Interview du comédien Roland Marchisio
Le 6 novembre La Palestre accueillera Muchas Gracias, une comédie très drôle pleine de rebondissements et de quiproquos, dans la grande tradition du théâtre de boulevard. Déjà jouée l'été dernier à Fréjus dans le cadre des Nuits Auréliennes, la pièce a connu un grand succès auprès du public.
En cette fin d'année plutôt morose, il serait dommage de se priver de rire de bon cœur, surtout quand la pièce est servie par des comédiennes et comédiens de talent qui déploient une belle énergie sur scène : Julien Cafaro, Bruno Chapelle, Fabienne Galloux, Charles Meurisse, Claire Conty et Roland Marchisio. Quand ce dernier est à l'affiche d'une pièce, on est sûr de ne pas s'ennuyer ! Il a fait rire le public dans Boeing, Boeing, Folle Amanda, Mon meilleur copain, Secret de famille et tant d'autres pièces en plus de trente ans de carrère. Lors d'un entretien téléphonique, Roland Marchisio a évoqué Muchas Gracias mais aussi son métier de comédien et de metteur en scène.

Culture Net Info : Quel personnage interprétez-vous dans Muchas Gracias ?
Roland Marchisio : Comme je dis souvent, j'ai davantage la carrière pour être le beau-frère de James Bond que James Bond lui-même. Mais il n'y a pas de problèmes : c'est tout à fait assumé. Il faut faire avec ce qu'on est et ce qu'on a à proposer.
Comme d'habitude, mon personnage est entre Indiana Jones et Steve McQueen ! Il est encore une fois un peu perdu et dépassé par les événements. C'est ce qui crée le comique évidemment. Il est sûr de lui et il va passer une heure et demie à comprendre qu'il n'est pas du tout sûr de lui en fait.
La pièce est menée tambour battant. On est vraiment dans le théâtre de boulevard...
Roland Marchisio : Avec Raymond Acquaviva comme metteur en scène, on est plutôt bien servis ! On retrouve un peu le rythme des pièces de Feydeau. La pièce repose sur le mensonge, dans lequel on se noie. Evidemment, en se noyant, on en rajoute et c'est encore pire.
Mais pour que tout ça puisse passer avec une certaine crédibilité, c'est le rythme qui va aider. Ça commence par une erreur de texto avec un correcteur automatique et ça va engendrer le grain de sable. Les rouages vont petit à petit se rouiller. C'est un peu comme un phénomène de noyade. On fait des gestes, pas spécialement ceux qui vont nous sauver, mais on a l'impression de surnager. Le public rit parce qu'il se demande comment le personnage va chercher ce genre de solution ou de mensonge pour arriver à s'en sortir. Plus ça va, plus il invente.
En fait, le boulevard, il faut l'aborder comme un drame personnel du personnage. Pour qu'il arrive à des excès de cette manière-là, il a l'impression que sa vie est en danger. Et à partir de là, si on joue sa vie, on est capable de dire n'importe quoi pour survivre. C'est là, évidemment, que ça devient de moins en moins crédible et de plus en plus comique.
Ce sont des rôles que vous connaissez bien et dans lesquels on vous a souvent vu mais vous avez aussi interprété des personnages plus dramatiques notamment au cinéma, dans Monsieur Batignole et Casque bleu de Gérad jugnot. Abordez-vous ce genre de rôles différemment ?
Roland Marchisio : Ce qui est intéressant dans ces rôles, c'est le souci de trouver le détail, de ne pas vouloir grossir le trait. On souligne, mais il ne faut pas surligner. Il y a un gros contraste, finalement, entre ces personnages et ceux de comédie. Là, on souligne simplement, tandis qu'avec les comédies, on y va plus à fond. Moi, j'essaie toujours quand même d'y mettre le cœur, de montrer au public que le personnage n'est pas juste là pour faire rire. Il met toute sa sincérité dedans. Je pense que c'est le petit détail qui fait qu'on va se dire que c'est gros, mais qu' en même temps, on lui pardonne.
Il faut que le personnage y croie. C'est important. C'est un peu un pacte qui se fait entre les spectateurs et la scène. Ils éprouvent une certaine empathie à l'égard du personnage et acceptent de faire avec lui un bout de chemin pendant une heure et demie. Plus c'est sincère de la part du personnage, plus on nous autorisera des excès.
Vous êtes également metteur en scène. Ce sont ces conseils que vous donnez aux comédiens que vous dirigez ?
Roland Marchisio : Oui, je leur dis toujours d'essayer d'être le plus sincères possible, même si ça a l'air énorme. Si un comédien ou une comédienne ne croit même pas à ce qu'il défend, il va automatiquement le surjouer et ça va devenir difficile à suivre, et du coup, difficile à convaincre. Le public, qui n'est pas idiot, s'en rendra compte et lâchera. Ca, il ne le faut pas. Il faut qu'on mouille la chemise !
Ce sont ces conseils que je donne aux jeunes comédiens. Ils y arrivent parce que j'espère avoir les bons arguments qui puissent les convaincre. Je pars toujours du fait que si je propose quelque chose, je puisse l'argumenter. C'est un métier de proposition, que ça vienne du metteur en scène ou des comédiens. Ce n'est pas un pouvoir qu'on a parce qu'on est metteur en scène. Si le capitaine explique aux matelots où ils vont, ils font deux fois mieux le boulot.
Hormis la tournée de Muchas Gracias, avez-vous d'autres projets au théâtre en tant que comédien ou en tant que metteur en scène ?
Roland Marchisio : Je vais jouer dans une pièce de Laurent Ruquier, Grosse Chaleur, dans une mise en scène d'Anthony Marty. Elle a déjà été jouée avec de belles têtes d'affiche. On va faire de notre mieux : on sera pendant un mois et demie à la Tête d'or à Lyon et après on partira en tournée. Je serai aux côtés de Julien Cafaro, que je connais depuis trente-cinq ans, Dominique Mérot, Ségolène Stock, Evelyne Cervera et Victor Milliot-Charpentier. J'aime bien les tournées : ça me permet d'abord d'exercer mon métier avec plaisir et passion et en même temps de pouvoir avoir une vie de famille.
Comme Muchas Gracias, c'est une comédie avec plusieurs personnages...
Roland Marchisio : J'aime bien les pièces collégiales où il n'y en a pas un qui tire son épingle du jeu. Et puis, disons que je fais un peu office de bumper, comme dans un flipper. Je suis celui qui renvoie la balle à chaque fois, comme je peux ! En gros, on a toujours les mêmes thèmes, entre le clown blanc et l'auguste. Julien sera plus l'auguste et moi, le clown blanc !
Muchas Gracias vendredi 6 Novembre à La Palestre à 20h30.
Pour plus d'informations sur la pièce et pour réserver : www.lapalestre.eu




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