Interview de Bertrand Usclat
- Laurence Ray
- il y a 2 heures
- 6 min de lecture
Cet été, Bertrand Usclat a décidé de nous faire rire. D'ailleurs, il l'annonce lui-même : Bertrand Usclat est drôle. C'est non seulement une réalité mais c'est aussi le titre de son premier spectacle à voir à Avignon au Théâtre des Béliers du 4 au 25 juillet.

Ceux qui ne pourront pas aller l'applaudir sur scène -mais aussi les autres -, devront courir voir son premier film De La Comédie-Française (en salles le 22 juillet) qu'il a co-réalisé avec son complice Martin Darondeau, une comédie fine et intelligente qui a toutes les qualités pour être l'un des succès de cet été. Servi par des comédiennes et comédiens de La Comédie-Française, le film nous entraîne dans l'envers du décor de la plus célèbre des institutions théâtrales, qui doit faire face à de nombreux imprévus à trois heures de la première de Macbeth. Il a triomphé au dernier Festival de l'Alpe d'Huez où il a remporté quatre prix, dont celui du public. Le maître de cérémonie de cette édition n'était autre que Bertrand Usclat lui-même et il a pu savourer sur scène ce moment riche en émotions.

Avant qu'il ne prenne le train pour se rendre à Avignon pour débuter les répétitions, nous avons contacté Bertrand Usclat par téléphone. A la fois impatient mais aussi un peu inquiet à l'approche de la première, il nous a parlé de sa riche actualité estivale.
Culture Net Info : Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire ce film sur la Comédie-Française ?
Bertrand Usclat : L'idée du film est un peu venue à nous, c'est-à-dire que des gens de la Comédie-Française avaient proposé à Pauline Clément de réfléchir à un format court pour la Comédie-Française, avec des petites pastilles à poster sur les réseaux sociaux pour s'amuser un peu de leur image. Comme Pauline jouait pas mal avec moi dans Broute et dans MOITIE.E.S, je pense qu'ils regardaient ce qu'on faisait et qu'ils devaient trouver ça marrant. Pauline est donc venue nous voir avec cette idée-là. On en a discuté entre nous et on a fait une contre-proposition en suggérant l'idée de faire une série entière un peu à la manière de Dix pour Cent où on suivrait le parcours de chacun des acteurs. Ils étaient enchantés de l'idée. On a donc travaillé sur cette série pendant un an et toutes les chaînes de télé nous ont refusé le projet. On s'est alors retrouvés un peu sans rien. C'était en février de l'année dernière.
Au moment où on avait tout laissé tomber, nos producteurs nous ont rappelé et nous ont dit qu'ils pensaient qu'il y avait vraiment une idée de film. Ils sont habitués à faire des films dans l'urgence. Ils nous ont dit qu'en juin 2025, la grande Salle Richelieu serait disponible pendant cinq-sixjours, ce qui n'était pas arrivé depuis une trentaine d'années. C'était donc une occasion unique ! On a écrit le film en deux mois, on l'a financé en un mois, on l'a préparé en un mois et on l'a tourné en quinze jours ! Tout s'est fait très vite et tout le monde était hyper mobilisé. En fait, on avait une temporalité de théâtre. Normalement, un film se fait quand il est prêt. Là, ce n'était pas ça. On avait une date de tournage et il fallait impérativement tourner ce jour-là. C'était comme du théâtre !
Le film montre vraiment cet esprit de troupe qui est au cœur de la Comédie-Française...
Bertrand Usclat : Quand ils jouent entre eux, ils sont immédiatement tous au diapason. Ce qui était génial surtout, c'était de filmer la relation de la troupe entre elle. Avec Martin, derrière les caméras, on était entre la fiction et le documentaire. On arrivait à filmer une relation vraie. Tout est joué mais la relation qu'ils proposent, ils la travaillent depuis qu'ils sont entrés à la Comédie-Française.
Vous êtes très attaché à l'esprit de troupe. Pourtant, vous serez très bientôt seul sur scène à Avignon...
Bertrand Usclat : J'adore l'esprit de troupe. J'adore avancer à plusieurs, encore plus en comédie. Sur mon spectacle, on sera une troupe de deux avec Martin Darondeau. J'ai écrit le spectacle avec lui et il me met en scène. C'est vrai que j'avais une envie de spectacle depuis très longtemps et je me suis dit que si je ne le faisais pas cette année, je ne le ferais jamais. Donc, j'ai fonctionné un peu comme le film ! En janvier, on a appelé le théâtre des Béliers à Avignon et on leur a demandé si un créneau était disponible. On avait six mois pour faire un spectacle !
Vous aimez bien travailler dans l'urgence !
Bertrand Usclat : Je commence à comprendre qu'il n'y a que comme ça que ça marche. Il y a des forces extérieures qui travaillent pour nous. ca nous oblige à porter l'attention sur à peu près tout et à faire feu de tout bois. Le but n'est plus de faire quelque chose de bien mais de faire quelque chose. En fait, ça baisse un peu les ambitions et la peur. L'enjeu est tout autre. Il ne faut pas faire quelque chose de bien. Il faut juste que j'arrive sur scène avec pas rien. Sinon, juridiquement, je vais devoir rembourser le théâtre !
Vous avez choisi comme titre « Bertrand Usclat est drôle ». Pourquoi ?
Bertrand Usclat : Pour plein de raisons ! Déjà, on voulait faire un petit clin d'œil à l'époque Broute, où tous les épisodes commençaient par « Bertrand Uscalt est... » Donc, on trouvait marrant qu'on dise, voilà, il est drôle. Je trouve qu'il n'y a rien de plus marrant qu'un titre qui se déclare aussi froidement humoristique. Et puis il y a la petite blague en dessous qui est « titre non contractuel ». C'est une façon de dire que si vous ne trouvez pas ça drôle, ce n'est pas grave, vous aurez été prévenus !
Alors, qu'est-ce qui va faire rire le public dans ce spectacle ?
Bertrand Usclat : En fait, je ne sais pas ce que je vais faire ! J'ai des idées et je sais où je vais aller. Je pense qu'il va trouver sa signification à la première et même bien plus tard. Je suis parti pour vivre avec ce spectacle pendant longtemps, j'espère. Il va évoluer. Je pense qu'il y a un rapport entre spectacle et psychanalyse. Il faut d'abord parler et, après, on voit ce que ça dit ! Je débute avec une espèce de canevas un peu comique et, à un moment, le projet commence à parler de lui-même.
C'est un spectacle qui veut parler d'humour à un moment où se pose la question de la légitimité d'être sur scène et de vouloir faire des blagues quand on est a priori dans la position la plus privilégiée qui soit. La scène de stand-up est devenue un endroit un peu de revendication. C'est comme ça qu'on a eu des gens comme Djamel Debbouze qui sont arrivés sur le devant de la scène. Eric et Ramzy, ce sont des espèces d'histrions, des troubadours qui ont cassé les codes. Moi, je suis l'inverse total ! J'ai eu une formation classique au Conservatoire.
Vous n'avez rien à revendiquer ?
Bertrand Usclat : Je crois que je n'ai pas d'autre chose à revendiquer que la performance. C'est pour ça que je pense que ce spectacle sera assez performatif. Ce qui m'intéresse, c'est de prendre la forme du stand-up et surtout de ne pas en faire. Moi, je ne me revendique vraiment pas de ça. Je pense qu'il y a des gens qui font mieux que moi et qui, en plus, ont des choses à dire. Par contre, l'exercice formel, lui, me passionne. Il y aura des chansons. Je n'ai jamais vraiment osé le faire et maintenant, je me lance ! Je trouve qu'il y a des choses qui passent par la voix, le timbre. C'est une autre forme d'énergie et de communication.
Ma grosse référence, c'est l'humoriste américain Bob Burnham. Ce que je trouve génial c'est qu' il n'y a pas d'autre revendication que d'aller voir une performance. Tout le monde peut monter sur scène et, finalement, après, chacun fait avec sa vie et ses armes. Moi, je n'ai pas l'arme de l'histoire personnelle, ou du moins, je ne l'ai pas encore trouvée. Mais, je ne sais pas pourquoi, quelque chose me pousse à aller sur scène et à vouloir faire des blagues à des gens. Je ne sais pas d'où ça vient !
Et après Avignon, vous allez partir en tournée avec le spectacle ?
Bertrand Usclat : C'est assez drôle parce que quelques dates ont déjà été achetées alors que le spectacle n'existe pas. C'est à la fois gratifiant et flippant parce que ça me ramène toujours à la question de la légitimité. J'attends que le spectacle existe vraiment avant de me projeter sur son exploitation. Mais j'avoue que j'ai très envie de faire une grande tournée avec. Il faut déjà voir si ça fonctionne à Avignon !
Après la scène, avez-vous des projets au cinéma ?
Bertrand Usclat : J'ai une forte envie d'écrire un autre film toujours avec Martin Darondeau et de tourner dans le sien qu'il devrait faire dans peu de temps. Et puis, je vais lancer un dessin animé pour France Télévisions.
Bertrand Usclat est drôle au Théâtre des Béliers du 4 au 25 juillet à 22h30 (relâche les jeudis)
De La Comédie-Française de Bertrand Usclat et Martin Darondeau au cinéma à partir du 22 juillet.




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