vraiment plaisir. On se rend compte de la force de son répertoire : il est toujours parmi nous. En ce moment, il y a une certaine nostalgie des années 80. Comment l'expliqueriez-vous ? Christian Zanati : En tant que musicien, j'écoute un peu ce qui se fait aujourd'hui et je pense que des artistes comme Daniel Balavoine manquent. Ca fait longtemps que je n'ai pas entendu un artiste qui serait de la même trempe, que ce soit au niveau performance vocale, ou des mélodies qui restent intemporelles, qu'on entend encore 20 ans, 30 ans, 40 ans après. J'ai l'impression que les gens ont besoin peut-être de revenir sur une époque qui était plus saine. Aujourd'hui, quand on regarde l'actualité, c'est assez plombant et moralement il faut arriver à tenir le coup. Je pense que Légende Balavoine est un moyen pour eux de s'évader, de s'échapper du quotidien et de retrouver peut-être un moment où on était un peu plus serein, même si c'est vrai qu'il y a toujours eu des conflits et des crises. Tout ça rentre en compte à mon avis. Jusqu'à quand se poursuit la tournée ? Christian Zanati : On finit à Saint-Etienne le 2 avril, et ensuite une nouvelle tournée est en train de se préparer pour 2027, à peu près à la même période, sur le mois de mars. On reviendra à Paris et on ira dans des villes où on n'a pas pu aller cette année. L'idée, c'est de faire vivre le projet régulièrement tous les ans, et de revenir dans les villes où les gens ne nous ont pas vus, d'intégrer d'autres titres, tout en gardant évidemment les classiques. On a vraiment envie de faire perdurer ce projet pour que la musique de Daniel Balavoine puisse résonner le plus longtemps possible. Légende Balavoine samedi 28 mars à 20h30 à La Palestre. Pour réserver : www.lapalestre.eu
- Welcome to Europe de Thomas Bornot et Cyril Montana
Welcome to Europe de Thomas Bornot et Cyril Montana commence par les définitions du mot « barbare ». Dans l'Antiquité latine et grecque, il signifiait « étranger » ; de nos jours, il veut dire cruel, inhumain. Ces deux définitions, nous les garderons en tête pendant toute la projection de cet excellent documentaire, qui s'applique à déconstruire les préjugés sur l'immigration. Qui sont les vrais barbares ? Les étrangers qui viennent sur le sol français ? Les passeurs, les politiques qui font tout pour empêcher leur arrivée ? Le grand-père de Cyril Montana, l'un des deux réalisateurs de Welcome to Europe a quitté l'Espagne de Franco et s'est réfugié en France. Comme tant d'autres, il a reçu d'abord un accueil glacial et hostile, subissant les critiques des Français qui le voyaient comme une menace. On a souvent tendance à dire que c'était mieux avant. Finalement pas tant que ça car l'accueil des migrants ou des immigrés ne s'est jamais vraiment fait dans la bienveillance. C'est le moins qu'on puisse dire. Pendant près de deux heures, on suit Cyril Montana dans son parcours et son questionnement sur l'immigration. Il se rend d'abord à Barcelone, chez son cousin qui lui parle de son grand-père et de son arrivée difficile en France. Son périple va ensuite le mener en France, à Paris, dans les Alpes-Maritimes, dans la Vallée de la Roya, à Vintimille, à Lampedusa. Dans ces lieux dont on a tous entendu parler, il va à la rencontre de celles et ceux qui ont quitté leur pays, leurs proches, leur vie d'avant et il interroge aussi des spécialistes, des politiques, des économistes, des bénévoles d'associations. Ce qui fait la richesse et la force du film, c'est qu'à travers la voix de Cyril Montana, il pose des questions auxquelles tout le monde pense et démonte les idées reçues sur le coût de l'immigration. Bien sûr, Welcome to Europe émeut et bouleverse mais il fait aussi et surtout réfléchir. Dommage que peu de salles de cinéma le projettent en France.
- Dernière soirée : interview du réalisateur Nicolas Dozol
C'est toujours avec une certaine curiosité que l'on découvre le premier film d'un jeune réalisateur. Après avoir été présenté dans plusieurs festivals internationaux, Dernière soirée , le premier film de Nicolas Dozol sort enfin en France. Le pitch : lors d’une soirée de fin d’études, quatre adolescents en pleine crise existentielle, vont faire face à leur mal-être. C’est lorsqu’ils se retrouvent tous les quatre enfermés, qu'ils se demandent s’il ne s’agirait pas de leur dernière soirée. Il en résulte un film envoûtant, brouillant les frontières entre rêve et réalité, et abordant avec subtilité et sans en avoir l'air de nombreux thèmes. Nicolas Dozol nous a parlé de son parcours et de la genèse de son premier film. Avant d'être réalisateur, vous étiez danseur. Comment êtes-vous venu au cinéma ? Nicolas Dozol : J'ai toujours été passionné par le cinéma et j'ai commencé à faire des premiers courts-métrages à l'âge de 14 ans. Je savais qu'à un moment donné, je continuerais dans le cinéma. Finalement, j'y suis allé plus tôt que prévu parce que la carrière de danseur ne me convenait plus au niveau de la vie en compagnie. À un moment donné, j'avais envie de voir autre chose, de reprendre des études, de continuer à explorer quelque chose de nouveau. J'ai continué des études en cinéma en ayant un diplôme d'assistant réalisateur via une école de cinéma à Paris. Après, il y a eu une formation de accélérée en production. J'ai ouvert ma société en 2020, en plein Covid. Ensuite, j'ai continué avec la formation de psychologie en ligne et également, une formation de ce qu'on appelle story analyst, script doctor avec l'Université de Los Angeles pour avoir un background un peu plus international. Mon diplôme d'assistant réalisateur m'a permis d'apprendre à tourner vite et surtout de toucher à tous les corps de métier qu'il y a sur un plateau. Aujourd'hui, je sens en capacité de pouvoir gérer une équipe de plus de 50 personnes sur un plateau, en connaissant quand même chaque corps de métier. Quel a été le point de départ de Dernière soirée ? Nicolas Dozol : C'était il y a 8 ans, quand j'étais en stage à la radio-télévision suisse RTS. Je travaillais pour une émission qui s'appelle TTC, toutes taxes comprises. C'est une émission de vulgarisation économique. Je devais intervenir sur un reportage sur ce qu'on appelle les « rich kids ». Ce sont les enfants issus de familles assez aisées qui exposent leurs richesses sur les réseaux sociaux. On étudiait l'impact psychologiques que cela peut avoir sur des populations qui sont un peu moins favorisées. Suite à ça, des idées me sont venues en tête. Je me suis dit que ce serait intéressant d'avoir un film qui regroupe plusieurs jeunes en phase finale d'adolescence, au début de l'âge adulte, issus de différentes catégories sociales et qui se retrouvent enfermés dans une seule pièce. Ça a été un peu le début de cette idée du film. Outre la fin de l'adolescence, le film aborde aussi d'autres thèmes... Nicolas Dozol : L'idée, c'était d'aborder plusieurs thèmes et de les explorer de manière subtile. Pour moi, c'était important. Il y a en effet la fin de l'adolescence, le mal-être que chacun peut éprouver, les rapports entre les classes sociales. J'ai toujours essayé de garder cette subtilité. Il fallait trouver le bon dosage. C'était assez compliqué à mener. Le gros boulot pour le dosage, c'était l'écriture dès le départ, les recherches pour connaître son personnage, sa psychologie. Qu'est-ce qu'on décide de mettre en avant à travers les actions vécues ? Et surtout, qu'est-ce qu'on veut faire ressentir au spectateur à tel moment ? Dès le départ, quand j'ai présenté le film, je savais que ce serait du plan séquence. On connaissait donc le concept et ses contraintes. Pour moi, il était primordial de faire ressentir ce que les personnages ressentent au même instant que le spectateur. Je voulais parvenir à une cohésion, une osmose. Le plan séquence apporte une certaine chorégraphie, une fluidité... Nicolas Dozol : Je suis danseur professionnel à la base. J'ai fait le conservatoire de Lyon, l'école de Maurice Béjart à Lausanne. Après, j'ai travaillé avec l'Opéra de Paris. Cette idée de chorégraphie était donc une évidence pour moi, aussi bien pour la caméra que pour le déplacement des comédiens. J'avais envie de créer une osmose complète de l'ensemble, que la caméra marie les émotions des acteurs et que se crée un certain mouvement au cours de la soirée. Je voulais que le spectateur soit entraîné dans cette chorégraphie-là aussi. On ne sait pas où s'arrête le rêve et où s'arrête la réalité. Cette confusion entre le rêve et la réalité est très présente chez David Lynch. C'est un cinéaste que vous admirez ? Nicolas Dozol : C'est un de mes mentors. Au cinéma, grâce à lui, j'ai énormément appris, que ce soit avec le procédé narratif, son approche du monde artistique, et même avec sa pratique de la méditation transcendantale, qui est une technique assez forte que beaucoup de créateurs utilisent. C'est assez fou, quand on commence à regarder comment on peut aller vraiment loin, au niveau de l'esprit. Tous les jours, il y a de quoi découvrir, de quoi s'émerveiller, même si, dans les situations actuelles, c'est extrêmement compliqué de rester positif. Votre film met en scène des adolescents en proie à des tourments, à un certain mal-être. Y-a-t-il des cinéastes qui filment la jeunesse qui vous inspirent ? Nicolas Dozol : Il y a Gus Van Sant mais surtout Gregg Araki. Je le trouve assez exceptionnel dans ses œuvres. Il montre une adolescence complètement maladive et déchirée, et malgré tout il arrive à rendre de manière poétique des situations complètement horribles. C'est extrêmement fort et puissant comme œuvre. C'est dans cette lignée-là qu'on a essayé de créer une continuité. Vous avez écrit Dernière soirée à quatre. Pourquoi ? Nicolas Dozol : On était en train de présenter le film à différents producteurs, mais la COVID est arrivée. Donc toute l'industrie était complètement à l'arrêt et il était impossible de signer quoi que ce soit, puisque les salles fermaient. Suite à ça, on a retravaillé le scénario plusieurs fois. Il y a eu à peu près 13 versions de scénarios différents écrits à quatre scénaristes, sachant qu'un scénariste avait déjà fait des versions avant. On a écrit un peu comme si on écrivait une série. Je voulais que les scénariste soient des hommes pour les personnages masculins et des femmes pour les personnages féminins. Pour moi, c'était important. Comment s'est ensuite déroulé le tournage ? Nicolas Dozol : On a fait le pré-tournage avec le chef opérateur sur le plateau pendant deux jours. On a filmé très lentement pour voir si ça fonctionnait bien. Et un mois après, on a tourné le film sur cinq jours. Je l'ai produit avec ma société en Suisse et des fondations privées sont venues aider. On a été sur six mois de pré-production. Grâce à Swiss film, le film a pu être présenté à Locarno au Swiss Film Preview. C'est ce qui nous a permis de signer un contrat de vente internationale aux Etats-Unis. A la fin de l'année 2023, j'ai appris que le film était programmé pour une sortie internationale. La première internationale a eu lieu à Los Angeles en février 2024. Qu'un film avec un petit budget se retrouve programmé en salle de cinéma à Hollywood, c'était fou ! Il y a eu une sortie aussi au Canada. Et ensuite, pour moi, c'était important que le film puisse arriver en France. . Et maintenant que Dernière soirée vient de sortir, avez-vous un autre projet de film ? Nicolas Dozol : J'ai un deuxième long-métrage que j'ai terminé. Il est plus expérimental et traite notamment de la méditation. J'adore être à la limite du rêve et de la réalité. Aujourd'hui, ce que j'aime, c'est proposer un point de vue sur des émotions. Après, ce qui est important, c'est de débattre. C'est ça qui m'intéresse, puisque chaque spectateur peut s'approprier l'oeuvre.










