Interview du rappeur Killian Alaari
En quelques années, le cannois Killian Alaari a réussi à se faire un nom dans le milieu du rap. Les festivals et les salles de spectacles de la Côte d'Azur, il les connaît très bien mais jusqu'à présent il ne s'était jamais produit sur la scène du Théâtre Lino Ventura de Nice. Mercredi 28 octobre, il y assurera la première partie de Limsa et Isha.
Accompagné de musiciens, il défendra son nouvel album Baobab Thérapie, sorti en juin dernier, « un projet très organique, qui laisse une grande place à la musicalité» nous a-t-il confié. En effet, l'album est porté par une énergie communicative qui fait un bien fou. Entre deux ateliers d'écriture – il est très attaché à la transmission -, Killian Alaari nous a parlé de sa musique, de l'écriture et de son parcours.
Culture Net Info : Votre dernier album, s'intitule Baobab Thérapie. Pourquoi avoir associé ces deux mots ?
Killian Alaari : Le baobab, c'est un arbre qui m'a toujours fasciné depuis que je suis petit. C'est aussi un symbole de résilience. Ce projet parle beaucoup de la capacité qu'on a les uns et les autres à se relever d'une perturbation et à continuer à avancer. En même temps, ce titre fait un clin d'œil assez fort à l'Afrique de l'Ouest qui est une de mes terres d'origine. Baobab Thérapie, c'est du rap nourri d'influences soul, jazz et de musique ouest-africaine.
Ce projet réalise une belle harmonie entre la musique et les textes...
Killian Alaari : Pouvoir mélanger des vrais musiciens, des influences musicales, c'est quelque chose qui me tient vraiment à cœur.Moi, j'écoute des rappeurs qui ont des propositions très différentes. J'aime énormément le texte. Donc je peux très facilement me contenter parfois d'un morceau qui est bien écrit, et qui peut être, techniquement et musicalement, un peu plus pauvre : mon oreille va être vraiment focalisée sur le texte et sur les jeux de mots.
J'aime aussi énormément la musique d'une manière générale. C'est une chose vers laquelle j'ai voulu tendre depuis le début. Cet été, j'ai eu la chance de faire des scènes qui mêlaient des univers artistiques très différents. Par conséquent, j'avais un public en face de moi qui n'était pas forcément un public rap et qui a vraiment apprécié la proposition. Je pense que cela montre la portée universelle que peut avoir ce projet.
Pour l'écriture de vos textes, comment vous vient l'inspiration ?
Killian Alaari : J'ai des écrits qui sont très authentiques, assez proches de ce que je suis, de ce que je vis. L'inspiration, je vais la trouver dans des moments de vie. J'essaie de m'écouter et de me dire que si une chose m'a touché, j'aurais de quoi écrire. Ca peut être des moments très légers, comme quand je me retrouve entouré d'amis sur le bord de mer à regarder juste l'horizon et un paysage. Un texte peut aussi partir d'une couleur, d'un mot, d'une situation.
Je suis inspiré par tout ce qui m'entoure et tout ce qui me touche de près ou de loin. Par conséquent, les textes que j'écris peuvent être très personnels. Parfois, je vais exprimer ma capacité à m'ouvrir sur le monde et à être touché par des choses que je ne vis pas forcément, mais qui vont avoir un impact sur moi, en tout cas sur mes sentiments et mes émotions.
Depuis plusieurs années maintenant, vous aidez aussi les autres à écrire en animant des ateliers d'écriture. L'approche est-elle la même selon les publics ?
Killian Alaari : Je travaille avec des structures très différentes, des musées, des théâtres, des médiathèques, des établissements scolaires, des centres de loisirs. J'ai aussi travaillé avec des publics handicapés. Dernièrement,il m'est arrivé de travailler avec des enfants de CP le matin et avec des personnes âgées l'après-midi. L'approche n'est pas si différente que ça.
On a souvent tendance à penser que parce qu'on est adulte, on a plus de facilité. Mais généralement, lorsque l'on pratique une activité artistique, à partir du moment où on ne l'a jamais vraiment fait, qu'on soit enfant, adulte, ou une personne âgée, on part un peu tous de zéro. Du coup, les mécanismes sont les mêmes. Je fonctionne un petit peu de la même façon. Après, je sais m'adapter au public. J'essaie d'avoir des propositions qui peuvent plaire aux uns et aux autres. Mais globalement, c'est sensiblement la même chose. J'ai des idées, mais je suis toujours ouvert à la discussion.
Vous avez suivi des études de géographie. Diriez-vous que votre cursus vous a servi et vous sert encore aujourd'hui en tant que musicien et auteur ?
Killian Alaari : J'ai arrêté ma thèse un peu avant la soutenance. Les derniers pourcentages de travail me prenaient beaucoup plus de temps que prévu et j'avais mon activité à côté qui commençait à se développer énormément. Ca a toujours été un rêve pour moi de pouvoir vivre en faisant quelque chose qui est en lien direct avec ma passion. Je me suis dit que si ce n'était pas aujourd'hui que je me mettais à 100% dedans, ce ne serait pas plus tard. J'ai fait ce choix-là et je ne l'ai jamais regretté parce que tout ce travail que j'ai pu faire, il me sert encore aujourd'hui. Au cours de mes études, j'ai acquis une méthodologie, une rigueur de travail aussi, j'ai appris à travailler seul et à agencer ma pensée. Ce sont des choses qui me sont extrêmement utiles aussi pour animer les ateliers d'écriture.
On peut donc dire que vous vivez de votre passion....
Killian Alaari : Oui, je vis de ma passion, sur le plan artistique, mais aussi avec la transmission. Mais tout est lié parce que quand je me lève le matin et que je vais faire écrire un texte ou que j'emmène des jeunes en studio, je fais de la musique, même si ce n'est pas ma musique. C'est beau de voir cette transmission, surtout chez des jeunes. C'est beau de voir à quel point ils sont heureux de produire quelque chose. Ils découvrent une activité artistique mais surtout ils parviennent à prendre confiance en eux. C'est ça surtout qui va me conforter dans l'idée que la mise en place de ces ateliers a énormément de sens.
Quand je me retrouve avec des groupes et des enfants qui sont extrêmement introvertis et qui, à la fin d'un projet, sont parmi les premiers à vouloir passer derrière le micro ou à chanter devant un public, c'est vraiment génial.
Killian Alaari en première partie de Limsa et Isha au Théâtre Lino Ventura mercredi 28 octobre à partir de 20h.





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