Michel Graniou "Camera obscura" à la Galerie du musée de la Photographie Charles Nègre
- Laurence Ray
- il y a 2 jours
- 3 min de lecture
« Camera obscura », c'est le titre de l'exposition de Michel Graniou à la galerie du Musée de la photographie Charles Nègre de Nice mais c'est aussi le premier appareil photographique au monde qui, depuis Nicéphore Niepce au début du XIXe siècle, a permis de fixer une image sur une surface sensible. Si Michel Graniou a choisi ce titre pour son exposition, c'est parce qu'il utilise précisément cet appareil depuis près de quarante-cinq ans. Il suffit d'ailleurs de faire quelques pas dans l'exposition pour apercevoir cette chambre noire photographique, cette camera obscura si chère à son cœur.

Michel Graniou, un photographe azuréen
Sa passion pour la photographie, Michel Graniou la doit à son père. Depuis qu'il est enfant, il s'intéresse à la photo. Il en a d'ailleurs fait son métier puisqu'il est photographe du patrimoine architectural et pictural des Alpes-Maritimes.
Si, pour des raisons professionnelles, il s'est mis au numérique, au contraire, dans sa pratique artistique personnelle, il a toujours mis un point d'honneur à utiliser l'argentique et à effectuer ses tirages dans son laboratoire, préférant à la vitesse et la facilité du numérique, la lenteur et la contemplation, « le luxe de passer du temps devant un sujet ». Pas de prises de vue précipitées, Michel Graniou revendique le fait de prendre son temps. « On compose doucement l'image. Ça peut durer des heures. On fait la mise au point avec une loupe. Et petit à petit, on arrive à un moment où on appuie sur le déclencheur. Ça peut être une pause longue ou une pause plus courte. Ça peut dépendre de l'éclairage, évidemment. On a donc une véritable attention portée aux choses que ce soit pour l'architecture, pour une nature morte ou même pour un portrait. »
Photographe admiré et réputé, il fait partie des artistes de la Galerie Chave de Vence. A Nice, sa ville natale, il n'a été exposé que deux fois, en 1986 à la galerie Mossa et maintenant au Musée de la Photographie Charles Nègre, un artiste qu'il affectionne particulièrement.
Michel Graniou aime à le répéter, ses photos n'ont pas été prises au cours de longs voyages à l'étranger. Le plus loin qu'il ait pu aller, c'est à Gênes en Italie. Dans l'exposition, on reconnaît d'ailleurs facilement le magnifique cimetière de la ville italienne. C'est à Nice et dans l'arrière-pays qu'il a pris l'essentiel des photographies qui composent l'exposition : une harpe du XVIIIe siècle conservée au musée Lascaris, deux statues de lion provenant du cimetière du Château encadrant une tombe aujourd'hui abandonnée, des clés anciennes photographiées à l'écomusée de la Roudoule de Puget-Rostang ou encore des fleurs de son jardin.
70 tirages argentiques
En choisissant la prise de vue argentique à la chambre grand format et le tirage manuel dans son laboratoire, Michel Graniou fait l'éloge de la lenteur et de la patience. Il prend son temps et invite le spectateur à faire de même lorsqu'il parcourt son cabinet de curiosités que constitue en quelque sorte l'exposition.
Un jeu de piste poétique de soixante-dix tirages presque tous en noir et blanc, répartis en trois thèmes : les artificialia (antiquités, œuvres d'art), les mirabilia célébrant la beauté de l'éternel féminin et les naturalia issus des trois règnes naturels (animal, végétal, minéral). Dans cette chambre des merveilles dans laquelle nous convie le photographe, les beautés de la nature ou créées par les mains de l'homme se font écho et se répondent. Ce n'est pas pour rien qu'il a choisi d'illustrer les naturalia par le très célèbre premier vers du poème de Baudelaire « Correspondances » : « La nature est un temple... ».



La plupart des tirages de cette exposition sont empreints de mélancolie. « Je suis très influencé par la peinture, notamment celle du XVII et XVIIIe siècles, et les thèmes qu'elle aborde. Les âges de la vie sont souvent représentés à ces siècles-là », reconnaît Michel Graniou. Sur ces photographies, les natures mortes, les fleurs côtoient des sabliers ou des crânes, comme des témoignages du temps qui passe.
Michel Graniou « Camera obscura » jusqu'au 22 février à la galerie du Musée de la Photographie Charles Nègre, 1 place Pierre Gautier.




Commentaires