top of page

Festival de Cannes J5 : Sheep in the box, Gentle monster et El ser querido

  • Laurence Ray
  • il y a 12 minutes
  • 4 min de lecture

La compétition se poursuit au Festival de Cannes. Qui remportera la 79e Palme d'Or ? Sans trop nous tromper, nous pouvons d'ores et déjà affirmer que ce ne sera ni le cinéaste japonais Kore Eda et encore moins la réalisatrice autrichienne Marie Kreutzer dont les films ont déçu. En revanche, Rodrigo Sorogoyen a toutes ses chances avec son film El ser querido.



Avec Sheep in the box, Kore Eda déçoit


S'il y a un cinéaste qui est un habitué du Festival, c'est bien le japonais Hirokazu Kore Eda. Il y a présenté plusieurs films en compétition, a été lauréat de la Palme d'Or en 2018 avec Une affaire de famille, avant de faire partie du jury en 2024. Il place, la plupart du temps, la famille au cœur de ses films, en faisant preuve d'une très grande délicatesse et humanité. C'est d'ailleurs ce qui a toujours séduit le public et les différents jurys qui l'ont souvent récompensé. Alors, pourquoi cette fois avec Sheep in the box déçoit-il ? A cause de son sujet et de la maladresse avec laquelle il l'a traité ?

En effet, à sa préoccupation principale et récurrente dans son œuvre - la famille donc -, il a ajouté une thématique très actuelle : l'intelligence artificielle. Son film montre un couple qui, après le décès de leur petit garçon, fait appel à une entreprise en vogue qui leur propose d'élaborer un enfant lui ressemblant en tous points. Il parle, a son caractère et même des sentiments. Si bien que peu à peu, en côtoyant d'autres enfants-robots ayant la même fonction que lui, lui vient l'envie de s'émanciper. Le film pose plusieurs questions indispensables sur la famille, sur le deuil, sur l'amour parental. Le père et la mère sont en effet chacun son tour sceptique quant à cet « enfant ». Peuvent-ils l'aimer comme celui qui leur a été emporté ? Kore-Eda reste peut-être à la surface de toutes ces questions. Nous aurions aimé un peu plus d'audace. Sheep in the box n'en est pas moins un film plaisant.


Marie Kreutzer fait son entrée en compétition avec Gentle monster


En 2022, Marie Kreutzer avait fait sensation à Un Certain Regard avecson film Corsage porté par l'actrice Vicky Krieps. Elle fait cette année son entrée en compétition officielle avec un sujet grave et malheureusement trop souvent d'actualité : la pédopornographie. Cet homme, marié à Lucy et père d'un jeune garçon, on le verra peu. Le film démarre avec son arrestation, quand la police vient perquisitionner leur domicile et saisir son matériel informatique. Marie Kreutzer a choisi de se concentrer sur Lucy, interprétée avec brio par Léa Seydoux. Elle aime son mari et tombe évidemment de haut quand elle apprend la vérité. Elle se réfugie chez sa mère (Catherine Deneuve) et est traversée par plein d'émotions (la colère, la tristesse, l'inquiétude). Le film suit le déroulé de l'enquête en se focalisant donc sur l'épouse mais aussi, parfois, sur la policière, soumise aux caprices de son père. Deux femmes pas si éloignées que ça finalement. Par la manière dont elle s'est emparé de son sujet, Marie Kreutzer surprend et déstabilise : pas de pathos ni de démonstrations inutiles, mais un récit plutôt factuel, et une réflexion en creux sur la domination masculine. Gentle Monster ne figurera pas au palmarès même si Léa Seydoux est saisissante de vérité, mais il a le mérite de nous faire nous poser des questions.


Le prix d'interprétation pour Javier Bardem ?


Quand, en 2022, Rodrigo Sorogoyen a présenté As bestas dans la catégorie Cannes première, tout le monde s'est demandé pourquoi il n'était pas en compétition. Il aurait, très certainement, figuré en bonne place au palmarès. Thierry Frémaux a réparé cette erreur cette année. Son nouveau film, El Ser Querido, est en lice pour la Palme d'Or. En français, le titre se traduit par « L'être aimé », un groupe nominal à valeur générique. En effet, qui est l'être aimé ? Quelqu'un que l'on continue à aimer même si on s'est éloigné de lui ? Le point de départ du film ressemble à celui de valeur sentimentale de Joachim Trier récompensé l'an dernier. Les deux personnages principaux sont des réalisateurs très connus qui ont des relations conflictuelles avec leur fille actrice.

Chez Sorogoyen, le père interprété magistralement par javier Bardem est un cinéaste torturé, colérique, réputé pour être très difficile avec ses équipes sur les tournages. Alors qu'il l'a perdue de vue depuis treize ans, il décide d'embaucher sa fille (excellente Victoria Luengo) sur son nouveau film. Une manière de se racheter ? La première scène donne le ton : il lui a donné rendez-vous dans un restaurant pour discuter de ce projet. Il parle beaucoup puis progressivement elle parvient à prendre la main et à glisser çà et là quelques reproches. L'un comme l'autre ont envie de se rapprocher, de rattraper peut-être les années perdues mais ils s'y prennent mal. C'est lui qui dicte son tempo, qui lui impose son rythme comme il l'impose à son équipe de tournage. Cinéaste despotique, père aimant et protecteur avec ses jeunes enfants, il instaure peu à peu le malaise, accentué par les mises en abymes des scènes de tournage. De maladresses en colères plus ou moins retenues, la tension entre le père et la fille atteint son apogée lors d'une scène de repas qui entrera sans nul doute dans les annales. Nous n'en dirons pas davantage pour préserver la surprise. Si Rodrigo Sorogoyen ne figure pas au palmarès, il offre toutes ses chances à Javier Bardem. A ce stade de la compétition, on voit mal comment le prix d'interprétation pourrait lui échapper.


El ser querido Rodrigo Sorogoyen Festival de Cannes

Commentaires


bottom of page
google-site-verification=shCiYWMp7RLtg7-ZVVQmBr0ImpOv3IBdqYk603hoiXM