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2e édition du WAIFF : interview de Sarah Lelouch et Elsa Zylberstein

  • Laurence Ray
  • il y a 8 minutes
  • 4 min de lecture

Cannes vient d'accueillir la deuxième édition du WAIFF, le festival international dédié à la rencontre entre création audiovisuelle et IA, attirant un public curieux et de très nombreux professionnels. Si cette deuxième édition a été un tel succès, Sarah Lelouch y est sans doute pour beaucoup. Co-organisatrice du WAIFF, elle est la fondatrice de deux initiatives majeures : le TechCannes Business Club, un réseau d'affaires mettant en relation les acteurs du cinéma et de la technologie et ClapAction, une plateforme révolutionnaire qui invite le public à participer activement à la création cinématographique.

Nous l'avons rencontrée sur le roof top de l'hôtel Marriott, accompagnée de l'actrice Elsa Zylberstein, membre du jury de cette édition.


Elsa Zylberstein et Sarah Lelouch WAIFF Cannes

Culture Net Info : Il s'agit de la deuxième édition du WAIFF. Le public, de même que que les professionnels, sont venus nombreux. Comment expliquez-vous ce succès ?


Sarah Lelouch : Je pense qu'il y a un an, la profession était terriblement divisée sur ce sujet-là. Même si elle l'est toujours, on ne peut plus nier l'arrivée de l'IA dans l'univers de l'audiovisuel. En tout cas, il faut une plateforme aujourd'hui pour discuter de ces sujets. Les œuvres ne peuvent pas exister si les talents ne sont pas derrière. Malheureusement, le problème, c'est qu'aujourd'hui, ceux qui ont peur, ce sont les talents. Il faut les rassurer, et il faut des plateformes comme celle-ci, pour pouvoir expliquer qu'on peut continuer à faire du cinéma et que de toutes façons, dans un an, il n'y aura plus un seul film qui sortira sans que l'IA n'ait été utilisé, que ce soit derrière ou devant la caméra. L'édition de l'année dernière a eu de grandes répercussions internationales et la ville de Cannes a vraiment eu envie qu'on vienne s'installer là. Je pense que le WAIFF va perdurer et qu'il va devenir le festival de l'innovation.



Culture Net Info : Elsa, qu'est-ce qui vous a donné envie de participer à ce jury ?


Elsa Zylberstein : C était vraiment par curiosité. L'IA, c'est incontournable maintenant ; tout le monde en parle. Je me suis dit que ce serait intéressant d'aller voir ce qu'il s'y passe, d'entendre les gens en parler. En tant qu'artiste, c'est compliqué, parce que, pour moi, le regard d'un acteur, les yeux d'un acteur, un gros plan d'un acteur, ce n'est pas égalable et ça ne sera jamais remplaçable. Après, c'est à faire ensemble, je pense que ce n'est pas l'un contre l'autre : pour certains films, ça va être génial, notamment pour les films d'époque ou les films de science-fiction. Mais pour moi, en tant qu'actrice, ça ne changerait rien à ma vie.


Culture Net Info : Etes-vous du même avis, Sarah ?


Sarah Lelouch : En effet, je pense que l'IA ne remplacera pas les acteurs. Je crois aux films hybrides, mais je ne crois pas aux films 100% IA. On a besoin des acteurs ; ce sont eux qui donnent l'émotion. Les doubleurs sont les plus menacés aujourd'hui, mais on a quand même besoin d'eux, parce que l'IA peut doubler les voix en anglais, mais il faut de l'intention et de l'émotion.


Culture Net Info : Lorsqu'Adrien Brody a reçu l'Oscar pour The Brutalist, il y a eu une polémique car son accent a été amélioré grâce à l'IA. Qu'en pensez-vous ?


Sarah Lelouch : Je pense que c'est un mauvais débat, parce qu'aujourd'hui, quand on fait un film, c'est pour ressentir la vérité au maximum. On ne critique pas quand on utilise les effets spéciaux. C'est exactement la même chose avec Adrien Brody. Il a appris la langue et c'est lui qui joue. Donc, à mon avis, le débat est faux.


Elsa Zylberstein : La cuisine intérieure, personne n'a à la connaître. Même si on a amélioré un peu le hongrois d'Adrien Brody grâce à l'IA, ce n'est pas le sujet, c'est lui qui joue. Quand on va au cinéma, c'est pour y croire et se laisser emporter.


Culture Net Info : En tant que membre du jury, vous avez pu voir plusieurs films créés par l'IA. Quelles ont été vos impressions ?


Elsa Zylberstein : Moi, ça ne me touche pas. J'ai vu de très beaux plans dans certains films mais, pour moi, rien ne remplacera Nanni Moretti avec sa vespa dans Rome. Rien ne remplacera La leçon de piano de Jane Campion, ni Les Uns et les autres de Claude Lelouch. Il n'y a que l'émotion qui m'intéresse. Pour moi, le cinéma ne sera pas remplacé par l'IA. C'est davantage quelque chose qu'on amène pour certains films, un outil.


Culture Net Info : Comme toutes les innovations, c'est un outil qui peut faire peur...


Sarah Lelouch : Quand le 4K est arrivé, il y a 20 ans maintenant, ça a créé aussi un débat. Pas aussi révolutionnaire que celui qu'on est en train de vivre. Il y a eu une vraie guerre entre les réalisateurs qui refusaient d'utiliser cette technologie et ceux qui voulaient continuer à tourner avec du 35mm. Ils ne voulaient pas se rééquiper. A chaque fois qu'une innovation arrive, c'est un défi pour l'audiovisuel. Avant d'être un confort ou un plus. Aujourd'hui, je considère qu'il y a deux types de producteurs : ceux qui assument l'arrivée de l'IA et qui l'utilisent et puis ceux qui n'ont pas encore fait leur coming out, c'est-à-dire qu'ils l'utilisent mais ils n'osent pas encore le dire parce qu'ils ont peur de perdre leurs talents. Mais aujourd'hui, quand un producteur lit un scénario, il a moins peur qu'avant. Avant, quand il lisait un scénario d'un jeune talent avec des explosions dans tous les sens, il se demandait s'il allait le financer. Mais, s'il sait qu'avec l'IA, il pourra quand même faire un film qui coûte 3 ou 4 millions, je trouve ça formidable. Si on regarde le même film, l'un fait avec des effets spéciaux, l'autre fait avec l'IA, il est extrêmement difficile de voir la différence.


Culture Net Info : Dans quelques jours aura lieu le Festival de Cannes, pensez-vous y aller Elsa ?


Elsa Zylberstein : On va voir. C'est une passion pour moi. Je suis née au Festival de Cannes. C'est là qu'a été présenté mon premier film, Van Gogh de Maurice Pialat. J'y suis souvent allée depuis. C'est toujours un plaisir !

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