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Je n'aime pas le classique, mais avec Alex Vizorek j'aime bien ! : interview du Luka Faulisi

  • Laurence Ray
  • il y a 1 jour
  • 6 min de lecture

Je n'aime pas le classique, mais avec Alex Vizorek j'aime bien !, voilà un titre bien choisi pour rendre compte de la teneur de ce spectacle qui connaît un immense succès depuis sa création. Tout a commencé il y a une quizaine d'années par la sortie du disque Je n’aime pas le Classique, mais ça j’aime bien. Avec une toute première adaptation sur scène orchestrée par Gaspard Proust et ovationnée par la presse et le public, c’est désormais Alex Vizorek, qui assure le rôle de maître de cérémonie. En livrant quelques anecdotes, toujours avec l'humour qu'on lui connaît, il décortique les plus grandes œuvres classiques pour le plus grand plaisir du public.


Sur scène, Alex Vizorek est loin d'être seul. Il est entouré de musiciens talentueux et notamment du violoniste Luka Faulisi qui est aussi le directeur musical du spectacle. Il n'a même pas vingt-cinq ans et il a déjà accompagné les plus grands orchestres dans le monde et sorti deux albums Aria et Les Quatre Saisons, qui témoignent de son envie constante d’apporter la musique classique à de nouveaux auditoires. C'est donc tout naturellement qu'il a accepté d'assurer la direction musicale de Je n'aime pas le classique, mais avec AlexVizorek j'aime bien !. Avant sa venue à La Palestre au Cannet le 21 février, il nous a parlé du spectacle et de ses projets.


Comment présenteriez-vous ce spectacle ? C'est un mélange d'humour et de musique classique ?


Luka Faulisi : C'est ça. Ce qu'on a imaginé avec le rôle qu'on m'a donné à la direction musicale, c'est une chronologie de la musique classique de Vivaldi à Gershwin. On fait un peu une histoire de la musique classique. Alex présente les morceaux que l'on va jouer, avec des anecdotes, des petites divagations par rapport à des faits d'actualité, politiques...


On présente ce très beau répertoire, en commençant par Vivaldi, puis Mozart, Beethoven, Brahms, puis on fait Saint-Saëns, Carmen de Bizet, et puis d'autres compositeurs peut-être un peu moins connus comme Piazzolla et Gershwin. C'est un très beau programme à écouter musicalement, mais c'est bien plus abordable pour un public qui connaît moins bien la musique classique, de connaître certaines anecdotes. A travers le prisme de l'humour, les choses sont bien plus accessibles !


Est-ce vous, en tant que directeur musical, qui avez conçu la programmation et établi l'ordre dans lequel les musiques et les compositeurs seraient abordés ?



Luka Faulisi : Exactement, et j'ai aussi fait plusieurs arrangements. Sur scène, il y a le violon solo, moi-même, puis un piano et un quatuor à cordes. Il fallait donc adapter beaucoup de choses et même faire des adaptations d'adaptations pour cette formation, par exemple pour Gershwin et Piazzolla ! Ca passe très bien aux oreilles du public !


Ce spectacle s'adresse à ceux qui n'ont peut-être pas l'habitude d'assister à des concerts de musique classique et qui en ont une connaissance assez générale...


Luka Faulisi: En fait, c'est une façon très simple d'aborder une musique qui est si complexe. La musique classique, c'est très générique. Il y a des siècles, des régions du monde, des styles différents dans ce seul mot de musique classique. C'est bien de montrer tout ce qui est englobé dans ce seul terme, et donc de montrer qu'il y a aussi, quelque part, la fin de l'ère baroque avec Vivaldi, le début du classicisme, Mozart, puis le Romantisme.. En fait, ce sont des mondes à part, mais on appelle tout ça musique classique. Ce spectacle est donc une bonne façon d'amener à la découverte les gens qui s'y intéressent, mais qui ne savent pas trop où se renseigner.

C'est un peu comme une mise en bouche de tout ce qu'on peut apprendre par la suite sur la musique classique, sur les compositeurs. Pourquoi les grands compositeurs venaient plutôt des pays germanophones. Pourquoi l'opéra est plutôt en Italie ? J'imagine que le public apprend quand même beaucoup de choses en moins de deux heures. De la scène, pendant le spectacle, on ressent vraiment l'enthousiasme du public qui réagit très bien à ce mélange.


Bien sûr, c'est évident que tout le monde vient pour Alex, mais il y a aussi le fait que nous-mêmes, en tant que musiciens, on est très bien accueillis et très bien reçus. Il y a vraiment un très beau contact avec le public. Récemment, à Roubaix, il y a eu une standing ovation à la fin. C' est beau de voir cet enthousiasme du public surtout par rapport au fait que la musique classique est souvent enfermée dans une case, même si elle est beaucoup plus accessible aujourd'hui qu'avant. L'offre d'abonnements pour les jeune s'est bien développée en quelques années. C'est donc plus une question de culture, et donc là, le fait d'amener vers le public un spectacle qui est drôle et en même temps qui est un genre de panorama de tout ce qu'on peut faire dans la musique classique, c'est très beau.



Vous-même, vous avez sorti plusieurs albums, toujours dans cet esprit d'offrir une sorte de panorama de la musique classique et de la rendre donc plus accessible...


Luka Faulisi : Je suis toujours dans cette optique de faciliter l'écoute, parce qu'on a ce souci de jouer de la musique qui était quand même écrite dans une autre époque, où, par exemple, la perception du temps était beaucoup plus longue. C'est-à-dire que les gens pouvaient écouter des opéras de 5 heures et en même temps lire des romans de plusieurs tomes donc tout était plus lent et il n'y avait pas les moyens de communication et de transport que l'on a aujourd'hui.


Avant, lorsqu'un musicien allait en Amérique pour faire une tournée, il prenait le bateau et il voyageait pendant des semaines pour arriver à destination. Aujourd'hui, c'est quelques heures. L'évolution de la perception du temps a été progressive : il y a eu les disques, puis les cd, les dvd, les plateformes de streaming et maintenant les réseaux sociaux.

C'est comme s'il y avait une impatience généralisée où il faut captiver l'attention du public très vite. C'est un travail artistique aujourd'hui de s'adapter sans trahir les oeuvres que l'on joue, mais toujours dans ce prisme de se dire qu'il faut parler aux gens de notre époque.


De quelle façon avez-vous découvert la musique classique ?


Luka Faulisi : Mes deux parents sont musiciens. Ma mère voulait que je fasse du violon. Quand elle était enceinte de moi, elle écoutait des enregistrements de violonistes. Quand j'étais tout petit, mon père avait de très beaux CD qu'on mettait dans la voiture ou des documentaires de grands violonistes. Je regardais ça dans mes temps libres. Vers 3 ans, 3 ans et demi, en passant devant la vitrine d'un magasin où il y avait beaucoup d'instruments de musique, j'ai vu un violon et je l'ai pointé du doigt. Mes parents ont compris que je voulais faire du violon. Après le parcours a été très long pour en arriver à quelque chose de potable. Le violon, c'est très compliqué.

J'ai l'impression que la jeune génération, en grande partie, n'aurait jamais l'idée de devenir musicien classique mais en même temps, il y a un jeune public qui émerge des plateformes et qu'on voit dans les salles de concert. Il y a un peu ce double circuit. Ça dépend des pays, mais je sais que la musique classique a un grand prestige en Corée. C'est incomparable avec l'Europe. Ils ont une admiration profonde pour la culture occidentale. Pour eux, le summum de l'art occidental, c'est la musique.


Les jeunes écoutent des chansons de 2-3 minutes. Quand on les analyse harmoniquement, rythmiquement, c'est de la musique terriblement basique. C'est une même harmonie avec quatre accords seulement. C'est pour ça qu'on a envie de leur dire qu'on peut leur faire découvrir plein de nouveaux accords qu'ils n'ont jamais entendus. Il faut apprendre à écouter. Récemment, j'ai joué avec l'Orchestre de Rouen et j'ai parlé avec des classes, des lycéens, des enfants de maternelle. C'est quand même intéressant de montrer pourquoi, à tel moment, le compositeur écrit ça, et ce que ça représente. Vivaldi, d'ailleurs, très visionnaire, avait déjà, avec Les Quatre Saisons, écrit des poèmes qui correspondaient aux 4 saisons. Dans la partition, on a des phrases de ce poème. On sait pourquoi, à tel moment, par exempl. e, là, il y a un chien qui aboie, là, c'est, par exemple, la tempête, la tornade, les gouttes de pluie. C'est ce qu'explique par exemple Alex dans le spectacle.



Après ce spectacle, quels sont vos projets ?


Luka Fausili : En mars, je serai seul sur scène avec un répertoire de pièces pour violoncelle : Bach, Paganini, et le compositeur belge Ysaÿe. Par la suite, j'aurai plusieurs concerts avec orchestre : en Slovénie début juin, et puis au Qatar avec le Qatar Philharmonic. J'aurai aussi une date parisienne en mai. Avec la tournée de Je n'aime pas le classique, mais avec AlexVizorek j'aime bien !, il nous reste une dizaine de dates jusqu'en avril. On reprendra ensuite en septembre. Mon emploi du temps est donc bien chargé !



Je n'aime pas le classique, mais avec Alex Vizorek j'aime bien ! Samedi 21 février à La palestre au Cannet à 20h30.


je n'aime pas le classique mais avec Alex Vizorek j'aime bien

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