Interview de Clément Bresson pour son seul-en-scène, Pour en finir avec le football
Avec son seul-en-scène, Pour en finir avec le football, Clément Bresson s'apprête à ouvrir la première saison de La Stella, la nouvelle salle de spectacles de La Trinité. Avant d'être comédien et de devenir pensionnaire à la Comédie-Française, il a été footballeur à Reims, chez les moins de 17 ans. C'est à cet âge qu'ne blessure a mis fin à sa carrière prometteuse. Un peu par hasard, il s'est tourné vers le théâtre, sans pour autant oublier le foot, sa première passion. C'est ce qu'il raconte, avec humour et une certaine émotion, dans son seul-en-scène, à travers le personnage de Paul-Emile. Alors qu'il était en pleine répétition en Suisse, nous avons contacté Clément Bresson par téléphone. Il nous a parlé de son spectacle, de la Comédie-Française et évidemment de foot.

Pour en finir avec le football est un titre chargé d'ironie. Le football est toujours dans votre vie, n'est-ce pas ?
Clément Bresson : Le titre est venu assez tard. À la base, j'avais souhaité appeler le spectacle « L'enfant qui voulait prouver au monde que le football est un art ». C'est un titre que j'aimais bien. Je me disais que c'était fou qu'à 35 ans, je puisse encore penser que si je m'y remettais sérieusement, je pourrais rejouer au foot à un haut niveau. Je connais suffisamment le foot pour savoir que ça n'était pas possible. C'est un peu cette folie-là qui m'a poussé à écrire. Pour le titre, il y a une référence Pour en finir avec le jugement de Dieu d'Antonin Artaud. Il y a une petite folie dans tout ça que j'aimais bien.
C'est votre expérience que vous racontez mais à travers un personnage que vous avez prénommé Paul-Emile....
Clément Bresson : Paul-Émile, c'est mon deuxième prénom. Ce seul-en-scène est très autobiographique, même si je le romance et le poétise un petit peu. La plupart des choses sont quand même très concrètement vécues.
Pour en finir avec le football est donc votre histoire, celle d'un adolescent qui rêve de devenir footballeur mais qui doit mettre fin à sa carrière naissante à cause d'une blessure et qui découvre le théâtre...
Clément Bresson : Je raconte effectivement le parcours d'un enfant qui rêve de football et qui grandit dans un milieu d'extrême-gauche, donc loin de la religion. Dans la très grande majorié, les grands joueurs croient en Dieu, et le communisme ne cesse de répéter qu'il ne faut pas être meilleur que les autres, pas dominer. Il y a comme des problèmes existentiels avec ça. Je joue pas mal avec ça pendant la pièce. Je dis :« ce serait quand même plus facile si je croyais en Dieu, et en même temps, avec ma famille, ce n'est pas possible ».
J'ai commencé à prendre de la distance avec ça ; le théâtre m'y a aidé. Il y a quelques années , avec Marie Rémond et sébastien Pouderoux, j'avais fait un spectacle sur André Agassi. Je me sentais assez proche de son histoire, des différentes luttes qu'on peut traverser quand on sportif. J'ai adhéré à ce projet mais je ne voulais pas que cesoit un drame. J'avais envie d'un théâtre ludique mais avec une certaine profondeur. J'aime bien raconter des choses d'une manière drôlatique et dramatique, effectivement.
Vous jouez avec les clichés du foot comme avec ceux du théâtre...
Clément Bresson : Oui, dans le spectacle, je m'amuse à faire une inversion des jugements de valeur qu'on peut porter sur le théâtre ou sur le football, en présentant un petit peu le théâtre comme quelque chose d'assez léger et populaire, et le football comme quelque chose qui demande un peu plus d'éducation, de hauteur. Je m'amuse beaucoup avec ça à plusieurs moments du spectacle, et notamment au début.
Ca me faisait rire d'inverser les rapports et de recevoir le public en leur disant que nous, on était là pour eux, pour leur apporter la culture. C'est une peu ce dont je voulais parler avec mon premier titre L'enfant qui voulait prouver au monde que le football est un art. Comme disait Bourdieu, tout est culture. Tout peut être art à partir du moment où il y a une volonté de magnifier un geste et de le rendre beau, de l'amener vers quelque chose de profond, de le travailler.
Dans votre spectacle, citez-vous des auteurs, des textes qui vous ont marqué tout au long de votre parcours ?
Clément Bresson : je me suis amusé à écrire un texte à la manière de Proust. Il décrit son amour du football qui est né lorsqu'il a vu des enfants, tout crottés, jouer au foot dans les champs. Cette image le suit toute la journée et le soir, quand il se couche, avant que sa mère vienne l'embrasser, il y repense et s'imagine lui-même en train de jouer au foot. Ca me fait beaucoup rire, d'autant plus que Proust méprisait tous les sports. Beaucoup de gens, même des connaisseurs, ont eu un doute à un moment.
Quand vous avez démarré le théâtre, quels sont les auteurs qui vous ont vraiment marqué ?
Clément Bresson : Tout de suite, je dirais Bernard-Marie Koltès. Quand je repense aux moments où je l'ai découvert, j'en ai la chair de poule. Il m'a emmené très loin dans les émotions. Je me suis dit, oh là là, il se passe quelque chose, et quand je dis ces mots-là, ça me fait quelque chose, ça m'emmenait parfois loin, dans des émotions. Il avait une manière d'écrire très proche d'une langue parlée, qui créait une tension folle. Quand je l'ai découvert, j'étais à la fac et je faisais du théâtre en amateur. Je me souviens que la première fois que j'ai joué un passage, j'ai mis une heure et demie à m'en remettre.
Entrer à la Comédie-Française, c'était un choix ou là aussi c'est un concours de circonstances ?
Clément Bresson : Je n'avais pas spécialement envie d'y aller, mais j'avais un ami qui y était depuis des années et j'allais le voir à chaque fois qu'il jouait. Petit à petit, je vois des spectacles qui me plaisent beaucoup, je vois des acteurs et des actrices qui me plaisent beaucoup, et je me dis que travailler avec eux, ça doit être vraiment bien. A ce moment-là, j'avais du mal à recréer du rêve dans mon travail. Je me suis alors posé la question de ce qui m'exciterait, pour me retrouver des objectifs, et puis j'ai fait le lien entre différentes choses : j'avais envie de jouer avecmon ami qui était à la Comédie-Française et aussi de faire plus de cinéma.
La Comédie-Française venait de devenir, dans les années qui précédaient, un lieu qui permettait ça. C'était devenu une bonne pub d'être à la Comédie-Française, alors que 10 ans avant, ça ne l'était pas complètement. Travailler avec ces personnes-là, et rester à Paris pour mes enfants, ont fait que je me suis dit que j'allais tout faire pour y rentrer. A partir de là, j'ai appelé mon ami, et puis comme je savais que l'administrateur m'avait trouvé formidable dans une pièce 3-4 ans avant, je lui ai écrit, et il est venu me voir jouer. Il m'a proposé d'entrer à la Comédie-Française quelques mois plus tard : ça s'est fait d'une manière étonnamment simple.
Comme le sport, et notamment le football, travailler à la Comédie-Française exige beaucoup de travail, de rigueur...
Clément Bresson : Ah oui, c'est du sport, c'est une discipline de haut niveau. La quantité de travail est grande : parfois, on est sur trois projets en même temps. Les journées sont très longues, on finit le soir à 23h. Moi, le matin, je dépose mes enfants à 8h30. C'est de l'endurance, comme le sport. Et puis il y a tout ce qu'il faut faire à côté, c'est-à-dire s'intéresser à la vie de la maison, suivre ce qui passe : on est quand même tous destinés, tôt ou tard, à devenir sociétaires, donc à prendre des décisions pour la maison.
Diriez-vous que vous avez changé votre manière de travailler depuis que vous êtes à la Comédie-Française ?
Clément Bresson : C'est vrai qu'en arrivant ici, il y a quelque chose qui petit à petit se transforme, et on compense un petit peu les lacunes qu'on avait. Moi, dans le travail je suis assez autiste ; je suis avec mon texte, j'écoute, mais je reste dans ma bulle. Au bout d'un moment, ça ne marche pas trop ici, il faut réussir à travailler, et à rester à l'écoute de ce qui se passe juste à côté, même si on n'est pas concerné. J'avais appris à travailler d'une certaine manière, et puis, voilà, on apprend, on grandit, on voit aussi comment font les autres.
Quels sont vos projets au théâtre dans les prochains mois ?
Clément Bresson : Je vais sûrement reprendre mon seul-en-scène l'année prochaine à Paris. J'aimerais bien aussi que le texte soit édité. Sinon, j'ai quatre pièces que je reprends, qui vont toutes être à Richelieu : L'Avare, Le Bourgeois Gentilhomme, Le Suicidé, et Le Cid. J'ai des rôles plus ou moins gros, mais tous me plaisent, donc je vais être heureux cette année encore.
Et au cinéma ?
Clément Bresson : J'ai un petit rôle dans Sanguine de Marion Le Corroller, qui sort dans quelques semaines. J'ai hâte de le découvrir. Il y aura aussi la saison 2 de Désordres où je joue le meilleur ami et collaborateur artistique de Florence Foresti. Cette année, je vais tâcher de bien travailler pour mes castings, et d'obtenir quelques tournages. Il y a tellement de choses à apprendre sur les tournages.
Pour en finir avec le football de Clément Bresson le 29 septembre à La Stella. Pour réserver : www.lastella.fr




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