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Interview de Noëmi Waysfeld

  • Laurence Ray
  • il y a 21 heures
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 heures

Le 24 août, les textes de Barbara et la voix de la chanteuse Noëmi Waysfeld résonneront dans les jardins de la Villa Ephrussi de Rothschild. Ce sera l'avant-dernière date des Nocturnes de la Villa et sans doute l'une des plus belles.

Son dernier album, intitulé tout simplement Noëmi Waysfeld chante Barbara, a été conçu avec un orchestre symphonique. A Saint-Jean-Cap-Ferrat, dans le cadre intimiste des Jardins de la Villa Ephrussi, il se déclinera en trio. Accompagnée de Leïla Soldevila à la contrebasse et de Guillaume De Chassy au piano, Noëmi Waysfeld interprètera quelques-unes des chansons les plus connues de Barbara mais aussi celles que l'on entend moins souvent, ou auxquelles on ne pense pas spontanément. Pour l'album, il a forcément fallu faire des choix et cela n'a pas été une mince affaire car Noëmi Waysfeld aurait pu chanter tous les textes de Barbara. « Elle a toujours été une alliée dans ma vie », nous a confié la chanteuse par téléphone quelques jours avant sa venue à la Villa Ephrussi de Rothschild.


Noëmi Waysfeld (crédit photo : India Lange)
Noëmi Waysfeld (crédit photo : India Lange)

Culture Net Info : Après avoir exploré la poésie yiddish, les chants de prisonniers du Goulag ou encore le fado, vous chanterez Barbara dans les jardins de la Villa Rothschild. Comment est-elle entrée dans votre vie ? Enfant, adolescente, vous l'écoutiez avec vos parents ?


Noëmi Waysfeld : Plus le temps passe et plus je me rends compte qu'on est vraiment moulé par ce qu'on a entendu et ce qu'on nous a transmis dans l'enfance. C'est la matière la plus riche. Enfant, j'ai été baignée à la fois dans l'opéra, la musique classique, la musique de chambre, Barbara, Brassens, Brel mais aussi les Beatles, le jazz et les chants traditionnels. En fait, ce que je chante, ce n'est que le résultat de ce qui a été entendu sans en avoir aucune conscience lorsque j'étais enfant. Toutes les musiques à la maison avaient le même niveau hiérarchique.

Mes parents étaient très mélomanes et m'emmenaient tout le temps aux concerts, aux expos, à l'opéra. Barbara était au milieu de ce paysage là. Pour moi, elle n'était pas inférieure à Schubert ou supérieure aux Beatles. Elle était là. Ça me plaisait énormément, même si je ne comprenais pas tout. Mais je me souviens qu'enfant j'adorais sa voix, je ressentais un mystère envers cette femme, ce personnage, ce physique, sans comprendre vraiment, mais je sentais qu'il y avait tant à dire. J'ai toujours su qu que je lui consacrerais un projet, mais je ne savais pas quand. Et je n'aurais pas forcément construit ce projet si vite à ce moment-là dans ma vie.


Qu'est-ce qui a déclenché ce projet ?


Noëmi Waysfeld : C'est vraiment la rencontre avec le compositeur Fabien Cali qui a tout propulsé. Tout est venu d'une phrase qu'il a prononcée. Alors que je créais des mélodies qu'il avait composées pour moi sur des poèmes de Ronsard avec un orchestre, j'ai chantonné Barbara pour prendre mes repères dans la salle. Il est alors venu me dire : « Tu ne veux pas que je t'orchestre du Barbara ? » Je pensais que c'était une blague. J'ai un côté un peu rigide, obsessionnel, c'est-à-dire que quand j'ai une idée, c'est compliqué pour moi de m'en défaire, sauf s'il y a un paramètre plus haut que moi. Je lui ai donc répondu : « Ne me dis pas ça, parce que pour moi c'est parti !». Il m'a assuré qu'il était très sérieux. Comme je venais de signer chez Sony et que j'étais en train de préparer mon deuxième disque chez eux, mon septième album, je leur ai dit, on arrête tout : voilà ce que je veux faire. Ensuite, tout s'est aligné ; j'ai rencontré Déborah Waldman et l'Orchestre National Avignon-Provence.


Sur scène, vous êtes accompagnée d'orchestres symphoniques, ce qui ne sera pas le cas à Saint-Jean-Cap-Ferrat...


Noëmi Waysfeld : Le disque a été enregistré avec l'Orchestre national d'Avignon-Provence. Je l'ai retrouvé le mois dernier à la Ciotat. Je joue avec plein d'orchestres différents, très régulièrement. Je pense qu'à la fin de la tournée, en 2028, il y en aura entre 15 et 20. A Saint-Jean-Cap-Ferrat, on sera en trio. C'est une forme que j'aime aussi beaucoup.


En trio, le choix des chansons est différent ?


Noëmi Waysfeld : Non, on est parti du même squelette. L'idée, ce n'était certainement pas de faire un autre projet. Il fallait une forme légère qui soit fidèle. Donc, c'est vraiment à peu près le même concert. Il y a une ou deux chansons qui ne sont pas dans la version trio et d'autres qui, au contraire, existent dans la version trio et qui ne sont pas dans la forme orchestrale. Mais ça se joue à peu de choses.


Il y aura des titres connus et d'autres qui le sont sans doute un peu moins...


Noëmi Waysfeld : On est exactement entre les deux. C'est-à-dire qu'il y a des choses très connues car les gens en ont besoin et que nous aussi, ça nous fait très plaisir, évidemment, de retrouver les chansons qu'on connaît tous. Et il y a des pépites qu'on connaît moins ou qu'on connaît mal, notamment des chansons que Barbara a enregistrées dans les années70.


Beaucoup de personnes disent que Barbara les a accompagnées dans leur vie, à des étapes importantes. Diriez-vous la même chose ? Y-a-t-il des chansons qui vous ont aidée, accompagnée dans votre parcours ?


Noëmi Waysfeld : Déjà, ce que je peux dire, c'est que Barbara est une alliée de vie. Elle est inspirante, elle est aidante, un peu comme les grands personnages de la littérature, les grands poètes, qui nous donnent des clés de vie. Elle elle ouvre des fenêtres. En ce qui me concerne, il y a plein de chansons qui m'aident ou qui me parlent. Franchement, je pourrais presque toutes les citer. Je pense à une chanson qui est moins connue et que je chante, qui s'appelle « Printemps » sur un texte d'Éluard. Elle est plus contemplative mais en même temps, on sent tout son amour et ce respect qu'elle a pour la nature. Toutes ces chansons sont des clés de vie.

Quand on entend la modernité de « Göttingen », aujourd'hui, c'est troublant. Toutes ses chansons d'amour sont, pour moi, des déclarations de liberté. Même si je ne me suis jamais retrouvée dans la situation d'une vente aux enchères, lorsque j'écoute « Drouot », je suis transpercée dans ce que ça raconte de la mémoire, de l'attachement aux objets. C'est incroyable. Il y a aussi une chanson qui s'appelle « Parce que », que je chantais dans un autre programme où je citais Blaise Cendrars qui disait « Quand tu aimes, il faut partir. Ne larmoie pas en souriant. Ne te niches pas entre deux seins. Respire marche va-t'en. » C'est ce que dit Barbara parce qu'il y a chez elle une peur affreuse du quotidien, une hantise de la routine. Je me sens très proche de cet endroit de liberté et d'autonomie totale.

Je me souviens d'une interview : une journaliste lui reprochait en quelque sorte de ne rien raconter sur sa vie, et Barbara lui avait répondu : «Mais je dis tout ! ». Alors qu'aujourd'hui, les choses ont besoin d'être dites très haut, très fort, d'une façon très démonstrative, Barbara a tout dit sans que ça se voie, sur la pointe des pieds. 


Contrairement à d'autres artistes, vous ne cherchez pas à imiter Barbara...


Noëmi Waysfeld : Pour moi, ce serait un écueil. J'essaie de me laisser transpercer par l'amour et la gratitude que je ressens envers elle, parce qu'elle me permet dans ma vie de vivre ça en tant que chanteuse, en tant que personne. Je reste à ma place. De toute façon, je ne saurais même pas par quel bout prendre les choses si je devais l'imiter. Je chante Barbara avec amour. C'est déjà ça.


Faire le choix des chansons pour le disque a dû être particulièrement difficile...


Noëmi Waysfeld : Je remercie Fabien d'avoir été concis. Pour moi, ça a été horrible car je voulais tout mettre. J'ai quand même réussi à réduire à 30-40 chansons. Comme on savait qu'il en fallait entre 10 et 15, c'est Fabien qui a vraiment fait les choix de cohérence d'une certaine Barbara , quelque chose de très solaire. C'est ce que me disent souvent les gens. Beaucoup ont peur que ce soit triste. Pour moi, ce n'est jamais triste. Si la vie n'est pas remplie d'épreuves, je ne sais pas ce que c'est.

Fabien a choisi des titres que l'orchestration pouvait supporter et qui garderait une intimité. Je trouve qu'il a vraiment réussi. C'est un compositeur. Il a été pour ce projet un orchestrateur hallucinant avec une gestion tellement fine des timbres, des espaces de chacun. Je le remercie vraiment d'avoir été beaucoup plus concis et tranché que moi. Parce que moi, je n'y arrivais pas.


D'autres titres de Barbara figureront peut-être alors sur un nouveau disque...


Noëmi Waysfeld : Peut-être...Là, je suis en train de construire deux nouveaux projets. Ce qui est sûr, c'est que le prochain sera un retour un peu plus à la musique du monde, tel que mes trois premiers disques et mon disque Soul of Yiddish que j'ai sorti en 2021. L'équipe est plutôt jazz et on va aller vers une musique du monde très fédératrice avec une esthétique classique parce que j'en ai besoin. Et puis, avec Fabien, on veut continuer de travailler ensemble. On s'entend vraiment très bien et on veut reproposer un programme aux orchestres. Partout où on est allés, ça s'est passé formidablement bien. Tout le monde nous a dit de revenir. Mais comme on n'a pas envie de revenir avec la même chose, on est en train de rendre hommage à quelqu'un d'autre, un peu sur le même modèle. Pour l'instant, on ne dit pas de qui il s'agit.

Je passe mon temps à faire des choses très différentes. J'ai été élevée comme ça. L'avantage de grandir, de vieillir et d'avoir fait quelques albums, c'est qu'on arrête de me demander ce que je fais. Pour les écrivains, on attend qu'ils écrivent tout le temps le même livre. J'ai commencé avec des chants de prisonniers sibériens. J'ai fait un triptyque de chants d'exil, du fado, du tango, Schubert. Pour moi, c'est naturel. Je ne m'arrête jamais sauf si ma voix n'en a pas la capacité.


Ce que vous chantez est, en quelque sorte, ce qui vous a nourrie dans votre jeunesse, dans votre vie...


Noëmi Waysfeld : Je chante ce que j'ai entendu en fond. Je tourne avec les mêmes disques depuis toujours. Quand je découvre quelque chose que j'aime, je l'écoute en boucle. C'est difficile pour moi d'aller vers la nouveauté parce qu'en fait, je tourne en boucle dans ce que je connais, ce que j'aime. Je suis comme ça. Je chante les mêmes chansons. Je nage tous les jours. J'ai un côté un peu tortue besogneuse. Je pense qu'on ne peut pas être ouvert partout. J'adore lire. Je suis beaucoup moins critique sur les domaines de la danse ou de la peinture parce que je les connais moins. En musique, j'ai plus envie d'écouter les sonates de Brahms tous les jours qu'autre chose. Je ne peux pas vivre sans certaines musiques et je ne m'en prive pas parce que la vie est courte.



Noëmi Waysfeld chante Barbara aux Nocturnes de la Villa Ephrussi de Rothschild lundi 24 août.

Pour plus d'informations et pour réserver : www.villa-ephrussi.com

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