Interview de Ben L'Oncle Soul
- Laurence Ray
- il y a 3 jours
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Ben l'oncle soul est actuellement en tournée en France et, la bonne nouvelle, c'est qu'il sera parmi nous le 28 novembre. Ce sera sur la scène des Arts d'Azur du Broc. Un concert qui promet d'être généreux et plein d'énergie, comme ce chanteur à la voix chaleureuse et au groove entêtant nous y a habitué depuis maintenant une quinzaine d'années. En 2010, on se souvient qu'il avait fait une entrée fracassante dans l'univers musical français avec « Soulman », un titre qui en disait long sur ses influences et ses inspirations.
Dans le public de Ben L'Oncle Soul, il y a les fidèles de la première heure mais aussi de plus en plus de jeunes. C'est en quelque sorte à eux que s'adresse son 8e opus intitulé « Sad generation ». Une génération qui a un peu perdu l'envie de sourire et la capacité à s'émerveiller.
Dans cet album très réussi, où se mêlent plusieurs sonorités, soul, blues, jazz, reggae, il est question de transmission, d'héritage : des thèmes qui, plus que jamais, lui sont chers. Avant son concert dans les Alpes-Maritimes, nous avons pu poser quelques questions à Ben l'Oncle Soul sur cet album que nous ne nous lassons pas d'écouter.

Votre dernier album « Sad generation » mêle plusieurs sonorités. Il est le fruit d'une belle collaboration....
Ben L'oncle Sou : Je travaillais avec deux beatmakers, un hollandais et un français, que j'ai rencontrés via Internet. Ils s'admiraient l'un l'autre et voulaient travailler ensemble. On a fait ménage à trois sur l'album ! Il y a des sonorités qui viennent quand même de là d'où je viens, c'est-à-dire la culture soul, hip-hop et eux ont réussi à développer aussi des sonorités qui leur sont propres.
Le titre de l'album interpelle. Pourquoi « Sad generation » ?
Ben L'Oncle Soul : Pour l'interpellation ! C'est toujours bien quand on retient un titre. Je trouvais que l'album était plus blues que les autres dans les sonorités. Il ne faut pas oublier que le blues, c'est quand même une musique de complainte à la base. Je voulais garder la couleur un peu mélancolique du blues, mais en abordant des sujets qui me sont plus personnels.
Quand on rentre à l'intérieur de l'album, on se rend compte qu'en fait, c'est plutôt positif. Je trouve que c'est un peu aussi ce qu'on peut retrouver avec la génération de mes enfants, par exemple. Ils sont moins souriants que nous ; on a tendance à dire qu'ils font la gueule. En fait, c'est un masque sociétal, tout simplement parce qu'ils sont peut-être un peu plus méfiants, plus distants. C'est intéressant aussi, parce que finalement, quand on gratte un peu, on se rend compte qu'ils sont super positifs, ils ont plein de bonnes idées. Ils sont sans doute un peu blasés d'avoir déjà, à 14-15 ans, tout vu grâce aux écrans ou à cause des écrans. Quand j'avais leur âge, je découvrais la vie, j'étais forcément surpris et j'avais le visage qui s'éclairait. Ce genre de choses, ça ne leur arrive plus vraiment. C'est aussi pour cette raison que j'ai appelé l'album « Sad generation ».
Pour cet album, vous avez travaillé avec la jeune génération...
Ben L'Oncle Soul : Oui ! J'ai écrit avec Léonie Barbot. Elle a 20 ans et elle écrit super bien. Elle fait régulièrement des aller-retours entre Paris et Los Angeles. Elle est complètement bilingue. L'idée sur cet album, c'était aussi de prendre les influences de la nouvelle génération, de voir un peu comment ils bossent.
Il y a deux duos, notamment avec Adi Oasis...
Ben L'Oncle Soul : Adi Oasis, c'est ma cousine. Elle est bassiste, compositrice et chanteuse. Elle est installée à New York depuis 20 ans et elle bosse avec Lenny Kravitz, avec Anderson .Paak. C'est pas mal quand même ! Dans ma famille, ils sont forcément ravis qu'on ait travaillé ensemble. Surtout ma grand-mère !
J'ai aussi fait un duo avec Kaylan Arnold. Elle est d'origine haïtienne mais vit à Miami. Je l'adore depuis toujours et je crois qu'elle m'adore aussi parce qu'elle m'a suivi sur les réseaux sociaux depuis le début. Elle m'envoyait des messages sur Instagram. Je ne savais pas qu'elle développait elle aussi son univers. Ce que j'ai aimé, c'est l'influence du reggae dans son R'n'B.
Elle est très caméléon, elle n'a pas peur de changer d'univers et on la reconnaît dans tous les cas. Je trouve que c'est une grande qualité notamment chez de jeunes artistes. Peut-être qu'à mon époque, les artistes essayaient plus d'être cohérents, d'avoir un univers et de continuer de faire évoluer un peu la même recette.
Diriez-vous que vous avez évolué depuis « Soulman », que vous êtes allé vers d'autres directions ?
Ben L'Oncle Soul : Avec cet album, je continue à explorer. J'ai encore de belles idées à venir. Et c'est vrai que cette génération me pousse. Je sens que les jeunes ont du respect pour notre génération. On n'est pas encore poussiéreux pour eux ! Ils continuent à être influencés par ce qu'on fait et il n'y a rien de plus vivifiant pour moi que de savoir qu'ils sont encore à l'écoute, que le lien n'est pas perdu. Dans mes concerts, il y a pas mal de jeunes.
Sur scène, vous dégagez toujours une belle énergie. Ce sont des moments de partage auxquels vous êtes très attaché....
Ben L'Oncle Soul : Je n'envisage pas les concerts comme autre chose qu'un moment unique. Il faut complètement se plonger dans le moment présent, pour être reconnaissant de la chance qu'on a, pour célébrer la vie. Pendant les tournées, on s'éloigne de nos familles pour aller gagner notre vie. Si en plus de ça, on n'est pas à 100%, à 200%, je ne vois pas trop l'intérêt !
Sur cette tournée, je présente surtout cet album et puis, il y a aussi, bien sûr, un florilège des morceaux choisis des albums précédents. Il faut aussi que les gens qui m'ont connu avec autre chose que ce dernier album ne soient pas déçus. J'espère que la nouvelle équipe sur scène va leur plaire. Jusqu'à présent, ça va, ça s'est bien passé !
On est allés en Espagne, en Italie, en Hollande, et on sera en Belgique à la rentrée prochaine. Maintenant, ce sera surtout des dates en France. Je trouve que c'est intéressant aussi de remettre la France dans le prisme de l'Europe et pas seulement comme la France, le pays dans lequel j'ai grandi. Je trouve ça chouette aussi de rester critique.
Le fait que vous chantiez en anglais attire forcément un public international. Avez-vous prévu de faire une tournée aux Etats-Unis ?
Ben L'Oncle Soul : L'anglais, ça parle à énormément de gens. Pour ce registre-là, ça transporte ! Alors, évidemment, je chante aussi en français, et, du coup, c'est pour ça que je me permets un peu plus de déconner en français. Ces moments-là d'interaction, ils sont aussi super importants pour la narration du spectacle et je m'en amuse. On n'a pas prévu d'aller aux Etats-Unis. On l'a déjà fait par le passé. C'est beaucoup d'investissements et je pense que la culture afro-américaine n'a pas vraiment besoin d'une personne de plus qui fait ça.
On vise plutôt l'Angleterre, la Hollande, l'Allemagne. On a envie d'approfondir les liens avec ces pays. En Europe, c'est cool parce qu'on n'est pas loin et qu'on arrive à ramener quelque chose qui n'est peut-être pas si fréquent que ça. Ca donne une belle diversité à la programmation. La chance qu'on a ici, c'est qu'il y a un style à défendre, une culture à faire connaître. Je suis dans la transmission, donc tout ce qui permet de faire découvrir, moi j'adore ! Je trouve que dans le partage, c'est là qu'on passe les meilleures soirées.
Vous parlez de partage, de transmission. Quels sont vos derniers coups de cœur musicaux ?
Ben L'Oncle Soul : Mon dernier coup de cœur, c'est Léon Thomas. J'adore aussi Olivia Deen, Raye, Orion Sun. Je reste toujours un peu dans la même veine !
Ben L'Oncle Soul en concert aux Arts d'Azur du Broc le 28 novembre à 20h30. Première partie : Alexandra Miller.
Pour réserver : www.lesartsdazur.net




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