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- 47ème festival international du cirque de Monte-Carlo et 12 ème New Generation
Le mois de janvier est le temps fort du Cirque en principauté de Monaco : du 17 au 26 janvier 2025 au chapiteau Fontvieille. Il perpétue une tradition initiée en 1974 par le Prince Rainier III de Monaco. Cet événement prestigieux vise à reconnaître et promouvoir les disciplines du cirque traditionnel et plus contemporain avec une engouement renouvelé chaque année. Durant le festival, des numéros de cirque du monde entier sont présentés à un jury composé de professionnels, de spécialistes et de journalistes du cirque. Les performances les plus remarquables sont récompensées par des distinctions telles que le Clown d'Or, d'Argent et de Bronze. 47ème festival du cirque de Monte-Carlo et 12eme New generation Le festival est présidé par la Princesse Stéphanie de Monaco, qui supervise l'organisation des compétitions et des spectacles de gala. Depuis sa création, le Festival International du Cirque de Monte-Carlo s'est imposé comme une référence mondiale, célébrant l'excellence dans les arts du cirque reconnu mondialement.
- Magnifique Aurélie Saada dans "Personne d'autre"
Pour ses premiers pas au théâtre, l'ex-chanteuse du duo Brigitte n'a pas choisi la facilité avec « Personne d'autre », adaptation d'une nouvelle du recueil éponyme de Botho Strauss, mise en scène par Daniel Benoin. Seule sur scène pendant un peu plus d'une heure, elle interprète une amoureuse blessée qui écrit une lettre à l'homme avec lequel elle a vécu pendant plus de dix ans et qui va se marier une autre, plus jeune. Aurélie Saada sur la scène du théâtre Anthea Désormais seule dans ce grand appartement presque vide, elle écrit et réécrit cette lettre à cet homme qui l'a quittée, comme en témoignent les nombreux papiers froissés jetés par terre. C'est qu'il est tellement difficile pour cette femme de trouver les mots justes, pour exprimer tous les sentiments et les émotions qui traversent son âme. Cet homme qu'elle a follement aimé l'a quittée pour une autre mais elle a conservé de lui une photo, son portrait, à qui elle s'adresse comme s'il était devant elle. Elle lui crie sa souffrance et sa colère et lui rappelle aussi les moments heureux passés ensemble, mis en exergue par les vidéos de Paulo Correia. Désorientée, elle erre dans ce grand espace, tel un animal blessé qui ne sait où aller. A la colère succède parfois l'espoir. Peut-être que cet homme va revenir à la raison et renoncer à ce mariage ? Elle y croit encore un tout petit peu. Et si, à la fin de la pièce, elle revêt une magnifique robe rouge, c'est peut-être pour son retour. Mais c'est aussi et surtout pour reconquérir sa féminité et reprendre confiance en elle et en la vie. Toutes celles qui ont aimé et qui ont été quittées brutalement comprendront cette femme qui passe par tous les sentiments et toutes les émotions. « Personne d'autre » est un texte qui a profondément touché Aurélie Saada. Elle s'est en en emparé à bras-le-corps, passionnément. « Personne d'autre » de Botho Strauss avec Aurélie Saada, mise en scène de Daniel Benoin au théâtre Anthéa d'Antibes jusqu'au 23 janvier puis à Paris au Théâtre Marigny à partir du 19 février.
- Aurélie Saada dans "Personne d'autre" au théâtre Anthéa : interview
Pour débuter la nouvelle année, le théâtre Anthéa va plonger le public dans les tourments de l'amour. Avec Une lettre de mariage , extraite du recueil de nouvelles Personne d'autre , Daniel Benoin s'empare d'un des plus beaux et plus intenses textes de Botho Strauss. Au début des années 90, il avait déjà adapté ce monologue d'une femme qui écrit à l'homme qu'elle a aimé pendant plusieurs années et qui va se marier avec une autre, plus jeune. Pour cette nouvelle création, c'est à Aurélie Saada qu'il a décidé de confier le rôle de cette femme amoureuse. Un choix qui a d'abord surpris la première intéressée. Que ce soit seule ou avec le duo Brigitte, Aurélie Saada a l'habitude d'être sur scène, mais pour chanter. A Anthéa , le public la découvrira en tant que comédienne. Une nouvelle aventure qu'elle s'apprête à embrasser passionnément, comme tout ce qu'elle entreprend. Entre deux répétitions, elle nous a parlé de ce monologue qui l'a bouleversée dès qu'elle l'a lu. Dans quelques jours, vous serez seule sur la scène du théâtre Anthéa. Comment avez-vous réagi quand Daniel Benoin vous a proposé d'interpréter cette femme ? Aurélie Saada : Ma première réaction a été de dire à Daniel Benoin : "Attendez, je ne suis pas comédienne !". Puis, j'ai lu le texte, qui m'a profondément bouleversée. Il fait tellement écho à quelque chose de mon histoire, à des sujets sur lesquels j'ai écrit. Il parle de l'amour qui s'en va. Pourquoi tout d'un coup, on a l'impression d'être seul à vivre ces choses qu'on partageait à deux ? Dans quel état un amour fracassé peut-il nous laisser ? J'ai trouvé ce texte magnifique. Voilà pourquoi j'ai dit oui immédiatement. J'aime bien me lancer dans de nouvelles aventures. Celle-là, je l'embrasse totalement ! Je veux vraiment en profiter. C'est à la fois excitant et effrayant. C'est un cadeau extraordinaire que Daniel m'a fait ! Personne d'autre est un texte très intime mais qui a une portée universelle... Aurélie Saada : Quand on a connu un amour fou et une rupture violente, on ne peut être que bouleversé par ce texte. Je pense qu'on est nombreux à avoir connu les deux. Il y a quelque chose d'extrêmement juste dans ce texte. Si un jour, j'ai la chance de rencontrer l'auteur Botho Strauss, j'aimerais bien lui demander s'il est autobiographique. Il y a une telle justesse dans ce qu'il a écrit ! C'est assez incroyable. Comment présenteriez-vous cette femme que vous allez interpréter sur scène ? Comme une femme forte ? Aurélie Saada : Elle décortique ce qu'elle ressent avec beaucoup de justesse. Elle n'est pas une princesse éplorée qui attend. Il y a en elle quelque chose de fort dans le fait d'assumer et d'être dans le vrai alors que l'homme, en face, a l'air d'être dans un leurre. C'est une femme qui ose dire les méandres d'un amour parti, avec lequel on vivra toujours, inévitablement. Un amour fort ne disparaît pas ; il est toujours quelque part avec nous. Je crois qu'on vit toujours avec les histoires et les drames qu'on a vécus. Quand on veut les cacher sous le tapis, ils nous hantent tandis que quand on les prend avec nous, il y a peut-être quelque chose qui nous en libère. Je crois qu'il y a quelque chose de cet ordre-là chez cette femme. A un moment, elle dit cette phrase que je trouve magnifique : "Tu es heureux et aveugle ; je suis malheureuse et je vois". Qu'est-ce qu'il vaut mieux être ? Heureux et aveugle ou malheureux et clairvoyant ? C'est une question très intéressante. Elle ne se ment pas à elle-même et elle ne ment pas à cet homme. Son aveu est honnête et clairvoyant. Dans la pièce, vous allez également chanter. C'est un peu comme si la musique se substituait aux silences... Aurélie Saada : Daniel Benoin m'a laissé le choix des chansons. Je suis allée puiser dans le jazz. Je trouve que ce sont des voix d'amour bouleversantes. Je vais reprendre des chansons a cappella, un peu comme s'il s'agissait de souvenirs de moments de leur vie. C'est aussi quelque chose qui est de l'ordre de l'aveu. Il y a des chansons de jazz mais aussi un morceau de Sylvie Vartan qui s'appelle "Pas si facile à oublier". Une très belle chanson écrite par Dorian et Keren Ann qui figure sur l'un de ses derniers albums. Je voulais que les paroles soient très proches de ce qui est dit dans le texte de Botho Strauss. Daniel veut que j'écrive une chanson pour la fin. Je ne sais pas encore si je vais le faire ou pas. Peut-être. Aurélie Saada au Théâtre Anthea "Personne d'autre" Personne d'autre de Botho Strauss avec Aurélie Saada, dans une mise en scène de Daniel Benoin, au théâtre Anthéa d'Antibes du 7 au 23 janvier.
- "Françé" au Théâtre de Grasse et au Forum Jacques Prévert : interview de Lamine Diagne
Le festival Trajectoires se poursuit jusqu'au 8 février dans les Alpes-Maritimes. Le théâtre de Grasse (le 23 janvier) et le Forum Jacques Prévert de Carros (le 31 janvier) accueilleront Françé , une création de Lamine Diagne et Raymond Dikoumé pour la compagnie L'Enelle. Sur scène, les deux hommes entremêlent le passé et le présent, l'intime et l'universel. Les parents de Raymond Dikoumé viennent du Cameroun et le père de Lamine Diagne est sénégalais mais eux sont nés en France. Ils sont comme plein de femmes et d'hommes dont les parents viennent d'ailleurs. Avec Françé , ils s'emparent de la grande histoire pour l'interroger par le prisme de leurs récits personnels, et invitent, par là même, le public à réfléchir et à se questionner sur son rapport au passé. Comment se définir aujourd'hui, pour les générations à venir, héritières de l'histoire coloniale ? C'est l'une des questions qu'aborde cette performance théâtrale. Lamine Diagne nous a parlé de la pièce, née de sa rencontre avec Raymond Dikoumé. On peut s'interroger sur le titre. Pourquoi avoir choisi de l'écrire ainsi ? Lamine Diagne : Il y a plusieurs façons d'interpréter le titre. Il pose une question, et chacun, à son échelle, y apporte une réponse. C'est assez intéressant et ça correspond bien à la dynamique du spectacle dans la mesure où on cherche à ouvrir des portes. « Françé » est un néologisme : on s'amuse à se réinventer au travers d'un nouveau terme. Sur le papier, on est Français mais, à plein d'endroits de la société française, on est dans la posture du Noir. On ne peut pas faire comme si de rien n'était. Le Sénégal est français depuis plus longtemps que la Lorraine. On ne lui a pas demandé son accord. La France lui a imposé sa langue, ses lois, son commerce. Françé peut aussi être compris comme un adjectif signifiant qu'on n'a pas eu notre mot à dire. Comment est née cette pièce ? De votre rencontre avec Raymond Dikoumé ? Lamine Diagne : Il y a plusieurs années, j'ai travaillé sur Le livre muet , une espèce d'autofiction sur les histoires de familles, sur les choses dont on n'a pas forcément conscience mais qu'on porte en soi. J'ai voulu en savoir plus sur la famille de mon père au Sénégal. Mon grand-père et mon arrière grand-père étaient tirailleurs sénégalais. Cette histoire m'a interpelé. Puis, j'ai travaillé autour de Claude McKay sur un spectacle qui s'appelait KAY ! Lettres à un poète disparu . Ce sont des thématiques qui ont commencé à grandir en moi. J'ai eu envie de les traiter avec un humour un peu grinçant. Le premier titre était « Le temps béni des colonies ». Finalement, au fil de l'écriture avec Raymond Dikoumé, on a purgé la colère et on est entrés dans une démarche davantage introspective. Aussi, on est allés chercher l'histoire là où on pouvait y avoir accès. L'histoire coloniale française racontée par les livres, c'est une chose mais quand on va collecter la parole de nos parents nés sous la colonisation, ça amène une grosse nuance. Dans la pièce, vous entremêlez l'Histoire et vos histoires personnelles à tous les deux... Lamine Diagne : Avec Françé , on a eu envie de raconter une partie de l'Histoire au travers de nos histoires personnelles et familiales. On s'est éloignés des revendications et des colères pour faire place à quelque chose qui raconte des histoires et qui convoque des ancêtres. A la fin des représentations, c'est étonnant de voir des gens qui n'ont pas cette particularité d'être entre deux continents et qui se trouvent touchés à des endroits qui font écho à leurs histoires et à leurs secrets de famille. On a joué au Palais de la Porte Dorée où il y avait une forte communauté camerounaise. Ces spectateurs étaient très reconnaissants qu'on fasse le relais d'histoires qu'eux-mêmes avaient occultées à leurs propres enfants pour ne pas les charger de colère. On a senti que le spectacle levait énormément de verrous un peu inconscients. Les thématiques que vous abordez sont de plus en plus présentes en littérature. Y a-t-il des œuvres qui vous ont nourris pour l'écriture de la pièce ? Lamine Diagne : Certains autrices me touchent beaucoup. Je pense à Fatou Diome et Leonora Miano. Récemment, J'ai lu Jacaranda de Gaël Faye. On sent une âme africaine résonner dans ses écrits. C'est magnifique. La parole se libère et elle est prise en en charge par des gens de notre génération. C'est ce qui est beau ! Comme on est entre deux cultures, il n'y a pas de rancune et c'est d'autant plus fort qu'on est éclairés. J'avoue aussi que le livre de Mohamed Mbougar Sarr, La plus secrète mémoire des Hommes (Prix Goncourt 2021) m'a pas mal inspiré sur l'intrigue, avec ce côté mystérieux, magique et sombre. Vous avez écrit la pièce avec Raymond Dikoumé et vous êtes tous les deux sur scène... Lamine Diagne : On est deux voisins. Un soir, on décide de descendre à la cave chercher du vin et on s'y retrouve enfermés. La cave, c'est là où tous les secrets ont été entassés. La scénographie est un peu symbolique : on est dans une cave très éclairée avec des cartons plutôt propres et géométriques. On se retrouve enfermés dans cet espace d'archives et on va trouver des éléments de notre propre histoire dans ces cartons. Il y a aussi des résurgences d'ancêtres. Dans la cave, on perd la notion de temps. Le continuum espace-temps n'est plus respecté. L'inconscient est tout-puissant et des mémoires auxquelles on n'a pas accès resurgissent. Même si ce que vous racontez est grave et chargé, l' humour est présent dans la pièce. C'était important pour vous ? Lamine Diagne : On n'est pas là pour se charger des histoires mais pour s'en libérer. On fait partie des familles française où il y a des secrets. Ce serait bien qu'on les déballe ensemble. Une partie de l'Histoire de France n'a pas été racontée mais a été vécue fortement par des pays qui ont connu l'empire français. Notre place dans la société française est liée à cette histoire. Il faut qu'on puisse la transmettre de façon sereine sans se blesser les uns avec les autres. Françé au Théâtre de Grasse le 23 janvier et au Forum Jacques Prévert de Carros le 31 janvier dans le cadre du festival Trajectoires.
- Interview de la comédienne Hinda Abdelaoui à l'affiche de la pièce "Gisèle Halimi, une farouche liberté"
La pièce Gisèle Halimi, une farouche liberté mise en scène par Lena Paugaum, était l'un des temps forts de la saison 2023-2024 du Théâtre National de Nice. Sur scène, Ariane Ascaride et Philippine Pierre-Brossolette incarnaient la célèbre avocate à différentes périodes de sa vie. Deux voix, deux comédiennes pour raconter la vie de celle qui s'est battue contre les injustices pendant toute sa vie. La pièce est tirée du livre de la journaliste Annick Cojean, publié en 2020, peu après son décès. Au cours de plusieurs entretiens, Gisèle Halimi s'est livrée à la journaliste qui était également son amie et lui a raconté ses combats, d'abord en Tunisie mais surtout en France où elle a défendu la cause des femmes au cours de procès qui ont marqué l'Histoire. La pièce est de retour dans les Alpes-Maritimes, dans le cadre de la 6e édition du Festival Trajectoires. Ce sera le 22 janvier au Forum Jacques Prévert de Carros, avec une nouvelle distribution. Ce sont désormais Marie-Christine Barrault et Hinda Abdelaoui qui interprètent Gisèle Halimi. Nous avons demandé à la jeune comédienne qui a récemment brillé dans Les Paravents de Jean Genet, de nous parler de la pièce et de ce rôle dont elle s'est emparé avec passion. Hinda Abdelaoui et Marie-Christine Barrault Vous êtes sur scène avec Marie-Christine Barrault et vous interprétez toutes les deux Gisèle Halimi... Hinda Abdelaoui : On est toutes les deux une voix avec deux bouches. Ce sont deux versions de Gisèle Halimi. On l'incarne à tous les âges. On raconte la vie de Gisèle Halimi ensemble. Je pense que le spectacle ne serait pas le même s'il s'agissait d'un solo. Là, ce qui est beau, c'est qu'on est deux femmes différentes, de générations différentes, venant de milieux différents mais il y a quelque chose qui nous rassemble. On est très heureuses d'être ensemble sur scène. On est tout le temps portées par le regard de l'autre. On partage et on porte ensemble Gisèle. Je pense que l'idée de deux femmes pour porter sa voix aurait plu à Gisèle Halimi. Il y a quelque chose de l'ordre de la transmission. Connaissiez-vous Marie-Christine Barrault ? Hinda Abdelaoui : Je ne la connaissais pas. J'avais entendu parler de son oncle, Jean-Louis Barrault. J'ai joué « Les Paravents » à l'Odéon qui était son théâtre. Ce qui est amusant, c'est qu'elle venue voir la pièce quand je la jouais et qu'elle était aussi présente dans la salle en 1966 lors de sa création. J'y ai vu comme un lien. Au début, quand on a commencé les répétitions, j'étais tellement happée que j'oubliais de parler. Elle a une présence exceptionnelle ! Avec la pièce, je l'ai découverte autrement, et de façon plus simple. Aviez-vous vu la pièce avec la première distribution ? Hinda Abdelaoui : J'ai fait des lectures avec Marie-Christine Barrault et j'ai été choisie avant de voir la pièce. Je l'ai vue un peu plus tard, alors que les répétitions avaient commencé. Je tenais à la voir une fois que j'avais bien entamé le travail et que j'avais commencé à tisser mon propre lien avec Gisèle Halimi. De cette façon, je n'étais pas perturbée. Vous êtes une jeune femme. Que saviez-vous de Gisèle Halimi ? Hinda Abdelaoui : Je connaissais son nom et je l'avais vue sur des images. Je savais que c'était une avocate qui avait oeuvré pour le droit des femmes, avec l'avortement, la lutte contre le viol. J'avais entendu parler du procès de Bobigny. Je ne connaissais pas son engagement pour les luttes en faveur de l'indépendance en Tunisie et en Algérie. Vous avez avez dit précédemment que vous avez voulu tisser votre propre lien avec Gisèle Halimi. Comment s'est déroulé votre travail de préparation ? Hinda Abdelaoui : La pièce est adaptée du livre d'entretiens d'Annick Cojean mais elle se fonde aussi sur des interviews radio, télé, des extraits de ses propres livres. C'est une sorte de collection de textes provenant de différentes sources. Dans la pièce, elle construit sa pensée, elle se trompe puis se reprend. L'objectif n'est pas d'imiter Gisèle Halimi mais de faire entendre ses mots et par conséquent ce qui l'anime. Lena Paugam voulait qu'on essaye de dire ses mots comme si c'étaient les nôtres, en trouvant ce qui faisait écho dans nos vies, pour retrouver l'énergie et la fougue qu'avait Gisèle Halimi. Toute sa vie, elle a lutté contre les injustices. Rappeler son combat sur scène touche forcément tous les publics, toutes générations confondues... Hinda Abdelaoui : Je pense que ce qui touche le public qui voit la pièce, c'est de sentir que quelqu'un est animé par quelque chose et agit. Ca fait du bien et c'est inspirant. Dans le public, il y a toutes les générations. Elles sont toutes réceptives, pour différentes raisons. On sent les vibrations du public. C'est fort à vivre. Lors d'une dernière représentation, un monsieur est venu nous voir et nous a remercié en nous disant : « en voyant cette pièce, je me suis rappelé que c'était ma vie ». Aujourd'hui on vit le procès de Mazan et les personnes de la génération de ce monsieur avaient suivi le procès de Bobigny et celui d'Aix et ont vu évoluer le droit lié à l'avortement. Il était très ému. Gisèle Halimi avait un rapport à l'engagement et au combat qui était tellement lumineux ! On lui doit beaucoup. En l'interprétant sur scène, vous connaissez mieux Gisèle Halimi et tous ses combats. Est-ce que la pièce, d'une certaine façon, vous a changée ? Hinda Abdelaoui : La rencontre avec Gisèle Halimi et sa façon d'aborder la vie m'ont fait beaucoup de bien. Elle est inspirante : si on regarde sa vie et la manière dont elle aborde les choses, on se dit que tout est possible. On se doit de se battre. Je me dis qu'il suffit d'une poignée de gens bien intentionnés avec la bonne énergie pour faire des merveilles ! La « rencontrer » a soulagé quelque chose en moi. Il faut trouver une manière de se battre qui soit joyeuse et durable. Dans le spectacle, elle dit que le combat est une dynamique. Si on s'arrête, on dégringole. Après la tournée, la pièce sera jouée à La Scala à Paris puis au Festival d'Avignon en juillet. Bande annonce du spectacle Gisèle Halimi, une farouche liberté
- "Hiver à Sokcho" : rencontre avec le réalisateur Koya Kamura, l'actrice Bella Kim et la romancière Elisa Shua Dusapin
Présenté en avant-première au festival Cinéroman de Nice, Hiver à Sokcho a été notre gros coup de cœur de cette 6e édition. Le film de Koya Kamura, adapté du roman d’Elisa Shua Dusapin est un véritable petit bijou. Le réalisateur franco-japonais qui signe là son premier long métrage nous emmène à Sokcho, petite ville balnéaire de Corée du Sud. C’est là que vit Soo-Ha, interprétée avec beaucoup de délicatesse par Bella Kim, qui fait ses premiers pas au cinéma. Elle travaille dans une pension, accueille les touristes, fait les repas et sert occasionnellement d’interprète. Un jour, en plein hiver, arrive un auteur de romans graphiques français (Roschdy Zem). Il a prévu de rester quelques jours, pour travailler. Il éveille la curiosité de la jeune femme née d’un père français qu’elle n’a jamais connu. Le film entremêle subtilement et délicatement plusieurs thèmes, la quête d’identité, la difficulté à communiquer, à accepter son corps. Il sort au cinéma le 8 janvier. Nous ne pourrions que vous conseiller de vous laisser embarquer dans ce voyage poétique hivernal en Corée. Le réalisateur Koya Kamura et l'actrice Bella Kim étaient à Nice en octobre dernier à l'occasion du festival Cinéroman. Il étaient accompagnés de la romancière Elisa Shua Dusapin. Tous les trois nous ont parlé du film mais aussi du travail passionnant de l'adaptation. Pourquoi avez-vous eu envie d'adapter ce roman de Elisa Shua Dusapin ? Koya Kamura : Beaucoup de choses m'ont pu dans ce roman mais plus particulièrement la thématique de l'identité. On a ce point commun avec Elisa. Je suis franco-japonais et elle est franco-coréenne. C'est aussi le cas du personnage principal. Je pense que, dans nos parcours de vie, on est passé par des questions qui ont beaucoup résonné en moi à la lecture du roman. Après avoir discuté avec Elisa, j'ai eu encore plus la sensation de voir mes propres questionnements en miroir. Et puis, ce qui m'a beaucoup plu dans le roman, c'est cette ville, bondée en été et vidée de touristes en hiver. Cette espèce de lieu un peu figé, voire paralysé me plaisait. J'avais déjà traité un peu cette idée dans mon premier court-métrage avec Fukushima, au Japon. Elisa, Hiver à Sockcho est votre premier roman. Qu'est-ce qui vous a donné envie de céder les droits du livre à Koya Kamura ? Elisa Shua Dusapin : L'adaptation a été faite longtemps après que j'ai écrit le roman. Je l'ai écrit entre 17 et 20 ans. Je crois que la conscience que j'ai eu de cette histoire est apparue principalement à partir du moment où j'ai commencé à avoir un lectorat. J'ai la chance d'être traduite dans le monde entier. Je m'aperçois à quel point c'est une histoire qui parle aux gens mais dans laquelle il y a beaucoup d'espaces qui sont libres. En écrivant ce texte, j'avais vraiment envie de laisser beaucoup d'espace aux lecteurs. J'ai accepté de céder les droits à Koya à partir du moment où j'ai eu l'impression qu'il avait senti quelque chose d'essentiel dans cette histoire, c'est-à-dire une quête identitaire, et surtout pas une forme d'histoire d'amour entre deux étrangers au bout du monde. D'autres cinéastes avaient plus envie de mettre l'accent sur cet aspect-là, et, pour moi, c'était hors de question. La vision de Koya Kamura était très rassurante. En voyant le film, avez-vous reconnu votre roman ? Elisa Shua Dusapin : Je suis très fière de qu'il a fait. Au-delà d'avoir reconnu quoi que ce soit, j'ai plutôt eu l'impression d'avoir pu entrer dans quelque chose de très intime de moi-même, comme si le film était une forme de monde intérieur qui m'appartient et dans lequel Koya aurait mis des projecteurs sur des zones dont je ne suis pas forcément consciente. C'est une adaptation. Il y a donc beaucoup de choses qui ne m'appartiennent pas et c'est tant mieux mais en même temps je peux reconnaître et retrouver des formes de matériaux émotionnels qui sont similaires. Le livre aborde plusieurs thèmes. C'était essentiel pour vous de tous les traiter ? Koya Kamura : C'est un premier film. L'une des difficultés pour moi était de réussir à tout aborder sans se perdre en route. Il y a le thème de l'identité, le regard des autres, la communication, le trouble alimentaire. J'espère qu'à l'image, on arrive à reconnecter avec tous ces thèmes-là. C'est Rochdy Zem qui incarne ce Français venu passer plusieurs semaines à Sokcho en plein hiver... Koya Kamura : J'avais très envie que Roschdy Zem joue dans le film mais j'avais bien en tête que je n'étais pas connu et que c'était mon premier long métrage. Heureusement, mon producteur m'a incité à lui envoyer le scénario. On s'est rencontrés et il a accepté le rôle. Pour moi, c'était déjà quelque chose d'incroyable. Il s'agit du premier film de Bella Kim. Elle a passé des castings pour le rôle ? Koya Kamura : Trouver l'actrice qui incarnerait Soo-Ha était un deuxième challenge car le profil était très complexe. Il fallait une jeune femme parlant un coréen parfait et un français presque parfait. Je voulais que la comédienne soit très grande pour éviter au maximum d'avoir à l'image cette espèce de domination de cet homme de 50 ans occidental arrivant en Asie et fréquentant une jeune femme de 25 ans. Je voulais qu'elle soit à sa hauteur et qu'elle soit capable de lui répondre. Dans le livre, tout comme dans le film, il est question du corps. Je voulais donc qu'elle soit trop grande pour son corps et pour son entourage. On a rencontré très peu de candidates. Bella est arrivée au casting avec plein de questions. J'a alors vu qu'elle avait parfaitement compris le rôle. Après, elle a travaillé avec un coach pendant trois mois. Je suis ravi de mon choix ! Teaser du film "Hiver à Sokcho" Bella, faire ce film a dû être une très belle expérience. C'est votre premier rôle au cinéma... Bella Kim : J'ai vécu à Sokcho une partie de ma jeunesse. J'y suis arrivée avec mes parents quand j'avais sept ans et on y est restés pendant cinq ans. Je connais par cœur cette ville. C'était donc le destin ! Un producteur coréen m'a contactée sur instagram. J'ai d'abord lu le roman puis le scénario du film. Je me suis reconnue dans l'histoire de cette jeune fille. J'ai vécu la même chose qu'elle : la quête d'identité, le sentiment d'isolement. Ca fait à peu près dix ans que j'habite en France. J'ai pensé que je convenais vraiment pour ce rôle. J'ai beaucoup travaillé. Pour votre premier film, vous avez joué aux côtés de Rochdy Zem. N'étiez-vous pas intimidée ? Bella Kim : La première fois que je l'ai vu, c'était pour une lecture. Il est plus grand que moi, ce qui est assez rare ! Il a beaucoup d'aura. J'avais peur : je ne pouvais pas regarder ses yeux mais il m'a tout de suite mise à l'aise. Il m'a posé des questions, m'a demandé pourquoi j'étais venue en France. Il m'a respectée en tant que rôle principal. Je suis une débutante alors qu'il est un acteur avec une très grande carrière. Il était toujours présent pour moi. J'ai vraiment été honorée de tourner avec lui. Koya Kamura : Il était très élégant. La question s'est aussi posée pour moi. Roschdy Zem est aussi un réalisateur alors que je suis un novice. Il s'est montré très investi et très professionnel dans le projet, en gardant la position qu'il devait avoir. Je me rappelle que pour une séquence qui ne fonctionnait pas, de très loin et très timidement, il m'a suggéré quelque chose. Ca a marché tout de suite. Il s'est toujours montré élégant. Pour nous, c'était très enrichissant. Elisa, en écrivant le livre, bien évidemment, vous n'aviez en tête ni Roschdy Zem ni Bella Kim. Qu'est-ce que cela vous fait de voir vos personnages incarnés par eux ? Elisa Shua Dusapin : Quand j'ai écrit le roman, je ne l'ai jamais imaginé à l'écran, incarné par des personnes réelles. Roschdy avait conscience de ce que cela pouvait avoir comme impact sur moi, sur le plan émotionnel. Quand on s'est rencontrés, il a voulu qu'on parle longuement de son personnage. On a pris une journée pour aller marcher dans la montagne. Il m'a parlé de la manière qu'il avait de travailler le personnage, m'a posé plein de questions avec une immense humilité. Il avait lu le roman. Tout comme Koya, il m'a dit qu'il ne fallait pas du tout sexualiser la relation dans le film. Certes, il y a du désir et de la sensualité mais ce n'est pas une histoire qui se passe à ce niveau-là entre eux deux. Il l'avait senti tout de suite. J'ai trouvé ça formidable. Il y a une scène très forte dans le film où ils se rendent à la frontière, dans la zone démilitarisée... Elisa Shua Dusapin : C'est une scène charnière dans le roman où on montre la tension sous-jacente entre les deux pays, qui peut symboliser aussi la tension entre les deux personnages mais aussi les tensions qu'il peut y avoir à l'intérieur de soi.Quand j'ai commencé à écrire ce roman à 17 ans au lycée, la première scène que j'ai écrite c'est celle qui se passe à la frontière. Je crois qu'en tant que franco-coréenne, c'est quelque chose d'emblématique. Je ne pourrai jamais aller en Corée du Nord. Je trouvais très beau que ce soit un franco-japonais, qui travaille sur ce texte. C'est quelque chose qui nous a rendus complices. Koya Kamura : Pour moi, cette scène était très importante. Je suis franco-japonais et je ne connaissais pas la Corée avant de tourner ce film. Je me suis posé la question d'adapter cette histoire au Japon mais j'ai très vite abandonné cette idée. D'une part, la thématique du corps, de l'apparence, de la chirurgie esthétique est très présente en Corée. D'autre part, cette situation historique et géographique d'un pays divisé en deux est un écho parfait avec le personnage de Soo-Ha qui se sent divisée et qui a besoin de se réunir, d'une certaine matière. Pour moi, cette séquence à la frontière est donc très importante sur le plan symbolique. Bella Kim : Sokcho est une ville très touristique mais c'est une ville très spécifique. Elle est proche de la frontière. Elle a un côté triste. Elisa Shua Dusapin : J'ai découvert Sokcho en 2011. A ce moment-là, j'avais été frappée par une forme de tristesse, de mélancolie. C'était l'hiver. Je n'arrivais pas à croire qu'elle pouvait être une ville touristique. Je ne voyais que des barbelés électrifiés, des soldats avec une mitraillette. Il y avait de la neige fondue sur la plage. En y retournant pour le tournage, je n'ai pas eu l'impression de reconnaître la ville. Etes-vous en train d'écrire en ce moment ? Elisa Shua Dusapin : Je vis au Proche-Orient en ce moment. Je travaille constamment sur la notion de frontière. Que je le veuille ou non, ça fait partie de moi ! Hiver à Sokcho de Koya Kamura avec Bella Kim et Roschdy Zem au cinéma le 8 janvier
- "Jouer avec le feu" de Delphine et Muriel Coulin : rencontre avec l'acteur Stefan Crepon
"Jouer avec le feu" : comme l'indique le dictionnaire, cela signifie que l'on prend des risques et que l'on agit de manière très dangereuse. Dans le nouveau film De Delphine et Muriel Coulin en salles le 22 janvier, c'est Fus (Benjamin Voisin), le fils aîné de Pierre (Vincent Lindon) qui joue avec le feu. Alors que Louis (Stefan Crepon), son frère cadet, un élève brillant, s'apprête à poursuivre ses études à Paris, lui n'a pas de travail fixe et, fasciné par la violence et les rapports de force, se rapproche dangereusement de groupes d'extrême-droite. Depuis la mort de sa femme, Pierre, cheminot en Lorraine, a élevé seul ses deux fils et se trouve démuni face à l'attitude et à la colère de son aîné. Stefan Crepon terrasse hôtel Splendid Cannes Pour leur troisième long métrage, les soeurs Coulin ont adapté le roman de Laurent Petitmangin Ce qu'il faut de nuit mais elles ont fait le choix de se concentrer sur ce noyau familial autrefois soudé et désormais fragilisé et mis à mal par l'intrusion des extrêmes dans leur vie. Présenté à la dernière Mostra de Venise, le film a fait forte impression et a valu à Vincent Lindon la coupe Volpi du meilleur acteur . C'est lui qui constitue le socle de cette cellule familiale dépourvue de figure féminine. Pour interpréter ses deux fils, il fallait deux acteurs de talent. On sait depuis déjà plusieurs films ( Eté 85 , Illusions perdues ) que Benjamin Voisin est un excellent comédien mais on connaît moins bien Stefan Crépon qui incarne Louis, le fils sérieux et promis à un bel avenir. Comme Benjamin Voisin, il a tourné sous la direction de François Ozon. C'était dans Peter Von Kant , aux côtés notamment de Denis Ménochet et Isabelle Adjani. Récemment, il était à l'affiche de Making Of , le dernier film de Cédric Kahn, aux côtés de Denis Podalydès. Nous l'avons rencontré à Cannes, à l'occasion des dernières Rencontres Cinématographiques. Bande annonce du film "Jouer avec le feu" Le film est adapté du roman de Laurent Petitmangin, Ce qu'il faut de nuit . L'avez-vous lu ? Stefan Crépon : J'avais demandé aux soeurs Coulin si elles voulaient que je le lise et elles m'ont répondu que je faisais comme je voulais. J'ai donc préféré ne pas le lire. Ca m'a permis de m'intégrer complètement dans leurs visions. C'est leur film que je voulais faire, et non pas celui de l'écrivain. J'ai aimé leur scénario. Il a suscité en moi du désir. Je leur ai donc fait confiance. J'ai vécu un tournage merveilleux pendant deux mois. Je trouve que le film est très réussi. Il n'est pas à charge, pas manichéen. Il n'explique pas comment il faut penser. Il va poser des questions aux spectateurs. Après, c'est à eux de trouver des réponses. Vous interprétez Louis, le fils qui réussit brillamment ses études... Stefan Crépon : C'est comme ça que le définit son frère. A un moment, il dit à leur père : "Je te laisse avec ton fils parfait !". Aux yeux de Fus, Louis est le fils parfait. Ce n'est pourtant pas le cas. Ils ont juste pris tous les deux des chemins de vie différents. Fus pense tellement que Louis est le fils parfait que ça va l'amener à faire de mauvais choix. On sent une relation forte entre ces deux frères. Louis, tout comme son père, est démuni face aux réactions de Fus. Il essaye de ramener son frère à la raison mais en s'efforçant de ne pas le braquer... Stefan Crépon : Le film pose de nombreuses questions et montre comment la politique peut s'insérer dans la cellule familiale. Il pose la question de l'amour inconditionnel. Qu'est-ce qui perdure de l'amour qu'on a eu pour quelqu'un qu'on ne reconnaît plus ? Il faut essayer de communiquer même si ça n'est pas simple. Restent l'amour et vingt ans de vie commune. Quand leur mère était à l'hôpital, Fus s'est occupé de Louis et l'a presque élevé. J'ai toujours eu ça en tête pour comprendre la réaction de mon personnage face à lui. Comme Fus n'a pas abandonné Louis quand ils étaient plus jeunes, maintenant Louis ne peut pas l'abandonner non plus. C'est Benjamin Voisin qui interprète Fus, "votre frère" dans le film. Vous vous connaissez bien tous les deux... Stefan Crépon : En effet, on est meilleurs amis, presque frères depuis une dizaine d'années. On a été en colocation pendant cinq ans. C'était donc assez facile pour nous de jouer deux frères ! Vincent Lindon est votre père à tous les deux dans le film. Travailler à ses côtés doit être enrichissant pour de jeunes acteurs... Stefan Crépon : C'est quelqu'un de formidable. Il n'a plus rien à prouver mais il continue à travailler comme s'il avait encore tout à prouver. Il a une intelligence rare. J'ai beaucoup appris à son contact, notamment son exigence et cette manière d'être toujours à 300%. Vincent Lindon était l'une de mes idoles de jeunesse. J'ai eu beaucoup de chance de tourner avec lui. Depuis le tournage, on est devenus proches. Depuis le début de votre carrière, vous avez eu la chance de côtoyer de grands acteurs : Denis Ménochet, Denis Podalydès, Vincent Lindon... Stefan Crépon : Je ne pense pas qu'il faille se construire par mimétisme car ça n'a aucun intérêt de devenir quelqu'un qui existe déjà. J'ai eu la chance de collaborer avec ces grands acteurs : ça rajoute de petits éléments dans mes bagages. Après, je fais ma propre méthode, ma tambouille... Et maintenant, quels sont vos projets ? Stefan Crépon : J'ai tourné dans le dernier film de Peter Dourountzis. J'interprète un journaliste pour la revue "Détective", aux côtés de Sami Bouajila, Valérie Donzelli, Mallaury Wanecque et Jean-Pierre Darroussin. Jouer avec le feu de Delphine et Muriel Coulin avec Vincent Lindon, Benjamin Voisin, Stefan Crepon au cinéma le 22 janvier.
- "Jane Austen a gâché ma vie" au cinéma : interview de la réalisatrice Laura Piani
Au cinéma, les comédies romantiques sont nombreuses mais rares sont celles qui sont à la fois drôles, sensibles, pleines de charme et de poésie. « Jane Austen a gâché ma vie », le premier long métrage de Laura Piani, fait partie des belles surprises cinématographiques de ce début d'année. Ceux qui apprécient la célèbre romancière anglaise seront forcément attirés par ce titre si bien trouvé. Quant aux autres, qu'ils se rassurent :le film n'est nullement une thèse sur Jane Austen mais le portrait d'Agathe (interprétée avec beaucoup de délicatesse par Camille Rutherford), une libraire parisienne trentenaire, qui, plutôt que d'affronter la « vraie » vie et ses possibles déceptions, préfère se réfugier dans la littérature. Elle voudrait aimer et être aimée mais elle a terriblement peur de l'échec. Elle s'est lancée dans l'écriture d'un roman, mais elle ne croit pas vraiment en ses capacités. La vie d'Agathe va pourtant prendre un tournant inattendu quand, encouragée par sa sœur et son meilleur ami secrètement amoureux d'elle, elle va intégrer une résidence d'écrivains en Angleterre pendant deux semaines. Dans son premier long métrage en tant que réalisatrice (elle a écrit de nombreux scénarios pour des séries notamment), Laura Piani a mis forcément un peu d'elle. Après des études de cinéma et de littérature à Paris et à Rome, elle a travaillé comme libraire à Shakespeare & Co à Paris et apprécie beaucoup Jane Austen. A l'occasion des 37e Rencontres Cinémtographiques de Cannes, nous l'avons rencontrée sur la terrasse ensoleillée de l'hôtel Splendid pour parler de son parcours, du film et bien sûr de littérature. Tout d'abord, pourquoi avez-vous choisi d'intituler votre film « Jane Austen a gâché ma vie » ? Laura Piani : C'est mon titre de travail. Je n'ai jamais pu le lâcher. Il m'a donné un ton et une direction. On s'est souvent moqué de moi avec ce titre ! J'ai participé récemment à un festival qui invitait à la fois des cinéastes et des écrivains et une jeune fille m'a demandé de lui dédicacer son premier Jane Austen. Elle avait eu envie de lire l'un de ses romans en voyant le film ! J'en ai pleuré. J'étais très émue. Si mon film pouvait donner envie aux gens de lire ou de relire Jane Austen, j'en serais ravie ! Quel est votre roman préféré de Jane Austen ? Laura Piani : C'est Persuasion. C'est le roman de la maturité. Au début, le personnage est très triste et a l'impression d'être passé à côté de sa vie. Ca m'a beaucoup inspirée. J'ai l'impression que ce personnage qui a fait des choix et qui a renoncé à certaines choses pour en avoir d'autres est peut-être le plus autobiographique des personnages de Jane Austen. Agathe, l'héroïne de votre film est un peu comme ça. Elle a l'impression de ne pas être née dans le bon siècle... Laura Piani : Je crois qu'on est nombreux à se sentir en décalage avec l'époque dans laquelle on vit. Il y a beaucoup de raisons pour le penser ! On vit dans une époque difficile : il y a une injonction au bonheur, au bien-être, à l'épanouissement. Pour une femme, il y a beaucoup d'injonctions. Ca peut être assez violent. Le film est bien plus qu'une comédie romantique. C'est aussi un récit d'apprentissage... Bande annonce du film "Jane Austen a gâché ma vie" Laura Piani : Absolument ! C'est un récit d'apprentissage lié au deuil, à la question de l'héritage. Comment faire avec ce qu'on nous a transmis ? Comment ne pas être écrasé par les absents ? La passion de la littérature a été transmise à Agathe par son père. Mais la littérature est pour elle à la fois un refuge et une prison. Vous avez vous-même été libraire et vous êtes une grande lectrice. Quels sont vos derniers coups de cœur ? Laura Piani : En ce moment, je suis en train de lire un livre de Miranda July. Elle est un génie aboslu ! C'est l'histoire d'une artsite installée dans une vie de couple. Elle vit à Los Angeles. Un jour, elle est invitée à New York et elle décide de faire le trajet en voiture, seule. Elle sort à la première sortie et s'installe dans un motel. Elle ment à tout le monde. C'est à la fois drôle et caustique. Je peux passer de grands classiques à des romans contemporains. Le livre qui a le plus marqué ma vie, c'est « Les carnets d'or » de Doris Lessing. J'avais 22 ans quand je l'ai lu et ça m'a donné envie de faire un travail psychanalytique. J'aime aussi beaucoup James Salter. Je suis très émue par les romans où on a un vrai temps de vie avec les personnages. Le dernier livre que j'ai lu, c'est « Houris » de Kamel Daoud, qui a obtenu le Prix Goncourt. En voyant le film, on se dit que le rôle d'Agathe était fait pour Camille Rutherford... Laura Piani : Elle me touche beaucoup. Elle a une grâce dont elle n'a pas conscience. Elle incarne quelque chose de la féminité que je n'avais pas vraiment vu avant, ailleurs. Ca ne l'intéresse pas d'être belle. Cette maladresse fait son charme. Il y a quelque chose de très singulier en elle que je trouvais intéressant. Vous aviez pensé à elle dès le début pour incarner Agathe ? Laura Piani : En fait, comme j'étais scénariste, je n'ai même pas pensé que j'allais réaliser le film ! En général, j'écris pour des réalisateurs et pour des séries. La, c'était vraiment différent. La question de savoir qui allait interpréter Agathe est arrivée tard, c'est-à-dire au moment du casting. On a réfléchi à une actrice anglophone mais française, ce qui réduisait un peu le champ des possibles. Camille a un père anglais. Je l'avais trouvée éblouissante dans le film « Felicità ». Quand on la rencontre dans la vie, elle incarne quelque chose qui est très proche du personnage. Elle est évanescente et émouvante. C'est une belle personne. C'est Pablo Pauly qui incarne son meilleur ami, collègue de travail et potentiel amant... Laura Piani : J'avais écrit un film pour Arte qui s'appelait « Temps de chien », dans lequel il avait l'un des rôles principaux. Il est capable de faire rire tout un plateau. Il n'y a pas beaucoup d'acteurs français qui incarnent physiquement la comédie aussi bien. Il est aussi très sensible. Je suis partie de Camille puis j'ai trouvé Pablo et après il me fallait trouver un acteur anglais qui soit francophone. J'ai rencontré Charlie Anson qui est un acteur de théâtre. Il a un petit côté Hugh Grant. Je trouve qu'il a un physique intemporel. On sent que votre film est nourri de plein de références, notamment pour la scène de bal... Laura Piani : J'avais des références délirantes ! La plus grande, c'était « Retour à Howard's end » de James Ivory pour la lumière et pour le cadre. C'est génial d'avoir des références qui sont beaucoup trop ambitieuses. On fait ce qu'on peut et toute l'équipe a la même chose en tête ! Pour le bal, personne ne savait danser la valse. J'avais fait un court-métrage avec une actrice chinoise, qui était à la fois une grande danseuse de l'opéra de Pékin et prof de danse à Paris. Elle est venue sur le tournage et elle a coaché les acteurs pendant quatre heures. Elle a embarqué ses amis comme figurants ! « Jane Austen a gâché ma vie » va sortir en France le 22 janvier mais aussi à l'étranger... Laura Piani : Oui ! On a eu la chance que le film soit sélectionné au Festival du Film de Toronto. Quelques jours avant, le studio américain Sony Classic Pictures l'a vu et a eu un coup de cœur. Ils ont décidé de le sortir partout dans le monde. C'est rare une sortie aux Etats-Unis pour un premier film français. C'est le titre qui leur a donné envie de voir le film ! Jane Austen a gâché ma vie de Laura Piani avec Camille Rutherford, Pablo Pauly, Charlie Anson... au cinéma le 22 janvier
- Sarah Bernhardt, la divine au cinéma : rencontre avec Sandrine Kiberlain
Sarah Bernhardt, la divine de Guillaume Nicloux fait partie des films les plus attendus de cette fin d'année. Présenté au dernier festival Cinéroman de Nice, il a été l'un des coups de cœur du public mais aussi du jury qui a choisi de récompenser l'actrice Sandrine Kiberlain pour ce rôle qu'elle considère elle-même comme celui de sa vie. En effet, en voyant le film, on se dit qu'il n'y avait qu'elle pour interpréter cette comédienne charismatique qui a connu Victor Hugo, Guitry ou encore Edmond Rostand. Tout le monde l'admirait et elle était toujours entourée d'une flopée d'admirateur(rice)s. Eprise de liberté, amoureuse, féministe, colérique, fantasque, Sarah Bernhardt était complexe, insaisissable mais follement attachante. A Nice, lors du festival Cinéroman, Sandrine Kiberlain nous a parlé d'elle, avec enthousiasme et passion. Sarah Bernhardt est un rôle en or. Comment l'avez-vous préparé ? Sandrine Kiberlain : J'ai beaucoup vu Guillaume Nicloux. Il m'a parlé de la façon dont il voulait se concentrer sur trente ans de sa vie et sur ce qu'elle était, sur sa passion, sur ses engagements amoureux, politiques, sur sa liberté. Il est venu une fois chez moi pour une lecture. On a mangé des gâteaux et à la fin il m'a demandé si je voulais faire cette lecture et j'ai dit non ! Je crois que ce qui a débuté le travail, c'est la confiance qu'il m'a accordée. Bande annonce du film Sarah Bernhardt. La divine Ca m'a beaucoup aidée. Après, j'ai fait un gros travail, seule, sur le texte pour le débroussailler, l'apprendre et le digérer. Il fallait que je puisse m'en délivrer et m'abandonner le plus possible comme Sarah Bernhardt pouvait le faire. Je n'ai pas fait un travail de renconstitution et de mimétisme. Je pense que j'ai voulu me mettre dans l'état le plus proche de la façon dont elle se lançait dans tout ce qu'elle entreprenait. Dans tous ses élans, ses investissements, j'y allais comme sur le ring. Il y avait une urgence sur le tournage qui a servi le personnage. C'est un film qu'on a fait rapidement, en cinq semaines. Cette rapidité m'a aidée à être dans l'énergie de Sarah. Comme elle le dit elle-même, l'idée, c'était de se quitter tous les jours pour devenir Sarah. Elle était une femme très moderne, même en avance sur son temps... Sandrine Kiberlain : On aurait besoin d'elle aujourd'hui ! Elle disait ce que les gens n'osaient pas dire, elle était contre la peine de mort. Elle était sincère, passionnée, autoritaire. Elle était généreuse ; elle avait un franc parler extraordinaire. Elle était dans l'instant. Elle entraînait tout le monde sur son passage. Tout cela m'a attirée ! Guillaume Nicloux a voulu que le film soit aussi original et captivant que Sarah pouvait l'être. Elle était une véritable star. Dans le film, on la voit en train de signer des autographes … Sandrine Kiberlain : Elle est amusée quand on lui demande d'écrire son nom sur un papier voire sur la peau ! Elle a inventé une façon de vivre la célébrité. Elle gérait tout : elle montait les pièces, choisissait les acteurs. Elle ne supportait pas la médiocrité. Elle était exigeante avec elle autant qu'avec les autres. Elle voulait de la lumière. C'est pour ça que les gens la suivaient ! L'avoir incarnée à ma façon, m'a donné envie de frôler cette envergure et de ne pas avoir peur ! Sarah Bernhardt, la divine de Guillaume Nicloux avec Sandrine Kiberlain, Laurent Lafitte, Amira Casar...
- Vivian Maier, exposition : l'incroyable histoire de la mystérieuse photographe
Depuis quelques jours, le Musée de la Photographie Charles Nègre invite Niçois et touristes à découvrir une exposition consacrée à l'oeuvre de la mystérieuse photographe Vivian Maier. Vivian Maier Pendant toute sa vie, cette nounou née à New York d'une mère française originaire d'un petit village des Hautes Alpes , n'a cessé de prendre des photos. Son oeuvre aurait pu passer inaperçue mais le hasard a fait qu'en 2007, un jeune agent immobilier à la recherche de photographies pour illustrer un livre d'histoire sur Chicago, a acquis aux enchères une partie des biens d'une inconnue incluant une grande quantité de photographies. Il découvre alors l'identité de cette artiste, une certaine Vivian Maier...Une histoire digne d'un roman. Vivian Maier n'a visiblement jamais cherché à être connue. Totalement autodidacte, elle photographiait des inconnus dans la rue, des enfants, des objets, des paysages. Lorsque John Maloof a acquis ses biens, il ne s'attendait sûrement pas à trouver plus de 120 000 négatifs. Avec une sélection de près de 140 images et vidéos, l'exposition présentée à Nice au Musée de la Photographie Charles Nègre offre un bel aperçu de l'oeuvre de cette photographe dont on n'a pas fini de percer le mystère. Comme le dit Anne Morin, commissaire de l'exposition, "Vivian Maier cultivait une certaine obsession, moins pour l'image en soi que pour l'acte de photographier". C'est sans doute la raison pour laquelle elle avait l'habitude de photographier des inconnus dans la rue, des scènes parfois cocasses ou dramatiques immortalisées par son Rolleiflex ou son Leica . Dans son oeuvre, l'enfance occupe une place centrale. Employée comme gouvernante, elle vouait une passion aux enfants. Elle aimait aussi réaliser des auto-portraits, en utilisant, selon les situations, des procédés variés pour signifier sa présence dans l'image. Vivian Maier est décédée en 2009. Toute sa vie, elle sera restée dans l'anonymat. Elle est désormais considérée comme l'une des plus grandes photographes du XXe siècle. Pour compléter l'exposition "Vivian Maier - Anthology", le Musée de la Photographie Charles Nègre projette plusieurs fois par jour le documentaire "Finding Vivian Maier" de Charlie Siskel et John Maloof, sorti en 2014. "Vivian Maier - Anthology" au Musée de la Photographie Charles Nègre de Nice du 19 octobre 2024 au 16 mars 2025 Extraits du film documentaire l'incroyable découverte de l'oeuvre de Vivian Maier : "A la recherche de Vivian Maier" de John Maloof et Charlie Siskel" nommé dans la catégorie documentaire aux Oscars en 2015 Pour en savoir plus sur ses origines Françaises : La mère de Vivian Maier est née à Sant Julien en Champsaur (proche de la ville de Gap) en 1897, elle quitta la vallée éponyme pour vivre son rêve américain et épouser un émigrant Autrichien à New-York en 1919. Elle divorça 3 ans après la naissance de Vivian née le 1er février 1926. Vivian retourna vivre dans sa vallée des Alpes entre ses 6 et 12 ans étudier à l'école de Saint Bonnet en Champsaur, avant de retourner vivre aux Etats-Unis. Elle retourna séjourner à plusieurs reprises dans le Champsaur et hérita d'un domaine qu'elle ne conserva pas. L"exode rural Champsaurin, c'est tout de même 5000 habitants qui ont quitté la vallée entre 1846 et 1933 pour s'installer aux USA ! Vues sur la vallée du Champsaur aux origines de Vivian Maier Pour en savoir plus sur le matériel photographique de Vivian Maier : on peut clairement la considérer comme une passionnée avertie en technique photographie de haut niveau vue la qualité du matériel qu'elle avait choisi pour l'époque et son milieu social. Dans l'exposition, sont présentés 2 Rolleiflex appareil à double objectif (l'un pour la visée de cadrage et le second pour l'impression de l'image sur la pellicule). Ce type d'appareil était essentiellement employé par des professionnels avec des films en noir et blanc, offrant plusieurs formats d'images. Il aurait été acquis suite à la vente d'une propriété dont elle avait hérité à Saint Julien en Champsaur autour de 1950. Elle l'aurait employé durant 15 ans jusqu'en 1965. Elle a ensuite acquis un Leica III c en format 35 mm utilisé pour de la photographie couleur. C'est une maque d'appareils photo allemande haut de gamme à la réputation toujours d'actualité. Elle pouvait l'utiliser avec des pellicules photo couleur. Photographie Vivian Maier publication le Monde Superbes extraits vidéo filmés par Vivian Maier en caméra 8 mm
- "Nice, ma ville, mon quartier" au Musée Masséna
C'est une exposition pas tout à fait comme les autres qui se tient actuellement au Musée Masséna. En effet, jusqu'au 2 mars 2025, les Niçois mais aussi tous les amoureux de la capitale azuréenne sont invités à visiter "Nice, ma ville, mon quartier". Une très belle occasion de découvrir ou redécouvrir la ville à travers le prisme de ses quartiers, en mettant en lumière son évolution et sa diversité. Nice, ma ville, mon quartier 38 quartiers de Nice de 1858 à nos jours Cette exposition a nécessité un long travail de documentation. Le résultat est à la hauteur des attentes. Les six territoires de Nice et ses 38 quartiers y sont présentés sous un angle inédit, retraçant l'incroyable transformation de la ville entre 1858 et aujourd'hui. En effet, depuis le XIXe siècle jusqu'à son inscription par l'UNESCO sur la liste du Patrimoine mondial, Nice est passée de 44 000 habitants à 342 000 en 2019 et elle a connu un très grand nombre de transformations. Les visiteurs sont ainsi nvités à revivre des moments marquants de l'histoire locale à travers un parcours immersif qui illustre l'évolution urbaine et sociale des six territoires de Nice: Rive du Paillon, Nice Historique, Haut de Nice, Cœur de Nice, Collines de Nice, et Nice Ouest. Vue aérienne sur les quartiers de Nice Est Vue sur le centre ville et le quartier libération Chaque quartier est mis en valeur non seulement par des archives visuelles de la Métropole Nice Côte d'Azur mais aussi par des photographies de la collection Jean Gilletta, et des œuvres d'artistes niçois de renom, tels que Costa, Fricero, Mossa, Giletta , mais aussi Eric Garence , Noël Dolla, Stéphane Bolongaro, Djiango, Stéphane Cipre et Moya . Pour une telle exposition, on ne saurait rêver plus bel écrin que le Musée Masséna. Il s'agit de prendre son temps pour la parcourir pour que naisse l'émotion et que remontent à la surface des souvenirs de moments forts qui ont marqué la vie de chacun d'entre nous. "Nice, ma ville, mon quartier" au musée Masséna jusqu'au 2 mars, du mercredi au lundi de 10h à 18h.
- Clara Ysé au Forum Jacques Prévert de Carros : interview
En juillet dernier, Clara Ysé avait envoûté le Théâtre du Fort Antoine de Monaco. Dans quelques jours, elle sera de retour sur la Côte d'Azur : d'abord au Théâtre de Grasse puis mercredi 11 décembre au Forum Jacques Prévert de Carros. Assister à un concert de Clara Ysé, c'est vivre un moment de grâce. L'année dernière, le public a découvert sa voix envoûtante avec « Douce », nommée aux Victoires de la Musique dans la catégorie chanson originale. C'est avec ce titre qu'elle fait son entrée sur scène en concert. Elle interprète aussi « Le monde s’est dédoublé », qui avait donné son titre à son premier EP, et plusieurs chansons de son premier album Oceano nox , expression empruntée à L’Enéide du poète latin Virgile. Des textes traversés par le désir, poétiques, lyriques et ensorcelants (au sens propre comme au figuré quand on écoute la chanson « Magiciennes ») qu'elle a écrits elle-même. Clara Ysé a une culture littéraire très riche. Son écriture, aux multiples influences, prend différentes formes : des chansons, un roman, Mise à feu en 2021 (éditions Grasset) et des poèmes. Elle vient de publier Vivante (édition Seghers) , un recueil de poèmes qu’elle a écrits depuis plusieurs années. Interview d'une artiste passionnée. Vous avez un univers reconnaissable, avec un mélange de contrastes, de styles différents… Clara Ysé : Sur l’album « Oceano nox », on a cherché à avoir des morceaux très dépouillés et d’autres très produits avec un mélange d’outils contemporains avec des synthés, des rythmiques électroniques, des sons plus urbains et de choses plus anciennes comme les cuivres, les cordes, les choeurs. Il y a aussi la présence du duduk, une flûte arménienne que j’adore. Il y a un mélange d’influences assez différentes, qui répond, je pense, à mon intuition par rapport à la question qui traverse l’album. Qu’est-ce qu’on fait avec l’océan-nuit qui nous habite à la fois intimement et collectivement ? Clara Ysé en concert au théâtre du Fort Antoine à Monaco (juillet 2024) D’où le titre de votre album, « Oceano nox », une expression tirée de L’Enéide de Virgile… Clara Ysé : J’ai voulu ce titre pour plein de raisons. D’abord parce que la phrase complète de Virgile « Et ruit oceano nox » qui signifie « Et la nuit s’élance de l’océan » est une phrase que je trouve sublime. Il parle des bateaux qui vont s’élancer sur Troie, et qui sont cachés dans la mer, dans la nuit. Je trouve qu’il y a quelque chose de l’ordre des monstres énigmatiques et secrets. Et puis, « Oceano nox », ça fait un peu mot futuriste alors que c’est du latin, qui est une langue très ancienne ! Ca représente un peu ce que j’ai voulu dans cet album, c’est-à-dire utiliser des outils contemporains et anciens pour chercher un futur désirable. Votre recueil de poèmes porte également un titre fort, « Vivante ». Dans vos textes, se côtoient l’ombre et la lumière, avec des sentiments et des émotions contradictoires… Clara Ysé : Je l’ai appelé ainsi parce qu’il creuse la question du désir, comme mon album. C’est un peu une obsession ! Il parle de tout ce qui peut nous rendre plus vivants et plus présents à nous. Je crois qu’on peut mourir à soi-même en étant vivant. L’écriture en général vient creuser l’endroit de l’intensité et de la pulsion vitales et de la profondeur d’être. Quels sont les poètes, les auteurs qui vous guident ? Clara Ysé : Il y en a plein ! J’aime beaucoup le réalisme magique de la littérature sud-américaine. Parmi les poètes, je citerais Marina Tsvetaeva, Anna Akhmatova, Angelica Liddell, mais aussi René Char, Paul Celan ou Bukowski qui a été très important pour moi. J’ai pas mal d’amis d’âme autour de moi qui m’accompagnent… Votre serez en tournée jusqu’au printemps 2025. Ensuite, y aura-t-il un nouvel album ? Un nouveau roman ? Clara Ysé : J’espère les deux ! En même temps que je poursuis la tournée, je compose des chansons pour la suite… Clara Ysé en concert au Forum Jacques Prévert de Carros le 11 décembre à 20h. Tarif plein 25 euros, Tarif réduit 20 euros. Pour réserver : www.forumcarros.com











