Dernière soirée : interview du réalisateur Nicolas Dozol
- Laurence Ray
- il y a 5 heures
- 5 min de lecture
C'est toujours avec une certaine curiosité que l'on découvre le premier film d'un jeune réalisateur. Après avoir été présenté dans plusieurs festivals internationaux, Dernière soirée, le premier film de Nicolas Dozol sort enfin en France. Le pitch : lors d’une soirée de fin d’études, quatre adolescents en pleine crise existentielle, vont faire face à leur mal-être. C’est lorsqu’ils se retrouvent tous les quatre enfermés, qu'ils se demandent s’il ne s’agirait pas de leur dernière soirée.
Il en résulte un film envoûtant, brouillant les frontières entre rêve et réalité, et abordant avec subtilité et sans en avoir l'air de nombreux thèmes.
Nicolas Dozol nous a parlé de son parcours et de la genèse de son premier film.

Avant d'être réalisateur, vous étiez danseur. Comment êtes-vous venu au cinéma ?
Nicolas Dozol : J'ai toujours été passionné par le cinéma et j'ai commencé à faire des premiers courts-métrages à l'âge de 14 ans. Je savais qu'à un moment donné, je continuerais dans le cinéma. Finalement, j'y suis allé plus tôt que prévu parce que la carrière de danseur ne me convenait plus au niveau de la vie en compagnie. À un moment donné, j'avais envie de voir autre chose, de reprendre des études, de continuer à explorer quelque chose de nouveau.
J'ai continué des études en cinéma en ayant un diplôme d'assistant réalisateur via une école de cinéma à Paris. Après, il y a eu une formation de accélérée en production. J'ai ouvert ma société en 2020, en plein Covid. Ensuite, j'ai continué avec la formation de psychologie en ligne et également, une formation de ce qu'on appelle story analyst, script doctor avec l'Université de Los Angeles pour avoir un background un peu plus international. Mon diplôme d'assistant réalisateur m'a permis d'apprendre à tourner vite et surtout de toucher à tous les corps de métier qu'il y a sur un plateau. Aujourd'hui, je sens en capacité de pouvoir gérer une équipe de plus de 50 personnes sur un plateau, en connaissant quand même chaque corps de métier.
Quel a été le point de départ de Dernière soirée ?
Nicolas Dozol : C'était il y a 8 ans, quand j'étais en stage à la radio-télévision suisse RTS. Je travaillais pour une émission qui s'appelle TTC, toutes taxes comprises. C'est une émission de vulgarisation économique. Je devais intervenir sur un reportage sur ce qu'on appelle les « rich kids ». Ce sont les enfants issus de familles assez aisées qui exposent leurs richesses sur les réseaux sociaux. On étudiait l'impact psychologiques que cela peut avoir sur des populations qui sont un peu moins favorisées. Suite à ça, des idées me sont venues en tête. Je me suis dit que ce serait intéressant d'avoir un film qui regroupe plusieurs jeunes en phase finale d'adolescence, au début de l'âge adulte, issus de différentes catégories sociales et qui se retrouvent enfermés dans une seule pièce. Ça a été un peu le début de cette idée du film.
Outre la fin de l'adolescence, le film aborde aussi d'autres thèmes...
Nicolas Dozol : L'idée, c'était d'aborder plusieurs thèmes et de les explorer de manière subtile. Pour moi, c'était important. Il y a en effet la fin de l'adolescence, le mal-être que chacun peut éprouver, les rapports entre les classes sociales. J'ai toujours essayé de garder cette subtilité. Il fallait trouver le bon dosage. C'était assez compliqué à mener. Le gros boulot pour le dosage, c'était l'écriture dès le départ, les recherches pour connaître son personnage, sa psychologie. Qu'est-ce qu'on décide de mettre en avant à travers les actions vécues ? Et surtout, qu'est-ce qu'on veut faire ressentir au spectateur à tel moment ? Dès le départ, quand j'ai présenté le film, je savais que ce serait du plan séquence. On connaissait donc le concept et ses contraintes. Pour moi, il était primordial de faire ressentir ce que les personnages ressentent au même instant que le spectateur. Je voulais parvenir à une cohésion, une osmose.
Le plan séquence apporte une certaine chorégraphie, une fluidité...
Nicolas Dozol : Je suis danseur professionnel à la base. J'ai fait le conservatoire de Lyon, l'école de Maurice Béjart à Lausanne. Après, j'ai travaillé avec l'Opéra de Paris. Cette idée de chorégraphie était donc une évidence pour moi, aussi bien pour la caméra que pour le déplacement des comédiens. J'avais envie de créer une osmose complète de l'ensemble, que la caméra marie les émotions des acteurs et que se crée un certain mouvement au cours de la soirée. Je voulais que le spectateur soit entraîné dans cette chorégraphie-là aussi. On ne sait pas où s'arrête le rêve et où s'arrête la réalité.
Cette confusion entre le rêve et la réalité est très présente chez David Lynch. C'est un cinéaste que vous admirez ?
Nicolas Dozol : C'est un de mes mentors. Au cinéma, grâce à lui, j'ai énormément appris, que ce soit avec le procédé narratif, son approche du monde artistique, et même avec sa pratique de la méditation transcendantale, qui est une technique assez forte que beaucoup de créateurs utilisent. C'est assez fou, quand on commence à regarder comment on peut aller vraiment loin, au niveau de l'esprit. Tous les jours, il y a de quoi découvrir, de quoi s'émerveiller, même si, dans les situations actuelles, c'est extrêmement compliqué de rester positif.
Votre film met en scène des adolescents en proie à des tourments, à un certain mal-être. Y-a-t-il des cinéastes qui filment la jeunesse qui vous inspirent ?
Nicolas Dozol : Il y a Gus Van Sant mais surtout Gregg Araki. Je le trouve assez exceptionnel dans ses œuvres. Il montre une adolescence complètement maladive et déchirée, et malgré tout il arrive à rendre de manière poétique des situations complètement horribles. C'est extrêmement fort et puissant comme œuvre. C'est dans cette lignée-là qu'on a essayé de créer une continuité.
Vous avez écrit Dernière soirée à quatre. Pourquoi ?
Nicolas Dozol : On était en train de présenter le film à différents producteurs, mais la COVID est arrivée. Donc toute l'industrie était complètement à l'arrêt et il était impossible de signer quoi que ce soit, puisque les salles fermaient. Suite à ça, on a retravaillé le scénario plusieurs fois. Il y a eu à peu près 13 versions de scénarios différents écrits à quatre scénaristes, sachant qu'un scénariste avait déjà fait des versions avant. On a écrit un peu comme si on écrivait une série. Je voulais que les scénariste soient des hommes pour les personnages masculins et des femmes pour les personnages féminins. Pour moi, c'était important.
Comment s'est ensuite déroulé le tournage ?
Nicolas Dozol : On a fait le pré-tournage avec le chef opérateur sur le plateau pendant deux jours. On a filmé très lentement pour voir si ça fonctionnait bien. Et un mois après, on a tourné le film sur cinq jours. Je l'ai produit avec ma société en Suisse et des fondations privées sont venues aider. On a été sur six mois de pré-production. Grâce à Swiss film, le film a pu être présenté à Locarno au Swiss Film Preview. C'est ce qui nous a permis de signer un contrat de vente internationale aux Etats-Unis. A la fin de l'année 2023, j'ai appris que le film était programmé pour une sortie internationale. La première internationale a eu lieu à Los Angeles en février 2024. Qu'un film avec un petit budget se retrouve programmé en salle de cinéma à Hollywood, c'était fou ! Il y a eu une sortie aussi au Canada. Et ensuite, pour moi, c'était important que le film puisse arriver en France.
.
Et maintenant que Dernière soirée vient de sortir, avez-vous un autre projet de film ?
Nicolas Dozol : J'ai un deuxième long-métrage que j'ai terminé. Il est plus expérimental et traite notamment de la méditation. J'adore être à la limite du rêve et de la réalité. Aujourd'hui, ce que j'aime, c'est proposer un point de vue sur des émotions. Après, ce qui est important, c'est de débattre. C'est ça qui m'intéresse, puisque chaque spectateur peut s'approprier l'oeuvre.




Commentaires