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Interview du rappeur Le Môme bientôt en concert à Nice

Laurence Ray
il y a 9 minutes
5 min de lecture

Le 22 octobre, le rap sera à l'honneur au Théâtre Lino Ventura. Avant le concert de Danyl, c'est Le Môme qui montera sur scène. Le rappeur vit désormais à Paris, où, - reconnaît-il - , il est plus facile de monter des projets et de se faire un nom dans le milieu, mais il n'oublie pas Nice, sa ville natale et il se réjouit toujours d'y retourner. D'ailleurs, on le retrouvera en décembre au Dix-Huit la nouvelle salle de spectacles (située 18 boulevard Carabacel), qui ouvrira dans quelques jours.


Sur scène, Le Môme interprètera plusieurs extraits de Lumos Lacryma, son dernier album sorti en septembre dernier. Les premiers avis sont très élogieux : il touche autant ses fans que les curieux, d'habitude réfractaires au rap. Sans doute parce qu'il y parle de lui, de ses émotions, de ses failles, de sa vulnérabilité.


Contacté par téléphone quelques jours avant sa venue à Nice, il est revenu sur son parcours, ses inspirations et a évoqué cet album, dont il est si fier.


Culture Net Info : Votre nouvel album s'appelle Lumos Lacryma. Pourquoi un tel titre ?


Le Môme : Je cherchais un titre qui fasse un petit peu formule magique. Et donc, j'ai commencé à écrire sur un papier. C'était très visuel au départ. J'ai utilisé des lettres, des L, des O. C'était presque du graphisme et puis, très naturellement, Lumos Lacryma s'est dessiné. J'ai trouvé ça un peu stylé de faire un jeu de mots entre Lumos, qui veut dire lumière, et Lacryma, qui signifie larmes. En cherchant sur Google ce que cette expression signifiait, j'ai découvert que c'était de l'espéranto et que ça voulait dire : que vos larmes soient lumineuses.

Ce sont des mots qui s'opposent. En fait, ça tombait parfaitement puisque c'est exactement ce que je voulais dire : accepter sa part de vulnérabilité, accepter ses émotions, pour moi, c'est ça, être fort.


Album Lumos Lacryma Le Môme


La grande qualité de cet album, c'est qu'il séduit autant les amateurs de rap que les autres...


Le Môme : Souvent, les gens qui n'ont pas baigné dans la culture du rap ont toujours des a priori sur notre musique. On a toujours une mauvaise image avec des clichés à déconstruire.


Cet album est différent du précédent. Il vous ressemble, parle de vous...


Le Môme : Complètement ! J'ai souvent fait des morceaux qui ambiançaient, où sur scène, les gens chantaient, dansaient, sautaient. Il y avait aussi des morceaux rappés, un peu introspectifs, mais pas autant.

Dans cet album, j'ai mis tout mon cœur, tout ce que j'avais. C'est l'album le plus profond que j'ai fait. J'avais un peu peur en le sortant mais je me rends compte que c'est celui qui touche le plus le public. C'est le meilleur démarrage de ma petite carrière. Je suis très content.


Parmi les douze titres de l'album, il y en a un qui touche peut-être un peu plus que les autres. C'est Mamée où vous parlez de votre grand-mère...


Le Môme : Ce que j'essaie de faire, ce n'est pas de raconter les choses forcément telles qu'elles sont. J'essaye un petit peu de les sublimer, de faire en sorte que ça parle à tout le monde. Bien sûr, la chanson Mamée raconte l'histoire d'une grand-mère qui perd la tête. J'ai décidé de passer par l'anecdote dans l'écriture pour en faire quelque chose d'universel. Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui se sont retrouvés dedans, puisqu'on a tous une Mamée autour de nous; on connaît tous quelqu'un qui perd la tête.


Vous accordez une grande place aux émotions : la vulnérabilité, le doute, la mélancolie....


Le Môme : Moi, j'écris pour les gens qui essaient de se réparer. Donc, si beaucoup se sont retrouvés là-dedans, c'est que peut-être aussi ils ont cette quête de résilience et ce désir de devenir meilleurs, de se réparer. Et donc, ça me touche beaucoup.

Tous les retours que j'ai eus vont en ce sens. Notre métier, c'est souvent de faire croire que c'est facile mais derrière, il y a beaucoup de travail. Je pense qu'il fallait aussi un peu expliquer, dans l'album, l'envers du décor. J'ai eu, comme beaucoup d'autres, des années de galère.


Il y a eu des moments difficiles au début mais maintenant tout semble aller pour vous. Quel regard portez-vous sur tout ce chemin parcouru depuis une dizaine d'années ?


Le Môme : J'ai rencontré le rap sur les bancs du CFA, j'avais 14-15 ans. J'en écoutais bien sûr mais le fait d'avoir des copains qui en faisaient toute la journée, ça m'a rendu curieux et puis j'y suis allé. Après, grâce à plusieurs rencontres, j'ai continué et j'ai attrapé ce virus. Maintenant, je suis sur Paris et je vis de ma musique à 100%. D'ailleurs, c'est assez drôle parce que si je n'étais pas parti en boucherie, je n'aurais jamais rencontré le rap et je n'en aurais pas fait mon métier aujourd'hui.


Y-a-t-il des rappeurs, des auteurs qui vous inspirent dans votre écriture ?


Le Môme : Oui, il y en a. Je pense déjà à Gaël Faye, à Oxmo Puccino. Ce sont des plumes dans le rap français. On n'a plus besoin de démontrer leur talent. Souleymane Diamanka m'a aussi beaucoup inspiré. Quand j'étais ado et que j'écoutais ce qu'il faisait, je me disais que quand je serais grand, j'espérais faire comme lui. Évidemment, il y a plein d'autres artistes et d'autres auteurs qui m'ont inspiré. Khalil Gibran, Médine et Youssoupha dans le rap.


 

Vous êtes en tournée en ce moment. La scène, c'est très très important pour vous, c'est un moment d'échange avec le public....


Le Môme : Jusqu'à présent, j'ai fait surtout des festivals et des premières parties. Là, c'est vraiment chouette parce qu'on va prendre le temps de faire des concerts d'une heure, une heure et demie. C'est tout ce qu'on attend. Aujourd'hui, on est à une époque où tout se passe sur les réseaux sociaux. On dépend d'algorithmes, de réactions, de chiffres, d'abonnements. Toutes ces choses ne sont pas palpables. C'est sur le téléphone et quand on l'éteint, il n'y a plus rien.


Je crois que la scène, c'est encore un des derniers endroits où les humains se rencontrent. Je n'ai pas envie de faire de la musique pour des gens qui, sur TikTok, vont juger en un reel de 10 ou de 15 secondes. La scène, c'est quelque chose d'hyper important. C'est vraiment un des derniers points de rencontres. On a commencé par là et on finira par là. Je crois que c'est en se rencontrant que le monde sera peut-être sauvé, en faisant un pas vers l'autre, tout simplement.


Le Môme en première partie de Danyl jeudi 22 octobre au Théâtre Lino Ventura, 168 boulevard de l'Ariane.

Pour réserver : www.panda-events.com

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