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Aux jours qui viennent : rencontre avec la réalisatrice Nathalie Najem et les actrices Zita Hanrot et Alexia Chardard

  • Laurence Ray
  • 18 juil.
  • 7 min de lecture

Dans Aux jours qui viennent, la réalisatrice Nathalie Najem aborde le thème de l'emprise psychologique et de la violence conjugale qui peut en découler, avec beaucoup d'intelligence, sans chercher à juger ses personnages ni faire d'eux de simples caricatures. Joachim, le pivot de cette histoire, est un homme instable, fragile, en proie à des addictions, violent avec les femmes qu'il aime. Il est interprété avec beaucoup de justesse par Bastien Bouillon loin de ses rôles dans Partir un jour sorti en mai dernier ou dans Connemara que l'on verra bientôt au cinéma. Joachim a été en couple avec Laura (Zita Hanrot). Ils se sont aimés et ils ont eu une petite fille ensemble mais Laura a quitté Joachim et elle tente désormais de se reconstruire après la relation tumultueuse qu'elle a connue. Mais un soir, la nouvelle compagne de Joachim l'appelle car elle a eu un accident. Les deux femmes, en proie à la violence du même homme, vont se soutenir.


C'est à Nice que Nathalie Najem a décidé de tourner l'année dernière son premier long métrage, Aux jours qui viennent. Une évidence pour la réalisatrice qui a grandi à Nice. Elle tenait aussi à venir présenter le film en avant-première sur la Côte d'Azur. Accompagnée des actrices Zita Hanrot et Alexia Chardard, elle était à Cannes puis à Nice quelques jours avant la sortie du film. Nous les avons rencontrées au cinéma Rialto.

Aux jours qui viennent Nathalie Najem Zita Hanrot Alexia Chardard

Pourquoi avoir choisi Nice ?

Nathalie Najem : J'ai grandi à Nice. Quand j'étais jeune et que j'habitais ici, je ne pensais pas à ça, mais plus tard, chaque fois que je revenais voir ma famille, je me disais que j'aimerais tellement tourner ici. L'idée de tourner à Nice grandissait dans mon esprit. Donc quand ça s'est présenté, je l'ai fait.


L'une des grandes qualités du film, c'est que les trois personnages principaux ne sont pas caricaturaux. Par exemple, malgré tout ce qu'il fait, on ne déteste pas Joachim...

Nathalie Najem : Absolument. J'aime bien travailler sur la complexité des personnages. Dans la vie, les gens ne sont ni tout blancs ni tout noirs. Ensuite, en ayant vu des films qui traitaient de sujets assez proches, je trouvais dommage que les personnages masculins soient immédiatement identifiables comme étant des hommes toxiques ou violents et que, par conséquent, on avait trop souvent tendance à trouver les personnages féminins un peu idiots, jusqu'à un certain point. C'est pour cette raison que je souhaitais que dans mon film les deux femmes soient intelligentes et qu'on accompagne complètement leur point de vue. J'avais une vision aussi concernant Joachim : je voulais que sa fragilité et sa faille soient précisément l'endroit où on pouvait avoir de l'empathie pour lui, mais aussi l'endroit où se nichait sa violence.


Zita et Alexia, vous interprétez, Laura et Shirine, deux femmes qui ont été amoureuses de Joachim, un homme violent et toxique. Comment avez-vous construit vos personnages ?

Zita : On a un peu découvert nos personnages au fur et à mesure du tournage et aussi selon la façon dont Nathalie nous dirigeait dans les scènes, parce qu'il y avait un vrai travail de direction d'actrices et d'acteurs. On a donc beaucoup fouillé dans les scènes et on a pris le temps d'essayer des choses, d'aller dans plein de directions même si on n'avait pas beaucoup de temps de tournage. En effet, il ne fallait pas que le personnage soit caricatural. Dans les scènes, il y avait des ajustements assez précis pour trouver quelque chose qui nous surprenne. En ce qui me concerne, j'ai plusieurs fois été surprise par ce que pouvaient donner les indications de Nathalie. Et je me disais : « c'est intéressant, je n'avais pas vu ça comme ça ! ». Je me suis beaucoup laissée porter par les envies de Nathalie, sa direction d'acteurs et le film qu'on était en train de construire. En tout cas, quand j'ai lu le scénario, j'ai aussi tout de suite pensé à des situations de proches. J'ai été émue par la reconstruction de Laura, sa relation avec sa fille. Au-delà des violences, j'avais vraiment l'ambition de me concentrer sur le portrait de cette femme, que je trouvais très beau et très actuel. C'est certain que j'ai vu la violence, mais ce n'est pas la première chose qui m'est venue à la lecture du scénario. Cette femme traverse des épreuves, mais j'aimais bien qu'elle ne soit pas définie que par ce qu'elle subissait.


Alexia Chardard : Je suis complètement d'accord avec Zita sur tout ce qu'elle a dit à propos de la préparation qui s'est surtout faite au fur et à mesure. J'ai l'impression que ce qu'on a le plus préparé, c'est les métiers des personnages. Nathalie m'avait fait lire un livre de l'anthropologue Cristina Cattaneo qui s'appelle Naufragés sans visage. Shirine fait un métier passionnant. C'est une fille que j'aimerais connaître dans la vie de tous les jours ! Pour Shirine, son métier est très important. Quand Joaquim devient intrusif, l'empêche de faire son travail, c'est la limite.


Pourquoi avoir choisi un tel métier pour Shirine ?

Nathalie Najem : J'avais lu une interview de cette légiste italienne qui travaillait sur l'identification des corps des migrants morts en mer. J'avais été fascinée par ce qu'elle disait, sa personnalité, et puis ce que je découvrais. Ce n'est pas une médecin légiste. J'avais regardé un reportage qui montrait qu'il y avait plein d'autres métiers qui travaillaient ensemble dans ce domaine.

Shirine, le personnage qu'interprète Alexia, cherche à savoir où sont enterrés les migrants. C'est donc un axe qu'on a développé en amont. Je trouve qu'en dehors du courage qu'ont Shirine et Laura de faire front à cette relation, il y a vraiment déjà ce qu'elles sont dans la vie.


Laura et Shirine ne sont pas passives face à Joachim. Elles ne se laissent pas faire et réagissent même si cela est difficile pour elles...

Zita Hanrot : J'ai l'impression que plus les femmes ont l'air fortes, plus certains hommes ont envie de les détruire, parce qu'il y a un un certain plaisir et une forme de perversité là-dedans. Je prends l'exemple de Rihanna qui incarne quelque chose de très solide et de très indépendant. Pourtant, malheureusement, elle a été victime de violences conjugales. Laura se libère au fur et à mesure de cette relation, de cette violence mais on sent que c'est un arrachement. Il est vrai que l'enfant qu'elle a avec Joachim constitue forcément un lien. Pour Shirine, c'est un peu différent : on voit physiquement comment elle va s'extraire de cette situation. On la voit même courir avec un pied dans une botte.



Nathalie Najem : C'est vrai que pour Laura le lien avec Joachim, c'est leur fille. J'avais envie aussi de montrer cet aspect. En fait, on se rend compte qu'elle a déjà pu porter plainte une première fois dans le passé contre lui et elle est obligée d'y retourner. Peut-être qu'après, elle y retournera encore une fois, si besoin. A un moment, elle dit à sa fille que quand son père fait n'importe quoi, il faut le gronder. Pour Shirine, je m'imaginais qu'elle serait évidemment marquée par ce qu'elle avait vécu mais qu'elle pourrait aller de l'avant.



Alexia, vous avez dû jouer des scènes assez physiques. Comment les avez-vous préparées ?

Alexia Chardard : J'ai demandé à faire mes cascades pour pouvoir vraiment appréhender cette peur, parce que ce moment est un tournant dans la vie du personnage. Il y a un avant et un après son accident. Pour moi, c'était important de le vivre. J'ai ce caractère : je ne vois pas pourquoi quelqu'un d'autre ferait ce que je peux faire. Là, il y avait bien sûr des limites parce que cascadeur, c'est un métier. Ca s'est très bien passé ; on était très encadrés. Franchement, c'était chouette ! J'aime bien ce qui est physique.


Zita, vous avez vous aussi une scène difficile avec Bastien Bouillon dans le tramway...

Zita Hanrot : La scène du tramway, je l'ai trouvée particulièrement difficile. Mais ce n'était pas forcément sur le fait de donner des claques. Ca, je l'ai déjà plusieurs fois dans des films. Mais c'était surtout parce que les enfants sont vraiment les victimes, en plus des femmes, en général. Il y a vraiment quelque chose de l'ordre de l'injustice parce que les enfants n'ont vraiment pas choisi d'être là. C'était donc plus cette idée de la violence que la dimension physique que j'ai trouvée difficile dans cette scène. Le fait d'exposer et de peut-être abîmer quelqu'un qui n'a rien demandé, ça me touchait beaucoup. Après, j'avais une autre scène physique : c'était la scène d'amour avec Aurélien Gabrielli. On l'a préparée avec une coordinatrice d'intimité. Ça s'est super bien passé. C'était très fluide et c'était passionnant que Nathalie puisse dire ce qu'elle voulait en mise en scène, qu'on puisse dire nos limites, et puis qu'on trouve la chorégraphie là-dedans. Donc, dans le film, il y avait des scènes de grande douceur et des scènes de grande violence !


Maya Hirsbein qui interprète votre fille est formidable. Comment s'est passé le tournage avec elle ?

Zita Hanrot : C'est assez intimidant de jouer avec des enfants. Là, j'ai trouvé que c'était à la fois très intéressant et très déstabilisant. En fait, Maya était une partenaire, je ne dirais pas comme une autre parce que ce n'était pas une partenaire adulte, donc ça change quand même le rapport, mais c'était une actrice. Elle était très professionnelle. C'était une bonne actrice parce qu'elle savait faire la part des choses. C'était assez troublant de voir autant de professionnalisme chez une petite personne, parfois peut-être plus professionnelle que les adultes.



Vous êtes en pleine tournée d'avant-premières. Recevez-vous des témoignages de femmes à la fin des projections ?

Nathalie Najem : Certaines fois, le public réagit beaucoup. Les gens ne parlent pas directement. Ils viennent parfois nous parler en privé. Beaucoup disent qu'ils ont connu un Joachim. Je me souviens d'une femme qui m'a dit qu'elle avait vécu à la place de la petite fille. Ce sont le plus souvent les femmes qui prennent en charge cette identification. Les hommes, eux, disent qu'ils sont accrochés au siège, qu'ils ont envie que cette tension s'arrête, mais ils s'identifient quand même.


Aux jours qui viennent de Nathalie Najem avec Bastien Bouillon, Zita Hanrot, Alexia Chardard...au cinéma le 23 juillet.

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