La chanteuse Rose de retour avec Rose Movie : interview
- Laurence Ray
- il y a 1 jour
- 6 min de lecture
« Allez à un concert, repeindre ma chambre en vert... ». Il suffit de fredonner ces quelques mots pour que reviennent en mémoire toutes les paroles de La liste, le titre qui a fait connaître la chanteuse niçoise Rose. C'était il y a vingt ans déjà. Depuis, elle a sorti plusieurs albums, a sombré dans des addictions, a eu un cancer du sein. Une vie faite de hauts et de bas. Un peu comme tout le monde. C'est ce qu'elle a eu à cœur de raconter dans son triple projet Rose Movie (un concert, un livre paru aux éditions Eyrolles et un album), un voyage intérieur nourri de ses propres expériences, auquel elle nous convie, car les histoires, bien que différentes, se ressemblent un peu toutes.
Sur scène, son Rose Movie prend l'allure d'une expérience, d'un partage avec le public. Il n'est jamais vraiment le même. De nouvelles chansons côtoient les anciennes mais il y a aussi des extraits de podcasts, des réflexions, des interludes. Contactée par téléphone avant sa venue à Carros, Rose nous a parlé de ce Rose Movie, ce triple projet qui s'est en quelque sorte imposé à elle.

Vous serez en concert au Forum Jacques Prévert de Carros le 27 février. On imagine que les dates dans les Alpes-Maritimes ont toujours une saveur particulière pour vous...
Rose : C'est rare que je vienne chanter du côté de Nice. Chaque fois, il y a un stress et une pression supplémentaires. Nice est associée à tellement de souvenirs. J'y ai rencontré mon premier amour. C'est là que j'ai découvert la musique. Je suis partie de Nice grâce à une péritonite ! En fait, comme j'avais raté mes examens à cause d'une péritonite, j'ai suivi ma meilleure amie à Paris et je ne suis plus jamais revenue.
Rose Movie est bien plus qu'un concert. C'est aussi un livre et un album. Comment est né ce triple projet ?
Rose : C'est un projet qui est vraiment né de lui-même. J'avais envie d'écrire un spectacle, puis les chansons sont arrivées, puis j'ai eu envie d'écrire le livre. Ca s'est fait en quelques mois. C'était magique. En fait, Rose Movie évolue au fil de la tournée parce que c'est quelque chose qui est mouvant, comme la vie. Je ne dis jamais vraiment les mêmes choses. C'est un voyage, qui, au début, a l'air d'être normal, puis on se rend compte petit à petit que c'est surtout à l'intérieur qu'on voyage.
On part dans la vie avec des envies , on se fixe des objectifs mais comme il se passe tellement d'autres choses que ce qu'on avait prévu, on se rend compte que plus on avance dans l'âge, plus le voyage se passe à l'intérieur. Ce ne sont pas les choses dehors qui changent mais c'est notre propre vision. Rose Movie, c'est vraiment un voyage pour revenir à soi. C'est une réflexion sur la vie tout simplement. Si je devais le résumer en deux phrases, ce serait : résister à ce que la vie propose arrange rarement les choses et les clés sont à l'intérieur de nous.
Avec ce projet Rose Movie vous faites en quelque sorte un parallèle entre la vie et le cinéma...
Rose : J'ai eu vraiment la sensation que la vie était un film de voyage, un road movie. Au cinéma on adore le suspense tandis que dans la vie ces moments-là sont source d'angoisse et on les considère comme des échecs. Dans les films, les obstacles sont des opportunités d'agir différemment. Il n'y aurait pas debons films, pas de belleshistoire s'il n'y avait pas tout ça. Le moindre obstacle sur le chemin nous fait faire preuve de créativité, changer de direction, et épouser le flux de la vie finalement. On ne contrôle pas grand chose.
Ce que vous avez vécu, vos réflexions, vos expériences font écho à chacun d'entre nous....
Rose : Je me suis rendue compte que je n'avais rien d'exceptionnel, que tout le monde vivait son propre film même si c'est souvent très similaire dans le sens où les épreuves, quelles qu'elles soient, nous font évoluer. En fait, on croit qu'on sait des choses, et on s'aperçoit petit à petit qu'on ne sait rien et donc on se dépouille. C'est ce que raconte la chanson Rose Movie. Moi j'ai vraiment cette impression que dans ce film on n'a rien choisi, ni le véhicule du voyage, c'est-à-dire le corps, ni le clap de début, ni le clap de fin, ni les personnages qu'on va rencontrer. C'est la vie qui scénarise.
Votre podcast Contre-addictions est dans ce même esprit : l'intime atteint l'universel...
Rose : J'écoute beaucoup de podcasts. Je pense que si les podacsts ont un tel succès, c'est parce qu'il font écho à quelque chose en nous. En vrai, c'est toujours la même histoire pour tout le monde. Les addicts passent leur vie à aller chercher à l'extérieur des choses qui pourraient les remplir dedans. Peu à peu, on se rend compte qu'il n'y a pas grand-chose qui va pouvoir les remplir, à part leur amour propre, l'acceptation de soi, la douceur, l'amour, la gratitude : des choses qu'ils rejetaient avant.
Avec Rose Movie, vous faites référence au cinéma. Y-a-t'il des films qui vous ont guidée pendant ces années difficiles ?
Rose : Je ne vais pas du tout au musée, je ne voyage pas beaucoup. Pour moi, les voyages sont intérieurs. Je lis énormément et je vois beaucoup de films, surtout des road movies. Je pense au film Yes Man avec Jim Carrey : aujourd'hui, je le comprends mieux. Je me rends compte que quand on dit un grand oui à une acceptation globale , les portes s'ouvrent. Inversement, quand on dit non à tout, il y a une porte qui se ferme. J'ai aussi adoré le film Mange, prie, aime. Il m'a vraiment bouleversée. J'aime aussi les films Pixar, les Vice-versa. Le film Soul m'a beaucoup marquée. C'est comme ça que je conçois la vie. Je crois en la réincarnation donc je pense qu'on revient jusqu'à ce qu'on n' ait pas fini.
La philosophie, la spiritualité vous guident beaucoup...
Rose : J'ai une passion pour la philosophie depuis longtemps. C'est très stoïcien le fait d' accepter les événements. C'est-à-dire, j'ai un cancer du sein, ça, ça ne va pas changer. Maintenant, qu'est-ce que j'en fais ? Franchement, je crois que l'épreuve est un maître, et que l'obstacle sur notre chemin, la maladie par exemple, nous demande de faire preuve de créativité, et de nous rattraper à l'essentiel, pour en arriver à nous dire que ce qu'on pensait pour nous être le plus grave fait partie de la vie. Il ne faut s'attacher ni au mal, ni au bien. Tout cela est très bouddhiste : l'attachement par exemple à la beauté ou à la jeunesse est la cause de la souffrance.
Par conséquent, pour vous, désormais, seul l 'instant présent compte...
Rose : Je suis dans le présent tout le temps. Je ne m'angoisse pas pour le futur parce que c'est ridicule et je ne remue pas le passé puisqu'il est passé et que surtout, il m'a amenée là où je suis aujourd'hui. Donc, il n'y a rien à changer. Parfois, dans ma journée, je peux être en train de me dire tout à l'heure. Ça, ce n'est déjà pas être dans le présent mais je ne vais pas plus loin qu'aujourd'hui. A chaque jour suffit sa peine. Je l'ai appris aux alcooliques anonymes. La question que je me pose chaque jour c'est : est-ce que le choix que je fais est le plus élevé pour la personne que je suis aujourd'hui, pour mon évolution, pour ma conscience ? Il y a des jours où je vais très bien, d'autres où ça ne va pas du tout. C'est la vie. Et les jours où ça ne va pas, je ne vais pas me taper dessus. Tout peut tellement changer d'un jour à l'autre !
La liste, la chanson qui vous a fait connaître, a vingt ans. Pour coller le mieux à l'instant présent, vous avez changé les paroles...
Rose : La liste, je l'ai écrite pour l'homme que j'aimais à l'époque. C'est vraiment une chanson de dépendance affective. Elle dit : « Je ne suis rien sans toi ». C'est magnifique à 20 ans d'aimer comme ça. Je ne m'en veux pas. Aujourd'hui, ce n'est pas possible pour moi de dire ces choses-là. Pourtant, je suis très heureuse en amour. Dès que je sens que je suis dans la jalousie ou dans l'idée que l'autre va me remplir, c'est une alerte pour moi.
Pour être heureux avec les autres, dans son couple, avec ses amis ou avec sa famille, il n'y a qu'une seule chose possible : c'est d'être bien avec soi. Quand on a passé sa vie à se détester, on a envie de crier que c'est possible d'aimer ce qu'on voit dans le miroir. Je parviens à ça grâce à la méditation, au yoga, à respiration. Pendant le Covid, j'ai fait une formation d'Ayurveda, et j'en suis tombée amoureuse !
Rose Movie au Forum Jacques Prévert de Carros vendredi 27 février à 20h.




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