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Interview de Alexis Loizon pour son seul-en-scène "Mon Skyblog"

  • Laurence Ray
  • il y a 3 heures
  • 7 min de lecture

Alexis Loizon connaît bien la scène. Comédien, chanteur et danseur, il a joué dans de nombreuses comédies musicales, dont La Belle et la Bête et Grease. Il était d'ailleurs récemment en tournée avec le spectacle Les comédies musicales aux côtés notamment de Priscilla Betti et Cécilia Cara.

S'il est habitué à évoluer ave une troupe, entouré d'autres comédiens, Alexis Loizon est aussi à l'aise seul sur scène, face au public. Jusqu'au 25 juillet, il est dans le Off du Festival d'Avignon au Théâtre Carnot avec son premier seul-en-scène, qu'il a écrit et également produit, intitulé Mon Skyblog. Les personnes de sa génération, les trentenaires, savent à quoi ce mot fait référence : il s'agit en quelque sorte de l'ancêtre d'Instagram et autres réseaux sociaux. Dans les années 2000, les jeunes (et les moins jeunes) y faisaient part de leurs coups de cœur, de leurs coups de geule, de leurs états d'âme.

Sur scène, à l'instar d'un Skyblog, à travers toute une galerie de personnages, il évoque sa jeunesse, sa famille avec ses repas animés, ses origines du Sud, son éducation. Il fait rire et touche tous les publics, ceux de sa génération, mais aussi les jeunes et les plus âgés car lorsqu'on parle de l'enfance et de sa famille, on se reconnaît forcément. 


Alexis Loizon Mon Skyblog

Culture Net Info : Vous êtes originaire du Vaucluse. Ce doit être être très agréable pour vous de jouer à Avignon ?


Alexis Loizon : J'ai clairement la sensation de jouer à domicile. C'est hyper agréable. J'avoue que c'est un argument de plus pour convaincre certaines personnes de venir me voir. J'ai grandi à Avignon. C'est la première fois que je suis seul sur scène et c'est avec un immense plaisir que je joue à Avignon.


En tant que spectateur, êtes-vous allé souvent au Festival d'Avignon ?


Alexis Loizon : Bien sûr oui, et surtout depuis le Covid. Dans mes plus jeunes années, je n'étais pas autant investi dans le Festival d'Avignon que j'ai pu l'être assez récemment. Pendant le Covid, le monde de la culture et du spectacle vivant a été vraiment traumatisé et je me suis dit que si un jour le Covid revenait, au moins j'aurais vu le plus de pièces possible !


Votre seul-en-scène s'appelle Mon Skyblog et fait référence aux années 2000. Il touche sans doute davantage les spectateurs de votre génération...


Alexis Loizon : Je ne vous cache pas que quand je tracte à Avignon, j'ai un public cible. Quand je me balade avec mon affiche, il y a toute une génération qui voit le mot Skyblog et qui tilte. C'est là que je me dis que j'ai un public cible mais ce n'est pas une niche pour autant, je tiens à le préciser, parce que, dans le public, il y a des plus jeunes, de 15, 16 ou 17 ans qui accompagnent leurs parents qui ont la quarantaine, et qui ne se retrouvent pas du tout largués.

Au-delà du papier cadeau sous couvert d'années 2000, à l'intérieur, ça reste une lettre d'amour à nos parents. C'est pour ça que j'ai voulu écrire ce spectacle. Il s'avère que, mon enfance s'est déroulée dans les années 2000. Là, ce qui me plaisait, c'était le prisme d'un adolescent. En fait, la forme de ce spectacle, c'est les années 2000 et le fond est intergénérationnel.


L'intime atteint l'universel. Votre spectacle permet l'identification, même pour ceux qui n'ont pas été adolescents pendant les années 2000....


Alexis Loizon : C'est quelque chose auquel je tiens, en effet, dans la mesure où je n'ai pas envie de parler de mon adolescence, mais de l'adolescence en général avec nos premières fois sur Internet, nos premières fois sur un site de tchat. Le skyblog, c'est l'ancêtre des réseaux sociaux pour les plus jeunes. Eux ont découvert Instagram, et pour ceux de ma génération, c'était les skyblogs. Tout le monde peut s'identifier. J'ai même surpris des spectateurs de l'âge de mes parents, qui ont une soixantaine d'années, en train de dire aux autres gens dans la rue de venir voir le spectacle parce qu'il leur a permis de comprendre un petit peu mieux leurs enfants de 30 ans et leur adolescence. Ca m'a énormément touché parce que je me suis dit que le paris était réussi.


A partir du moment où les gens sont touchés, ils s'identifient. Je parle aussi des repas de famille, de ce que c'est que de grandir dans le Sud, la façon dont je voyais mes parents, mes grands-parents. Tous ça est intergénérationnel parce qu quand j'imite ma maman, beaucoup de mamans se retrouvent. Je viens d'une famille d'immigrés italiens, mais on se rend compte que dans beaucoup de familles du Sud, le rapport est un petit peu le même.



Dans le spectacle, il y a donc toute une galerie de personnages...


Alexis Loizon : Exactement ! C'était l'idée. Je n'ai pas voulu faire un stand-up. C'est pour ça que je dis que c'est un seul-en-scène. Aujourd'hui, c'est plus commun et pratique de dire un one man show sauf que le terme est un peu galvaudé. Quand on parle de one-man show, on s'attend très facilement à du stand-up aujourd'hui, alors que ce n'est pas du tout ce que je propose. Il y a des personnages, un fil rouge, et surtout il y a une théâtralisation de tout le propos. C'est vraiment quelque chose auquel je tenais, parce que j'ai grandi avec ces one man shows des années 2000, avec Franck Dubosc, Gad Elmaleh, Muriel Robin qui créaient despersonnages.


Dans mon seul-en-scène, il y a un fil rouge, et au fur et à mesure de l'histoire, on rencontre des personnages. Par exemple, je voulais parler de ma mère et la façon dont je la voyais quand j'étais enfant. Forcément, je l'imite, mais avec le prisme d'un enfant. J'imite mes professeurs avec le prisme d'un adolescent. Forcément, cela implique une corporalité, un changement de voix.

Mon métier de base, c'est comédien, c'est incarner des personnages. C'est pour cette raison que dans ce seul-en-scène, j'y tenais énormément.


Qu'est-ce qui a déclenché l'envie de créer ce seul-en-scène ?


Alexis Loizon : Plusieurs choses. Ma carrière est beaucoup composée de comédies musicales. Très récemment, je participais à un concert avec des têtes d'affiches de comédies musicales, qui a eu un grand succès partout en France. J'étais celui de la troupe qui parlait un petit peu au public, qui proposait cinq minutes de sketch pour introduire les chansons ou les thèmes. Au fur et à mesure, j'y ai pris de plus en plus de plaisir. Un jour, la production m'a dit : « Ah, mais t'as un vrai truc, tu devrais vraiment créer un one-man show parce que tu fais marrer les gens. » Et ça m'a touché, mais pour autant, je ne voulais pas faire du stand-up. Monter sur scène et juste faire rire les gens,ce n'est pas ce qui m'intéressait. Et puis, un jour, j'ai trouvé un axe parce que je me suis toujours dit que si on monte sur scène, comme quand on écrit une chanson, il faut avoir quelque chose à exprimer. C'est ça, la base d'un artiste créateur.


Jusque là, je n'avais rien à dire, du moins je n'en éprouvais pas le besoin. J'ai grandi dans un cadre parfait. Et puis, l'an dernier, malheureusement, j'ai perdu mon papa. Et là, j'ai trouvé quelque chose à exprimer. Je n'avais pas le besoin cathartique de mettre ma peine sur scène. Au contraire, j'avais envie de rendre hommage à mon père. Pas le besoin, mais l'envie. C'est très important. Je tiens à le souligner. J'avais envie que tout le monde connaisse un petit peu qui était mon papa. Je n'avais pas envie de parler de sa mort mais de sa vie, de la personne qu'il était. Mais si je centrais mon propos là-dessus, évidemment, ça n'allait pas intéresser grand-monde. Mon père n'était pas une personnalité connue. Mais je voulais, au travers de son existence, raconter un petit peu ce que les parents offrent aux enfants. Je me suis dit que j'avais envie de raconter à quel point les parents peuvent être formidables à façonner des souvenirs d'enfants.


Votre spectacle est à la fois plein d'humour et riche en émotion...


Alexis Loizon : J'ai vraiment voulu éviter le pathos. Personnellement, si j'allais voir un seul-en-scène où quelqu'un raconte à quel point c'est dur de perdre son papa, au bout de cinq minutes, j'aurais peut-être envie de dire que le spectacle manque de pudeur.


Je suis quelqu'un d'assez pudique de base. Donc, je n'ai pas envie de parler de moi, mais de parler de vous en général. Je vois des gens dans la salle et j'ai envie de leur parler d'eux, de leur dire: "moi, j'ai vécu ça, je suis sûr que vous aussi".C'est là qu'on se connecte avec le public ; c'est ce dont j'avais envie. Quand j'ai perdu mon père, j'avais envie de me connecter aux gens, de parler à des gens qui, peut-être potentiellement, avaient aussi vécu un drame et de me dire que finalement, je ne suis pas tout seul.

Je me sentais extrêmement seul quand j'ai perdu mon papa. Et justement, avec le public, tous les soirs, quand je parle un petit peu de sa disparition, ça ne dure pas longtemps mais c'est un moment où j'ai envie de dire : "si vous avez vécu un deuil ou si vous avez peur de le vivre, regardez, moi, j'en ai fait un spectacle et on peut en rire".


A la fin du spectacle, des spectateurs vienent vous parler...


Alexis Loizon : Vous n'avez pas idée à quel point les gens se sentent concernés. Parfois, je suis surpris. Ça me bouleverse. Beaucoup d'hommes viennent me voir, d'abord pour me dire qu'ils se sont retrouvés dans toute mon adolescence, et puis surtout il y en a quelques-uns qui viennent me dire que leur père est malade, qu'il est mort récemment et qu'ils se sont sentis connectés avec mon spectacle. Et ce qui me touche le plus, ce sont des gens qui sont plus vieux que moi, qui doivent avoir une soixantaine d'années, et qui ont perdu leurs parents il n'y a pas longtemps. On peut se sentir orphelin à tout âge. On peut être parent mais se sentir orphelin. Ca me touche beaucoup.


C'est à tous ces gens qui ont vécu ça, qui ont peur de vivre ça, que j'ai envie de dire de dédramatiser : ne nous focalisons pas sur la mort, célébrons la vie. Je ne veux pas aller chercher les larmes des spectateurs. Je n'ai pas envie qu'ils s'apitoient sur mon sort, parce que ce n'est pas du tout ni mon caractère, ni celui de ma mère ou de ma soeur, par exemple. Je vais de l'avant en prenant avec moi mon père tous les jours et tous les soirs au Festival d'Avignon et en me reconnectant avec le public. Pour moi, ça continue de le faire vivre.



Mon Skyblog de Alexis Loizon au Théâtre Carnot à 20h30 jusqu'au 25 juillet. 

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