top of page

Rencontre avec Stéphane Freiss

  • Laurence Ray
  • 31 juil.
  • 6 min de lecture

 

L'année aura été bien remplie pour Stéphane Freiss. Après Paris, le comédien a enchaîné les dates de la tournée du Cercle des poètes disparus, l'adaptation théâtrale du célèbre film de Peter Weir qui a marqué des générations de spectateurs. Un immense succès puisque partout, la pièce a affiché complet. Pendant encore quelques représentations, Stéphane Freiss va incarner John Keating, ce professeur pas tout à fait comme les autres, qui encourage les élèves à penser par eux-mêmes et que tout le monde aurait aimé rencontrer dans sa scolarité. Puis, il ira vers d'autres projets au théâtre. La rentrée s'annonce donc chargée pour ce comédien passionné. Il y a quelques jours, il était sur la Côte d'Azur, fidèle du Festival des Mots organisé chaque été par le Département des Alpes-Maritimes. Il y vient toujours avec autant de plaisir. Cette année, à Saint-Etienne-de-Tinée, il a lu de longs extraits du Petit Prince de Saint-Exupéry. Nous avions rendez-vous avec lui dans l'après-midi pour l'interviewer à l'hôtel Aston de Nice mais son avion a eu du retard et il est arrivé plus tard que prévu. Sans prendre la peine de se reposer, il nous a invités à l'accompagner aussitôt à la brasserie "Le Félix" pour lui poser nos questions, en toute décontraction.


Stephane Freiss au restaurant Nice

Vous êtes habitué à lire en public des textes à vois haute. Vous êtes d'ailleurs un fidèle du Festival des Mots. Qu'est-ce qui vous plaît dans ce exercice ?


Stéphane Freiss : Je trouve le principe du Festival des Mots génial : aller à la rencontre des gens dans des endroits un peu reculés, ne pas être là en pleine ville, mais d'aller donner la belle parole à des gens qui n'ont pas souvent l'occasion de descendre à Nice, qui ne se sentent pas vraiment toujours légitimes à entendre de la littérature ou de la poésie, des gens qui, peut-être ne lisent pas beaucoup. En fait, nous sommes tous légitimes à lire et à accéder à des auteurs qu'on ne connaît que par réputation ou par nos professeurs. Combien de fois, dans les innombrables lectures que j'ai faites, j'ai vu des gens en larmes venir vers moi en me disant par exemple « je ne savais pas que c'était aussi beau Tolstoï !».  Leurs émotions me payent de tous les efforts d'être venu, d'être monté parfois dans des lieux où il n'y avait pas tant de monde que ça, dans des endroits très retirés. Et je me dis chaque fois que j'ai eu raison d'avoir amené une œuvre quelque part et de l'avoir faite entendre. Et puis, parfois, on ouvre la porte ensuite à plus, c'est-à-dire au théâtre, à l'opéra ou même à la lecture en solitaire chez soi. C'est formidable !



Vous avez interprété Camus à la télévision, vous avez aussi lu La promesse de l'aube de Romain Garry au théâtre. Ce sont des auteurs que vous aimez. Il y en a forcément d'autres qui vous ont marqués...

Stéphane Freiss : Il y a beaucoup d'auteurs que je ne m'attendais pas à lire, mais qu'on m'a proposés, sur lesquels j'avais quelques a priori et puis que j'ai découverts avec bonheur. Il y a des auteurs qui se dérobaient à moi pendant que je les lisais, dont je me disais que je n'arriverais pas à les lire. Je me souviens par exemple de Herman Hesse, avec Siddhartha ou de Victor Segalen. Je connaissais son oeuvre parce que j'avais dans ma bibliothèque. Quand on m'a proposé d'en lire des extraits en public, j'ai accepté mais je me suis débattu comme un fou pour arriver à proposer quelque chose. Cette lecture est arrivée au moment où je tournais un film en Bretagne. Je me souviens que lorsque le chauffeur est venu me chercher sur le tournage de mon film pour m'amener à la lecture qui était à 150 kilomètres, il m'a demandé si j'étais prêt, je lui ai répondu : « Pas du tout, ça va être une catastrophe !" Et puis, dans la voiture, à haute voix - parce que c'est à haute voix souvent qu'on entend les textes -, avec l'audace du lyrisme que le texte demandait, tout d'un coup, ça s'est envolé ! Donc, pour continuer à répondre à la question précédente, dans ces lectures à voix haute, il y a à la fois le contact avec ceux que je vais rencontrer, et, j'espère, le bonheur que je leur apporte et puis parfois mon propre défi personnel à ne pas aller sur un terrain qui est facile. Il y a des gens qui ont des aptitudes à lire très vite. Moi, je lis très lentement. C'est une galère. Je lis beaucoup. Je suis tout le temps lié à ce métier et pourtant, je peine parce que j'ai un cerveau qui se déconcentre très vite, mais j'adore ça.


Vous allez lire Le Petit Prince à Saint-Etienne de Tinée. Comment vous y êtes-vous préparé ?

Stéphane Freiss : Ce n'est pas un terrain facile, Le Petit Prince, mais je l'ai déjà pratiqué une fois ou deux, il y a longtemps. Donc, là, je me suis remis une tonne de notes ! Je sais que quand on lit Le Petit Prince, les gens emmènent leurs enfants, alors que c'est un texte pour adultes, selon moi. Pour cette lecture, j'ai eu l'idée de faire venir des enfants sur la scène. Tous les mots que l'auteur adresse au public, je vais les adresser aux enfants. Le Petit Prince dit : "Ils sont bizarres ces gens-là", "C'est quoi ces planètes ?", " Pourquoi les gens sont comme ça ?". J'ai envie de m'appuyer sur les enfants parce que je pense qu'ils doivent penser la même chose quand ils entendent certaines choses qui leur paraissent énormes. Je vais donc pouvoir m'adresser aux grandes personnes et aux enfants en même temps.


La tournée du Cercle des Poètes disparus va bientôt se terminer pour vous. C'était une magnifique aventure...

Stéphane Freiss : Eh oui !, l'avant-dernière représentation va avoir lieu à Sisteron et la dernière à Ramatuelle. On est resté un an à Paris, au Théâtre Antoine et au Théâtre Libre, et puis on est partis en tournée. On l'a jouée 200 fois à Paris et plus de 120 fois en tournée. Comme il y avait une demande continue, on m'a proposé de reprendre le rôle à Paris, Donc je le reprends le 10 septembre à Paris au Théâtre Libre avec une nouvelle équipe de jeunes, sauf un comédien et un deuxième qui va faire une alternance. C'est donc ça qui va me demander du travail car la magie de cette histoire repose beaucoup sur l'alchimie qu'on a créée entre nous. Avec les jeunes il a fallu créer quelque chose d'un peu magique, et il n'est pas écrit que ça se reproduira, mais je pense que oui, parce qu'ils l'ont déjà jouée à Paris mais avec un autre comédien, Xavier Gallais. Ce sera tout à fait différent, et ils ne vont pas reproduire la même chose ; ils vont jouer avec moi qui serai leur professeur. Je ne les connais pas sur scène alors qu'eux me connaissent. Ça ne va pas être facile. mais ça va être une autre aventure, c'est pour ça que ça me plaît bien !


Avez-vous d'autres projets au théâtre ?

Stéphane Freiss : A partir de janvier, je serai à Paris au Théâtre Edouard VII dans une pièce de Samuel Benchetrit qui, en plus d'être un auteur que j'adore, est un ami. Un jour il est venu voir Le cercle des poètes disparus et je lui ai alors proposé qu'on travaille ensemble puisqu'on est très proches. Il a écrit une pièce avec un personnage qui porte mon nom. J'adore ! On sera trois sur scène : Patrick Bruel et Marine Delterme qui jouera le rôle de ma femme. On va commencer en janvier, et puis je pense qu'on va partir pour une grosse saison, parce que c'est possible que ça marche.


Votre premier long métrage en tant que réalisateur Tu choisiras la vie avait reçu de très bonnes critiques à sa sortie. Où en êtes-vous dans l'écriture du deuxième ?

Stéphane Freiss : Je traîne un peu à le faire. Je le fais mais mollement ! Je vais me faire opérer d'un bras très bientôt donc je vais avoir du temps pour m'enregistrer ou même taper puisqu'on m'a dit que je serais en capacité d'écrire.


Il sera dans la même veine que le précédent ?

Stéphane Freiss : Dans les thèmes que j'aime, il y a le sens de la vie. Il y a le pourquoi. Pourquoi je me retrouve là à un moment ? Pourquoi ces deux êtres se retrouvent en Italie sur cette terre à un moment ? Pourquoi on rencontre des gens qui changent nos vies à ce moment-là, dans ce contexte-là ? Celui-là sera plus trash, plus sulfureux. Mais il y aura toujours cette idée de transmission. C'est quelque chose qui m'est cher, même dans mes choix au théâtre. Peut-être qu'en vieillissant, c'est un sujet qui devient pour chacun un peu plus important. Et il se trouve qu'au théâtre aussi, on m'a proposé des choses qui parlent et touchent toujours à ça.

Commentaires


bottom of page
google-site-verification=shCiYWMp7RLtg7-ZVVQmBr0ImpOv3IBdqYk603hoiXM