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Interview de Déborah Elmalek pour la pièce "Délivrez-nous"

  • Laurence Ray
  • il y a 9 minutes
  • 4 min de lecture

Du 1er au 5 août aura lieu la quatrième édition des Théâtrales d'Eze. Le festival est devenu, au fil des ans, un événement très attendu par les amateurs de théâtre. Cette année encore, David Brécourt, le directeur artistique, a eu à cœur de proposer une programmation de grande qualité.


La pièce Délivrez-nous, programmée le 2 août, sera sans aucun doute le temps fort de cette édition. David Brécourt sera sur scène aux côtés de Déborah Elmalek. La comédienne a également écrit la pièce, un huis clos entre deux personnages que tout oppose : une fille de résistants et un fils d'officier SS. Ils n'auront pas d'autre choix que de se parler.


Rencontrée lors de la conférence de presse des Théâtrales d'Eze, Déborah Elmalek nous a présenté la pièce et nous a parlé de son écriture.


Déborah Elmalek aux Théâtrales d'Eze avec la pièce "Délivrez-nous"

« Deux personnages se rencontrent. Lui est fils d'un ancien haut commandant nazi et elle, fille et petite-fille de résistants français. Ils vont se retrouver bloqués à cause d'un incendie qui se passe dans l'immeuble au-dessus d'eux, et qui menace de tout faire s'effondrer. C'est la nuit. Ils ne peuvent pas sortir. Pour des raisons très différentes, ils ont tous les deux un passé très douloureux. Ils vont être obligés de se parler, de dialoguer, et donc de se délivrer de ce passé. »


Dans ce huis clos, les deux personnages, cet homme et cette femme chargés d'un lourd héritage familial ne vont pas débattre sur leur passé ni sur l'Histoire. Ils vont déposer ce qui les empêche de vivre et d'être eux-mêmes. « Il ne s'agit en aucun cas d'une pièce d'opinion ou de débat », tient à préciser Déborah Elmalek.


Comme souvent, l'intime atteint l'universel et le message que porte la pièce revêt, peut-être encore davantage aujourd'hui, une grande importance. « Là, il s'agit d'un fils de nazi et d'une petite fille et fille de résistants. Mais je crois qu'on commence à vivre notre propre vie le jour où on se délivre d'une charge du passé, où on arrive à avoir le courage de déposer ce qui n'est pas à nous et qu'on parvient à dialoguer ensemble sur des choses qui ont dû séparer et opposer nos aînés et nos familles. Nous portons malgré nous des histoires des deuxième et troisième générations qui nous ont précédés. Chacun de nous a une valise ou un petit sac à dos et le jour où on se donne le droit de déposer ce qui n'est pas à nous, sans le nier, ni le renier, on peut commencer à vivre notre vie. On peut en faire une force mais on a le droit aussi de vivre à travers notre propre identité, et pas seulement à travers l'identité du passé. »


L'écriture d'un tel texte a évidemment nécessité une solide documentation mais elle était aussi motivée par le désir de travailler avec David Brécourt et de lui écrire un rôle. « L'écriture a été assez dense et fulgurante », nous a confié Déborah Elmalek. « J'avais au préalable fait un an et demie ou deux ans de recherche autour de la Shoah. J'ai vu beaucoup de documentaires et j'ai eu la chance de rencontrer des gens extraordinaires qui ont accepté de me parler, des rescapés, mais aussi des archivistes, des gens qui ont voué leur vie à l'histoire. On pense souvent à tort qu'on sait tout mais il y a toujours des histoires dans l'Histoire. J'ai vu un soir un documentaire où quatre personnes témoignaient. Ils ont d'ailleurs créé un quatuor appelé "La mémoire à 4 voix", formé par 2 enfants de nazis et 2 enfants de résistants. Ils ont aujourd'jui entre 80 et 92 ans et font encore le tour des mémoriaux, des lycées, des facs.  »


Si ce sujet touche tant Déborah Elmalek, c'est sans doute aussi parce que son grand-père a participé au Débarquement. « Sans avoir l'intention de me choquer, mes grands-parents me parlaient souvent de cette période de l'Histoire. Ca m'a toujours fascinée. J'ai 50 ans, et, pour les personnes de ma génération, la guerre reste associée à des films en noir et blanc. Quand on est enfant, on ne comprend pas très bien. Je pense donc que la raison pour laquelle j'ai eu envie de creuser, c'est aussi avec cette notion de transmission par rapport à mes grands-parents. Ils ont vécu la fin de la guerre. Lorsque j'ai vu le témoignage de ces quatre personnes, j'ai eu un déclic énorme : faire parler les générations suivantes. »


Aux Théâtrales d'Eze, le public découvrira la pièce. Elle vient d'être créée à Avignon et les avis des premiers spectateurs sont unanimes : ils ont été émus, bouleversés par tant d'humanité. Lorsque nous l'avons rencontrée lors de la conférence de presse du festival Déborah Elmalek nous a confié qu'elle avait décidé d'écrire l'adaptation romanesque de la pièce ; l'idée lui est venue après sa rencontre avec le quatuor de « La mémoire à quatre voix ». « J'ai passé quasiment 2 mois avec eux l'année dernière. Ils m'ont livré leur témoignage. Ils m'ont raconté leur histoire, comment ils ont découvert l'identité de leur père. Dans le roman, cinquante pages leur seront dédiées. »


Délivrez-nous de Déborah Elmalek, mise en scène de Gil Galliot, avec Déborah Elmalek et david Brécourt, le 2 août à 21h à l'oppidum du col d'Eze.

Pour réserver : www.lestheatralesdeze.com

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