Interview de l'acteur Guillaume Marbeck au Festival de Cannes
- Laurence Ray
- il y a 2 jours
- 6 min de lecture
A chaque édition, le Festival de Cannes offre de belles surprises et révèle des comédiennes et des comédiens. L'année dernière, après la projection en compétition de Nouvelle Vague de Richard Linklater, tout le monde se demandait qui était ce comédien qui interprétait avec autant de talent Jean-Luc Godard. Pour son premier rôle, Guillaume Marbeck a fait une entrée remarquée dans le cinéma, et, qui plus est, par la grande porte. Une année s'est écoulée depuis l'effervescence cannoise. Guillaume Marbeck a été nommé aux César dans la catégorie révélation masculine. Il n'a pas été récompensé mais il s'est quand même offert le plaisir de monter sur scène pour lire le discours de Richard Linklater. Sa passion pour le cinéma ne s'est pas émoussée, bien au contraire. Il a des projets en tant qu'acteur et il ne perd pas de vue son envie de réaliser un film. C'est ce qu'il nous a confié lorsque nous l'avons rencontré sur la terrasse Unifrance, en toute décontraction, lors du dernier Festival de Cannes.

Culture Net Info : L'année dernière, vous avez vécu votre première expérience cannoise avec la présentation en compétition du film de Richard Linklater Nouvelle Vague. Quels souvenirs en gardez-vous ?
Guillaume Marbeck : C'était un peu particulier parce que c'est un film qui a été vraiment mondial dans la distribution. Je n'avais pas du tout conscience du parcours que font les acteurs pour la promotion des films. Ça m'a fait encore découvrir quelque chose de nouveau du cinéma que je ne connaissais pas. C'est super joyeux, après autant d'années à travailler dans l'ombre, puis un peu dans la lumière, de découvrir encore des nouveaux aspects dans ce métier. C'est super chouette !
J'avais fait de la distribution avant d'être acteur et photographe. J'étais déjà venu à Cannes plusieurs fois et je me disais qu'un jour, si je montais les marches, j'en profiterais vraiment, que je ferais la fête sur le tapis rouge. Et c'est ce qui s'est passé grâce à Nouvelle Vague ! A la descente des marches, après la projection, on dansait. C'était génial! Ca arrive une fois dans une vie et je n'avais pas envie de me dire : « j'aurais dû faire ci, j'aurais dû faire ça ». Peut-être que si je devais à nouveau monter les marches pour un film, j'agirais différemment mais là, Je suis vraiment content de l'avoir fait et de m'être amusé !
C'était d'autant plus agréable que vous vous êtes retrouvé dans cette aventure un peu grâce à un concours de circonstances. Richard Linklater vous a repéré sur YouTube...
Guillaume Marbeck : C'est un peu la magie du cinéma, le fait d'être au bon endroit, au bon moment et prêt, je pense, à recevoir cette proposition. Parce que parfois, on a des propositions, mais on n'est pas prêt et on se dit qu'on était à ça de l'avoir. Mais peut-être qu'on était à des kilomètres ! Je pense qu'une grande partie de ma vie, ça a été ça : j'avais l'impression d'être prêt, alors que je ne l'étais pas vraiment, autant par rapport à la connaissance du métier qu'humainement parlant. Il y a des moments dans l'existence, où on est prêt pour certaines choses et pas pour d'autres. Et là, je pense que j'étais prêt. A un moment, comme je voyais que rien ne venait, j'étais même prêt à arrêter le cinéma et je me disais que ça n'était pas grave, que je ferais autre chose. Et ce lâcher prise, je pense, a permis d'enlever la pression, de faire les choses pour les bonnes raisons et d'être concentré uniquement sur ce qu'il y a de bien.
Ce rôle vous a conduit aux César. Vous avez été nommé dans la catégorie meilleur espoir masculin. C'était aussi une belle expérience...
Guillaume Marbeck : Les César, c'est une cérémonie que je regarde depuis que je suis petit. Ça m'a vraiment fait quelque chose d'y assister. J'avais l'impression d'être dans mon canapé, mais dans la salle ! Je rêvais toujours de me dire : « qu'est-ce que ça doit faire d'être dans la salle ? ». J'ai pu le vivre et c'est une chance inouïe. En plus, j'avais trois possibilités de monter sur scène, dont une qui a été validée. J'ai dû lire le discours de Richard Linklater qui n'avait pas pu venir. Je dois dire que c'est assez intimidant. Quand on voit tout le monde dans la salle, on se dit qu'on va être complètement ridicule. Là, c'est une pression énorme.
Le discours de Richard faisait honneur à toute l'équipe. C'était important parce que le cinéma, c'est vraiment un travail d'équipe. Aux César, on récompense beaucoup ce qu'on voit. La régie ou le directeur de casting, par exemple, ne sont jamais récompensés. Ca me tenait vraiment à cœur de bien respecter ce discours et de montrer à toute l'équipe que leur travail a compté pour nous. On a fait ce film tous ensemble.
Nouvelle Vague est votre premier film en tant qu'acteur mais vous n'êtes pas arrivé par hasard dans le cinéma. Vous avez fait vos études à l'ESRA, qui forment aux différents métiers du cinéma et de l'audiovisuel...
Guillaume Marbeck : L'ESRA, c'est vraiment une école qui s'étend et qui offre un mini environnement cinéma, avant le cinéma. Il faut se battre pour faire ses projets, se défendre en commission. Il faut arriver à fédérer, ce qui permet d'être confronté un peu au réel et de voir tous les milieux. C'est grâce à l'ESRA que j'ai pu découvrir tous les aspects du cinéma que je voulais faire. Mon ambition, c'était d'être réalisateur.
C'est à l'ESRA que vous avez découvert le cinéma de la Nouvelle Vague ?
Guillaume Marbeck : Dans ma famille, on a toujours regardé pas mal de films. Mais je ne peux pas dire que c'était la cinéphilie de films d'auteurs hyper pointus ! On regardait des films de tous bords, des films qui ont bien marché, d'autres plus intimistes. J'avais ma cinéphilie et l'ESRA m'a ouvert à d'autres pans que je connaissais moins, dont La Nouvelle Vague, que j'ai découverte en amphithéâtre. On nous a passé des extraits et ça nous donnait l'impression que nous aussi, on pouvait faire du cinéma, prendre notre caméra, partir dans la rue avec des amis, sans lumière, sans avoir prévu ce qu'on allait faire dans la journée pour faire des images.
Quels sont les films de Godard que vous aviez vus ?
Guillaume Marbeck : J'avais vu Pierrot Le Fou, A bout de souffle, Le Mépris, les grands classiques de Godard. J'en garde sous le pied. Il y a plein de classiques de l'histoire du cinéma que je ne regarde pas par volonté de garder ces films pour plus tard. Si je vois tout, après, je n'aurai plus rien à voir ! Je ne suis pas sûr qu'on arrive à tout voir mais, au moins, il y a des valeurs sûres qui sont passées à l'épreuve du temps. Un jour où tu es vraiment déprimé et que ça ne va pas, tu peux te voir un film magistral et te dire que la vie mérite d'être vécue !
Après le film de Richard Linklater, vous avez dû avoir plein de propositions...
Guillaume Marbeck : J'ai eu beaucoup de propositions, j'ai fait beaucoup de castings. Je suis hyper reconnaissant d'avoir autant d'opportunités. Avant, personne ne m'appelait... Là, il y a quelques projets où j'ai dit oui, qui sont dans la période des financements. Ce sont des projets magnifiques. J'ai hâte que ça se fasse, qu'on travaille bien fort dessus pour qu'on ait le meilleur résultat possible.
Vous êtes à Cannes invité par Unifrance. Vous n'avez pas la même pression que l'année dernière...
Guillaume Marbeck : C'est vrai, cette fois on n'a pas du tout l'attente de savoir si les journalistes vont nous assassiner ou nous encenser. C'est plus un plaisir de se dire « Ah, c'est chouette ! ». La vie de cinéma continue et elle est florissante, sur plein d'aspects. Ça permet de rester connecté à cette énergie.
Aurez-vous le temps de voir des films ?
Guillaume Marbeck : Je vais voir le film d'Antonin Baudry, La bataille de Gaulle. Ca ne me dérange pas de ne voir qu'un film. J'aime bien attendre. On est dans un monde où on doit tout voir tout de suite, et en plus chez soi. Et le fait de se dire que l'endroit encore qui résiste à cette attente, c'est le cinéma, avec le film qui doit sortir dans la salle pour qu'on puisse le voir, je trouve que c'est assez beau. Je trouve que plus j'attends, plus je suis content. J'ai l'impression que, dans la vie, quand on a quelque chose tout de suite, on l'apprécie moins. Je pense que le temps, c'est ce qui a le plus de valeur dans notre existence. Et on est en train de le dilapider.
J'ai des aspirations de création, d'écriture ; il faut donc que je prenne du temps pour créer des projets. Mais je ne suis pas pressé. J'ai été beaucoup pressé toute ma vie à vouloir faire les choses vite, sans attendre les budgets. En fait, je pense que le temps a une valeur encore plus grande quand il permet de sélectionner ce qu'on estime être de l'ordre du besoin. Parce que s'il y a vraiment un besoin d'être fait du côté de l'artiste, je pense qu'il y a un besoin d'être réceptionné du côté du spectateur. Il y a déjà beaucoup de gens qui font pour faire et cela va s'accentuer avec l'intelligence artificielle. Je pense que là où on peut se démarquer, c'est vraiment dans la construction d'un projet où on ira penser profondément et pendant longtemps à tous les aspects d'une manière totalement humaine. C'est-à-dire avec la contrainte du temps qui passe et qui ne revient pas.




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