Manu Lanvin au Rockfest : interview
- Laurence Ray
- il y a 5 heures
- 7 min de lecture
Du 8 au 10 mai, le rock va résonner dans l'enceinte du Théâtre de Verdure. Pour sa 12e édition, le Rockfest, le festival caritatif qui soutient cette année l'association Sourire à la vie, engagée auprès des enfants atteints de cancer, va accueillir dix-sept groupes pour le plus grand plaisir des amateurs de rock et de métal mais aussi deux parrains prestigieux : Norbert « Nono » Krief, Guitariste et cofondateur du légendaire groupe de rock TRUST, soutient le Rockfest depuis 2015 et Manu Lanvin, considéré depuis des années comme l'une des figures majeures du blues-rock français.
Son dernier album, Man on a mission, est sorti à la fin de l'année dernière et il est actuellement en pleine tournée avec son groupe The Devil blues. Il sera sur la scène du Théâtre de Verdure le dernier soir du festival, aux côtés de Nono Krief, pour un concert qui s'annonce plein d'énergie et qui fera un max de bruit pour reprendre le nom de l'association qui est à l'initiative du Rockfest.
Quand il s'agit de parler de musique et de concerts, Manu Lanvin est toujours enthousiaste. Même en vacances. Lorsque nous l'avons contacté par téléphone, il était au Maroc, avec sa moto, et il a pris le temps de répondre à nos questions.

Culture Net Info: Vous êtes le parrain de la 12e édition du Rockfest. Qu'est-ce qui vous a donné envie de participer à ce bel événement ?
Manu Lanvin : Je ne connaissais pas le festival et c'est Nono Krief que je connais très bien qui m'a demandé si je voulais participer à cette édition. Nono est un guitariste que je respecte et en qui j'ai confiance, j'ai donc dit oui avec plaisir, sans demander plus de détails. Le fait de soutenir cette cause m'a plu tout de suite. Si ma participation peut aider à lever des fonds et permet aussi d'animer ce festival, je suis partant bien évidemment.
Vous avez souvent joué avec Nono. Le dernier soir soir du festival, vous serez tous les deux sur la scène du Théâtre de Verdure ? Qu'avez-vous prévu ?
Manu Lanvin : On a fréquenté les mêmes gens avec Nono : Johnny Hallyday, Bernie Bonvoisin. On a eu pas mal d'opportunités de nous rencontrer, d'avoir des histoires à échanger. Là, je vais venir en guest. L'idée, c'est d'amuser les gens, jouer des choses dont ils ont les références. Je pense que mon public de la Côte va venir, et bien évidemment, il y a des morceaux que je suis obligé de faire lorsque je me présente sur scène. C'est chouette : je ne vais pas jouer pas avec mes musiciens, mais j'ai totalement confiance en Nono. Je ne fais pas souvent ce genre de choses mais je suis content de le faire. C'est bien de sortir de sa zone de confort. J'ai un groupe, The Devil blues, qui fonctionne plutôt très bien en France et en Europe. On fait plus de 120 concerts par an.
Vos concerts sont toujours pleins d'énergie. Vous êtes dans votre élément sur scène...
Manu Lanvin : J'ai toujours fait de la musique uniquement pour la scène. Déjà, à l'âge de 12-13 ans, lorsque je montais sur scène avec mes groupes, on ne savait pas trop ce que c'était, de faire des albums. On écrivait des chansons, on faisait des compositions, mais ce qui nous éclatait, c'était de nous produire sur scène.
Pour moi, la révélation de me dire qu'une vie de passion et une vie de musicien, c'était peut-être le chemin que j'aimerais prendre, c'est venu sur scène, très honnêtement. La première fois que je suis monté sur scène, j'ai dit : « Ici, c'est ma maison et personne ne m'enlèvera ce toit ». Et c'est ce qui s'est passé ! Le bonheur de jouer tous les jours pour des gens et de les voir s'éclater sur notre musique, les voir danser, les voir sourire dans un monde désespéré, c'est génial, parce que ce sont des moments de plaisir et de partage qu'on s'accorde ensemble. Moi, je prends du plaisir aussi à ce qu'ils en aient, ça me fait du bien : c'est une thérapie aussi pour moi de faire de la musique.
Votre musique fait le lien entre le blues et le rock...
Manu Lanvin : Le blues et le rock'n'roll, pour moi, c'est la même famille. Le blues, c'est la racine, et le rock'n'roll est un des fruits du blues. Mais la soul est aussi la résultante du blues, le jazz, le rhythm and blues, la funk, mais même la house-musique aussi, l'électro. Tout ça vient de ce courant primaire de musique née dans le fin fond du Mississippi. Alors moi, je m'amuse à réutiliser les codes, bien sûr. Mais en même temps, je ne suis jamais dans la singerie ni dans le plagiat, parce qu'on a toujours proposé quelque chose de moderne, qui sort des codes du Chicago blues et d'apporter une modernité en mélangeant d'autres influences, la soul, le rock'n'roll, le texte aussi, le songwriting, le folk. J'ai beaucoup travaillé avec Calvin Russell, qui était un grand songwriter, très aimé en Europe et en France. Il m'a donné le goût du beau, le goût de comment raconter des histoires.
C'est ce que l'on ressent quand on écoute votre dernier album, « Man on a mission »...
Manu Lanvin : Dans chaque album, il faut toujours un peu voyager vers un nouvel horizon, autrement on tombe vite dans la redite et on se répète. Je pense que c'est la phobie de tous les artistes, d'être dans la répétition constante. Parce que bien évidemment, c'est une zone de confort de réutiliser une recette qu'on a déjà utilisée et qui a fonctionné. Moi, c'est un truc qui me fait peur. Donc voilà, on essaie d'explorer d'autres choses qui font partie de nous, mais qu'on n'a jamais explorées. Les journalistes disent que dans cet album, il y a beaucoup plus de soul et beaucoup plus de songwriting. Et moi, ça me va, parce que les grands songwriters m'ont inspiré, tout autant que les chanteurs comme Otis Redding. Tous les artistes de la Stax Records m'ont énormément inspiré. C'est eux qui m'ont donné envie de chanter.
En ce moment vous êtes en pleine tournée avec votre groupe...
Manu Lanvin : Je suis en pleine tournée mais là, pour une fois, j'ai la chance, j'ai un break de deux semaines, donc j'ai pris ma bécane. J'ai traversé la France, l'Espagne, le Maroc et je vais jusqu'à la Mauritanie. Je me rends compte que j'aime le voyage : le fait de rester entre quatre murs chez moi, ça m'angoisse. Ma fille a 17 ans, donc elle a moins besoin de son père ! Il n'y a plus personne qui m'attend à Paris. Du coup, j'ai enfourché ma bécane et je suis parti vers le sud. La reprise, c'est ce festival. Et à tel point que je m'étais dit que j'allais peut-être rentrer par le sud de la France, sans passer par Paris. La moto, c'est la liberté !
La liberté, le fait de ne pas se laisser enfermer dans des cases, c'est ce qui vous a toujours guidé dans votre parcours....
Manu Lanvin: Je me sens privilégié d'avoir d'avoir eu l'audace d'écouter mon coeur. Je pense qu'une vie sans passion est une vie foutue. Je pense que dès le plus jeune âge, on devrait insister là-dessus. Les études, c'est bien, ça peut vous diriger vers quelque chose de précis et de nécessaire pour la société, mais il faut quand même développer des acuités, des sensibilités que l'on peut avoir en nous. Quitte à profiter de cette belle expérience qu'est l'existence, il faut faire des choses qui nous éclatent ! Si on ne le fait, on passe à côté de sa vie.
Vous êtes souvent venu sur la Côte mais rarement à Nice...
Manu Lanvin : Je connais plein de super musiciens qui viennent de Nice, qui jouent avec plein de grands artistes. Je suis déçu de ne pas retourner à Nice plus souvent pour du blues et du rock'n'roll. J'ai beaucoup collaboré avec The Avener, puisque j'ai fait toutes ses guitares sur son album et j'ai chanté sur certains de ses titres. J'ai souvent été appelé pour l'accompagner pendant le Festival de Cannes. On a fait de super trucs ensemble ; on a notamment joué sur la terrasse du Palais des Festivals. J'ai aussi joué à Juan les Pins avec Ben Harper et à l'Opéra Garnier de Monaco avec Buddy Guy et Johnny Gallagher.
Sur ma toute première tournée professionnelle, je me souviens que j'ai joué dans la salle Lino Ventura de Nice. Malheureusement, il n'y avait pas beaucoup de monde à l'époque parce que c'était le début de mon aventure !
Quels sont vos derniers coups de cœur musicaux ?
Manu Lanvin : Je suis fan d'un groupe belge qui s'appelle Triggerfinger. Ils ont perdu leur bassiste mais j'ai écouté leur dernier EP. Je trouve que c'est vraiment bien. J'écoute aussi beaucoup Robert Finley : c'est un artiste qui a été connu sur le tard et qui cartonne en ce moment. Comment on a pu passer à côté de cette voix magnifique et de ce talent-là ?
Jean-Michel Jarre considère qu'un artiste doit s'emparer de l'IA, qu'elle est comme une «muse », une « assistante ». Et vous, qu'en pensez-vous ?
Manu Lanvin : J'ai un studio d'enregistrement à Paris. Je travaille avec Quentin Bachelet qui est un très bon producteur et réalisateur de musique à l'image. Il s'y intéresse, non pas qu'on veuille l'utiliser mais c'est qu'on veut comprendre comment bien l'utiliser. Très honnêtement, on va voir comment ça va évoluer, mais on en est très déçus. On passe autant de temps à chercher avec cet outil-là que finalement à exécuter nous-mêmes les choses ! Maintenant on commence à avoir l'habitude et on reconnaît quand les voix viennent de l'IA. On l'entend tout de suite. C'est terrible ! Ce sont les mêmes voix qu'on entend partout. En ce moment, j'écoute un groupe de Canadiens qui s'appelle Angine de Poitrine. C'est devenu un phénomène mondial. Ils ont une manière de travailler qui est totalement anti-intelligence artificielle. En fait, ça ne va tellement pas dans les codes d'aujourd'hui que d'un seul coup, ça captive ! Il faut savoir se démarquer.
ROCKFEST 2026, 12ème édition, les 8, 9 et 10 mai 2026 au Théâtre de Verdure
Tarifs : (frais de location inclus): Préventes : Early forfait 3J adulte : 42 euros / 3J enfant : 28 euros. Pass 1 Jour adulte : 15€/ enfant : 10 euros. Billetterie : https://1maxdebruit.fr/billetterie-rockfest/ et points de vente habituels. Renseignements : 07 64 08 70 26



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